PAR GUIDO DE LAS BAZARES
Un voyage quMl fit pour découvrir les ports et les baies qui sont sur la côte de la Floride, pour la sûreté des troupes que Ton doit envoyer , au nom de Sa Majesté , coloniser cette contrée et la pointe de Sainte-Hélène. — Entreprise faite en vertu des ordres de Don Luis de Velasco, vice-roi à Mexico, le l" février 1559.
Il peut y avoir quatre ou cinq mois, que M. le vice -roi, au nom de- S. M., ordonna à Guido de Las Bazares d'aller avec des marins et d'autres personnes reconnaître les côtes de la Floride , et les ports qui s'y trouvent, pour la sûreté des personnes qui , au nom de S. M. , doivent aller coloniser cette contrée et le cap de Sainte-Hélène, A cet effet, il reçut une commission et des instructions , et, pour se conformer à ces ordres, il
IM RECUEIL DE PiÈCES
partit du port de Saint-Jcan-dc-Lua , de la Nouvelle-Espagne, le 3 du mois de septembre de Taniiée dernière 1558, pour reconnaître la côte de la Floride , et chercher un port bon et sûr, où Ton pût débarquer. Il avait une grande barque , une fuste et une chaloupe montés par soixante soldats et marins ; il arriva le 5 septembre à la rivière de Panuco , en partit le 1 4 , et alla prendre terre sur cette côte à la hauteur de 27 degrés et demi. En longeant la côte, il découvrit une baie qui est à 28 degrés et demi de latitude ; il lui donna le nom de San Francisco , en prit possession au nom de S. M. et du vice-roi. Partant de cet endroit, il alla reconnaître les Alacranes, pour se diriger de là vers la Floride dont la côte s'étend du nord-ouest au sud-est. Les vents contraires l'ayant empêché d'aborder où il voulait , il prit terre à 29 degrés et demi sur la côte de Test- sud-est, où il trouva une île qui peut, être à quatre lieues de la terre ferme; il passa entre cette
\\e , la terre ferme et d'autres îles du continent. Après avoir exploré toute la côte, il reconnut qu'elle était bordée de bas-fonds ; que le pays n'était nullement favorable à la colonisation , étant submergé dans beaucoup d'endroits ; il en prit néanmoins possession au nom de S. M.
et du seigneur vice-roi , et donna à cet endroit le nom de baie des Bas-Fonds. De là il fît dix lieues à l'est; il reconnut une baie qu'il nomma Felipina ; c'est la plus grande et la plus commode de toutes celles de ces parages; il la trouva convenable au dessein de S. M. L'entrée est à 29 degrés et demi de latitude sud ; on y pénètre en passant par la pointe d'une île de sept lieues de long ; on doit gouverner à l'est-sud-est. De l'autre côté de la baie, git la pointe de la terre ferme : il peut y avoir une demi-lieue de distance d'un cap à l'autre. Dans toutes les découvertes que l'on fit, soit à l'est, soit à l'ouest, on ne trouva aucun port aussi propice, aussi bon et aussi commode que la baie de Felipina. Voici ce qu'elle offre
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de remarquable. Depuis l'entrée jusffu'à l'endroit où l'on est parvenu, il y a douze lieues; il peut y avoir encore trois ou quatre lieues lie profondeur; en tout quinze lieues siiiquatre de large. Le fond est bon , il est de vase et a quatre à cinq brasses environ à la basse mer; le fond est de trois brasses et demie à la passe , et à la haute mer il a presque une brasse de plus. Cette baie est très -saine; le climat est semblable à celui de l'Espagne aussi bien pour les pluies que pour le froid ; le sol est plus élevé à l'est qu'à l'ouest. Cette baie et les environs sont très-poissonneux et abondent en coquillages. Les bois de pins y sont nombreux : ces arbres sont delà nature de ceux qui servent à la construction , et dont on fait des inàts et des vergues; il y a des yeuses, des rouvres , des noisetiers , des cèdres, des sapins, des lauriers, et un petit arbre qui ilonne des fruits semblables à des châtaignes. Tous ces bois commencent au liofd du rivage et s'élcndentdans l'iidérieur;
SUR LA FLORIDE. iAl
ils sont propres à la construction des vaisseaux ; il y croit une gi^ande quantité de palmisteset des vignes. Quelques petits ruisseaux d'eau douce se jettent dans la baie , et au fond il y a une grande embouchure qui parait être celle d'une grosse rivière. Pendant que Ton était dans cette baie , on alla faire de l'eau du côté du nord; les bois sont plutôt clairs qu'épais ou fourrés. Les cavaliers peuvent y combattre. Il pousse sous les arbres des herbes pour les chevaux et le bétail. Derrière cette baie et dans la direction de l'est sont des collines élevées d'une argile rougeàtre : on peut en faire des briques. Près de là on trouve de la pierre à bâtir ; à l'ouest est de l'argile i^ouge et jaune propre à faire de la vaisselle et d'autres objets ; on y voitaussi un grand nombre d'oiseaux de toutes sortes , des aigles , des canards^ des oies, des peixirix , des tourterelles et une quantité considérable de gibier. On remarqua de grands canots indiens qui servent aux habitants pour aller à la pèche; il y
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in ait iiussi des enceiiilcs servant de pèclieries. On trouva dans leurs cabanes, du mais, des haricots et des courges. Le commandant de t'exi)cdition prit possession de cette baie au nom de S. M. et du vice-roi, et l'appela Felipina. Du port de Saiut-Juan-de-Lua jusqu'à cette baie, il y a environ deux cent soixantedix lieues. Après l'avoir quittée, il essaya deux fois de reconnaître la côte qui s'étend plus à l'est; il la suivit pendant plus de vingt lieues, et il reconnut qu'elle courait d'abord à l'est , et qu'ensuite elle tournait vers le sudest ; les vents contraires l'ayant empêché de s'avancer plus loin , il retourna deux fois à ladite baie de Felipinaj il prit également possession de cette côte au nom de S. M. et du vice-roi, ctil l'appela le golfe de Velasco.
Comme l'hiverétaittrcs-rude, que l'on courait un danger imminent, que les pilotes et les marins étaient d'avis que le temps n'était pas favorable à la navigation de la cote plus éloignée, le commandant crut convenable de
retourner à la Nouvelle-Espagne, afin de donner des nouvelles de ce qu'il avait découvert , pour que la flotte que Ton préparait dans l'intention de faire l'expédition de la Floride et de Santa-Elena hâtât son départ et partit du port en temps convenable pour la navigation.
On quitta donc la côte de la Floride le 3 décembre, et on entra au port de San-Juan-de- Lua le 14, là il certifia et jura que ce qui précède est la vérité , que c'est là tout ce qu'il sait ; cette déclaration lui ayant été lue, il l'approuva et la signa de son nom de Guido de Las Bazares , par-devant moi Antonio de Furcios , premier notaire du gouvernement et de l'audience de la Nouvelle-Espagne.
Ont juré et confirmé dans toute son étendue la déclaration précédente :
Hernand Ferez, natif de Gartaya, patron d'une barque.
CJoNSTANTiNo Oreja de San-Remon , pilote d'une fuste.
Beinoldo Peloso , bourgeois de Panuco , pilote de la barque capitane.
Juan Munos Arraez, patron d'une chaloupe ; Lesquels ont fait ce voyage avec ces bâtiments.
Cette déposition a été reçue en présence de quelques-uns des religieux qui doivent se rendre dans ladite province, savoir : le père Pedro de Feria, nommé vicaire-général de l'ordre dans ladite province, et Fr. Domingo deSalazar, son ami.
Cette pièce est accompagnée d'un témoignage de Francesco de Aguilar, notaire , qui fit partie de l'expédition à la Floride , ainsi qu'Augel de Villafane, gouverneur et capitaine-général des provinces de la Floride, de la pointe et de la côte de Sainte-Hélène pour Sa Majesté; il en résulte ce qui suit :
Le 27 de mai 1561, ledit gouverneur enfra avec une frégate dans la rivièi-e de Sainte-
Hélène et pénétra jusqu'à 33 degrés. 11 fit quatre ou cinq lieues et débarqua ; il en prit possession pour Sa Majesté; il n'y trouva point de port couimode^ ni d^habitants^ ni de terrains convenables pour coloniser. Ayant regagné la mer^ il suivit la côte pour chercher un port; après avoir doublé le cap San-Roman à 34 degrés y il descendit à terre le 2 juin; il ordonna au navire de s'approcher^ car on pouvait sonder^ et le fond était bon; il fit environ upe lieue par terre ^ il vit une grande rivière dont il prit possession. Le 8 juin y il remonta le rio Jordan à bord des frégates ; ce fleuve coule près du cap San- Roman^ il y entra et en prit possession. Ne trouvant pas de port il se remit en mer :
comme il naviguait, il s'éleva une grosse tourmente ; il remarqua que le navire San-Juan , qui voyageait de conserve avec lui, avait chassé sur ses ancres^ que ses câbles étaient rompus et que les ancres étaient restées dans les basfonds de San-Roman; il rejoignit alors la ca.-
ravelle capitane^ courut la côte avec deux frégates qui faisaient partie de sa flotte, et envoya le trésorier Âlonzo Velasquez au rio de las Canoas{\si rivière des canots ), situé par 34 degrés et demi. Cet oflîcier était à bord d'une de ces deux frégates ; il trouva que la rivière avait une brasse de profondeur, à une lieue et demie de son embouchure , et il n'y vit pas de port. Il rejoignit le gouverneur qui ordonna de continuer la reconnaissance de la côte jusqu'au 14 juin , que l'on trouva le cap de Trafalgar par 35 degrés. A dix heures du soir il s'éleva une tempête; la caravelle capitane fut sur le point de se perdre; les deux frégates , dont l'une montée par neuf ou dix personnes et l'autre commandée par le pilote Hernand Ferez avec un pareil nombre d'hommes, étaient considérées comme perdues. Le gouverneur se voyant seul et en grand danger, environné de bas -fonds, sans aucun port , et près d'une côte submergée , Gonzalo Payon, pilote en chef, Gaspar Jorje et d'autres
personnes pensèrent qu'il fallait regagner la terre, ce qui eut lieu dans le port de Monte- Christo de Tile d'Hispaniola le 9 juillet. Moi notaire susdit, j'ai été témoin de tous les faits ci-dessus rapportés , et à la requête dudit gouverneur Villafane , j'ai fourni la présente attestation dans ledit port de Monte-Christo , le 10 juillet 1561.
Les deux pièces précédentes sont accompagnées d'un avis , en original , du conseil des Indes au roi, en date du 5 mai 1565.
Signé : Tello de Sandoval ; le licencié Don GoMEz de Zapata ; le licencié Al.onso MujNOs ; Don Luis de Molina.
On dit que le secrétaire Gonzalo Ferez présenta au président du conseil quelques lignes du roi , disant qu'il pourrait se faire que pendant ce voyage on remît en question les droits du roi sur la Floride , où les Français viennent d'entrer et ont bâti un fort. Le consei) est d'avis que le droit de Sa Majesté
est bien clair; qu'il résulte de la donation d'Alexandre VI et de la prise de possession de cette province par Ângel de Villarane, qui eut lieu dans les mêmes parages et dans le port que les Français occupent aujourd'hui ; et que d'ailleurs, Guido de Las Bazares avait l'empli la même formalité en 1558. D'autres possessions avaient été prises antérieurement, mais on n'en trouva pas les attestations.
Depuis l'année 1510 Jusqu'aujourd'hui, des flottes et des navires de ce rovaume ont été à diverses époques occuper la Floride au nom de Votre Majesté , et de longues années ont été employées à la découverte de cette province dans l'année ci-dessus. Deux navires partis de l'ile d'Hispaniola en ont fait la découverte en 1522. Juan Ponce l'a reconnue de nouveau : il a longtemps voyagé dans cette contrée avec ses gens, et après lui Lucas et Vasquez de Ail Ion ; après Aillon , Narvaez ', après Narvaez , Hernando de Soto, tous capitaines et envoyés avec des ordres de
Votre Majesté ou de ses ancêtres. Ce droit est bien clair, et les Français ne doivent pas rester dans ce pays, car ils pourraient intercepter le passage des navires qui viennent des Indes.