navire ne périssent de la tempeste première
t ment et puis de la faim. Car lors mesmes que
f le cappitaine Gourgue partit ^ ils n'avoient
tous ensemble à manger que pour vingt jours à raison d'un biscuit le jour de quatre en quatre. Mais Dieu voulut que le cappitaine Gourgue estant à cinq cens lieues de France rencontra ung navire d'un Basque sien amy^ qui luy donna dix quintaulx de biscuits^ qui leur fut ung bien et plaisir incroiable; et ce d'autant plus qu'ils ne demeurèrent guères-moins à faire ces cinq centz lieues qu'ils avoient faict en tout le reste. Or après que le cappitaine Gourgue eut séjourné quelques jours à La Rochelle, où il reçeut tout honneur, toute courtoisie, et tout bon traictement des citoyens, il feit voille vers Bordeaux, où il print la poste pour aller vers M. de Montluc luy rendre compte de son voiage. Il ha sceu depuis, que les Espaignolz advertiz par quel*
qu'ungy de ceulx qui l'avoient veu arriver à la Rochelle de ce qui avoit esté faict à la FIo* ride^ avoient envoyé dix-huict pataches avec une roberge de deux cens thonneaulx pour le surprendre , et estoient arrivez à la radde de La Rochelle le jour-mesmes qu'il en esfpit parti. Et entendans qu'il avoit faîd; voiUe l'avoient suivy jusques à Blaye. S'il en eust été adverti à temps ^ il n'cust pour rien du monde refusé de parler à eulx : et selon leur demande il leur eust faict la responce tellei, qu'ilz eussent eu grand occasion de s'en con*> tenter.