‹ Recueil de poésies calvinistesChapitre 35 sur 72 · PUR.E RELIG10NI 1NFEST1SS1M1S · texte numérisé non relu

PUR.E RELIG10NI 1NFEST1SS1M1S

Mœnia dum starent quondam Babylonis ini-

[quae,

Vix fuit in tota qui colit urbe Deum.

Illi succedis, sed tu sceleratior illa,

0! omnis sceleris pessima Roma parens.

Mquo subsequitur populosa Lutetia passu (2),

Semper arnica malis, insidiosa bonis.

Àt Babylon periit; quassataque Roma ruina

Decidit ingenti : tu, tibi pari cave !

(1) Mémoires de Castklnau, — Le Laboureur, 1731, — t. I, p. 7G2.

(2) Ces vers furent composés, après les événement! de Vassy, lorsque le duc de Guise fut reçu dans Paris avec enthousiasme. — La grande ville était alors dans son rôle de capitale intelligente; elle tenait pour les représentants de l'unité nationale : donc les littérateurs huguenots prodiguaient à ses habitants les insultes et les menaces. Les gens de Lutèce ne prétendaient pas être des saints : aussi ne furent-ils que trop préparés, par ces violences littéraires et d autres diatribes que le lecteur va rencontrer, aux 0 utiles représailles do 1572.

DU DUC DE GUISE

Mars 1562.

Goliath, ennemy du grand Dieu souverain (1), Àvoit délibéré la ruyne de l'Eglise Des enfans d'Israël : mais toute son emprise, David l'ayant tué, esvanouit soudain.

Ainsi adviendra il à ce grant Lorrain, Ce tyran, ce bourreau et sanguinaire Guise, Qui, ayant de Vuassy l'assemblée surprise, A esté si hardy mettre sur eux la main.

Dieu, qui est protecteur des élus, ainsi comme David il suscita, nous donnera un homme Pour l'outrage venger de ce traistre Guysard ;

Car il en a choisy un de ligne royalle (2),

(1) Collection de Rasse de Noeux, t. I, p. 170.

(2) Il s1agit du prince de Condé. — Après l'événement de Vassy, manquant à tous ses devoirs de chrétien, de Français, et de petit-fils de saint Louis, Louis de Bourbon se mit à la tète des calvinistes et donna ie signal de la guerre civile. Sa jalousie contre le duc de Guise l'aveuglait. Mais aussi quel châtiment ! Les flatteries d'un parti qui va commettre un assassinat ! — Dieu punit tôt ou tard les princes qui manquent à leurs serments. Condé n'obtint jamais le

Qui a juré à Dieu une foy si loyalle,

Et ne fauldra jamais de s'en mettre au hazard.

pouvoir objet de son ambition. Il mourut à sou tour sous les coups d'un lâche meurtrier.

On comprend la tactique d'un parti qui veut se venger: il faut qu'il exagère les torts de son ennemi, pour irriter contre lui l'opinion publique ; de là la nécessité d'exploiter l'événement de Vassy. Donnons encore au lecteur, sur cette fatale aflaire, le récit d'un contemporain :

« Lors, comme m'a souvent dit le duc de Guise, aucuns de ses officiers et autres, qui estoient allé devant, curieux de voir telle assemblée et nouvelle forme de presches, sans autre dessein, s'approchèrent jusques à la porte du lieu, où il s'émeut quelque noise avec parole de part et d'autre ; aucuns de ceux de dedans qui gardoient la porte jettèrent des pierres et dirent des injures aux gens du duc de Guise, les appelant papistes et idolastres. Au bruit accoururent !es pages et quelques gentilshommes de la suite. S'estant eschauflës les uns et les autres avec injures et coups de pierre, ceux de dedans sortirent en grand nombre, repoussans ceux de dehors. Ce qu'estant rapporté au duc en se mettant à table, et que l'on tuoit ses gens, il s'y en alla en grand haste ; où, les trouvant aux mains à coups de poiugs et de baston , s'approchant du lieu où se faisoit le preschc, luy furent tirés plusieurs coups de pierre, qu'il para de son manteau, etc. » Castblnau, Mémoires, liv. I, p.8i, édition de 1659.

SONNET DU DUC DE GUYSE

Ce grand tyran, qui jadis exerça (1) Sa cruauté et barbare entreprise ; Ce grand bourreau, qui du Seigneur l'Eglise

(1J Collection de Rasse de Noeux, t. I, p. 22. — Après la catastrophe de Vas-jy, les protestants s'étaient insurgés, ayant à leur tète le prince de Gondé et l'amiral de Goligny. Guise, à la léte des troupes royales, les chasse de Rouen, les bat à la journée de Dreux et va mettre le siège devant Orléans. — De là la colère des calvinistes ; de là les chants qui provoquent l'assassinat ; de là le meurtre du duc de Guise.

Aux deux récits sur l'événement de Vassy que nous avons déjà cités , on peut joindre : — Le Massacre de Vassy, d'après un manuscrit tiré d'un couvent de Vassy, par Horace Goujon, ministre de V Evangile.— Paris, L.-B Delay, 1813. A cette version nous opposerons toujours les témoignages des contemporains, notamment celui de Voisin de la Popelinière (la vraie et ancienne Histoire des derniers troubles. — Cologne, 157.1, — ou Bâle, 1579), historien calviniste, mais impartial : il avoue que le combat commença par une noise attribuée à l'insolence des huguei.ots et à l'emportement des gens du duc. — Brantôme, que loi \ rotestants citent volontiers, dit que la lutte vint des chants provocateurs des huguenots, qu'elle ne fut d'abord qu'une mêlée de laquais. -~ Puis il ajoute : « Gela ne fut rien et ne valoit pas que l'on criast tant comme on l'a fait, ny que l'on (le duc de Guise) appelast le boucher de Vassy: il ne le fut point là, ni ailleurs Ce n'estoit

Pourchasse à mort depuis vingt ans en ça ;

Ce furieux tigre enragé forcé a Une maison à Vassy par surprise, Où tout ravit comme en ville conquise, Et le troupeau du Seigneur renversa.

Ce grand bourreau fait apparoir ses forces En esgorgeant enfans et femmes grosses; Et non content d'avoir fait ce beau coup,

Il se promet que par toute la France Ainsi fera : mais Dieu, par sa puissance, L'abismera aux enfers tout d'un coup.

pas une entreprise digne de satisfaire le courage d'un si grand homme qu'estoit le duc, de Guise, et il faut croire qu'il eut plus de peine à le retenir qu'à l'employer dans une occasion si indigne de luy. Néanmoins les huguenots l'exagérèrent autant qu'ils purent pour faire valoir le titre île grand boucher, qu'ils luy donnèrent, et qui commença par un sonnet , qu'on lit incontinent courir de presche en presche et de ville en ville; lequel je ne douneray point icy , par ce qu'il n'est plein que de vilaines injures. »

Nous n'avons pas trouvé ce sonnet ; mais dans le nombre deceuv que nous publions, il en est plusieurs OÙ se lit la mot bourreau, qui a pu par pudeur être substitué à celui de boucher, son équivalent en syllabes

Dans tous hs cas, le jugement de Brantôme sur le grand caractère du 4uc de Guise, et l'inutilité qu'il y avait pour lui, tant dans les intérêts de son ambition que dans ceux de sa gloire, à tailler en pièces quelques chanteur! de psaumes, est adopté par l'histoire et les gens de bon sens.

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