‹ Recueil de poésies calvinistesChapitre 1 sur 72 · Recueil de poésies calvinistes (1550-1566) · texte numérisé non relu

Recueil de poésies calvinistes (1550-1566)

Parmi les manuscrits par nous consultés, lorsque nous composions le Romancero de Champagne , se trouve une suite de quatre volumes in-folio, appartenant à la bibliothèque de la rue Richelieu (fonds Gaignicres), et connus sous le titre de Collection de Rasse de Nœux, guerres civiles. En feuilletant ces curieuses pages, nous avons bien vite reconnu que le moindre de leur mérite était de nous offrir quelques vers historiques de nature à rentrer dans notre cadre.

Nous y rencontrions des poésies de toutes formes, écrites en langues diverses, ayant une tendance singulière, un aspect étrange : leur grand nombre, leur air de famille leur donnaient une valeur augmentée par l'imprévu de leur caractère.

Facile fut de comprendre l'importance que pouvait avoir leur publication. Nous les avons copiées ; et réunies à quelques autres œuvres de la même école, puisées dans des sources connues, elles forment le volume qu'aujourd'hui nous offrons aux amis de notre vieille histoire.

Un mot d'abord sur l'auteur de cet intéressant recueil. — Né vers USO, en Belgique, chirurgien des rois François Ier, Henry II, François II et même de Charles IX, Rasse de Nœux mourait en 1560. De Catherine Juvenal, son

épouse, il avait eu cinq fils (i) ; l'un d'eux, François Rasse de Nœux. suivit la carrière de son père; il embrassa le protestantisme, et fut chirurgien de la reine de Navarre. C'est lui qui parait avoir formé la eoilection dont il s'agit, véridique, mais triste monument de nos guerres civiles. Erudit, lettré, lancé dans le grand monde, un pied à la Cour, l'autre dans Je tourbillon de la vie active, il prit sa part des événements de son siècle. Esprit mordant et frondeur, il se fit un malin plaisir de rassembler épigrammes, satires, calomnies rimécs, menaces en vers enfantées par les poètes calvinistes contre leurs ennemis. Au milieu de ces œuvres aux dents aiguës, à la pointe acérée, se trouvent des poèmes religieux, des sermons prononcés au prêche, des documents politiques. Toutes les lignes de ce recueil n'ont pas l'air farouche du puritanisme ; de temps à autre, le lecteur rencontre avec plaisir de spirituelles plaisanteries, des rimes gaillardes, de lestes couplets. Au besoin, on glanerait dans ces quatre volumes les éléments d'un livre, dont le titre pourrait être : Les Huguenots en belle humeur.

A toutes ces joyeusetés des anciens jours nous ne toucherons pas : qif apprendraient-elles au lecteur? Les calvinistes do XVI* siècle avaient beau s'appeler les saints, ils n'avaient pas secoue complètement la peau du vieil homme. Le cas échéant, ils se montraient bons compagnons, et point n'est besoin de rappeler que- quelques-uns d'entre eux furent des galants assez verts.

Mais les textes que nous éditons ont un cachet tout autre : jamais ils n'amènent un sourire sur les lèvres; point ils ne sont l'œuvre d'aimables chansonniers, auxquels on

pardonne quelques méchancetés parée qu'elles sont gaies

ces poésies sont les tilles de la haine et de la calomnie ;

elles professent la théorie de l'assassinai politique ; elles

chantent la gloire du tvrannicide.

Le Dieu créateur du monde B dit à I homme : — a Homicide point ne seras, » — resta-dire : Tu ne sacrifieras

(i) Epitaphe de liasse de Nœnx. — T. H de la collée on, p. S5.

VU

personne à tes caprices, à tes regrets, à tes espérances. — Aussi tous les codes écrits par les peuples civilisés ont recueilli dans leur sein la sentence de l'Eternel. Tous, suivant les temps, les lieux, les mœurs, ont précisé les cas où la société avait le droit de prononcer la peine de mort. Là se trouvait la sauvegarde des nations, le rempart du faible contre le fort, la digue qui devait briser le torrent des passions brutales : et dès lors quiconque se crut le droit, à laide d'un coup de poignard , d'accomplir un acte de fantaisie, viola toutes les lois divines et humaines. Honte et châtiment lui furent dus ; c'était un assassin.

Dans un pays où règne le despotisme, le souverain peut avoir le droit de vie et de mort; mais cependant à une condition, c'est qu'il n'aura pas donné de lois à ses peuples ; c'est qu'il n'aura pas remis à la magistrature le pouvoir de rendre justice ; c'est qu'aucun texte légal n'aura réglé la forme des procédures judiciaires, fixé d'avance les peines réservées aux crimes.

Le vieux monde méconnut ces principes, et pendant longtemps le paganisme s'ineiina tantôt devant le coup d'état porté de la main du pouvoir, tantôt devant le coup de stylet donné par la rébellion : comme si l'ordre pouvait naître d'une violence, la liberté d'un attentat aux lois ; comme si chaque triomphe delà force brutale ne déposait pas une tache sur le drapeau de l'humanité,

Les Grecs, gens de passion, braves soldats, artistes habiles, mais plus riches d'esprit que de bon sens, crurent au droit du tyrannicide ; leurs mœurs l'acceptèrent, comme elles admirent les fêtes dissolues de leurs dieux débauchés. — Incapables de conserver de bonnes lois, ils eurent pour ceux qui poignardaient les tyrans des odes, des médailles, des statues ; aussi réussirent-ils à tomber tour-à-tour sous le joug de la tyrannie, sous le règne de l'anarchie ; aussi finirent-ils par être les esclaves et les baladins de Rome.

Les Romains, à leur tour, corrompus par la victoire et le luxe, eurent la lâcheté d'acclamer dans César l'homme qui foulait aux pieds les lois de la patrie : dès ce jour, ils commencèrent à descendre les degrés de l'échelle sociale ;

et plus tard ceux qui, sans mission légale, poignardèrent l'usurpateur, achevèrent l'œuvre de l'abaissement national. Vils courtisans de l'ambition audacieuse et triomphante, et criminels usurpateurs des pouvoirs réservés aux magistrats, tous également fondèrent le règne des despotes, et les petits-fils des Mi et des autres n'eurent plus qu'à baiser les pieds de leurs empereurs ignobles ou Eéroces, tels que les leur infligeait le châtiment du ciel.

Mais au moment où s'ouvrait 1ère de la décadence romaine, le Christ avait dit : — « Rendez à Dieu ce qui est à Dieu, et à César ce qui est à César ; » — et dès lors aux sillons boueux du vieux monde fut confié le pur germe qui devait douner à l'avenir le spiritualisme politique, la civilisation, le culte de la loi.

Soutenir que depuis ce jour les passions humaines, domptées par le christianisme, ont toujours et partout baissé respectueusement la tète devant le sceptre de la légalité, serait un orgueilleux paradoxe. Sur la terre, la lutte du bien contre le mal, la lutte de la volonté brutale contre la conscience intellectuelle, seront sans fin. Aussi l'Eglise, la fille du Christ, n'a cessé, ne cessera de combattre pour faire triompher les principes posés par le Seigneur, pour protéger la faiblesse contre la force, le droit contre la violence.

Si quelques théologiens, dans les mauvais jours du M yen Age, et quelques siècles avant nos guerres de religion, oui cru pouvoir donne:- à 1 homme le droit de s'affranchir par le meurtre d'un maître despotique, ils se sont trompés. Leur tireur prouve que, de leur temps, le respect des lois

avait faibli devant les violences du régime féodal. Usont écrit

dans un de ces moments de défaillance OÙ le malheur,

l'humiliation, le désespoir font parfois trébucher l'homme le plus fort; mus jamais ils n'ont encouragé le déchaîne* ment des passions individuelles, l'abus ou la puissance

n>\ tl< , l'abus île la puissance populaire ; ils ont, de pi us,

entoure* leur opinion de restrictions telles que l'application l resque impossible. M. us, quelles que soient leurs i os, leur système n'est que l'égarement d'un libéralisme exalté par les misi res de leur temps.

Cette doctrine de la résistance désespérée à la tyrannie se trouve en germe dans ta 28' lettre adressée au pape Urbain II par saint Yves, évêque de Chartres, celui qui lutta bravement contre les passions de Philippe Ier (1095-1115). Saint Bernard fait allusion aussi à ce moyen brutal de combattre le despotisme (1093-1153). — On rencontre Cette théorie dans les œuvres de Jean Petit, dit de Salisbury, le secrétaire de Thomas Becket, le compagnon de ses malheurs et de sa résistance aux persécutions du roi d'Angleterre. Il mourait en 1 1 8-2. Mais le droit de renverser par le meurtre la tyrannie sans lois est surtout posé dans les œuvres de saint Thomas (l*3T-ia7i). — Voici sa thèse : « Si l'on ne peut avoir recours à une autorité supérieure qui fasse justice de l'usurpateur, «fîors celui qui le tue, pour délivrer la patrie, est loué et mérite une récompense. » — Cette opinion, que n'ont pas repoussée saint Bonaventure (1221-1*274), saint Raymond de Pegnafort , général des Dominicains, saint Antonin, archevêque de Florence, né en 1389, fit école; et les Thomistes admirent plus ou moins ce système, dont l'application, toutefois, est réduite au cas où les lois sont impuissantes. — Simple paragraphe des discussions soulevées par l'homicide en général, fait pour les arguties du professorat théologique, il ne fut invoqué comme point de droit que lorsque M" Jehan Petit, avocat du duc de Bourgogne, voulut justifier ce prince d'avoir fait assassiner le duc d'Orléans (8 Mars liOSj. Dès qu'on eu fit l'application, on en comprit le danger, et l'archevêque de Paris se hâta de le flétrir et d'en demander la condamnation par le parlement de Paris. Anathématisée par le concile de Constance , cette théorie fut déclarée mauvaise, pernicieuse et coupable par trois arrêts de 1414 et de 1416.

Jean Charlier de Gerson(>3G3 1^-9; J'énergiqueaniagoniste de Jean Petit, n'en fut pas moins l'un des adversaires les plus intrépides des tyrans et proclamait que leur trépas était agréable à Dieu. Mais de leur trépas à leur assassinat il y a ioin. La thèse de saint Thomas, quoiqu'elle fût bien et dûment condamnée par l'Eglise et les parlements, n'en resta pas moins matière à discussion dans les chaires de théologie. Donc eile fut encore discutée par quelques théologiens plus amis des subtilités de la scholastique que des principes de l'Evangile. ■*> Citons Jean le Maire ou Major

(1*68-1550), — CajeUn, — Dominique Solo (1496 1 560), — Sylvestre Mazolini 1480-1530), d'autres encore qui distinguaient les usurpateurs et les rois légitimes, les tyrans de droit, les tyrans de fait, Ie6 tyrans d'administration. Mais ces sophismes politiques et religieux ne lurent jamais que des opinions individuelles, renfermées dans des textes inédits jusqu'au milieu du XVI' siècle, connus seulement des lettrés, des théologiens, et condamnés par tous les hommes de vrai savoir, de sens moral.

Même an milieu des misères qui désolèrent la France dans les XIV«etXV« siècles, jamais l'Eglise n'a dit aux Fiançais : — Vous avez le droit île, tuer qui vous gène, qui vous opprime ; ot nos pères arrivèrent au cœur du XVI1' siècle sans songer que la théorie de l'assassinat politique pût entier dans les moyens avouables de lutter contre les abus du pouvoir, un moyen de se débarrasser d'un obstacle ou d'une résistance.

La découverte de l'imprimerie avait mis en circulation les trésors de l'intelligence humaine : elle divulgua île même

terreurs, ses folies; les sophismes, jusqu'alors discutés dans les cloîtres, dans les salles universitaires, tombèrent dans

le domaine public, et un jour \ int où. fort ou faible, faux ou fanatique, l'esprit humain put discuter les opinions les

plus hasardées et les conduire aux dernières limites île l'extra \ et de l'immoralité.

Fa théorie de l'assassinat politique devint une plaie s.uiale ; mais ce ne fut pas en France que cette sanguinaire

aberration reprit d'abord naissance « Si veut la loi, si veut le roi, >. disait on sur notre solj terre natale delà légalité. Dans notre patrie, il n'\ avait pas de tyran l>es le Mil»

le -, nos rois avaient remis aux parlements, aux bailliages

le droit de faix seuls justice, et depuis le règne de Louis IX, la magistrature française avait fait son devoir, défendant pied a pied nu- luis notre indépendance, notre nationalité

contre l'anarchie, l'invasion étrangère, la soif du pouvoir et la plus vile des passions humaines, la cupidité.

-t en Italie ipie la théorie "t la pratique du meurtre

politique revirent le jour. Les usurpations, les actes de

lespotisme, les luttes sociales, les n\ alites ambitieiist s,

tous les caprices qui foulent aux pieds les lois divines et humaines firent appel à l'assassinat, et l' homme du poignard, l'homme du guet-à-pens, devint nue puissance ; on le nomma le bravo. Ce que cette défaite du sens moral amena de honteuse démoralisation, nous ne le dirons pas. A chaque nation ses fautes, à chaque faute son châtiment.

Après la mort de Louis XI, les Français, las de repos, n'ayant plus à faire ni croisades, ni guerre à l'Anglais, gens inquiets, avides d'aventures et île périls, reprirent le chemin de Brennus, passèrent les Alpes ; et nos gens d'armes victorieux parcoururent l'Italie du Piémont jusqu'à Napkis. Ce que les soldats de Charles VIII y gagnèrent , chacun le sait : ce qu'en rapportèrent les preux de Louis XII, de François Ier, de Henry II fut encore pis.

En présence de mœurs dépravées, de violences honteuses, ils ne surent pas résister à la contagion. Le mariage de Henry II avec Catherine de Médicis mil le mal au comhle (1) ; il amenait en France les Italiens, leurs habitudes et leurs théories ; aussi bientôt après disait-on :

France, qui as de ta mamelle infâme Receu, couvert et par trop allaicté La vitieuse semence de Toscane [H)

Sans doute le caractère français lutta contre cette invasion qui devait laisser dans notre histoire des traces aussi cruelles que celle des Anglais ; sans doute l'honneur de nos soldats se révolta longtemps contre l'idée de frapper un homme par- derrière, dans son lit, au coin d'un bois ; sans doute le caractère chevaleresque des vrais preux, des hommes

(!) « Qui plus est, s'il arrive quelque maquereau ou maquerelle, si quelques ruffien el garnement propre à inventer quelques nouvelles vilenies se présente (a la Cour de France), on le void. en moins de rien, estre des plus favorisés surtout depuis que la royne-mère a eu le gouvernement du royaume. 1! y est entré une telle fourmilière d'Italiens, spécialement à la Cour, que plusieurs rappellent maintenant la Franc- Italie, les autres colonie et esgout d'Italie. » Simon Goulart, Mémoires de nootre temps, fol. 106

(2) Manuscrit de la collection Dupuy. — Bulletin de la Société de l'hist. du protestantisme français, t ï, p. 15t.

ite, comme ]a France en a toujours, saura mépriser les fatales leçons de 1 étranger et sortir pur de cetle terrible épreuve : mais la funeste semeope rapportée d'Italie n'en va pas moins sur notre sol germer, grandir et porter des fruits odieux. La haine à froid, la vengeance, la peur, vont s'accoutumer aux idées les plus lâches ; bientôt sous le ciel qui vit naître Diiguesclin, Jeannne d'Arc et Bayard, on eut le malheur de voir apparaître des h ssins fanatiques et ce qui pis est, des sa :-sins à gage; et pour comble de

radatioB, comme dans la Gi une. on entendit des

hommes chanter les mérites du guet-à-pens, les gloires de issinat.

A qui faut-il s'en prendre? — D'abord a la faiblesse humaine ; depuis la création du monde, il n'est pas de folies qu'elle n'ait rêvées, pas d'extravagances qu'elle n'ait exécutées: vainement les lois du Seigneur, celles de l'homme; vainement le cri de la conscience, la force de 1 éducation se liguent pour la maintenir dans la voie du devoir. Il est des jours où la malheureuse ne peut s'empêcher d'écouter, quand vient à son oreille murmurer la voix du tentateur.

Mais qui donc, au XVI' siècle, a réveillé la théorie du tyrannicide ? — Si vous interrogez les ennemis >> stématiques du catholicisme, les adven le la vieille monarchie,

ils VOUS répondront : — Les disciples de l'assassinat politique sont les catholiques ; les professeurs qui renseignent, sont leurs prêtres, les enfants d'Ignace de Loyola [1).

(1) r Mais, bêlas ! en 1793, c'étaient quelques monstres inmi» de la politique qui faisaient couler le sang innocent ; et le clergé catholique offrait alors à la fureur révo ution naire des victimes expiatoires ; tandis qu'en ».>7i. il dirigeai! le poignard et ajustait l'arquebuse . » -- Bulletin dt la

li' de rhiStoirt <ht prOtettatUiifM français, t. 1, p. 71. -. On sait que la société d'Ignace de Loyola a souvent procertaines maximes sur l ait de ruiner ses ennemis par la calomnie, que le Basile île Beaumarchais a parfaitement résumées et appréciées dai imeuse tirade sur les effets

dt cette arme meurtrière; on sait aussi que les révérends Pères n'ont jamais manifesté d'horreur pour les massacres qu'on a faits de temps a autre des populations hérétiques. li \ l même quelques traditions historiques qui pourraient leur faire attribuai plus que la théorie de l'assassinat ad majorai, DM gloriam. Ci qu'il j a dt' certain, c'est que leurs Les ont justifié tous ces crû la leuk condition

xiij

Errare humanum est : le savoir, l'éloquence, le courage, les vertus n'ont et n'auront punis !e pouvoir d'affranchir la pauvre humanité, partout et toujours, des défaillances de l'esprit.

Le droit de juger, de condamner et de tuer les tyrans est, en effet, mis en thèse dans les œuvres de quelques jésuites. Discutée par les uns, admise par les autres, souvent réduite à des cas irréalisables, parfois renfermée dans un cadre où sont, depuis quatre-vingts ans, entrés sans hésiter les chefs de nos révolutions, cette théorie constitue un des griefs les plus sérieux élevés contre la Société de Jésus.

Mais elle n'a jamais été qu'une erreur individuelle; les jésuites eux-mêmes l'ont dénoncée franchement à leurs généraux (1599). Elle fut solennellement condamnée' par l'ordre et ses chefs (Juillet 1 G 10), et jamais l'Eglise catholique n'a cessé de flétrir cet attentat aux principes de la religion "chrétienne, aux lois de la société française.

Mais entre les casuistes du Moyen-Age et ceux de la Société de Jésus personne n'a-t-il professé le droit d'assassiner un tyran? Les écrivains de l'école libérale sont-ils bien sûrs qu'avant le meurtre de Henry III, personne n'ait chanté îa gloire du bravo politique ?

Alors que dans le XVle siècle les apôtres du libre examen et du rationalisme crurent avoir la mission de tout mettre en question et d'ébranler d'un seul coup la foi religieuse et la foi monarchique, les points de droit les plus sérieux furent remis à l'appréciation de toutes les intelligences, fortes ou faibles, saines ou malades, froides ou exaltées : aussi les opinions les plus étranges, les plus coupables furent bientôt professées par les apôtres de la Réforme, alors que des jésuites accusés d'a,Toir accepté la théorie du tyrannicide, les uns n'étaient pas nés, ies autres n'étaient pas d'âge à peser sur les idées de leur temps ; leurs ouvrages ne devaient

que l'intention qui les faisait commettre fût légitime.» — Même ouvrage, i. IV, p 141. — A. Reville.

Nous pourrions multiplier nos citations : le lecteur suppléera facilement à celles que nous ne faisons pas. Depuis plus de ceut ans. cet^e thèse est celle du libéralisme.

voir le jour que longtemps après le moment fatal où l'assassinat politique devint une arme, l'application d'un prétendu droit, un titre à la gloire sur la terre, au repos éternel dans les cieux fl'.

Si l'on croyait voir dans notre publication une attaque, on se tromperait. Nous ne donnons pas l'assaut, nous le repoussons. Depuis longues années, les hommes de la Révolution, pour faire tomber nos autels séculaires et déraciner notre vieux chêne monarchique, ont , par des moyens que la postérité qualifiera comme ils le méritent, dénaturé l'histoire de notre pays ; pour entretenir îles antipathies qu'ils exploitent au profit de leur bannière, ils n'ont cessé de faire revivre la mémoire de nos plus triâtes légendes. Au point de vue politique» ils ont triomphé. Qu'on permette aux vaincus de leur faire le salut des gardes' françaises aux grenadiers de l'Angleterre dans les champs de Fontenoy ; qu'on nous permette de répondre au feu de ceux qui ont tiré les premiers, de ceux qui ne cessent de tirer sur nous.

Si dj notre recueil pouvait sortir la preuve qu'an XVIe siècle, les erreurs, les fautes justement reprochées ;'t nos frères en religion , en politique , furent d'abord celles de ces hommes qui se disaient des saints , les élus de Dieu, les apôtres de la raison , peut-être nos adversaires, — et nous le déclarons nettement, ce ne sont pas les calvinistes que nous appelions ainsi , — seraient ils moins confiants dans leurs agressions, moins pressés d'évoquer à l'avenir le sanglant fantôme du passé.

Tous ces infants de la plume et de l'épée» qui, — trois siècles ont passé depuis, - guerroyèrent en l'honneur de

Rome et de Génère, sont nos ancêtres : puisse venir le

jour où l'on ne dira plus , svec quelques publications protestantes: — Où sont nos pères? — mais: Respecta nos pères ! Puisse venir le jour où leurs descendants, las de divisions intestines, se diront l'un à l'autre: — Frère, donne moi la main.

A l'appui de notre thèse, nous donnons des poésies

écrites de 1650 à 1566, recueillies par un calviniste. — (t) Voyez, la note placée à la (in du volume

Des poésies, des couplets! — Choses légères, dira-ton. — Peut-être. — Qu'on remarque d'abord qu'il ne s'agit ici de condamner personne à partir pour l'exil, ou pour le bûcher, pas même à faire amende honorable. Les morts sont morts, qu'ils reposent en paix ! — Nous cherchons à résoudre un problème historique : rien de plus, et, pour y réussir, toutes preuves honnêtes sont bonnes.

Dis-moi ce que tu chantes, je te dirai qui tu es. — Aussi des chansons sont-elles de vrais monuments légendaires; aussi, de nos jours, chaque province, chaque peuple, chaque parti recherchent-ils avec ardeur celies qui lui furent propres (1). En France surtout, la chanson est la forme la plus populaire de la poésie nationale. Ses couplets courts et malins se gravent rapidement dans la mémoire, courent de bouche en bouche, surtout, il faut l'avouer, s'iis volent sur les ailes de ia calomnie, s'ils s'adressent aux mauvaises passions. Les chansons d'une époque sont le miroir de ses idées, l'écho de ses regrets, de ses espérances ; on y trouve l'esprit des factions, l'àme des sectes, leurs théories, leurs plans, le cri de leurs sympathies, le rugissement de leurs haines. Et quand, un jour , les flots de l'agitation mondaine soulevés par l'ambition, la cupidité, l'intrigue, la vengeance, sont tombés devant le dernier mot de la Providence, quand le passé s'éloigne et laisse entrevoir un horizon calme et pur, aux clameurs de la foule aveugle ou stupide, au bruit du canon et du tocsin, aux plaintes des blessés. au dernier soupir des mourants , la Chanson survit » traverse fièrement les siècles, et sans crainte enseigne aux Français d'un autre âge ce que furent les gens qui chantaient avant eux.

Avant de discuter la portée des poésies contenues dans ce volume, exposons rapidement les fatales circonstances au milieu desquelles elles virent le jour.

(1) « Nous profitons de l'occasion pour demander à nos collaborateurs de vouloir bien nous signaler ou transmettre toutes les chansons huguenotes, chansons spirituelles, cantiques historiques, complaintes, etc., des trois derniers siècles, qu'ils pourraient recueillir , soit dans les imprimés et les manuscrits, soit dans la tradition populaire. Nous désirons être à même d'en former une

« C'est un malheur pour les états, quand il y a trop de grands hommes : incapables d'obéir les uns aux autres, ils secouent l'autorité légitime ; puis, après avoir essayé de se partager l'autorité, ils finissent par renverser l'Etat (1).»— Si l'illustre écrivain, auquel nous empruntons ces lignes, eût écrit un siècle plus tard, il eût vu que, pour amener une catastrophe sociale, la concurrence des grands hommes n'est pas même nécessaire.

11 suffit, pour précipiter les peuples dans le ravin des révolutions, que dans leur sein se trouvent des médiocrités jalouses, des intrigants égoïstes, des charlatans sans pudeur. Il suffit que le libre examen ait brisé le faisceau de l'autorité, que l'individualisme, affranchi des liens sacrés du devoir traditionnel, ait dit tout bas : — Et moi ! — et tout haut > — Qui sait?

Quand François I,r mourut, déjà depuis quelques années le scepticisme religieux avait envahi l'ancien inonde, et des la première moitié du XVIe siècle, les pères des idées nouvelles avaient eu la satisfaction de voir la vieille Europe divisée en deux familles ennemies. La France n'avait pu se garantir du mal: des efforts violents et maladroite tentés pour arrêter la marche du torrent n'avaient l'ait que la précipiter ; et bientôt nos autels furent ébranlés ilaus leurs 188 ises , le trône de nos rois trembla sur ses pieds.

Des ambitieux de toute» les tailles sentirent facilement tout ce que leur offrait de chances heureuses une société légère par droit de naissance, devenue sceptique par droit deCOOquéte ; et sans vergogne, ils donnèrent a leurs contemporains le spectacle aussi ridicule qu'odieux d'une lutte religieuse où la religion n'était qu'un masque, d'une guerre civile où le patriotisme n'était pour rien : aussi, quelques années après le connut 'uement de OCS honteuses misères, un soldat disait-il avec une verte franchise : — « Si la revue et M. l'admirai estoieot en ung cabinet, que feu M. le prince et M. df (iuise y fussent aussi, je leur ferois

collection aussi complète que possible.» — BuUêtinéâ kl Société et I itist. du protêttantitmê, t. VI, p ts. (I) Hknailt, abrégeât ! histoire de t'rancr.

Page 1