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HERNANDO d'eSGALANTE FONTANEDO.
Très-puissant seigneur ,
La Floride^ les iles Lucayes et de Haïti forment un des côtés du canal Bahama; il n'y a point d'Indiens (1). Ce canal est entre la Havane et la Floride. Il existe plus près de la terre ferme d'autres iles qui s'étendent du couchant au levant , on les nomme Los Màrtires ( les martyrs) , parce qu'un grand nombre d'hommes y ont été mis à mort^ et parce qu'il y
(1) Le texte le dit positivement, No hay Jndioê , quoique Pauteur dise plus bas le contraire.
existe (les rochers qui s'élèvent de terre, et qui de loin ressemblent à des hommes qui font naufrage ; elles sont habitées par des Indiens de haute taille; leurs femmes sont bien faites et jolies. On y trouve deux villages indiens .l'un se nomme Guaragunve, qui veut dire en langue vulgaire le village des pleurs ; l'autre , plus petit , Cuchiyaga , ce qui signifie endroit où Ion a souffert te martyre. Ces Indiens n'ont ni or ni argent, et encore moins d'habillements , car ils vont entièrement nus; ils ne portent que des espèces de tabliers tressés de feuilles de palmiers, dont les hommes couvrent leur nudité. Les femmes s'en font avec certaines herbes qui poussent sur des arbres et ressemblent un peu à de la laine. Les tortues, les escargots, les thons, les baleines, qu'ils pèchent suivant la saison, sont leur nourriture ordinaire. Quelques-uns de ces Indiens mangent des loups marins, mais cela n'est pas général, car il y a entre eux des distinctions, et la nourriture des chefs n'est
pas la même que celle de leurs sujets. On trouve chez eux un animal que l'on appelle ici lattgosta , et un autre qui ressemble à celui que l'on appelle en Bspagne chapin. Ces Hes contiennent un grand nombre d'animauxsemblables à dès renards , mais qui n'en sontpâs^ et qui en différent sous plusieurs rapports y ils sont très-gras et bons à manger! Bans d'autres lies on trouve des ours très^grahds. Comine ces lied s'étendent du couchant au tevant; et que la terre de Floride se trouve à l'orient, il doit y avoir nécessairement des ours, puisqu'elle n'est pas éloignée et que ces anima<ax peuvent passer d'une He à l'autre ; néanmoins il nous paraissait fort étonnant'^ -à nous autres prisonniers qui nous /trouvions' .dans ces contrées , de voir des cerfs dans l'ileide Cuchiyaga, près du village dont j'ai parlé ^mi bien d^en entendre fréqûenîment parier •' J^au^ rais bien d'autre choses à raeènter , mais je les négligerai /ayant des faits plus importants à rapporter. Il y a aussi dans ces iles une espèce
de bois que nous nommons elpalo (gayac). Il est propre à bien des emplois^ comme le savent les médecins. Je crois inutile de parler d'un grand nombre de fruits que Ton y trouve aussi. A l'ouest de ces iles s'étend un grand canal qu'aucun pilote n'ose franchir avec un gros bâtiment, parce qu'ainsi que je l'ai déjà dit| il y a des iles sans arbres, vers le couchant; elles ne sont formées que de sable amoncelé , elles étaient probablement autrefois couvertes de terre que les flots auront enlevée , ce qui fait qu'il n'y croît pas d'arbres et qu'il n'y a que des plages de sable ; elles ont sept lieues de tour ; on les nomme les iles des Tortues , parce que ces animaux y viennent en grand nombre pendant la nuit se reposer sur le sable. Ces tortues sont de la grandeur d'un bouclier; elles ont autant de chair qu'une vache ; elles sont toute viande , et cependant ce sont des poissons.
En courant du sud au nord, entre la Havane et la Floride , droit sur les îles , on trouve
d'abord les iles des Tortues. Les Martyrs sont à quarante lieues de la Havane, à vingt lieues des Tortues par le travers, et il y a encore vingt lieues de là à la Floride , c'est-à-dire pour arriver à la province indienne de Carlos , dont le nom signifie village cruel , il estainsi nommé parce que les habitants sont barbares et trèsadroits à manier les armes. Ils sont maîtres d'une partie du pays jusqu'au village de Guacata, prés du lac de Mayaimi, qui se nomme ainsi parce qu'il est trés-^rand. Il existe à l'entour un grand nombre de petits villages , ainsi que je le dirai plus loin. En se rendant de la Havane à la partie opposée où commencent les iles des Martyrs , et qui est voisine de la Floride , on compte soixante lieues de traversée pour se rendre aux îles de l'extréniité opposée , car ces îles se prolongent du levant au couchant , sur une étendue de soixante-dix lieues. La largeur de ce canal est trés-variable : il y a plusieurs chenals; le principal est très-large et la profondeur
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varie beaucoup. Sa pluç grande étendiie est vers les iles de la Bermuda , a^tant que jexDe le rappelle d'après le rapport des Indiens. Je ne m'étendrai pas davantage sur ^«suyet^ et je va^s parler du groupç des Mariyrs. si$ué yers le nord. Ces iles finissent prè§ d'uQ village indien nompié; Tequesta, b^ti ^ur le bopd d'une rivière qui yient de l'intérieur ; elle parcourt quinze lieues de pays et sort dlVQ autre lac d!eau douce qui a.jété visité par des Indiens y mais que je n'ai pa^ vu; il^prér tendent qu'il fait partie du la^c de Mayaimi. Ce lac est situé au imilieu du pays et est environné d^un grand nombre ; de villages de trente à quari^nte habitants chacun; ils vivent depaia de racines qui est leur nourriture ordinaire , pendant presque toute l'année, dépendant lorsque les eauxdu lacmontent beaucoup, ils ne peuvent pas s'en procurer. Ils ont beaucoup 4€t poisçpn^ excellents , d'autres racines qui ressemblent aux truffes de ce pays et qui sont douces. Il y en a d'autres de bien des
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sortes. Lorsqu'il y a du gibier, soit de!^ cerf$:, soit des oiseaux, ils en mangent la viande; on trouve dans les rivières unetgrande quantité d'anguilles fortgrasse$> des truites énormes presque aussi grandes qu'un homine; les anguilles sont grasses coQiine la cuisse : il y en a aussi de plus petite». Le» nMMTels ma^ gent encore des lézards , des «ouLeuvres > des rats qui vivent dans le Jac , des tcrbies d'e»i dou<%etbeaueoup d'autres petits animaux que nous ne finirions pas d'énuméren^ Ces ladiens vivent dans un pays couvert de marais et coupé de précipices ; ils; n'ont point de métaux ni aucun objet de l'itocien monde^ils sontiMS, les femmes portent de petits tabliers foite avec des palmes entrelacées., ils sont soumis à Carlos et payent un tribut composé de tous les objets d<mt nous avons parlé, tels que vivres, racines, peaux de cerb, ^..'
Je crois, d'après ce que m'ont rapporté quelques Indiens des îles de Jeaga , au commencement des Lucayes, que l'auditeur Lucas
Vazquez^ de S. Domingue , accompagné de six de ces colons , s'embarquèrent sur des vaisseaux pour venir visiter ce pays et la rivière de Sainte-Hélène^ située à sept lieues plus au nord , sur le bord de laquelle est un village nommé Orista , et que par erreur ils ont appelé Ghicora. Un autre village du nom de Quale arecu d'eux celui deGualdape; ils n'ont pas vu d'autres villages ^ parce qu'ils n'ont pas fait de reconnaissance dans l'intérieur ; car , comme ils n'ont pas côtoyé sérieusement, dans la crainte d'échouer et de se perdre , ils n'ont rien trouvé de plus. La vérité est qu'il n'y a ni or ni argent, si ce n'est fort loin d'ici à soixante lieues. On dit que l'on trouve des mines d'or et de cuivre dans l'intérieur vers le nord. Au bord d'une rivière et puis de certains lacs sont les villages indiens d'Otopali , Olagatano, et beaucoup d'autres. Us ne sont pas de la race Ghichimèque, ni de celle des habitants de la rivière de Jourdain. Leur roi principal s'appelle Zertepe dans la langue des Indiens de Carlos; il est su-
périeur aux autres chefs , comme l'était Montezuma. Dans l'endroit où Lucas Vasquez et d'autres Espagnols ont été, les habitants sont très-pauvres. On y trouve cependant quelques petites perles dans des coquillages ; ils mangffnt du poisson y de grosses huîtres rôties ou crues , des cerfs , des chevreuils et d'autres animaux. Pendant qu'ils sont à la chasse , les femmes vont chercher du bois et de l'eau pour faire cuire leurs aliments dans des pots ou les rôtir sur le gril. Si les Espagnols y ont trouvé de l'or, il devait être apporté de loin, c'est-à-dire des montagnes qui sont situées sur le territoire du roi dont je viens de parler. On avait dit que les Indiens de Cuba adoraient la rivière Jourdain, mais cela n'est pas vrai.
Juan Ponce de Léon , se fiant aux rapports des Indiens de Cuba et de Saint-Domingue, fit une expédition pour reconnaître la rivière Jourdain à la Floride, soit qu'il voulût acquérir de la gloire , ou qu'il cherchât la mort,
ce qui parait le plus probable, ou bien qu'il 30 2
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espérât redevenir jeune en se lavant dans cette rivière. Mata tout cela était le résultat des mensonges des Indiens de Cuba et des autres Iles; qpaî disaient que la rivià*e Jeurdain -était k la Floride. Pendant que j'étais prisonniei^ dans oepaj^y je «me suis baigné dauff un grand nombre de rivières, mais je n'ai jamais trouvé la bonne. Il y a l^xigtemps q^'un granduimibre d'Iadîeiis de Cuba quicbercbaient le Jourdain abordèrent daii9 lapvoKdneede Garlos, mais le père du roi Carlos qui se nommait Senquene ^ les fit prisonniers et en forma un village, et leurs descendants vivent encore. La nouvelle que €^ gens étaient partisse leur pays pour se baigna dans ta rivière de Jourdain se ré* pandit chez tous tes rois et les cadqves delà Floride, et comme «'étaient dessauvagesuls se «irent à cbsrcher cette' rivière qui avait le pou voir de rajeunir ies ^îeiUaiids «ileïs vieilles femmes; ils y «ircsit tant d'empressement qu'ails ne rencontraient pas une rivière; irii ruisseau , un lac ou même un marais^, sans s'y
bàignôFy et encôriç aujourd'hui , ils n'ont pas cessé de la «harchèr, m^is tôtfjotirs saifts succès; LfCB habitante de Quba s'eXpôsâieM^méiâie à moiHriir sur zuer victimes dé leur Croyance; et c'est ainsi quf'il s arrivèrent à Carlos, et^ue l'on en fit un village ; ils «tai^t en ëi grand nombre que l'ffli en trouva aujourd'hui de vieux et de jeunes quoiquHl en sôit mort beaucoup, il est ridicule que Juan Pdtice dé Lëoià Mît été chercher là rivière Jourclain à la
' Parlons maintenant de la ^contrée d'Abalacfai qui n'est paslom dé Pànùeb;'OÙ l^Dn^dit que l'tan ti:v)wre tant de fierlés etoù vraittïetît il enéxiste.
' Enlre Abalachi et OJagalc est un ruisseau que les Indiens appellent Gktasaca-Esgui , qui v^eut dire, dans iMitre iângtie , rMéi^ dès jRô-* seaustù C'est à l'embouchure de fcètte rivière , sur le bord de la mer, que l'on pèche les perlés ; on les trouve dansées huîtres et dans d'autres coquillages, et on les porte de là dans toutes les
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provinœs et tous les villages de la Floride, surtout à Togabaja , qui est Fendroit le plus proche et celui où réside le plus grand cacique ou roi de cette contrée; le village est situé à droite en arrivant de la Havane. Ce chef s'appelle Toco-Baja-Chile ; il a un grand nombre de suyets; il est souverain indépendant, et habite de l'autre côté de la rivière qui s'étend à plus de quarante lieues dans l'intérieur, où Fernando de Soto avait l'intention de coloniser ; mais la mort l'en empêcha; alors ses soldats se débandèrent et s'en allèrent dans l'intérieur. Pendant la route les Espagnols pendirent le cacique d'Abalachi, parce qu'il ne voulait pas leur donner du mais pour leur provision de route y ou , à ce que disent les Indiens du village d' Abalachi , parce que leur cacique avait au cou de grosses perles dont une entre autres était du volume d'un œuf de pigeon ramier « Il y a dans ce pays de ces oiseaux qui nichent dans les arbres dans certaines saisons : les Indiens disent qu'il n'y a pas de mines d'or
OU d'argent, ou que du moins ils ne les connaissent pas. Les naturels vivent de mais et de poisson qui est très -abondant, ils vont à la chasse aux cerfs , aux chevreuils et à d'autres animaux ; mais le poisson est leur nourriture principale ; ils font du pain avec des racines qui naissent dans les marais ; ils ont beaucoup de fruits de difiPérentes espèces, je n'en finirais pas si je voulais les citer ici. Les hommes vont nus aussi bien que leurs femmes) ils n'ont d'autres vêtements que des peaux de cerfs préparées dont ils se font des tabliers. Les femmes en font avec de petites mousses qui poussent sur des arbres et qui ressemblent à de la filasse ou de la laine ; ces femmes ne sont pas blanches mais jaunâtres , elles se couvrent la partie inférieure du corps avec des tabliers.
Laissons Tojobaco , Âbalachi , Olagale et Mogozo , qui forment des royaumes distincts , et parlons des villages et des bourgs du cacique Carlos , que le capitaine Reynoso a fait
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mettre à mort pour le châtier. Les villages les plus importants sont: Tampa, Tomo, Tuchi , Sogo, No, qui veut dire vUlage aimé, Sinapa , Sinaesta , Hetaraapo, Saeaspàda, Calaobe, Estame, Yagua, Goaya,. Gue^u, Muspa» Gasitoa» l^itesta., Gojovea ^ Jutun, Tequemapoy Comadiîaiy Quiseyove et deux autres yillages des enyirons , dont je ne m^ rappelle pas le nom , car vcâilà dnans^qne je suis de retour. Il en existe d'autres encore dans rintérieui^ près du lac de Mayaimi, sayoir ; Cutespa, Tavaguemue, Tomsobe, Enempa et vingt autres villages dont j'ai oublié les noms : il y a dans les iles lAicayes deux villages soumis au cacique Chrlos. Le premier se nomme G»»^ runguve et Tautre Cuchiaga. Carlos fut souve^ raln de ces cinquante villages , comme son père l'avait été jusqu'à sa mort. Le pouvoir est aujourd'hui entreles mainsd'un de ses fils nommé Sébastian j il porte ce nom parce que Pedro Melendez l'ayant emmené à la Havane pour lui faire des présents , ordonna de le nommer
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ainsi; mats ils deviinrent pires qwe lorsqu'ils étaientpartis, DODobstantlesbeftstraitMienta qu'ilsavaient rciçiis i jet ils amnîeiil été encore plus malbeuretix s'ilsavaientëtt^baptisésy car je leur ai entendu diredahsleui^ langue quele bapiUme était défenda cheB eiix;, ils seraicDt doncdeTenushërétiqueï; il^sesoRlfidulevésde nouveaitet plus sérieusement qoela première fiMS. La plupart de nos ruses leur isont ctmnves v-ils-se servent de flèebes et dîarceetâdnt trèa-.TÎgoHreax. Fersonne ne eoauatt auAsi bien œ-pays que moiqtiièQJbislaideâGripticm par écrit, j'ai été fh'isonÊiier Chez eux dquiia l'âge de. treiEe ans: jusqu'à celui de treize; je sais quatre Iang«es> il n'y a que ccUë de Aïs et celle de Teaga quej'igacire, n'ayant poibt été dams ces pay8-4à.
Je dirai que c'est une nation puissante, riche en pelles ; fïJais on n'y trouve pas d'or, parce qu'elle est éloignée des nïines d'Onagatano , situées dans les montagnes neigeuses d'Onagatano, dernières possessioBS d'Abalacbi,
et des nations d'OIocatano , d'Olagal , de Mo— goso et de la CaAegacola^ que les Indiens disent être très-nombreuses et très-guerrières, quoiqu'elles aillent entièrement nues. Quelques-uns de ces Indiens s'habillent avec des peaux; ils sont peintres et peignent tout ce qu'ils voient. On les appelle Canogacole , qui veut dire nation méchante , et adroite à tirer de tare. Cependant les Espagnols pourraient les vaincre avec leurs bonnes armes , savoir : des arbalètes, des mousquets , des rondaches, de grandes et fortes épées , de bons chevaux et des EscaupUs (1); il leur faudrait encore une ou deux personnes qui comprissent la langue de ces Indiens, et qui fussent des gens honnêtes, fidèles, et non pas comme le Biscayen qui voulut vendre Melendez aux Indiens ; si moi et un mulâtre, nous ne l'eussions empêché, en découvrant la trahison , nous aurions tous été tués. Pedro Melendez ne serait pas
(1) Sorte d'armure de coton dont les anciens Mexicains se servaient pour se garantir des flèches.
mort à Santandcr, mais à la Floride^ où il n'y a pas de rivière ni de baie qui me soit inconnue- S'il s'était conduit comme moi, ainsi qu'il l'aurait dû , les Indiens seraient aujourd'hui sujets de notre puissant roi Don Philippe , que Dieu protège pendant de longues années. J'ai dit que ce cacique était souverain de la rivière des Roseaux , où l'on trouve des perles et des mines de lapiz-lazuli {Azul)i l'or se trouve plus loin dans le village d'OIagale, qui lui est soumis.
Un Biscayen nommé Don Pedro, que Sa Majesté a daigné nommer gardien des cygnes , fut prisonnier dans cette province ; s'il avait montré un courage proportionné aux grâces qu'il avait reçues de Sa Majesté , les Indiens d'Ais y ceux de Guacata , ceux de Jeaga et leurs sujets y se seraient soumis et un grand nombre seraient déjà chrétiens ; mais Don Pedro le Biscayen était un homme sans cœur et sans intelligence ; il ne faut donc pas en parler. Il savait très -bien la langue d'Ais, toutes celles que
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j'ai citées et même eelle que l'ott park jusqu'à Mayaea et Mayajuaca de l'autre côté v»^ le Nord i mais Pedro Melendez , ayant ordonne de le pendre à cause d'ttoe accusation ealosn-* nieuse portée contre lui et contre Domii^o Auiz., son compagnon , jd pense qu'il eut peur, et ^tant retenu en Espagne , il y donna des nouvelles de la Floride. Il ne voulait pas après cela y retourner, mais il s'y décida pour relî«* rer son fils des mains des Indiens. Ayant vn dans cette occasion les mauvais trailèfnent^ dont 4m accablait lés interpréter , il refusa de prendre part à cette e^tpéditîoti» Quant à nous > nous n'avons pas reçu de paye jusqu'à eé jour et uous sommes revenus avec une santé détruite ; tious avons donc fbrt peu gagné en allant à la floridc où Hfotis nfavons obtenu aUèHti^ à Vaiïoemeht.
Le pays des rois de Als et de Jeaga eist trèspauvre; îl rie renferme ni milles d'or ni raines d'argent) et, à vrai dire, c'est la Mer qui l'enrichit, car beaucoup de bârtimetits, chargés
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d'or et <rapgent> y ont fait batifragcf tels que oehii deFar&nflahoùpquedutiiulàtrey le na-^ virebiscaysn ^ sur lequ^ était passager Antan Granadds, qui fut fiiiteselave> et enfin celt^du Câ|»tfirifne Juan ChFistobal. L«$' llKliefâ^ Mît ttfé Son Martkïde Gumian^ \e capitaine Heriiaado de Andifno y député par la provineédePopayan^ rt Jua» Qrtîs d€ Zaratey faeteur lie Siaiiité^Mar^ the; lewr navire fit naufrage enr.i&£Fl.> il disait ii bord depx fifis d'Alonsa de Mesa et leur ùnele f tous étaient rk^bes 9 j'étaâs le plus pàiivr^ él oqpendant j'avais. Vin^-^îhq milk.pBses d'xxr. fin. Mon pére> qui était commandeur , et ma mère servirent tous deux Sa Majesté au Pérou* et ensuite à €arthagèn&> où ils àvaierit fomsé des établissements; j'y naquis ainsi»: qu'un; de> mes frères^ et l'om nous envoya en Espàgviè pour faire nos, études. Mais nous finies âliti*frage sur les côtes de la Floride y comtùt^ 1^ autres navires et la flfotte deto Kôuvelle^Espâhgne que comman^it le fils de Pedro Meleiideir ; les Indiens prtrerlt un Espagnol qui avait ga-
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gné le rivage 9 il était mourant de faim , je l'ai vu vivant et je lui ai parlé , c'était un nommé Juan Rodriguez, natif de Nicaragua; il nous dit qu'ils venaient du Mexique^ que les navires allaient en Espagne , , que leur commandant était le fils de Pedro Melendez, Asturien; il ajouta qu'il était marin sur un des bâtiments de la flotte ; qu'il avait ignoré ce que les autres étaient devenus jusqu'à ce que les Indiens s'étant armés pour se rendre à la côte de Ais, il les avait vus retourner avec des richesses considérables en lingots d'or, des sacs de réaux et beaucoup de marchandises.
Gomme il était prisonnier depuis peu de temps et qu'il ne savait pas la langue des Indiens f moi et Juan Rodriguez nous servîmes d'interprètes à cet homme et aux autres , car nous connaissions déjà le langage du pays ; ce fut une consolation^ bien triste à la vérité, pour ceux qui firent naufrage par la suite, de retrouvei' des chrétiens qui les aidaient à supporter leurs maux et à se faire comprendre
de ces brutes. Un grand nombre d'Espagnols ont échappé à la mort , ayant eu le bonheur de trouver des chrétiens; car les Indiens qui les prenaient leur ordonnaient de danser et de chanter, et les Espagnols ne les comprenaient pas. Gomme les Indiens sont très-méchants , surtout ceux de la Floride, ils pensaient que si les chrétiens ne le faisaient pas , c'était par mauvaise volonté; ils les massacraient alors et disaientà leur cacique qu'ils les avaient tués parce que c'étaient des coquins et des rebelles qui ne voulaient pas leur obéir. Un jour qu'un nègre, deux Espagnols nouvellement faits prisonniers et moi nous parlions au cacique, devant des grands seigneurs de sa cour, de ce que je viens de raconter, il me dit que j'étais le plus rusé de tous.
Escalante, me dit-il, dis-nous la vérité, car tu sais que je l'aime beaucoup : pourquoi , lorsque nous ordonnons à vos camarades de danser et de chanter ou de faire autre chose , sont-ils assez obstinés et assez désobéissants
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pour ne pas le fiûre ? Est-ce parce qu'ils mé* prisent la mont on bien pour ne pas obéir à des ennemis de leur religion ? ILéponds^moi , et si tu ne le sais pas^ demande-le à ces nouveaux prisonniers qui sont esclaves par leur fkute j quoique aiitrrfois nous lés ayons pris pour des dieux descendus du eieh Je répondis à' mon seigneur et maître en lui disant la vérité : Seigneur, il me semble y autant que je puis le comprendre y qu'îU ne sont pas rebelles et qu'ils' B'<mt pas de auLUvaifie înten^ tion en se noonduisani ainsi, mais ik ne vous comprennent pas; ils ne manquent donc à leur <le voir que faute de ^&m ^ en-* tendre. Le cacique me répondit que ce n'était pas vrai, qu'il le leur disait couvent , que quelquefois ils obéissaient et d'antres fois non , bien qu'on le leur répétât bien des fois. Malgré oela^ seigneur^ lui répliquai-je, Je vous assure qu'ils ne le font pas par désobéissance , mais vraiment ils ne le comprennent pas* Que votre seigneurie veuille doiu^ parler de?-
$jU^ l^ FLQRIDfi. 31
vant moi et devant le négre. Le caeique se mit k rire et leur dit : Serlerie-^ga^ noUvean venu.' Us demandèrent oei que disait le caci*^ que i* le b^re qui était près d'eux se prit à rire at dit au cadque : iSeigneur, ce q&'£sea^ lante vous a dit est la vérité , ils ne comr prennent pas; ils ont demandé à Esctalante ce que vous avez dit et il ne veut pas le leur fiiire savoir jusqu'à i» que. vous lui en dofimes l'ordre. Alors , le eacîque l^eeonnut cfvue c'était k vérité et il dit à Ësealante : Eseala&te^ maintenant je tecroi^. Je leur appris ce que signifiait ser-le-te^ga, c'est-à-dire va voir s'il y a quelqu'un à la Tigie > si quelqu'«in vient, vigie se dit tejihue. Mais en parlant, les habitants de la Floride abrègent les mots beaucoup plus qi^ BOUS. ^
Le^eacique ayant reconnu la vérité, dit à ses sujets que lorsqu'ils prendraient desîchrétkns naufragés , ils ne devaient leur donner aucun ordre avant de le luia^oir faitsaVoir, afin que l'un de eeux* qui comprenaient leur langue
fut envoyé près d'eux. Le premier de ceux qui étaient présents, se nommait Pijiguini , ce qui , dans notre langue , veut dire Martinez ,c'était le marin dont je viens de parler et qui avait fait naufrage à bord de la flotte de Mexico.
Mais je ne m'occuperai plus de ce sujet et je parlerai des richesses que les Indiens ont trouvées 9 elles s'élevaient à plus d'un million en lingots d'or et en bijoux fabriqués par les Mexicains et qui appartenaient aux passagers : le cacique les partagea entre ceux de Ais, deTeago, deGuacata, de Mayajuaci et de Mayaca, et il prit pour lui ce qu'il y avait de mieux. Ces navires, ceux dont nous avons déjà parlé, les caravelles qui avaient fait naufrage, les Indiens de Cuba et de Honduras qui se sont perdus en cherchant la rivière Jourdain , qui étaient riches et qui furent pris par Carlos et par les Indiens de Ais , de Caga et des îles Guarugumbe, sont cause que ces derniers sont,
comme je l'ai dit, riches par la mer et lion pas par la terre. De Tocoyaga jusqu'à Sainte- Hélène , il peut y avoir six cents lieues de cotes. Ce pays ne fournit ni or ni argents on n'y trouve que les métaux qu'y apporte la mer. Je n'ai pas besoin de dire que le pays est habitable , puisqu'il y a des Indiens qui y vi-^ vent; il est très-favorable aux troupeaux et à la culture : je ne sais si la canne à sucre pourrait y venir ; on l'y a plantée et elle a poussé; mais comme je ne suis pas resté dans le pays, je n'ai pas vu ce qu'elle a produit.Les habitants de toutes les provinces que j'ai nommées, depuis Tocovagachile jusqu'à Sainte- Hélène , sont très-adonnés à la pêche , on y trouve constamment du poisson frais. Ils sont très-adroits à tirer de l'arc et fort traîtres. Je suis bien persuadé que jamais ils ne se soumettront et qu'ils ne seront jamais chrétiens ; je le signerais de mon nom et comme une chose très - certaine et que je sais positivement. Voici quel est mon avis; si on
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ne le suit pas on s'en trouvera mal et plus mal qu'auparavant; il faudrait les prendre tous ensemble, hommes et femmes , après leur avoir fait des propositions de paix , les embarquer et les disperser comme sujets dans les difiërentes iles et même sur la terre ferme, où on les vendrait, ainsi qu'en Espagne Sa Majesté vend des vassaux à quelques grands seigneurs. On parviendrait, parce moyen adroit, à adoucir leurs mœurs. Il faudrait ensuite établir dans cet endroit des Espagnols. Ils pourraient former des habitations , élever des bestiaux et porter secours à quantité de navires qui se perdent sur les côtes de la province de Sotoriva , au port de Saint-Augustin , età la rivière deSan Matheo où les luthériens de France ont établi un fort pour piller tous les bàtiiâents qui arrivent de la terre ferme, soit du Mexique, dil Pérou du des autres contrées. Ils l'ont déjà fliit, et se réfugient ensuite dans la rivière San Matheo où réside le perfide caciqtie de Sotoriva, d'Aliraacani et d'autres villages.
Au bord de la rivière de San Matheo, et à soixante lieues dans l'intérieur y il existe un autre cacique indépendant, qui possède Utina, Saravay, Moloa et beaucoup d'autres villages jusqu'à Nayajuaca, dans laoontréé de Ais^ vers le lieu planté de roseaux où. nos pilotes disent que Pero Melendez a fait la paix avec eux ; ils n'ont ni or, ni argent^ ni perles : ce sont des gueux y de grands coquins et des traîtres. Ils se servent de flèches, et vont nus comme les premiers dont j'ai parlé. En remontant la rivière de San Matheo , on peut aller jusqu'à Tocopaga de l'autre côté de la Floride vers le couchant ; je ne prétends pas dire cependant que l'on doive toujours remonter ce fleuve ; après avoir franchi la barre de la rivière de San Matheo , on pourrait le remonter jusqu'à Asavay, qui est à cinquante ou soixante lieues dansTintérieur^ott bien jusqu'à la province dé Utina où l'on débarquerait pour se diriger vers le nord en remontant de village en village > et arriver à Canogacola dont les habitants sont
sujets de Tocovaga; de là on se rendrait à ce dernier endroit qui est sur le bord d'un autre fleuve très^rand , où est parvenu Soto qui y est mort. Je n'en dirai pas davantage; car, s'il s'agissait de faire la conquête de ce pays ^ je ne pourrais fournir de plus longs détails que ceux que j'ai donnés. Cette conquête serait avantageuse à Sa Majesté, pour la sûreté de ces flottes qui vont au Pérou , à la Nouvelle-Espagne et dans d'autres contrées des Indes ; elles doivent absolument passer près de cette côte et du canal de Bahama , où il se perd un grand nombre de navires et beaucoup de monde, parce que les Indiens sont nos ennemis et tirent trèsbien de l'arc; il serait donc convenable, comme je viens de le dire, d'y avoir un petit fort pour protéger ce canal ; on doterait cet établissement d'une rente que l'on pourrait faire payer au Pérou , au Mexique , aux îles de Cuba et des autres parties des Indes , et qui serait destinée à l'entretien et à la paye des soldats qui garderaient ce fort ; c'est tout
ce qu'il y a à faire , si ce. n'est de s'occuper de la pêche des perles , car ce pays n'a pas d'autres richesses ; c'est dans ce sens que je conclus et s'il est nécessaire je le signe de raon nom..
Hernàndo D'escalante.
fontaneda
A cette relation est jointe une feuille déta^ chée y sur le recto de laq^éelle on lit ce qui suit :
Colomb découvrit les îles.Lucayes(Yucayos) et celles de Âchiti , une partie de la Floride et d'autres îles près de Saint-Domingue.
Les lies Lucayes se divisent en trois grou* pes , savoir : 1* les îles de Bahamà ; 2*" les îles Organos ; 3* les îles de los Màrtires qui touchent les bas-fonds des îles des Tortues vers le couchant. Ces bas-fonds sont composés de sable y et par conséquent on ne les voit pas de loin ; c'est pour cela qu'il se perd beaucoup de bâtiments sur les côtes des îles de Bahamà 5 des Tortues et de los Màrtires.
38 RECUBIL DE PIÈCES
La Havane est vers le sud ; la Floride est au nord; entre la Havane ou File de Cuba , et la terre ferme, sont les iles deBabama, d'Orcanos, de los Màrtires et des Tortues.
Il existe un canal dont la largeur , dans l'en* droit le plus étroit, est de vingt lieues , il s'étend de la Havane aux Martyrs et des Mai^tyrs a la Floride ; il a quatorze lieues entre les iles du côté de l'Espagne ou pour mieux dire vers l'orient ; du côté du couchant il en a quarante dans sa plus grande largeur^ on y trouve beaucoup de ba^-fonds ; il y a quel* ques passages profonds , mais il est impos*sible aux navires et aux brigantins, même aux plus petits, de le franchir excepté du coté de Test et du nord-est; les canots même n'y peuvent pas passer ; néanmoins on trouve un passage vers l'ouest pour se rendre de la Havane à la Floride, mais il n'y en a pas pour aller en Espagne , si ce n'est le canal principal de Bahama , entre la Havane et les Martyrs , les îles Lucayes et le cap du Gana-<
SUR LA FLORID£. 39
beral; on ne peut passer par aucun autre
endroit. Si l'on voulait prendre une route
plus courte! on pourrait traverser la Floride
en suivant la large rivière de Toœbaga , et la
rivière de San Mathco de l'ouest à l'est , non
pas sur des vaisseaux , mais par terre. Les me*
mes bâtiments pourraient faire oonstamment
le trajet de la Floride au Mexique , pendant
que d'autres iraient de la Floride en Espagne.
Je rapporterai y en général , quelques faits
touchant la Floride et une rivière que l'on
appelle la rivière de Jourdain , qui est dans la
partiescptentrionale^oùmouTurentHernando
de Soto 9 les capitaines Salinas , Francisco Rei<-
noso et d'autres religieux^ dont les uns ont
souffert le martyre^ et dont d'autres ont été
esclaves; j'en ai vu quelques-uns de vivante
qui étaient prisonniers (4 ) . Je dirai quels sont
les traits ^ les aliments et la manière de se vêtir
des habitants d'Apalachi ^ de Mogozo et d'au-
(1) Voyez son autre mémoire.
très villages situés plus bas, qui sont: Tocobaga, Osiguevede, Carlos ^Ais, Lonsobe et beaucoup d'autres dont je parlerai ; mais Je ne m*occuperai pas de tous. Je traiterai chaque chose à part, en coinmençant par les îles Lu* cayes et celles de los Màrtires.
Les Indiens d'Apalachi vont nus; les Indiennes portent des tabliers d'une herbe qui vient sur les arbres et qui ressemble à de la laine , comme je l'ai déjà dit. Ils se nourrissent de cerfs, de renards, de vaches qui sont couvertes de laine, et de beaucoup d'autres animaux. Ces Indiens perçoivent certains tributs d'or commun qui est mêlé avec de l'or fin, et beaucoup de veaux tachetés; une rivière, qui appartient à ce village , produit les perles dont nous avons parlé. Les habitants se servent de l'arc; ils sont rusés; néanmoins avec un interprète adroit on pourrait facilement les gagner. Ce sont les meilleurs Indiens de la Floride, ils valent mieux que les habitants de Tocobaga y de Carlos, d'Ais, de Tegesta, et mieux aussi
que d'autres dont il a été déjà question et qui s'étendent jusqu'à la rivière du Jourdain. Les Indiens d'Âpalachi sont soumis à ceux d'Olagale et de Mogoso et à d'autres qui habitent au delà de la montagne d'Âite ^ et qui sont les Indiens les plus riches; leurs villages sont les plus importants ; j'ai résidé deux ans parmi eux ; ils ont beaucoup d'or de bas aloi , mêlé à de l'or fin ; mais dans toute la côte y dont j'ai parlé dans ce mémoire, il n'y a ni or de bas aloi ni or fin. Tout ce qu'ils en possèdent vient des vaisseaux de la Nouvelle- Espagne et du Pérou qui sont assaillis par la tempête dans le canal de Bahama , et qui vont faire naufrage sur les côtes couvertes de ro^ seaux ou des Martyrs, qui se nomme Chichijaga, cap des Martyrs. Je déclare qu'en substance tout ce que j'ai dit plus haut est vrai, bien que je n'aie pas nommé tous les noms des villages, parce qu'ils sont trèsdifférents les uns des autres et que je ne m'en souviens pas ; je m'arrête.
présente aujourd'hui une occasion de vous faire savoir quelque chose de nouveau y ce à quoi je ne manque jamais ; je crois que cela vous sera agréable d'après le caractère que je vous connais, et sachant que vous avez eu toujours d'excellentes dispositions.
Je suis parti de la Havane avec toute ma flotte le dimanche 18 mai, quoique j'eusse écrit que je ne lèverais l'ancre que le vingtcinq , mais je suis parti plus tôt pour profiter du vent qui était favorable et qui fut suivi de calmes aussitôt que nous fûmes entrés dans le golfe. Cependant ces calmes ne furent pas si continus que nous ne pussions en huit jours parvenir à cette côte, ce qui eut lieu le jour de la Pentecôte. Nous manquâmes le port de cinq ou six lieues , sans qu'aucun de nos pilotes pût reconnaître où nous étions.
Je fus donc forcé de monter à bord des brigantins et de le chercher; nous employâmes trois jours , tant à cette recherche qu'au séjour que nous y fîmes; une autre cause
de ce retard ; fut que nous ne connaissions pas le canal qui est un golfe de douze lieues et plus de profondeur. Cette perte de temps me força d'envoyer Vasco Porcallo de Figueroa , mon lieutenant-général , à bord des brigantins pour s'emparer d'un village qui était au fond du golfe ; j'ordonnai de débarquer toutes les troupes et les chevaux sur un endroit de la plage y où avec bien de la peine je fis ma jonction avec Vasco Porcallo , le dimanche de la trés-sainte Trinité : les Indiens effrayés abandonnèrent entièrement le pays et pendant trente lieues nous ne trouvâmes pas un seul homme. Quand je fus arrivé ici , j'appris qu'un chrétien était au pouvoir d'un cacique; j'y envoyai Baltasar de Gallegos avec quarante cavaliers et autant de fantassins pour qu'il cherchât à se procurer cet homme. Après avoir lait une journée de marche , cet officier le rencontra avec huit ou dix Indiens qu'il m'alnena^ nous ne fûmes pas peu satisfaits de l'avoir trouvé; il connaissait la lànguédu pays
48 RRGUEIL DE PIÈCES
que ce que je vois de mes propres yeux, quoique je les aie menaces de la mort s'ils me trompaient. L'Espagnol qui comprend la langue de ces Indiens nous a rendu les plus grands services, et sans lui je ne sais pas ce que nous serions devenus. Gloire soit rendue à Dieu , tout s'est passé suivant sa volonté, il semhle prendre un soin tout particulier de cette expédition qui ne se fait que pour lui , et je lui en rends mille grâces. Il y a en mer quatre-vingts fantassins dans les barques, et mon général est resté à terre avec quarante cavaliers dans l'intention de rejoindre Juan d'Anasco qui a découvert environ mille Indiens. Le général les a poursuivis pendant la nuit , mais il n'a pu les rejoindre à cause du mauvais état de la route. Quand nous serons tous réunis je ferai ma jonction avec Baltasar de Gallegos pour aller en corps hiverner à Ocale où , si Ton dit la vérité , nous trouverons tout ce dont nous avons besoin. Dieu veuille qu'il en résulte quelque chose d'avantageux
pour le service de Dieu notre Seigneur et que je puisse me rendre utile à vos Seigneuries , ainsi que je le désire. Malgré toutes les occupations que j'ai ici je n'oublie pas mon attachement aux personnes qui sont dans votre pays et l'obligation dont je leur suis redevable; mais je ne peux pas les visiter en personne; je crois d'ailleurs qu'elles n'ont pas besoin de mes services. Occupé, comme je le suis, vous augmenterez encore les obligations que je vous ai , si vous vous employez à tranquilliser le pays et à le bien administrer. Je recommande toujours au licencié les affaires de la justice , afin que le service de Dieu et celui de Sa Majesté soient bien faits, et je lui en serai reconnaissant. Nous-mêmes nous serons satisfaits d'avoir fait tout notre devoir comme c'est l'habitude de vos Seigneuries. Quant à moi , je conserverai toujours la même opinion que j'ai de vous et je ne cesserai de vous en être obligé. Pour ce qui regarde l'affaire
du bastion dont la construction a été com* 20. 4
mencéeàmon départ, comme il se pourrait fiiire que n*en ressentant pas un besoin pressant on ne l'eût pas achevée , vos Seigneuries me rendront service en le faisant terminer ; car chaque jour il peut se présenter une occasion où il soit utile : c^est d'ailleurs une chose fort nécessaire à cette ville et je vous en serais très-reconnaissant. Je prie Dieu de conserver vos très-nobles personnes et de les Ikire prospérer autant que je le désire et que vos Seigneuries le méritent. Dans cette ville et port du Saint-Esprit de la province de la Floride, le neuf juillet 1539; le serviteur de
vos Seigneuries,
Hernando de Soto.