‹ Recueil de poésies calvinistesChapitre 39 sur 72 · SUR LA MORT DES TYRANS · texte numérisé non relu

SUR LA MORT DES TYRANS

Sur le chant du psaume XLII (1).

A ce coup tout homme die :

— Sachent ores les pervers Qu'encor n'est la main faillie Du grand Dieu de l'univers.

Un effet l'autre suyvant Monstre le grand Dieu vivant. Son esprit sans cesse veille A monstrer quelque merveille.

Que chacun ores confesse :

Ce grand Dieu vit vrayement, Et sa grand force et hautesse Durent éternellement.

Car il a soudain deffait Nos adversaires infects Et rompu leur violence Au plus fort de leur puissance.

(1) Collection de Rasse de Noeux, t. I, p. 185. — Dans cette pièce, personne n'est nommé; mais les allusions qu'elle renferme n'en sont pas moins faciles à saisir : après l'assassinat du duc de Guise, c'est le chant de triomphe de la haine et du fanatisme.

Le malin en son courage (1) Songeoit n'estre puni de Dieu, Qui, après son haut ouvrage, N'a souci de ce bas lieu.

Ainjy alloit oppressant, Le Toible juste innocent Et, soubs malice couverte, Faisoit à Dieu guerre ouverte.

Las! un temps de quelle sorte Nos ennemis ravissans Nous tenoyent soubs leur main forte Foibles, morts et languissans !

L'adversaire caut et fin Mettoit son désir à fin.

Plus n'osoit la fausse Eglise Estre en quelque lieu sans prise.

Plus n'estoit en l'assemblée Chanté ce Dieu glorieux :

Plus n'estoyent, fors par emblée, Preschez ses faits merveilleux.

Brief l'hayneux, enllé de vent, S'alloit si fort élevant Qu'il sembloit par force extresme Vouloir estre Dieu luy mesme.

Mais la puissance éternelle De l'invincible vainqueur, Qui pourchasse le rebelle Et maintient l'humble de cœur,

(\) Il s'agit du malin esprit, du diable, c'est-à-dire des chefs du parti royaliste et catholique.

Monstrant d'un seul coup l'effort De son bras puissant et fort, Du fort courant en la lice A esteint cœur de malice (1).

Puis celluy, qui le veut suyvre, 0 ! enfant mal gouverné (2) !

Voulant le forfait poursuy vre Par le père décerné, Le Seigneur fait défaillir D'où Ton l'avoit veu faillir, Le punissant par l'ouye De mort non encore ouye.

En après en vint un autre De courage efféminé, Qui se confesse tout autre Qu'il n'avoit déterminé, Et lorsque, contre son cœur, Il se rend persécuteur, La main de Dieu excellente Luy donne mort violente (3).

(1) Ce couplet signale comme un châtiment de Dieu la mort de Henry II tué dans un tournoi par le comte de Montgomery, Inquiet des suites de cet accident, celui-ci se lit protestant.

(2) François II périt des suites d'une maladie d'une nature peu connue : elle s'aggrava, dans les derniers moments, d'un violent abcès logé dans l'oreille : de là les deux derniers vers de ce couplet.

(3) Ces vers concernent Antoine de Bourbon, roi de Navarre, qui avait d'abord penché vers le calvinisme et la révolte : il revint à la religion et au drapeau de ses pères, et mourut des suites d'un coup d'arquebuse qu'il reçut au siège de Houen.

Puis d'un qui, par ignorance.

Fut fier et malicieux, Et d'un qui, par arrogance, Fut horrible incestueux ; L'un il a soudain submis En main de ses ennemis; L'autre il a, par mort austère, Puny de son adultère (1).

Mais encore restoit le pire, Du cœur tant audacieux, Qui pensoit ravir l'empire Et de la terre et des cieux; Cestuy, par déloyauté, Maintenoit sa cruauté,

(1) Ce couplet est le seul qui ne soit pas complètement clair; il doit cependant désigner deux des membres du triumvirat, le connétable Anne de Montmorency, fait prisonnier à la journée de Dreux, homme rude, maladroit, et parfois malheureux à la guerre, et le maréchal de Saint-André, Jacques d'Albon, aussi prisonnier à la même journée, et assassiné par Bobigoy, seigneur de Mézières, cavalier calviniste : c'est ce que l'auteur appelle une morf austère. Quant à l'inceste qu'on lui reproche, nous ne savons sur quelle base peut s'appuyer cette imputation. Le maréchal de Saint- André n'avait qu'une lille élevée dans un couvent, où elle mourut. Elle était, dit-on, fiancée au prince de Condé. Les gens qui ne reculent devant aucune calomnie accusent M1"8 de Saint-André d'avoir empoisonné sa lille pour épouser a sa place Louis de Hourbon. — Le maréchal de Saint-André aimait les arts et le luxe. Ses revenus ne pouvaient lui suffire; son tort fut d'avoir profité des troubles civils pour s'enrichir, ou plutôt pour faire lace a ses dépenses. — Les protestants ne lui pardonnèrent pas d'avoir profite de leurs dépouilles.

Faisant des saints sacrifices A sa rage et injustice (1).

Dont alors que cest avare,.

Gomme un lyon rugissant, De férocité barbare Alloit les saints meurdrissant, Et lors s'estimoit heureux :

Un seul coup donné des cieux A tué, o main heureuse !

Cette beste furieuse.

Ainsi donques voilà comme Ce Dieu très victorieux Jamais ne délaisse l'homme De l'invoquer curieux.

Nous l'avons, en ce tourment, Invoqué journellement :

Ainsy sa main débonnaire A deffait nostre adversaire.

Vous donques, cieux magnifiques, En vos chants mélodieux, Chantez chansons et cantiques A ce Dieu tant glorieux.

Et vous, simples élémens, Louez ses faits excellens .

Toy, mon ame, aussi le chante Avec toute ame vivante.

(Ij La fin de la chanson, relative à l'assassinat du duc' de Guise, contient la glorification du meurtre politique, et voue à la mort quiconque est l'ennemi des calvinistes.

Oncles de la mer sallée, Retentissent son renom !

Montagnes, plaines, vallées, Faites résonner son nom !

Voire vous aussi, pervers, Pensez en vos cœurs divers Que la vertu tant prouvée Est d'éternelle durée.

Pourtant, nostre Dieu, au reste Veu que tu es le sauveur :

Poursuy en ce peu qui reste Tousjours ta bonne faveur.

Comme à ceux-cy tu as fait, Soit tout autre tout deflait, Et destruy tout adversaire Qui à ta loy est contraire.

AU CARDINAL

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