‹ Recueil de poésies calvinistesChapitre 33 sur 72 · LE MASSACRE DE VASSY · texte numérisé non relu

LE MASSACRE DE VASSY

Mars 1562.

0 Dieu, si près de ton throne (1) Est assise l'équité, Qui, égale à tous, ordonne Le bien ou mal mérité,

(1) Bulletin de la Soc. de Vhist duprot. français, 1857. — Publication de M. Louis Lacour.-*- Le 1" Mars 1562, le duc de Guise, mandé par la reine, inquiète des menées des protestants, partit de Joinville avec sa suite — AVassy, on entendit dans une grange ies chants des calvinistes : quelques valets de la maison du duc entrouvrirent la porte : de là des injures, puis des coups. — Le duc de Guise se hâta d'aller séparer les combattants, mais son intervention fut méconnue : il fut même blessé. Dès lors la mêlée devint sérieuse. La chaire du ministre protestant fut brisée, et l'assemblée des réformés dispersée. Plusieurs d'entre eux furent blessés. Quelques uns furent tués. Les calvinistes exploitèrent avec fanatisme ce fatal accident. Ils portèrent plainte à ]a Cour, qui se trouvait au château de Monceaux en Brie, puis se réunirent à Meaux. Le prince de Condé se mit à leur tète, et la première guerre civile commença. — L'événement de Vassy fut raconté, commenté dans plusieurs brochures calvinistes. — Les catholiques leur opposèrent un livret ayant pour titre : — Discours au vray et en

Dieu, ô Dieu vangeur du vice, Dieu, je te requiers justice !

Je te demande raison.

Oy donc ce que j'implore, Voy les larmes que je plore, Et reçoy mon oraison.

Nostre roy, par sa clémence, Les grans feus avoit esteint, Dont la misérable France Martyroit son troupeau saint.

La fureur du peuple instable, Auparavant indomtable, Obéissait à sa loy,

abrège de ce qui est dernièrement advenu à Vassy, y passant Mgr le duc de Guise. — Paris, G. Morel, 1502. — Le duc de Guise, qui parait l'avoir dicté, raconte que les protestants étaient au nombre de 500, qu'ils avaient des armes et des munitions ; que, pour mettre fin à la querelle, il envoya d'abord deux ou trois de ses gentilshommes, qui furent reçus à coups de pierres et d'arquebuse, et qu'enfin, avant que la mêlée ne commençât, 15 ou 16 catholiques étaient déjà blessés.

A cette version officielle, les catholiques joignirent les couplets que voici :

Honneur et salut à Dieu Et au Roy notre sire, Qui nous a en ce bas lieu Si bien gardez de l'ire Des huguenaux Remplis de meaux Qui nous vouloyent occire.

Un jour viendra Qu'on les fera Trestous crever do rire.

Nous avons un bon seigneur

Et la France ores destruite, Ja de peu à peu reduicte, Recevoit ta saincte foy.

Quand d'une brave entreprise Et d'un cœur trop orgueilleux, François, prince et duc de Guyse, Rompit un cours si heureux ; Quand la fureur et la rage,

En ce pays de France, Et prince de grand honneur, Vaillant par excellence,

Et très-humain

Doux et bénin :

C'est le bon duc de Guise

Qui, à Vassy,

Par sa mercy, A défendu l'Eglise.

Le premier jour du moys de Mars,

Qui estoit le dimanche, Les hugueuaux de toutes parts Se mirent en une grange

Pour y prescher

De manger chair Quatre temps et carêmes,

Et du lard gras,

Comme des rats, Quand ils se trouvent à mesmes.

Ainsi qu'à la messe estoit Le bon prince de Guise, Que le prestre se vestoit Pour chanter à l'église.

Les huguenaux, * Infaits crapaux, S'en vont sonner le presche Qui en ce lieu Service de Dieu Et saincte Eglise empesche.

Qu'il portoit en son courage Contre la religion, Fut si extrême et si forte Qu'elle peut froisser la porte De la simulation.

Ce petit troupeau fidèle.

Qui à Vassy te servoit,

Monsieur de Guise parla

Et dit aux gentils hommes :

- Allez-vous-en jusque-là !

Et, leur dit en somme

Qu'ils ayent un peu,

Dedans ce lieu, Un peu de patience

Pour rendre à Dieu

Grâce et honneur Et aussi révérence.

Mais ces huguenaux mauldits

Ont dit tout le contraire; Ont respondu par leurs dits Qu'ils n'en nvoyent que faire.

Ils ont frappé Et molesté Ces nobles personnages ; De leurs canons, De leurs bastons, Ils leur ont fait outrage.

Monsieur de Guise y alla

En grande diligence, Qui de tous ces médians là A bien prins la vengeance.

Il a tué La pluspart de leur bande, Et les laquets, Par leurs conquests, Ont montré chose grande.

Inspiré d'un sacré zèle, Gloire et honneur te rendoit :

Hz estoient là tous ensemble, Convoquez dedans un temple, Escoutans ta saincte voix, Qui leur ame avoit ravie, Tant elle estoit resjouie Des paroles de tes loix.

Lors ce tyran plain d'audace, Envieux de ton honneur, Met en effect la menace Qu'il couvoit dedans son cœur.

Il se dépite, il commande Que ceste tant humble bande Soit tout soudain mise à mort, Et luy-mesme, rouge d'ire, Les vient blesser et occire Par un trop cruel effort.

Hélas ! qui eust veu à l'heure Ce pauvre troupeau chassé :

L'un rend l'esprit ; l'autre pleure ; L'un s'enfuit ; l'autre est blessé.

Ce vieillard de main tremblante

Prions à Dieu de Paradis Qui nous donne la grâce Que nous soyons en luy unis, En dépit de leur race ; Qu'au ciel très hault Sans nul défault, Soyons avec les anges, Que nostre esprit A Jhésu Christ Toujours rende louanges !

Couvre la plaie sanglante De l'enfant prest à mourir ; Et la mère, entre les armes, Vient de ses dolentes larmes Trop tard son fils secourir.

La femme, parmy la presse, Voit son marv estendu, Et mesle un pleur de tristesse Avec le sang espandu.

L'enfant suit de près la mère Et, voiant son pauvre père Gésir mort entre les mors, En vain: — Mon père ! — il s'écrie, En vain de parler le prie, En vain soulève son cors.

L'une se bat de détresse, L'autre arrache ses cheveux ; L'un déteste sa vieillesse, L'autre se dict malheureux ; Mais tous, d'un pleur misérable, Tous, d'une voix pitoiable Emplissent l'air à l'entour De regrets, souspirs et plaintes, Criant au ciel, les mains jointes :

— 0 Dieu ! voy ce cruel tour.

Ha ! Seigneur, voy la misère Où tes servans sont réduits; Voy ces enfans, o bon père, Tuez, navrez, destruis.

Mais, Dieu, ren nous tesmoignage Que nous portons cest outrage

Pour l'honneur de ton nom saint, Lequel ce prince martyre, Qu'il veut par armes destruire Et rendre du tout estaint.

Le sang, qui de course prompte S'estend à l'entour du lieu, D'un cry qui jusqu'au ciel monte Demande vengeance à Dieu.

Aussi la terre souillée, Pour estre en ce sang mouillée, Sang qui de ses enfans sort, Humblement le Seigneur prie Que ce cruel prince expie Gest outrage par sa mort.

Sus, donc, ô Dieu ! pren les armes !

Venge ce sang espandu !

Seigneur, tu as veu nos larmes, Tu as nos cris entendu :

Console donc nostre plainte Et, par ta droiture sainte, Envoy ce prince au cerceul D'une mort juste et fatale, Si bien que la peine égale La fierté de son orgeul.

Nous sçavons que nostre offense Mérite plus que cecy; Mais tu es Dieu de clémence :

Nous te demandons mercy.

Le fardeau de nostre faute Devant ta majesté haulte Nous fait ploier les genoux.

Fay nous donc grâce et retire Ce prince, fléau de Tire, Qui t'aigrissoit contre nous !

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