PSAUME LXXIX
Dam vénérant gentes.
Les gens entrez sont en ton héritage : Ils ont poilu, Seigneur, par leur courage Ton temple sainct, Jérusalem destruite, Si qu'en morceaux de pierre l'ont réduite.
Ils ont baillé les corps
De tes serviteurs morts
Aux corbeaux pour les paistre,
La chair des bien vivans
Aux animaux suivans
Bois et plaine champestre.
Entour la ville, où fut ce dur esclandre, Las ! on a veu le sang d'iceux espandre, Ainsi comme eau jetée à l'aventure, Sans que vivant leur donnast sépulture.
Ceux qui nos voisins sont
En opprobre nous ont,
Nous mocquent, nous despitent :
Ores sommes blasmez
Et par ceux diffamez
Qui entour nous habitent.
Hélas ! Seigneur, jusques à quand sera-ce?
Nous tiendras-tu pour jamais hors de grâce? Ton ire ainsi embrasée ardra elle Comme une grand flamme perpétuelle ?
Tes indignations
Espans sur nations
Qui n'ont la congnoissance.
Ce mal viendroit à point
Au royaume, qui point
N'invoque ta puissance.
Car ceux là ont toute presque esteinte Du bon Jacob la postérité saincte, Et en désert totalement tournée La demourance à luy par toy donnée.
Las ! ne nous ramentoy
Les vieux maux contre toy
Perpétrez à grans sommes.
Haste-toy ! vienne avant
Ta bonté nous sauvant ;
Car moult affligez sommes.
Assiste nous, nostre Dieu secourable ; Pour l'honneur haut de ton nom vénérable, Délivre nous; sois piteux et paisible En nos peschez par ta gloire indicible.
Qu'on ne die au milieu
Des gens : — Où est leur Dieu ?
Ains punis leurs offenses.
Veuille de toutes parts
Des tiens le sang espars
Venger en nos présence (1) !
(1) Ce psaume provocateur est l'œuvre de Clément Ma rot En tête est cet argument ! — « 11 se complaint île la cala-
mité advenue en Jérusalem par Antiochus, contre lequel il demande aussy l'aide de Dieu. » — Ce cantique se trouve à la fin d'un pamphlet devenu très-rare, ayant pour titre : — La Destruction et saccagemznt exercé cruellement par le duo de Guise et sa cohorte en la ville de Vassy, le 1er jour de Mars 1561 . — A Caens (sic)a 1562. »
Le duc de Guise, pendant les derniers jours de sa vie, et au moment de rendre l'âme, ne cessa de déplorer la lutte de Vassy. — Sur son lit de mort, il fit cette déclaration recueillie par Lancelot de Caries, évèque de Riez :
« Quant aux dernières armes que j'ay prises, j'invoque la bonté divine en tesmoiguage que je n'y ai esté conduit par aucun intérest particulier, par ambition, ny par vengeance» mais seulement pour le zèle de l'honneur de Dieu, pour la vraie religion que j'ay tenue sans fléchir , et le service de mon prince, qui sont cause que je meurs présentement. Dont je me tiens'heureux et remercie de très bon cœur mon Dieu de m'avoir fait tant de grâce. — Je vous prie de croire que l'inconvénient advenu à ceux de Vassy est advenu contre ma volonté, car je n'y allay cliques avec intention de leur faire aucune offense ; je ay esté défendeur, non aggresseur. Et quanta l'ardeur de ceux qui estoient avec moy, me voiant blessé, leur fit prendre les armes. Je fey tout ce que je pus pour parer leurs coups et garder que ce peuple ne receust aucun outrage. »
La brochure de l'évèque de Riez parut d'abord avec ce titre : Mémoire lamentable sur le trépas de très illustre et très magnanime prince Messire François de Lorraine, duc de Guise, chevalier de l'ordre, pair de France et lieutenant gênerai pour le roy, avec propos mémorables de ce bon prince sur l'heure de son trépas. — Troyes, Trumeau. — Lettres gothiques.