CANTIQUE SOLEMNEL
de l'église d'orléans
Sur la délivrance que Dieu feit de son peuple le cinquiesme Décembre 1560,
Sur le chant du pseaume LXXIïïI :
Or peult bien dire Israël.
De jour en jour et d'an en an venant (1), Chantons de Dieu la seure et grand bonté, Qui à ce jour osta ceste cité A l'ennemy furieux, et desseignant La faire proye à toute cruauté.
Comme l'autour fait furieusement Sur le gibier, aussi nos ennemis
(I) Collection de Rasss de Noeux, t. III, 2' partie, p. Ii2. — La date du 5 Décembre, que porte celte pièce, est celle de la mort de François 11. — Après la conspiration dAmhoise, la Cour avait convoqué les Etats-Généraux à Orléans. Le prince de Condé, dès son arrivée dans cette ville, fut arrêté comme auteur d'une nouvelle conjuration. Une instruction fut commencée contre lui : on prétend que son arrêt de mort fut rédigé, peut-être même signé; mais le trépas de François 11 changea la face des choses La maison de Lorraine fit place à la famille des Bourbons : Condé fut mis en libeité, reçut sa grâce, et le parti calviniste conçut alors l'espérance de reprendre crédit à la Cour. — De là ce cantique solennel, qui se termine par des menaces.
Tout en un coup dessus nous se sont mis, Qu'à peine estoit de grouiller seulement, Dessus leurs pieds aux fidelles permis.
Ils nous avoyent tellement empressés, Troublés d'effroy d'un si soudain assault, Que nous disions le Seigneur de la hault De sa faveur nous avoir délaissez :
Bien voyons nous que de nous ne luy chault !
Que les excès, les injures et torts, Que Ton nous fait, s'ilregardoiticy, Voudroit-il bien endurer tout cecy ?
Viendroit-il point repousser leurs efforts ? Mais ja né veult avoir de nous mercy !
Et toutesfois, à celuy qui le craint, Il est sans fin très-favourable et doulx, ' Et sa pitié il estend dessus tous :
Qui à leurs maux réclament son nom sainct Et un besoing, sur le champ sont recoux.
Prens donc, Seigneur, mercy de tes enfans, Et payes toy des maulx qu'ils ont soufferts. Que ces lions, aux grands gosiers ouverts, Ne viennent point nous manger comme fans
(faons), S'esjouissant de nos maulx, les pervers!
Afin que iceulx, cognoissant le support Qu'avons de toy, amollissent leur cueur, Pour admirer ta bénigne grandeur, Et que de nous, par toy recous de morl, Soit à jamais célébré ton honneur.
Alors, Seigneur, l'oreille nous prestas, En nous donnant secours, quand il fut temps, Inopinné à ces raeschantes gens ; D'entre leurs mains tremblantes nous ostas, Qui nous portoyent déjà dessus leurs dents.
0 quel effroy saisit leur cueur de veoir Leurs prisonniers et ton secours soudain Leur arracher l'espée de la main Où ils avoyent posé tout leur espoir : Lors les poignit leur forfait inhumain.
Mais tes enfans se resjouyssent tous En toy, Seigneur, qui la gent te craignant, Vient recouvrer du mal l'environnant.
Par quoy aussi seras chanté de nous De jour en jour, et d'an en an venant.
Fin du cantique.
kU LECTEUR.
Voylà comment ce bon Dieu souverain Maintient les siens, les deffend et les garde De la fureur, de la rage et la main, De tous tyrans, et point ne les hazarde ; Car les harnois, pistolles ou hallebardes, Où gist l'espoir des meschans ou pervers, Ne dureront, combien qu'un peu il tarde : Le jour viendra, qu'ils cherront à l'envers.
Charles Lorrain, le cardinal (1) Incestueux, abominable (9), S'est donné corps et ame au diable Si, tant qu'il vivra, ne fait mal.
(1) Collection de Ràsse de Noecx, 1. 1, p. 17. - Ce quatrain entre les autres pièces Je ce recueil n'est qu'une plaisanterie mêlée d'un peu de calomnie , tant il est bon de
n'en pas perdre l'habitude; et puis il en reste toujours
quelque chose.
(2) Charles de Lorraine, dans ses voyages en.Italie, avait fréquenté la cour d'Hercule d'Esté, duc de Ferrare ; naturellement il y avait vu la princesse Anne d'Esté dans ses jeunes années, et quand elle épousa, vers lâ48, François, duc de Guise, Charles resta dans les ternies d'une familiarité bien explicable, sans calomnie, avec sa belle-sœur. —La duchesse de Guise était, par sa mère Renée de France, petite-fille de Louis XII. Elle était fort belle, et ne pardonna jamais aux huguenots l'assassinat de sou mari. De là les méchancetés répandues contre elle. En secondes noces, elle s'uait à Jacques de Savoye, duc de Nemours, que les poètes .calvinistes n'épargnèrent pas non plus La duchesse de Nemours mourut en 1607.