‹ Recueil de piéces sur la FlorideChapitre 3 sur 16 · DEPUIS LA RIVIÈRE DES PALMES ET LE CAP DE LA FLORIDE · texte numérisé non relu

DEPUIS LA RIVIÈRE DES PALMES ET LE CAP DE LA FLORIDE

Au nom de Sa Majesté catholique et impériale, roi des Romains et empereur toujours

(1) Les lois des Indes défendaient de faire la guerre aux indigènes avant de les ayoir sommés de se soumettre. Ceux qui 8^ refusaient devaient être réduits en esclavage. J*ai cm devoir insérer ici une de ces sommations^ telle qu^elle fut rédigée par le conseil des Indes. C'est un monument curieux de Pesprit du temps.

auguste, au nom de Dona Juana, sa mère, rois d'Espagne, etc., défenseur de l'Église, toujours vainqueur et toujours invincible, conquérant des peuples barbares, moi, Pamphile de Marvaez, leur serviteur, ambassadeur et capitaine , je vous fais savoir, le mieux qu'il m'est possible, que Dieu notre Seigneur, unique et éternel , a créé le ciel , la terre , un homme et une femme , desquels nous et vous, ainsi que tous les hommes du monde , passés et présents , ûous sommes descendus^ et de qui descendront tous ceux qui viendront après nous. Mais le grand nombre des descendants de ces premiers parents a été cause qu'il y a cinq mille ans et plus, et depuis la création du monde , il a été nécessaire qu'une partie de ces hommes s'en allassent d'un côté, et une autre partie d*un autre côté , et qu'ils se divisassent dans un grand nombre de royaumes et de provinces , car ils ne pouvaient tous subsister dans une même contrée.

Dieu, notre Seigneur, a chargé un de ces

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hommes , nommé saint Pierre , d'être le bou*^ verain de tous les hommes, dans quelqfues pays qu'ils habitassent et quelles que fussent leurs lois et leur religion ; Dieu lui a donné le monde entier pour royaume, seigneurie et juridiction.

Il lui a ordonné paf^eiUement d'éta]>lir son siège k Romç , comme étajit l'endroit o\\ il poui'rait le mieux gouverner le monde* Cependant il lui apermi$aussi de résider et d'établir le siège de sa puissance dans tout autre endroit du monde qpu'il voudrait, pour juger et gouverner tousies peuplea chrétiens, Maures, Indiens^ payens, enfin de quelque religion qu'ils fussent.

On Ta nommé Pape, ce qui veut dire admirable, le père et le gardien suprême , parce qu'il est le père et le souverain de tous les hommes.

Les hommes qui vivaient à cette époque ont obéi à ce saint Pierre, et ils l'ont reconnu comme roi et souverain de l'univers, et ils

ont considéré de même tous ceux qui, par la suite, ont été promus au pontificat. Cet usage a été suivi jusqu'à présent et durera jusqu'à la fin du monde- Un des pontifes passés, qui monta sur ce trône et qui succéda à la dignité de ce prince dont je viens de parler, en qualité de souverain du monde , a fait don des îles et de la terre f^me qui se trouvent au delà de la mer de l'occident auxdits empereur et reine, héritiers de ces royaumes, nos seigneurs, ainsi que de tout ce que ces contrées contiennent , comme cela a été arrêté dans certains actes qui ont été dressés à ce sujet , et dont vous pouvez prendre connaissance si vous le voulez ; de sorte que Leurs Altesses sont souverains de ces îles et de la terre ferme , en vertu dé ladite donation, et en cette qualité de roi et maître, la plupart ou presque toutes ces îles, aux habitants desquelles on a notifié cette donation , ont reconnu Leurs Majestés , leur ont obéi et leur obéissent comme

le doivent faire des sujets , de leur plein gré, sans résistance aucune; au moment même où ils furent informés de ce que Ton vient de vous faire savoir, ils se sont soumis aux dignes religieux que Leurs Altesses leur ont envoyés pour les convertir et les instruire dans notre sainte foi catholique, et cela de bon cœur et librement, sans indemnité ni condition aueune ; ils se sont faits chrétiens et ils le sont encore aujourd'hui. Leurs Altesses les ont reçus comme sujets avec joie et avec bonté : elles ont ordonné de les traiter comme leurs autres sujets, et vous êtes tenus et obligés de faire de même.

En conséquence , et le mieux que je peux , je vous prie et vous enjoins de bien considérer ce que je vous ai dit, de le regarder comme chose entendue , de vous consulter làdessus pendant tout le temps qui sera justement nécessaire, et de reconnaître l'Église comme reine et souveraine du monde entier , et en son nom le souverain pontife, nommé

Pape, représenté par la Reine et le Roi , nos maîtres , qui sont les souverains et les rois de ces îles et de la terre ferme en vettu de ladite donation , de consentir et de faire en scfvtè que ces religieux vous apprennent ce que je vous ai déjà énoncé. En agissant ain^i vous vous en trouverez bien , vous remplirez vétrè devoir; Leurs Majestés, et moi-même en leur nom , nous vous traiterons avec affection et charité, nous vous lais^serons la possession libre de vos femmes , de vos eniknts et de vos biens , sans que vous soyez soumis à aucune obligation , afin que vous en fassiez ce que vous voudrez en toute liberté. On ne vous forcera pas à embrasser le christianisme, mais lorsque vous serez bien instruits de la vérité et que vous désirerez étire convertis à notre sainte foi catholique, comme l'ont fait presque tous les habitants des autres iles, on vous fera chrétiens , et en outre Sa Majesté vous accordera de nombreux privilèges, beaucoup de faveurs, et vous fera instruire.

Si VOUS ne le faites pas et si par malice vous tardez à consentir à ce que je vous propose, je vous certifie qu'avec Taide de Dieu je marcherai contre vous les armes à la main ; je vous ferai la guerre de tous côtés et par tous les moyens possibles; je vous soumettrai au joug et à l'obéissance de l'Église et de Sa Majesté , je m'emparerai de vos personnes, de celles de vos femmes et de vos enfants; je vous réduirai en esclavage , je vous vendrai et disposerai de vous suivant les ordres de Sa Majesté ; je prendrai vos biens, je les ravagerai et je vous ferai tout le mal possible comme à des sujets désobéissants. Je vous signifie que ce ne sera ni Sa Majesté, ni moi, ni les gentilshommes qui m'accompagnent qui en serons cause, mais vous seuls. J'enjoins au notaire présent et aux autres personnes qui l'accompagnent d'êtra témoins de ce que je vous signifie.

( Extrait du livre des copies des provinces de la Floride, Séville , chambre du commerce.— 1527.)

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