‹ Recueil de poésies calvinistesChapitre 43 sur 72 · RESPONSE AU SONNET PRECEDENT PAR IMITATION · texte numérisé non relu

RESPONSE AU SONNET PRECEDENT PAR IMITATION

Nostre roy, nostreloy, nostie pais de France Ont longtemps débatu lequel des trois debvoit Plus de deuil, plus de pleurs, plus de recognois-

[sance A ce Guysard tue, qui encontre eux avoit

Fait tant de cruautés, larcins et violence, Ayant réduit le peuple en Testât que l'on void ; Mais d'un commun accord avant fait conférence Des maux par lui commis et de ceux qu'il con-

[noist ,

Ont confessé tous trois, de volonté ouverte, Que, perdant co Guysard, n'ont fait aucune perte , Et, pour monstrer qu'ils ont de ses faits souvenance,

Tous trois ensemblement ont dressé, pour

[mémoire,

(1) Ce sonnet est-il l'œuvre des catholiques? Dam <v cas. il riendrait à l'appui de notre thèse : les violences politiques

binent les violences politiques.

A Merey un tombeau, afin qu'il fust notoire Qu'il est exécuteur de divine vengeance (1).

(1) Cette réponse est une bravade à l'adresse de ceux qui poursuivirent énergiquement Poltrot de Meré. C'est en prenant fait et cause pour un lâche meurtrier, que les calvinistes ont donné la mesure de ce que l'ambition, la jalousie, le fanatisme leur avaient laissé de sens moral. Sur ce point, donnons la parole à un savant homme qui, dans sa jeunesse, avait pu recueillir les impressions gravées dans l'esprit public par ce fatal crime. Le Laboureur, dans ses additions aux Mémoires do Castelnau (édition de 1619, t. II, page 225), traitant de l'accusation de complicité d'abord dirigée contre Coligny par Poltrot, s'exprime ainsi : « Peut estre que Th. de Bèze et quelques autres ministres, qui faisoient leur guerre à part, et qui l'avoient induit, luy avoient proposé cet expédient, pour estre traité en prisonnier de guerre, s'il estoit pris, et mesme luy avoient promis de le faire revendiquer avec protestation de représailles. » Il estoit de leur intérest de n'estre pas seuls autheurs d'une si méchante action et d'y engager tous les huguenots ensemble ; — et c'est de quoy ils vinrent à bout principalement envers le vulgaire ignorant et passionné pour leur doctrine, par le soin qu'ils prirent de louer en toutes sortes de langues la malheureuse main et la détestable mémoire de cet assassin, dont ils firent un martyr de la vieille loy, faute de trouver des exemples dans la nouvelle.

» Ainsi ils attirèrent sur tout leur parti la haine d'une conjuration particulière, qui fut si cruellement expiée en la sanglante journée de la Saint-Barthélémy, de laquelle la maison de Guise ne se pouvoit pas mieux deffendre que par les preuves d'une complicité universelle de la part de tous les huguenots, qui parut par les libelles et les pasquils que les uns composoient, et que les autres avouoient ensuite contre la mémoire du duc de Guise et en la louange de Poltrot. »

Page 1