‹ Recueil de poésies calvinistesChapitre 38 sur 72 · DES SEIGNEURS DE CHASTILLON · texte numérisé non relu

DES SEIGNEURS DE CHASTILLON

29 Décembre 1562.

Reçoy, Paris, dans tes bras estendus (1) Les Chaslillons, seigneurs tant attendus. Chantez, marchands, chantez en palatins (2) Un si haut chant que l'oyent les Latins (3). Chantez en tous ; chantez, jeunes et vieux, Io en rond (4). malgré les envyeux.

Poètes, chantez des mutins la victoire Au champ de Dreux : à Dieu seul en soit

[gloire (5), Qui a deffait par sa main non armée

(1) Collection Rasse de Noeux, t. I, p. 23G.

(2) Palatin : officier du palais des empereurs, des papes. — Paladins : chantres du palais. — Comte palatin : titre de quelques princes allemands.

(3) Probablement la Cour de Rome.

(4) Ces trois mots, tels que le texte les donne, ne forment pas les quatre syllabes nécessaires pour la mesure du vers. Le mot io est-il une exclamation ? Ne faut-il pas lire : — Ja, tous en rond ?

(5J A la journée de Dreux, les protestants, d'abord vainqueurs, finirent par être complètement vaincus. Le prince de Condé, leur chef, fut fait prisonnier. — Mais ce ne sont que des détails, et les saints n'y regardent pas de si près.

Du grand Guysard la très-puissante armée (1). Vaillans et preux, vertueux et bien nés, Ces seigneurs sont en bon heur fortunés : Qui mal leur veut, en la fosse tresbuche Où, pour leur nuire, a tendu son embusche (2)!

(1) Comme on le voit, les bulletins menteurs ne sont pas une invention moderne.

(2) La mort du maréchal de Saint- André, lâchement assassiné par Bolùgny, peut seule expliquer la joie menaçante du poète huguenot.

LE CHANT DE LA GUERRE CIVILE sur l'association et prise des armes.

Ceste divine Providence (1), Qui gouverne par sa puissance Le monde et tous ses citoyens, Use de beaucoup de moyens ; En tout cela qu'on luy voit faire, Elle s'aida pour ministère De quelques instrumens humains.

Aussi les hommes, qui l'adorent, Bien en vain son secours implorent, Sans vouloir emploier leurs mains.

Les vœus, les souhaits, les complaintes, Les désirs, les prières saintes, La foy mesme toujours ne peut Avoir de Dieu ce qu'elle veut :

Il est bien souvent nécessaire,

(l) Cantiques et argumens sur les règnes de Henry II et de François II, etc., 1563. -- Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme français, t. V, p. 513- — Cette pièce fut composée après les événements de Vassy, au moment où les calvinistes prirent les armes et se crurent le droit de commencer la première guerre civile.

Si nos desseins voulons parfaire,

D'y ajousler nostre labeur :

Le prix des biens que Dieu nous donne,

Et l'instrument qui les ordonne,

C'est le travail et la sueur.

Donc celuy est bien fol, qui pense Chasser de soy la violence Et de ses haineux les effors, S'il ne veut emploier son cors (1) ; Car c'est une bien vaine chose Qu'un homme oisif, qui se repose Sur l'appuy de son vain espoir, Et (jui n'embrasse, et qui n'emploie Les moiens, que Dieu luy octroie, Pour exécuter son vouloir/

Maintenant qu'un prince s'essaie (2) Blesser d'une mortelle plaie Tous ceux qui font profession (,J) De la vraie religion, Nous avons beau gémir et plaindre, Crier Dieu, les mains au ciel joindre Et plorer comme efîéminez, Ces meschans feront leur massacre, Et Dieu n'enverra pour les battre Un escadron d'anges armez.

(1) Lisez : corps.

(i) François de Lorraine, duc île liuisr, signalé IBM cesse a lu !i i i m- des protestant*

(3) c<st (ajournée de Vnssj que l'auteur transforme en mu: persécution générale.

Mais si, laissans les vaincs larmes, Nous empoignons les fortes armes, Et si nous avons plus d'espoir En Dieu qu'en nostre humain pouvoir, Il nous armera de sa grâce, Pour repousser bien loin l'audace Qui nous oseroit assaillir, Et rendre l'Eglise asseurée D'un repos de si grand durée „ Qu'il ne puisse jamais faillir.

Sus donc, hommes pleins de vaillance !

Faisons une sainte alliance, Obligeons nostre pure foy A deffendre de Dieu la loy. Nous ne joignons nos mains fidèles Pour quelques légères quereles, Ny pour un tyrannique effort :

Une cause bien juste et sainte Et une bien prudente crainte Nous font entrer en cest acord (1).

Or maintenant que tous ensemble Ceste promesse nous assemble !

Il ne faut qu'une froide peur Aparesse nostre grand cœur.

Sus donc ! sus, o vaillans gendarmes (2) ! Prenons en nostre poing les armes,

(1) Il s'agit de l'association formée pour renverser le pouvoir de la maison de Guise.

(2) Ce cantique est; comme on le voit, la Marseillaise de la guerre civile.

Et couvrons nostre cors d'acier !

Dieu ne nous offre autre manière Pour réprimer l'audace fière Qui l'ose au combat défier.

Mais, las! faut-il que nostre guerre (1) Ensanglante la chère terre Qui en son giron nous receut, Quand*nostre mère nous conceut ?

Faut-il, douce mère commune, Que nostre discord t'importune De tant de violens effors, De tant de sang, de tant de larmes, De tant de coups, de tant d'alarmes, De tant d'excès, de tant de mors ?

Faut-il que nostre main chrestienne La main de meurtriers devienne, Et que nos cœurs de charité Soient cœurs d'inhumanité ?

Ce n'est pas tout qu'estre homicide ; lia ! faut-il estre parricide ?

Faut-il apoincter un canon Contre l'estomach de son père ?

Faut-il perser le cors d'un frère Ou d'un cousin de mesme nom?

Hélas! o majesté divine !

Le cœur nous tremble en la poitrine, Quand nous proposons à nos yeux L'horreur de ces faits furieux;

(t) On ne dira pas que les protestants n'avaient pas pré VU toutes les conséquence* d'une gUOITe fratricide.

Mais aussi faut-il que l'audace D'un prince lorrain nous menace, Comme il fait, de meurtres espais ?

Faut-il qu'impunément il ose Rompre l'édict qu'un roy propose (1) Pour nostre bien et nostre paix ? •

Faut-il que, par où il chemine, Tes serviteurs il extermine ?

Faut-il, o Dieu ! quêtes troupeaux Redoutent toujours les bourreaux?

Faut-il que l'horreur de ses armes Pose une loy dedans nos âmes Contraire à l'honneur qui t'est deu, Si nos canons, picques et lances Peuvent chasser ces violences Et nous garantir de ce feu ?

Non ! non ! ce n'est chose croiable Que toy, qui es juge équitable, Nous aye laissez assembler Pour nous voir ores tant troubler !

Tu ne voudras que ton Esglise Soit le jouet de ceux de Guyse, Et que les cors de tes enfans Soient le sujet sur quoy s'exerce Leur volonté trois fois perverse, Ny qu'ils soient de nous triomphans ?

(1) Il s'agit de ledit de Janvier 1562, qui donnait aux protestants le droit de pratiquer leur culte. S'il eu remis le pouvoir entre les mains de Condé, de Coligny, de leurs amis, le massacre de Vassy n'eût été qu'un accident.

Donques, o Seigneur, favorise Nostre nécessaire entreprise.

Nous avons devers toi recours ; Ne nous dénie ton secours.

Ces armes ne sont offensives, Sefgneur, elles sont deffensives.

Déjà nos haineux sont armez :

La guerre nécessaire est juste.

Fay donc nostre main plus robuste, Et ren nos cœurs mieux animez (1).

(1) N'est-il pas dit : Aimez-vous les uns les autres !

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