‹ Recueil de piéces sur la FlorideChapitre 8 sur 16 · SUR LES AFFAIRES DE LA FLORIDE · texte numérisé non relu

SUR LES AFFAIRES DE LA FLORIDE

Sire,

Dans une lettre précédente j'ai écrit à V. M. que, le il juin de cette année « la flotte que V. M. avait donné Tordre d'expédier pour coloniser la côte et l'intérieur de la Floride , avait mis à la voile , et que j'attendais à chaque instant des navires qui m'apportassent des nouvelles du résultat du voyage et m'apprissent le port où elle avait jeté l'ancre. Le 9 de ce

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mois il est arrivé un galion expédié par le gouverneur Don Tristan d'Arellano, qui a fait en quatorze jours la traversée du fort d'Ychuse, où le débarquement s'est eflFeetué , et qui a reçu le nom de la baie de Filipina de Santa-Maria , attendu qu'on y est entré le jour de la Notre-Dame d'août. Le port et la contrée sont tels que V. M. peut le voir par la relation joi nte à cette lettre, relation extraite decelle que le gouverneur m'a envoyée, et qui a été fournie par deux pilotes arrivés à bord du galion. Comme au moment où ils ont jeté l'ancre deux navires étaient prêts à partir pour l'Espagne , j'ai cru devoir vous faire passer ce rapport succinct en attendant que j'en envoie un plus circonstancié, afin que Y. M. soit instruite du bon résultat de cette expédition. Je pense que le gouverneur la fera parvenir à V. M. par les navires qu'il a amenés d'Espagne et qui sont sur leur départ. Juan Rodrîguez^ qui était pilote en chef, qui prenait la hauteur des terres et des ports, passera à

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bord de l'un d'eux : les pilotes arrivés ici me disent que le port est à un peu plus de 30 degrés. Les Espagnols et les Indiens y sont entrés sans danger. Le gouverneur m'écrit qu'il n'a point éprouvé de résistance, qu'il voyait peu d'Indiens sur le rivage, qu'il avait appris qu'à dix ou vingt lieues du port il y avait dans l'intérieur des terrains fertiles et bien peuplés ; il me demande de lui envoyer des chevaux et quelques vivres, jusqu'à ce qu'il ait colonisé et fortifié le port, ne voulant pas en prendre de force aux Indiens, et ajoute que pour ne pas les effrayer, il ne pénétrera pas dans l'intérieur. Sur deux cent quarante chevaux qu'il a emmenés , il en a jeté cent à la mer; les cent quarante autres sont débarqués bien portants et capables de rendre des services qui lui suffiront pour se mettre à l'abri du danger, et pour assurer la tranquillité du port à douze ou quinze lieues à la ronde. En février ou en mars, je lui enverrai cent cinquante chevaux, et en novembre de cette année, quelques

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bâtiments de moyenne grandeur iront lui porter des vivres.

La flotte qui est partie pour la colonisation de la Floride et de la pointe de Sainte-Hélène a appareillé du port de San-Juan-de-Ulua, le 1 1 juin. Elle a eu un assez beau temps pendant dix-sept jours, terme au bout; duquel les bâtiments se trouvèrent dans les parages de la rivière du Saint-Esprit, à environ 'vingt lieues de cette rivière, et à 27 degrés un quart de latitude. Depuis cet endroit ils firent six lieues au sud-est, au sud-sud-oucst et au sud jusqu'à ce qu'ils fussent à la hauteur des AlacraneSy à 27 degrés au sud-ouest de ces derniers. Depuis ce point ils ont couru une autre bordée au nord-est pour reconnaître les côtes de la Floride; huit jours après, c'est-à-dire la veille de la Visitation de sainte Elisabeth , ils ont aperçu la côte de la Floride, à huit lieues de la baie de Meruelo, dans la direction de l'ouest, par 29 degrés et demi.

La flotte jeta l'ancre , on fît provision d'eau ,

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fie bois et d'herbe; le mauvais temps les fit assez souffrir; la flotte mit à la voile, le 17 juillet, pour le port deYchuse. Une frégate qui marchait en avant reconnaissait la côte ; le pilote qui était à bord, n'ayant pas reconnu le port d'Ychuse, passa outre et alla jeter Tancre dans la baie Felipina, découverte par Guido de Las Bazares. Le gouverneur envoya Don Tristan d'Arellano à la recherche du port d'Ychuse; car il savait que c'était le meilleur et le plus sûr de toute cette côte. Une frégate qui naviguait le long de la côte dans la' direction de l'est, que l'armée avait suivie , trouva leportd'Ychuse qui esta vingt lieues de la baie Felipina; et à trente-cinq lieues environ de la baie de Meruelo, de sorte qu'il se trouve entre ces deux baies , par 30 degrés 20 minutes. La frégate ayant apporté cette nouvelle, on convint aussitôt d'v conduire la flotte. Comme on pensa qu'il valait mieux, pour les chevaux, voyager par terre , on les débarqua dans la

baie Felipina, et quelques compagnies d'in- 20. 11

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Taillerie se rendirent à Ychuse par ia voie de terre avec enviiH>n cent quarante chevaux, reste de deux cent quarante qu'on avait amenés , les autres étant morts en mer. Guido est parvenu dans cette baie Felipina. La flotte courut quelques dangers en y entrant, à cause du peu de profondeur de ja barre qui tx)ntrarie l'entrée des gros bâtiments , du fort courant qui s'y fait sentir et du mauvais temps qu'il faisait. L'armée quitta la baie de Felipina pour le port de Ychuse , le jour de Notre-Damcd'Aoùt, ce qui lui fit donner le nom de Sainte- Marie-Felipina ; c'est un des meilleurs ports t]ue l'on ait découverts dans les Indes; le fond 3e plus bas n'a pas moins de onze coudées, il a de sept à huit brasses dans l'intérieur; la largeur est de trois lieues ; les Espagnols y sont encore; la barre a une demi -lieue de large ; il y a d'excellents signes de reconnaissance à l'entrée où l'on- a un ravin rouge du côté de l'est. Les navires peuvent jeter l'ancre par quatre ou cinq brasses, à une

portée d'arbalète du rivage ; le port est si sûr qu'aucun vent ne peut y occasionner de malheur; on y vit quelques cabanes qui paraissaient appartenir à des pécheurs indiens ; le sol semble très-fertile; il y vient beaucoup de noyers, de vignes et d'autres arbres fruitiers, il y a des bois^ nombreux , beaucoup de gibier , d'oiseaux , du poisson excellent et de toutes les espèces; on y a trouvé aussi un champ de mais.

Le 25 du mois d'août, le gouverneur expédia Don Tristan d'Ârellano à bord d'un galion qu'il avait amené pour porter la nouvelle de tout ce qui lui était arrivé. Ce bâtiment est entré dans le port de San Juan-de-Ulua, le 9 septembre; on va envoyer promptement par ce navire les vivres dont le gouverneur a besoin, outre ceux qu'il a emportés à bord de la flotte. On attend sous peu d'autres navires qui doivent retourner à la Nouvelle -Espagne et qui resteront ici jusqu'à ce que l'on ait exploré le pays, choisi l'endroit

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OÙ Ton colonisera et où l'on bâtira la première forteresse y et jusqu'à ce que l'on ait appris d'autres détails sur les qualités du pays^ afin de les faire connaître toutes. Aussitôt que ces navires seront arrivés, j'enverrai un rapport à Votre Majesté, suivant que le gouverneur, les religieux et les officiers royaux m'écriront. J'aurai soin de les protéger au nom de Votre Majesté, de leur fournir les choses dont ils auront besoin, afin qu'ils ne vexent point les naturels et qu'ils subsistent jusqu'à ce qu'ils aient colonisé et fait des récoltes; après quoi l'on pénétrera dans l'intérieur, qui est très-fertile, et l'on mettra à exécution le projet de propager notre sainte religion, afin de plaire à Dieu notre Seigneur , et à Votre Majesté.

Que Dieu notre Seigneur conserve la^personne sacrée, catholique et royale de Votre Majesté , et qu'il lui accorde des royaumes et des domaines encore plus grands que ceux qu'il possède.

De Mexico , le ?4 septembre 1559.

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