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confesser qu'autre chose que la religion les a meus à faire entretuer trois cent mille hommes, et je ne sais pas si nous sommes au bout (1). »>
Les guerres de François Ier contre Charles Quint avaient formé de grands capitaines ; en France, s'il est une vertu qui ne périt jamais, c'est la bravoure ; s'il est un mérite qui reparaît sans cesse, c'est le génie militaire : aussi, vers le milieu du XVIe siècle, les sympathies de la foule, celles des gens d'armes se partageaient-elles entre quelques généraux d'une valeur incontestable, presqu'égaux par la position et la naissance, tous chargés de lauriers, tous fiers d'un passé qui se mêlait glorieusement à l'histoire du pays.
Citons d'abord Anne de Montmorency, connétable de France, comme ses pères le soutien de la monarchie légitime, le champion inébranlable de l'unité religieuse : autour de lui se groupaient ses cinq fils, tous braves officiers. L'uu d'eux portait déjà le bâton de maréchal de France.
Près de cette glorieuse famille, dans les mêmes rangs, plaçons le maréchal d'Albon de Saint-André, bonne tête et bonne lame, grand seigneur, ami du luxe et des arts.
En face d'eux se dressait l'amiral Gaspard de Châlillon, plus connu sous le nom de Coligny, esprit ardent, impressionnable, militaire habile, conseiller sage quand il était maître de lui.
Au-dessus d'eux tous brillait François de Lorraine, duc de Guise, l'enfant chéri delà Victoire, jeune d'âge, mais illustré par de nombreux succès, prince à la hauteur de sa naissance, à la hauteur des grandes occasions ; aîné d'une nombreuse famille, rameau de cette lignée ducale de Lorraine, dont le berceau se perd dans la nuit des âges ; du chef de sa mère, Antoinette de Bourbon, il tenait à la famille de France, la plus ancienne, la plus noble des maisons royales.
Il avait pour frère Charles de Lorraine, archevêque de
(t) Mémoires du maréchal Biaise de Montluc, t IÏI, p 371. — Il s'agit de la reine Catherine de Médicis ; — Gaspard de Chàtillon, sire de Coligny, amiral de France ; — Louis de Bourbon, prince de Condé ; — François de Lorraine, duc de Guise.
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Reims, prélat instruit, orateur brillant, premier ministre sous trois rois.
Tous deux avaient la conscience des services qu'ils avaient rendus a la patrie. Leur tort était peut-être de les faire payer trop cher.
Aux côtés de Henry II cl de ses enfants trop jeunes pour comprendre ce qui se passait autour d'eux, se trouvaient les princes du sang, Mil. de Bourbon, nombreux et bons soldats ; ils n'avaient pas le mérite do duc de Guise et ne savaient pas se résigner à se voir ses inférieurs en crédit à la Cour, en popularité devant la nation. A leur tête étaient leurs aînés, Antoine de Bourbon, roi de Navarre; Louis, son frère, prince de Gondé.
Te! étaient les principaux acteurs debout sur la scène politique, quand éclatèrent les événements, malheurs de nos pères, honte de notre histoire. Tous avaient rendu des services réels, tous en demandaient le prix souvent cl sens mesure. Leurs prétentions rivales croissaient en exigences à mesure que la monarchie perdait son autorité personnelle. Contenues sous François 1er, elles devinrent audacieuses sous Henry II, et se révoltèrent sans pudeur quand le sceptre de saint I ouis tomba successivement dans les mains de deux enfants.
Pendant que des rêves d'ambition et de jalousie troublaient le repos des grands et menaçaient celui de la patrie. un autre mal avait pris racine en France. Le protestantisme agitait la nation, et le droit de tout discuter auquel il prétendait, inquiétait les consciences. Sous le masque de la Héformc on devinait la face de la Révolution.
On lutta d'abord de part et d'autre avec des brochures, des sermons, des menaces; puis la colère prit la place de l'argumentation. Bientôt le Fanatisme enfanta de farouches sectaires, île violents iconoclastes. L'autorité s'alarma, s'irrita. On cul recours a des mesures rigoureuses, mais
précisées dans des ordonnances régulières en la forme, obligatoires suivant les institutions des temps, et les hérétiques
furent condamnes m feu (1). Ltait-ce 0UOSC utile ? On le
(1) « Ce sont les thi ses des deux partis pour lesquelles on est venu des erffofi trgo aux fuyais. » — D'Auiienft, Histoire univêTMlte, 16 io. p, 19.
crut alors. La suite des événements prouva qu'on s'était trompé. Mais ces rigueurs étaient dans les idées, les mœurs du siècle ; et la preuve, c'est que onze ans avant la mort de Calvin, survenue en 1564, par un arrêt en date du 27 Octobre 1553, les calvinistes envoyaient au bûcher Michel Servet, leur co-religionnaire, qu'ils déclaraient hérétique. Leur théologien Théodore de Bèze faisait l'apologie de cette condamnation (I).
Les réformateurs voulaient bien brûler Servet , mais ils n'entendaient pas être réprimés comme lui : donc ils crièrent au martyr, et parvinrent à se faire écouter. Des défections religieuses s'opérèrent, des cultes secrets furent organisés, et ça et la leur existence ne fut révélée que par des attentats aux monuments du culte catholique.
Il y avait donc alors en France tous les éléments nécessaires pour ébranler un état : des ambitieux et des sectaires, des mécontents et des fanatiques. Le gouvernement voyait grandir le spectre de la révolte ; il se sentait encore debout , mais sur un sol miné par de coupables intrigues. Un nouvel appel fut fait aux mesures extrêmes, et en Juin 1559, l'édit d'Ecoucn prononça la peine de mort contre les partisans des idées nouvelles : c'était un retour à la vieille législation nationale. Il fut accepte par tous les parlements, défenseurs naturels de notre unité politique et religieuse.
Quelques jours après (10 Juillet 1559), mourait Henry II, frappé dans un tournoi donné pour célébrer le maripge de sa fille avec le duc de Savoye. Le trône passait à son fils aine, François II, le trop jeune époux de Marie Stuart, la nièce de MM. de Guise. La fortune persistait donc à se déclarer pour la maison de Lorraine : son crédit fut sans bornes et ses amis se partagèrent les faveurs du pouvoir.
MM. de Montmorency, quels que fussent leurs griefs contre l'ambition du duc de Guise , eurent assez de
(1) Th. de Bèze , De Hœreticis a clvili magistratu puniendis.
cœur et de patriotisme pour rester ûdèles à leurs devoirs comme sujets et comme chrétiens.
Il n'en fut pas de même de MM. de Bourbon et de Chàtillon : ils n'acceptèrent pas le règne de leurs rivaux. Pour se faire des partisans, ils donnèrent le déplorable exemple de la défection, et penchèrent vers le protestantisme. Les calvinistes trouvaient des chefs, les princes, des soldats. La guerre civile devint possible: elle n'éclata que trop tôt.
Cette lutte odieuse débuta par un assassinat. Pour donner une sanction éclatante à l'édit d'Ecouen , on avait arrêté, dans le sein même du parlement de Paris, cinq conseillers favorables aux doctrines de Calvin : le magistrat chargé de diriger la procédure commencée contre eux était Antoine Minant. Des prévenus, quatre, avec des explications satisfaisantes, se mirent facilement hors de cause ; le cinquième , Dubourg , persista dans son apostasie. Le jour où son sort allait être déeidé n'était pas loin , lorsqu'un double meurtre fut commis : Antoine Minard fut tué d'un coup de pistolet ; un greffier du parlement, qui portait les pièces du procès intenté contre les protestants, eut le même sort. Violences fatales qui lançaient la France dans la voie du crime pour an demi-siècle ! > iolences que ne peut pas même justifier la rigueur îles lois. Sous le manteau du fanatisme, les mœurs italiennes triomphaient ; la théorie de l'homicide politique entonnait sou premier chant de victoire, et les échos allaient en retentir au loin et longtemps.
Cet assassinat devait précipiter la condamnation de Dubourg , et il en fut ainsi. Sa mort fut exploitée par le
fanatisme et l'ambition, bientôt eut lieu la conjuration d'Amboise, dans laquelle, comme ledit dans son journal un
contemporain, le procureur du roi Hi ulart, il y eut plus
de malcontentement que de huguenoterie. Le chef du complot, La Reyuaudie avait agi sans consulter Calvin, et, en effet, il -m bien moins de conquérir la liberté de
conscience que il enlever le pouvoir à la mais »n de Guise. C'était un premier attentat à la liberté qu'avait la couronne
de choisir SCS Conseillers Le scepticisme politique faisait
i premières armes. Les bons citoyens s'inquiétèrent ; le