PAR FRÈRE GREGORIO DE BETETA
Ayant eu plus de facilité et de temps que je n'en ai présentement , j'ai commencé à noter et à écrire ce qui chaque jour s'est passé pendant le voyage à la Floride , dans la crainte que l'oubli {prœter intentionem ) ne m'en fit écrire plus ou moins que la vérité. J'ai tou* jours pensé que selon sa bonne ou mauvaise réussite ^ cette affaire serait très-heureuse ou très-désastreuse ; ce que j'ai bien prouvé en restant seul dans un pareil désert, sans autre appui que ma confiance en Dieu.
Sans parler en détail de notre départ et de ce (pli arriva depuis la Vera-Cruz et la Havane Jusqu'à ce que nous fussions en vue lie ce pays, ce qui eut lieu la veille de la glorieuse Ascension de Notre-Seigneur, je dirai en peu de mots ce que le temps me permettra de rapporter ; car je suis dans la chaloupe qui me porte à terre , où Je dois rester seul , quoique Je sache que je devrais plutôt penser à mes péchés, et les pleurer comme un pauvre exilé dont Dieu seul connaît le destin. Je nie réjouis cependant d'entreprendre ce travail pour pouvoir rendre compte à qui de droit d'une entreprise aussi importante que celie-ci.
Quand nous fûmes arrivés en vue de ce pays, ce qui, comme je l'ai dit, eut lieu la veille de la glorieuse Ascension de Notre-Seigneur, nous jetâmes l'ancre sur deux brasses de fond à vingt-huit degrés environ. Le lendemain, qui était la fête, au point du jour la chaloupcvintà terre avec cinq ou six marins, et malgré le pilote qui leur avait défendu d'à-
border et qui leur avait dit de reconnaître seulement la côte et de voir s'il y avait un port pour le vaisseau; ils firent tout le contraire, car ayant vu de très-beaux arbres , ils résolurent de débarquer. Au moment où ils avaient mis pied à terre , un d'eux aperçut ti*ois Indiens et se mit à crier : Des Indiens / des Indiens !hes autres, sans regarder où ils étaient ou d'où ils venaient, s'emparèrent, les uns des rames , les autres du màt de la barque. Un d'eux, pensant que déjà les Indiens étaient tout près , dit : « Parbleu , je suis sur qu'ils défoncent notre barque. » Enfin, ils s'en allèrent, et avant d'avoir regagné le navire, il vint un coup de vent si violent que ce bâtiment chassa sur ses ancres; et comme il était en danger le pilote donna l'ordre d'appareiller, et en vérité , plusieurs personnes de l'équipage auraient mieux aimé se trouver parmi des Indiens que d'être exposés à cette tempête. Le vent s'étant calmé et le temps étant devenu meilleur, le pilote donna Tordre de carguer
les voiles ; et les autres regagnèrent peu à peu le navire. Aussitôt qu'ils furent montés à bord ils contèrent ce qui leur était arrivé ; je priai le pilote de leur faire une réprimande^ afin qu'ils ne recommençassent pas une autre fois; puis, voyant qu'il n'y avait pas sur cette côte d'apparence du port que nous cherchions et qui pourtant était bien près de là ^ nous nous éloignâmes, pensant qu'il était plus haut vers la baie de Miruelo ou d'Apolachi. Nous arrivâmes à la hauteur de vingthuit degrés et demi ou vingt-^neuf degrés ; la chaloupe se rendit aussitôt à terre, nous y montâmes, le frère Juan et moi ; quand nous eûmes fait trois lieues, nous vîmes la terre; nous fîmes encore trois lieues , en avançant à quatre, à trois et à deux brasses de fond, et enfin nous parvînmes dans une petite baie où nous sautâmes tous à terre; je n'y restai pas parce qu'il y avait dans le bois près duquel nous débarquâmes , six Indiens qui nous tirèrent un grand nombre de flèches; ce fut
une grande bévue que l'on commit en n'allant pas dans la prairie découverte ^ où nous pouvions être maîtres des ennemis^ et en entrant au contraire danslebois; nous passâmes la nuit dans une petite ile assez éloignée de la terre ; là nous commîmes une autre négligence, ce fut de ne pas mettre la chaloupe à sec sur le rivage , à l'instant même, ce qui nous força d'attendre à la marée du matin. Deux seuls canots d'Indiens auraient pu nous faire bien du mal. Dans la matinée, nous fimes encore trois lieues pour chercher un port, et comme nous ne trouvâmes rien de bon, nous retournâmes à notre vaisseau qui était à neuf lieues de nous, quoiqu'il en eût fait trois pour venir nous chercher. Un fort coup de vent avait été cause que nous nous étions trouvés si loin les uns des autres; mais comme nous nous étions souvent rapprochés et puis séparés de nouveau, je priai plusieurs fois le pilote d'empêcher que cela n'arrivât encore ; car fréquemment on se trouve surpris au moment
il2 RECUEIL DE PIÈGES
OÙ Toi) s'y attend le moins. Je n'osais pas trop parler^ car il ne manquait pas de gens qui me disaient que mes craintes épouvantaient les marins. En partant de là nous rebroussâmes chemin et nous allâmes jeter l'ancre près de l'endroit où nous avions reconnu la côte ; le pilote et les marins allèrent à terre dans ]a chaloupe pour découvrir un port ou des traces d'Indiens; je l'accompagnai avec Le père Diego de Tolosa, Nous parcourions une baie sans craindre les Indiens, et au moment où nous y songions le moins , quelqu'un se mit à crier : Les voilà ! les voilà ! Au moment où nous jetions le harpon, nous aperçûmes trois ou quatre cabanes de pêcheurs. Le frère Diego etFuentes, qui était un excellent homme, très-pieux, me prièrent de les laisser débarquer. Comme il paraissait qu'il n'y avait personne et que le pilote était de mon avis, je crus qu'il valait mieux débarquer pour s'assurer s'il se trouvait quelque habitant, que de retourner abord sans nouvelles; d'au-
tant plus que déjà quelques religieux étaient disposés à sauter à terre et à gagner les forêts, lorsqu'ils reconnurent que le pilote ne trouvait pas la baie du Saint-Esprit (l). Voyant cela , je crus que je devais les laisser faire ; je ne pus d'ailleurs y mettre d'obstacle; car il y avait au-dessus de moi quelqu'un qui les commandait.
Le\religieux et ce brave homme voulaient pénétrer à deux lieues dans l'intérieur; pour les en empêcher , je leur dis : « Il faut qu'il \ n'y en ait qu'un qui descende à terre , et si l'un de vous ne consent pas à y aller seul , je débarquerai , moi. » Ils me prièrent beaucoup de les laisser aller tous deux : cela ne me parut pas convenable, par la raison que j'ai déjà donnée; enfin , le religieux débarqua : je lui dis que s'il ne voyait pas d'Indiens il fallait qu'il montât sur un arbre , et observât de là le pays sans pénétrer dans l'intérieur; il le fît, et pendant
(1) C'était au contraire pour ne pas aller à la baie du Saint* Esprit. ( JVote de Mu^z.)
(]ii'il regardait de côté et d'autre^ il arriva un Indien ; puis il en sortit d'autres d'entre les arbres; ils s'approchèrent du religieux; enfin il en vint quinze à vingt; nous nous réjouîmes tous devoir nos désirs accomplis. J avais toujours eu l'intention de rester trois ou quatre heures dans la chaloupe , pour observer s'il venait d'autres naturels; mais je vis qu'il fallait y renoncer, parce que les pilotes et les marins étaient déjà fatigués. Quand nous eûmes vu les Indiens, je fis débarquer l'interprète : c'était une Indienne du pays que nous avions amenée jde la Havane. Le bon Fuentès descendit à terre .avec elle. Le pilote ne voulait pas me laisser partir ; mais , persuadé que par le moyen de l'iîiterprète , et en leur faisant quelques cadeaux, ils ne feraient pas de mal aux religieux, je levai les pans de ma robe- sans rien direau pilote , et je me jetai à la mer où j'eus de l'eau jusqu'à la ceinture. Dieu sait avec quelle hâte je courus pour empêcher que les Indiens ne tuassent le religieux avant de savoir le but
de notre voyage. Arri vé sur la plage , je me jetai àgenoux, j'implorai la grâce et la protection divine; je courus à la plaine où je les trouvai réunis. Avant d'être arrivé auprès d'eux, je répétai ce que j'avais fait sur la plage, et m'étant levé , je tirai de ma manche différents objets de Flandre, qui, quoique presque sans valeur pour nous , eurent un grand mérite à leurs yeux.
Aussitôt ils arrivent près de moi j je leur donne une partie de ce que j'apportais, je m'approche 4u religieux, je l'embrasse avec un vif plaisir; nous nous mettons à genoux tous deux, avec l'Espagnol et l'Indiepne, puis ayant tiré mon livre , nous récitons les litanies en nous recommandant à notre Seigneur et à ses saints; les Indiens s'agenouillent comme nous; d'autres s'accroupissent, ce qui me fait le plus grand plaisir; mais, comme ils se releYcnt, je ne récite que la moitié des litanies ; je m'assieds avec eux dans une baraque de feuillage , et j'apprends bientôt où sont le port etla baie que nous cherchons; ils sont si-
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tués à une journée et demie en s'y rendant par terre. Nous leur faisons part de notre projet
et de nos désirs.
L'Indienne, voyant que nous étions si amis, en était trés-con tente, et nous dit : « Père, ne » t'ai-je pas dit que lorsque je leur aurais » parlé, ils ne te tueraient pas; ces gens sont » de mon pays, ils parlent ma langue? » Dieu sait combien nous nous réjouîmes de Tamitié qu'ils nous témoignaient. Le religieux et moi nous étions rouges de leurs embrassements , et nous ne tenions pas dans nos habits de contentement. Je voulais m'assurer si nous étions en sûreté et s'ils nous laisseraient librement aller à la chaloupe. J'usai de ruse et je leur dis que j'avais autre chose à leur donner, que j'allais chercher; la vérité est que je le portais dans ma manche, et je ne voulus pas donner tout, afin de me réserver ce moyen.
Je m'en allai et je revins. J'en trouvai un si grand nombre qui venaient m 'embrasser, que je ne pouvais me séparer d'eux. Vraiment on
doit croire que leur affection et leur amitié étaient plutôt pour ce qu'ils désiraient que pour nous. Cependant les cadeaux servent à procurer l'amitié; on voit cela tous les jours, et l'on dit que les actions prouvent l'amitié , et que les présents dissipent les chagrins; je me réjouissais de voir qu'ils nous recevaient bien à cause de ces choses temporelles , espérant que l'attachement et l'affection détachée d'intérêt viendraient peu à peu, ainsi que la crainte respectueuse qui les suit; c'est après cela que naît la véritable affection. Je fus fort étonné de voir que tous demandaient de grands chapelets, des couteaux, des coutelas, et qu'ils ne les emportaient pas. Ils n'osaient rien prendre de ce que j'avais devant moi, et même ayant présenté ces objets au frère du cacique pour qu'il les partageât, il me dit, par l'entremise de l'interprète, d'en faire le partage moi-même.
Cependant le pilote mepressaitbeaucoupde m'embarquer; ce qui ne me convenait pas. Le,
religieux dit qu'il désirait rester avec Fueiitès, et l'interprète, qu'elle s'en irait par terre. Je ne pouvais pas l'en empêcher, car quelqu'un de plus puissant que moi commandait. Il resta si ferme dans son dessein qu'un marin alla deux fois à terre et revint sans que le religieux témoignât lesdésir de se rembarquer ; un Indien monta dans la chaloupe et demanda qu'on le conduisit à bord du navire. Quand il eut reçu un présent y il retourna à teri*e. Nous reçûmes beaucoup d'autres preuves d^araitié qui nous firent le plus grand plaisir. Je dis au religieux de m'attendre pendant que J'irais au navire; que je lui rapporterais des vivres et des présents pour le cacique. Comme je m'embarquais, un Indien entra avec moi dans là chaloupe j nous nous rendîmes au bâtiment fort satisfaits, et les gens qui étaient à bofd se itiontrèrent enchantés de nous voir ; je donnai aussitôt des vivres et des habillements auj^ In-* diens , et nous retournâmes au lièll où était le t*êligieuxr Quand nous fumes à trois jets de
pierre du rivage ^ je dis au capitaine qui cominandait la chaloupe : « Notre camarade ne * revient pas, c'est mauvais signe. » Quand nous fumes à deux jets de pierf e , je dis : « Cela va encore plus mal. » Et quand notis fùmels à un jet, comme il ne venait pas, je recommandai au capitaine' de faire attention à la chaloupe et de préparer tout pour prendre la fuite ou pour nous garantir des flèches* Sut' ces entrefaites, cinq ou six Indrens, qui étaient sur le rivage > nous attendaient avec du poisson danslei» mains. Quand nous (Vîmes proches, ils nous invitèrent plusieurs fois à descendre et à venir le prendre ; en disant que le cacique était dans des cabarieè avec les chrétiens. IVous restâmes longtemps ainsi, tandis que les Indien^ attendaient que nous débarquassions; nous voulions voir s'ils viendraient à la chaloupe. Un marin se jeta à l'eau sans rien dire , dans l'intention d'alleîr thercher le poisson , pensant qu'il y avait autant de sûreté qiie le matin ; il se dirigea verô les cabanes.
Un Indien s'approcha de lui sans être aperçu , le prit par le bras et le conduisit de côté et d'autre. Sans doute ce pauvre homme sentit aussitôt l'effet du poison ^ car il me pria en toute hâte de venir auprès de lui avec une croix : je lui dis d'aller chercher le religieux , mais il alla je ne sais où. Il revint avec l'Indien h son côté^ et dit que le moine n'était pas loin de là avec le cacique; il m'engageait à le rejoindre avec la croix , pensant que si nous étions ensemble nous pourrions plus facilement recouvrer la liberté. En homme sans cou^ rage je l'abandonnai , afin de conserver mes jours pour une circonstance plus importante et semblable à celle où je me trouve aujourd'hui; enfin , je lui dis : « Venez ici, je me ren- » drai là bas; » il me répondit : « Les Indiens ne )> veulent pas me laisser partir ; » ce qui me fit conclure que le religieux et son camarade se trouvaient dans la même position. Nous restâmes jusqu'après le coucher du soleil pourvoir s'il n'y aurait pas quelque moyen de les revoir;
enfin nous partîmes fort tristes et avec des sentiments bien différents de ceux que nous éprouvions le matin. Le lendemain je retournai avec Fr. Grégorio, regardant si aucun Indien ne se montrait sur le rivage. Mais comme on ne vit personne, la chaloupe revint au navire qui mit aussitôt à la voile dans l'espoir de retrouver le religieux et l'interprète au port, ou du moins d'avoir de leurs nouvelles.
Nous employâmes huit jours pour arriver à l'entrée de la baie, et il nous fallut huit autres jours pour y entrer; elle avait six à sept lieues de large ; nous y entrâmes pour y faire de l'eau , et nous eûmes bien de la peine à en trouver. Le jour de la Fête-Dieu nous allâmes à terre , Fr. Juan et moi ; nous célébrâmes la messe ensemble, et ensuite on transporta l'eau que nous étions venus chercher. Le jour suivant nous craignîmes fortement de nous être trompés et d'avoir manqué le port , car le navire ne pouvait pas y
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entrer; il n'y avait que deux brasses d'eau et il était encore à trois lieues des cabanes ; nous allâmes pour les voir et pour observer si quelqu'un se montrait. Fr. Grégorio m'accompagnait; nous aperçûmesau sommet d'une petite colline une bonne cabane à la porte de laquelle était un Indien qui y malgré tous les signés que nous lui fîmes de venir prendre une chemise ^ ne quitta pas sa place : nous la lui laissâmes , attachée à un pieu près du port de la mer ; nous nous rendîmes à d'autres cabanes qui étaient à gauche^ à unis lieue de la colline; n'ayant aperçu personne , nous jetâmes le harpon ; nous fîmes un repas et nous dormîmes tous pendant quelque temps; personne ne se montra jusqu'à ce que nous eussions remis à la voile. Alors il vint un Indien tenant un bâton au soitimet duquel était attachée une poignée de palmes blanches ; il était accompagné d'un autre Ihdien qui , en courant bien fort , cria : a Àmigo^ , buôno , bueno ! » et autres paroles espagnoles^ qu'ils avaient
sans doute apprises des Espagnols qui étaient venus avant nous dans ce pays. Arrivés sur la plage ils nous firent signe de la main en disant : « J^en acoj ven aca {Païens iciy viens ici) ; espada no , espada no ( épée point ) » ^ comme s'ils avaient voulu nous dire qu'ils étaient en paix, et qu'ils n'avaient point d'armes. Je leur dis dans leur propre langue: « He osaulbuta », ce qui veut dire , nous sommes des hommes bons : tous répondirent ensemble à haute voix la même chose. Nous fîmes tous nos efforts pour les engager à approcher de la chaloupe; nous leur montrâmes des chemises ; et comme ils ne s'approchaient pas, nous primes le parti d'aller au-devant d'eux ; nous entrâmes dans l'eau jusqu'à la ceinture, le Fr. Grégôrio et moi , tenant chacun une chemise ; ils avancèrent peu à peu paraissant trèstimides. Enfin , quand celui qui portait le signal de paix fut près de nous, il le donna au Frère qui lui remit la chemise, l'autre prit celle que je lui donnai. Nous commençâmes
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par leur faire entendre par signes que nous désirions qu'ils nous rendissent le religieux , les chrétiens et l'interprète; ils nous le promirent , après quoi ils se rendirent à leurs cabanes et nous retournâmes au bâtiment fort joyeux. J'oublie de dire qu'après que les deux premiers se furent présentés , trente hommes, fort bien disposés , sortirent de derrière des pins; ils n'avaient pas de flèches, et nous faisaient des signaux de paix . en disant : a Espada nOf daca machette {Pas dépée^ donnez-moi une haché). » Nous retournâmes au vaisseau espérant apporter d'excellentes nouvelles , mais on nous en donna de meilleures encore : on nous dit qu'un soldat de l'expédition de Soto, qui avait abandonné son chef, était venu à bord dans un canot. Je ressentis la plus grande joie de cette nouvelle, car je pensai qu'elle devaitétre très-favorable à l'exécution de nos projets; mais cette circonstance les détruisitau contraire entièrement. Cet homme ayant dit que les Indiens qui avaient reçu le religieux et ses
compagnons les avaient tués à l'instant même où je les avais quittés^ mais qu'ils gardaient en vie le marin , je lui demandai comment il en avait eu connaissance; il me répondit : Je l'ai souvent entendu répéter aux Indiens qui les ont tués, et même un Indien m'a montré la peau de la tonsure du religieux , qu'il portait en évidence; et il ajouta qu'en les tuant ils avaient fait toutes sortes de cérémonies , et tenu de longs discours. Tout cela était à la vérité terrible et bien affligeant pour nous tous, mais n'avait rien d'étonnant, et ce sont de ces choses qui ne peuvent manquer d'arriver dans les entreprises pour la propagation de la foi. Je ne m'attendais pas à moins que cela; combien de fois j'ai réfléchi à l'exécution dé cette entreprise, et pensé qu'on ne pouvait y réussir sans perdre beaucoup de sang ; c'est ainsi qu'ont fait les apôtres , et ce n'est qu'à ce prix que l'on peut introduire la foi et la religion ; c'est par de semblables sacrifices qu'elle est parvenue jusqu'à nous. Puis-
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qu^il en est ainsi ^ lorsqu'on se destine à la propagation d'une si sainte loi , il ne faut pas se laisser abattre par la considération de ce qu'il en coûte, mais s'attendre à ce qu'il arrive des malheurs semblables , et en être témoin comme je l'ai été dans ce pays ; autrement il faudrait abandonner une si noble entreprise ; car, certes, le navire n'aurait pas fait de progrès s'il était retourné à Mexico avec de si tristes nouvelles ; c'était pour moi une occasion de voir les plus terribles choses dont on puisse être témoin dans ce monde , et néanmoins cen'aurait pas été le plus grand mal que j'eusse éprouvé si notre Seigneur l'avait ordonné. La mission n'aurait pas eu lieu ; si nous étions retournés sur nos pas pour rapporter ces nouvelles, tout le monde en aurait conclu que ces peuples étaient des infidèles qui méritaient la mort, qu'il fallait venir leur faire la guerre, et conquérir leur pays, quoique je sois fermement persuadé que notre roi et ses conseillers , en hommes sages et craignant d'of-
fenser Dieq, n'auraient pas donné de pareils ordres eii considération de ce seul fait. J'ai oublié de raconter plus haut ce qui arriva lorsque nous descendin^es à terre. Avant que nous eussions reçu des nouvelles par le chrétien qui vint à bord comme la veille (1) , les Indiens nous avaient promis de ramener l'interprète et le religieu?^ ; nous nous rendîmes à terre très-joyeux j mais les traîtres étaient passés de l'autre côté dans l'endroit où nous les avions vus la première fois , c'est-à-dire du côté de Test. Avant de se montrer , ils nous firent attendre fort longtemps , pensant que nous débarquerions tout d'un coup ; ils jetèrent des cris, et pour nous faire venir vers euK, ils firent semblant de s'approcher de nous. Nous ne voulûmes pas nous rendre tout droit du côté des pins où ils étaient, parce que nous craignions une embuscade ; mais nous nous rendîmes plus avant dans un
(l) Dimanche 23 juin. (Not$ de Muûoz,)
endroit découvert. En les vovant sortir comme malgré eux de l'endroit où ils étaient ^ nous crûmes nous apercevoir qu'ils avaient des coiffures de guerre , ou du moins que leurs flèches et leurs arcs étaient cachés à leurs pieds. Quand nous fûmes arrivés à la plage et sans que nous leur fissions signe d'approcher, un d'eux se jeta hardiment à la mer comme s'il s'y fût précipité pour sauver ses jours , s'approcha de moi et me donna un poisson qu'il avait dans la main. J'allai aussitôt lui offrir une chemise; mais comme il ne put pas la prendre aussi vite qu'il aurait voulu, un de mes camarades, ennuyé de cela , lui donna une tunique ou casaque , ce qui prouve qu'il est bon d'avoir quelque chose à leur donner, et me fit beaucoup gronder de ce que cet homme avait fait un présent si considérable; quand l'Indien eut reçu la chemise , il arriva un autre Indien avec beaucoup de poisson , je ne voulus pas le prendre et je lui donnai je ne sais quel objet; quand il l'eut
pris il me demanda une croix de bois haute de plus de deux palmes ^ que j'avais à la main ; pensant qu'il voulait l'avoir pour la jeter à la mer ou pour en faire quelque chose de semblable^ je ne la lui donnai pas. Il réitéra plusieurs fois sa demande; enfin je dis à mes compagnons de la lui donner, ce qu'ils firent. Aussitôt qu'il Veut reçue ^ il la baisa avec passion^ s'enfuit précipitamment à terre et la fit baiser à une Indienne ; c'était notre interprète, que nous ne reconnûmes pas parce qu'elle était nue ; il la fit baiser à chaque Indien l'un après l'autre , puis il se rendit auprès d'autres naturels plus éloignés, en emportant sa croix avec le plus grand plaisir du monde. Je fus ravi de cet événement, qui me donna de bonnes espérances pour l'avenir. L'Indienne nous engageait à débarquer en disant : « Venez ici ; ils n'ont pas d'arcs. » Un des gens de la chaloupe cria : a C'est Madeleine l'interprète. » Personne ne pouvait le croire , et
malgi'é tout ce que nous lui dîmes pour l'enâo 9
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gager à s'approcher , afin que nous pussions la reconnaître, elle ne le fit pas, parce que les Indiens l'en empêchaient. Enfin , voulant savoir positivement si c'était bien elle, je me jetai à la mer ayant de l'eau jusqu'à la cein* ture, et je m'avançai jusqu'à moitié chemin.
Elle s'approcha de la plage , et c'est ainsi que je pus la voir , lui parler; et je vis que c'était l'interprète , ce qui me fit grand plaisir. Je le dis à ceux qui étaient dans la chaloupe. Le Fr. Juan se mit à l'eau et arriva près de moi. L'interprète nous dit diflerentes choses , entre autres que le religieux et les deux chrétiens étaient tous deux chez son cacique. Elle nous trompait, parce que les caciques lui avaient fait des menaces, si elle disait la vérité. Elle nous fit savoir que tout le pays s'était soulevé , pensant que c'était une armée qui arrivait; qu'elle avait dit aux Indiens que nous n'étions pas plus de quatre religieux , et que nous ver nions pour leur prêcher des choses surprenantes ; et elle ajouta que cinquante ou soixante
SUR LA FLOKIDE. 131
hommes s'étaient réunis dans cet endroit.
Sur ces entrefaites , Fr. Gregorio , qui désirait avoir une occasion d'aller à terre, sauta de la barque et vint près de moi , je causai avec Fr. Juan et l'interprète ; elle me dit : « Adieu, je m'en vais demain matin; envoiemoi telle et telle chose. » Fr. Juan Garcia l'accompagna à terre dans l'intention d'y rester ; je retournai à la chaloupe sans avoir été à terre, car je me suis toujours méfié des perfidies desindiens. Peu d'instants après je priai Fr. Juan de revenir k la chaloupe pour voir si on le laisserait aller; il m'assura que certainement les Indiens ne le permettraient pas; il arriva pourtant enfin à la chaloupe. Fr . Gregorio resta et je retournai pour lui parler et nous entendre ensemble, afin de nous voir le lendemain; je voulais lui dire aussi les moyens qu'il devait prendre afin que l'on fit débarquer les chrétiens en cet endroit. Je fis ensuite déballer beaucoup de présents de différentes sortes pour le cacique et les autres Indiens , à qui
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on les distribua. Fr. Juan était reste dans la chaloupe , je le vis entouré d'Indiens , je fus étonné de voir qu'ils s'avançaient si loin en mer^ et que les marins les avaient laissés approcher de l'embarcation. J'appris depuis que les religieux dépouillaient les marins ; à l'un ils étaient la chemise ^ à un autre la casaque ou le bonnet pour les donner aux Indiens; je fus ensuite fort embarrassé pour dédommager ces hommes j et je leur donnai en échange des objets que nous avions apportés. Dans cette occasion les religieux comprirent aussi combien il était avantageux d'avoir quelque chose à donner aux naturels; c'était moi qui m'étais procuré ces objets , qui les avais apportés ; jamais je ne m'en suis repenti et moins encore en ce moment. Ce que je vis alors de mes yeux, je l'avais déjà compris en esprit, et j'avais lu dans les Docteurs , saint Thomas, Vitoria, Gaétano, et cette doctrine est approuvée par les saints décrets, qu'il est convenable d'apporter aux infidèles de bonsexem-
ptes, et des présents. Four en revenir à notre sujet , les Indiens me laissèrent retourner à la chaloupe ; mais il n'en fut pas de même du Fr. Gregorio qui voulait rester avec eux. Ils le forcèrent de s'en aller, le tenant pi-csque par la main et en employant un peu de violence : ils lui firent signe d'aller à la chaloupe. Ainsi tous les Indiens retournèrent à leurs cabanes feignant de vouloir nous ramener les chrétiens, et nous revînmes au navire, avec le projet de les revoir le lendemain et de leur apporter les haches qu'ils demandaient. Mais quand nous fûmes de retour au bàtimentnousapprîmes la triste nouvelle delà mort de notre compagnon; c'est pourquoi les religieuxetle pilote voulurent à l'instant même retournera Mexico, maisje disque je voulais rester par les raisons que j'ai déjà données.
Avant d'arriver à ce port, voyant combien il était peu favorable à nos projets, soupçonnant déjà que nos camarades étaient morts, ce qui se vérifia, nous étions convenus entre
nous de nous rendre à un autre endroit. Le navire n'était pas propre à la navigation de cette cote; il ne pouvait s'approcher à plus de cinq ou six lieues de la terre, et nous ne savions pas où en prendre un autre pour recommencer un nouveau voyage; on avait été forcé de jeter à la mer toute la viande et tout le poisson qui étaient pourris; chaque jour les marins se révoltaient; personne n'osait aller à terre. La plupart avaient la fièvre; à peine y avait-il quelqu'un qui pût rester à la pompe. On ne retournait pas quatre fois le sablier sans que le navire ne fût plein d'eau. Nous nous décidâmes à retour^ier à la Havane ou à la Nouvelle-Espagne, à y prendre un bâtiment et à nous faire transporter dans un autre endroit. Frère Louis n'était pas trèscontent de ce projet; il résolut de s'exposer plutôt aux plus grands dangers. Le dimanche, veille de saint Jean^ nous retournâmes au vaisseau très-mécontents de n'avoir pas trouvé *K)s compagnons, quoique nous eussions
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causé avec l'Indienne; Fr. Gregorio avait surtout des soupçons parce que les Indiens l'avaient chassé de force. Quand nous fûmes arrivés au vaisseau, nous v trouvâmes un Espagnol nommé Juan Munoz, qui était resté dans ce pays depuis l'expédition de Soto; il avaitgagné le vaisseau dans un canot, et savait à peine parler notre langue. Aussitôt qu'il fut à bord, il raconta de son mieux comment les chrétiens avaient été tués, à l'exception d'un seul , et qu'il avait tenu dans sa main la peau de la tête du religieux; il répéta la même chose quand nous arrivâmes. La mort de nos compagnons étant certaine, frère Juan Garcia et Gregorio de Beteta dirent à frère Louis que puisque l'affaire s'était passée ainsi , il fallait retourner le lendemain , com me nous étions convenus, pour nous en assurer davantage; que si nos compagnons ne paraissaient pas, on se préparerait à retourner ou à se rendre dans un autre endroit. Frère Louis répondit qu'il était persuadé que ce projet ne
s'exécuterait pas sans qu'il y eut du sang déversé; que y puisque l'on avait tué ses camarades ^ il voulait rester; il croyait retirer plus de fruit de son apostolat dans cet endroit et adoucir les naturels au moyen des présents qu'il avait apportés pour eux. Déterminé à suivre ce partie il ne voulut pas aller à terre le jour de saint Jean pour pouvoir écrire des lettres et préparer les objets qu'il devait emporter. Fendant la journée entière nous employâmes tous les moyens que nous pûmes imaginer pour le dissuader de débarquer; mais nos raisonnements eurent peu d'eflFet et moins encore nos prières dont il se méfia toujours^ surtout dans cette occasion. Mardi matin^ 25juin^ nous entrâmes dans la chaloupe pour aller à terre; quand nous eûmes fait deux lieues, nous fûmes assaillis par un si grand coup de vent que nous pensâmes tous périr; un grand nombre des objets que nous avions avec nous furent abîmés par les vagues. Nous ne pûmes gagner le rivage et nous retournâmes au mouil-
lage. Juan Munoz, qui venait du pays et qui nous accompagnait^ disaitque Dieu ne voulait pas que nous débarquassions^ parce que les Indiens nous tueraient aussitôt^ sachant qu'il avait pris la fuite et que la mort des autres chrétiens était découverte ; qu'ils n'auraient aucune pitié de nous ; et autres choses semblables que tout le monde répétait. Étant arrivés au navire le soir, frère Louis commença à préparer d'autres objets pour emporter. Le mercredi 26 juin nous retournâmes à terre à bord de la chaloupe. Nous ne souffrîmes pas moins du gros temps que la veille; nous ne pensions pas pouvoir aborder ; cependant, comme il était toujours dans la même intention , ne voulant pas remetti^e à un autre jour , nous attendîmes que le vent se calmât un peu ; et enfin , grâce aux eflTorts des rameurs , nous touchâmes le rivage. Quelques Indiens étaient postés sur des arbres, ce qui ne nous parut pas de bon augure. Aussitôt qu'ils nous virent, ils descendirent et
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coururent à une petite hauteur où étaient les autres. Quand nous fumes arrivés près d'eux y nous les appelâmes; ils nous répondirent^ mais personne ne descendit dans la plaine.
Nous étant informés de l'interprète , ils nous dirent qu'elle était dans une maison éloignée; quelques-uns avaient leurs massues et leurs dards sans les cacher. Frère Louis se préparait à débarquer, tandis que le frère Gregorio tachait de le persuader et le suppliait de rester. Les Indiens nous disaient : w Le fugue est- il là? » {jrague signifie esclave.) Juan Munoz se leva et leur dit : « Que lui voulezvous? c'est moi; pensez-vous le tuer comme vous avez tué les autres? vous ne nous tuerez pas , car on sait ce que vous avez fait. » A ces mots ils parurent se troubler; frère Louis lui dit : i< Taisez-vous, mon frère, ne les fâchez pas. » Frère Gregorio répondit : « Il ne peut pas y avoir au monde de gens plus irrités que ceux-ci ; c'est pourquoi , pour l'amour de Dieu , attendez un peu , ne débarquez pas. >m
Sun LA FLORIDE. 139
Il ne voulut pas l'écouter et se jeta à l'eau , puis gagna le rivage; nous étions à une portée d'arbalète de la colline. Arrivé à terre, il demanda une petite croix qu'il avait oubliée, et quoiqu'il n'y eut pas de danger à la lui porter, je lui dis : « Mon frère, par charité, je prie votre révérence de venir la chercher, car il n'y a personne ici qui puisse vous la porter ; » les matelots étaient en effet de bien mauvaises gens. Il gagna la plage et nous nous rendîmes avec la chaloupe du côté de la colline où étaient les Indiens. Aussitôt qu'ils s'aperçurent que nous allions vers eux, ils commencèrent à battre en retraite. Frère Louis nous cria de nous arrêter , de ne pas les efifrayer. Quand il fut arrivé près de là , il commença sans doute à voir le danger qu'il courait, car il s'agenouilla pendant quelques instants et se rendit ensuite à la colline; un Indien vint à lui, l'embrassa, lui prit un bras et l'emmena très-vite; il en vint un second et puis d'autres qui l'emportèrent avec violence au pied de la colline ; l'un d'eux
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mit la main sur son chapeau elle lui arracha; un autre lui asséna un coup de casse-téte sur
le crâne et l'étcndit à terre; nous n'étions pas très-éloignés ; nous voyions et nous ententiions bien ce qu'ils disaient; il jeta un cri .i< Ah ! mon Dieu ! » lis ne le laissèrent pas finir, car il arriva une multitude de naturels qui l'achevèrent en poussant de grands cris, et coniinencci-ent à nous lancer des flèches. Je commandai de nous éloigner un peu du rivage et de nous ari'èter à une portée de (rait; ils jetèrent aussitôt leurs habits, lancèrent une nuée de flèches et s'en allèrent. Nous l'etournàmes au bâtiment, non sans crainte de nous voir poursuivis par des canots indiens.
Aussitôt que nous fûmes à bord, nous conviunics de partir de cet endroit , mais nous n'avions pas d'eau. Pendant toute la journée nous en cherchâmes sur la plage et nous en primes un peu. J'enjoignis au pilote de nous conduire dans un autre endroit de la Floride. Comme il y était obligé, il répondit qu'il était tout pi*èt
à le faire, mais qu'il n'avait pas d'eau et que le bâtiment n'était pas en état de recommenqer un nouveau voyage; que si nous retournions à la Havane, qui n'était pas éloignée , on prendrait de l'eau et des provisions, et qu'il se remettrait en route. Nous quittâmes donc le port du Vendredi-Saint pour nous rendre à la Havane, le 28 juin 1549.
Après avoir quitté ce port, nous naviguâmes par un vent fort de sud-est, jusqu'au mardi 2 juillet, où la lune entra dans un nouveau quartier, ce qui amena un changement de vent. Le pilote dit qu'il croyait qu'il fallait toucher à la Nouvelle-Espagne, parce que le temps ne nous permettrait pas d'aller à la Havane, que nous manquions d'eau et que le temps était favorable pour aller à la Nouvelle-Espagne; je n'étais pas d'abord de cet avis, mais Fr. Gregorio me fît observer qu'en allant à la Havane, il serait trop tard pour recommencer un nouveau voyage, tandis qu'à la Nouvelle- Espagne on verrait mieux ce qu'il y aurait à
142 RRCUEU. un: PIRCP^ sur I.K l'I.ORIDE.
faire. Je me rangeai de sou avis. Nous nous dirigeâmes vers ce pays le 2 juillet, le pilote
nous ayant juré raille fois qu'il y serait arrivé avant huit jours. Le dimanche, 14 juillet, nous nous trouvâmes au Yucatan , sur la côte de l'est-sud-est, à 20 degrés. Nous pensioDs être devant les plaines (l'Almeria, au nord de la Vcra-Cruz, et le vendredi 19juillet 1549, nous arrivâmes à San Juan de-Lua.