DE LA
MORT DU DUC DE GUISE
Le pape , nostre roy , nostre pays de
France (1) Ont longtemps débattu lequel des troys per-
[doit Le plus,Guyse estant mort. Le pape s'atlendoit Que pour luy contre Christ il feroit résistance y
Leroy pensoit aussi que, durant son enfance, Guyse, qui de son camp estre chef prétendoit, Se porteroit ainsi que le roy l'entendoit, En traiclant ses sujets sans nulle violence ;
(1) Collection de Rassk Dl Noeux, t.l, p. 54.— A ce chant de joie opposons ces lignes de Michel de Castelnau {Mémoires, 1659, t. I, liv. IV, p. 147) : « Et combien que quel ques-uns ayent pensé que ce Poltrot eut beaucoup fait pour les huguenots, si est-ce que cet acte a esté cause d'autres grands maux qui s'en sout depuis ensuivis, lesquels l'admira] a sentis pour sa part, comme je diray en son lieu : et a
eette mort apporté un changement h toutes les affaira de
la France. »>
Mais le roy et son peuple ont esté bien trom-
. [pés, Car ce tyran avoit tous leurs biens attrapés Et les Gaules esmeu d'une civile guerre.
0 Roy, n'ayez regret, ny toy, France, à sa
[mort :
Assez avez gaigné, puisque voyez par terre Un ennemy de Dieu, qui pour le pape est mort.
DE GUYSIO ET MŒREO.
Quis laudare potest Judith Holopherne per-
[empto (1),
Si tua nex vitio, duc Guisiane, datur ? Ma dolo occidit, cum nemo conscius esset ;
At necis authorem creditur esse Deum. . . Scilicet ille sui populi decreverat hostem
Fœmineâ ulcisci, dum jacet ille, manu.
Quis neget hune etiam auspiciis cœlestibus
[usum,
Qui solus tanto libérât hoste suos !
(1) Collection Rassis dkNofux, t. II, 2e partie, p. 57. — Mémoires de Castf.lnau. — Le Laboureur, 1659, t. II, p. 187. — Pourquoi faire des vers latins, quand on avait une si belle occasion de se taire ? — A cette comparaison oppo" sons celle-ci — (il s'agit de Poltrot et de sa criminelle action) : a Théodore de Bête et quelques autres ministres, avec lesquels il l'avoit concertée, ne luy en promirent pas moins de gloire que Judith en rapporta de la mort d'Uolopbei ne- Mais n'est-il pas vrai que si Dieu luy enst inspiré eette penlée, et que s'il eutt guidé sa main, qu'il auroit aussi conduit M-- paa dans >.i retraite, et qu'il l'auroit affranchi de la frayeur qui saisit les parricides, et qui le posséda de telle aorte qu'après avoir, deux jours presque entiers, tenu les champs pour se sauver, il se vint enfin Taire prendre au lieu
Haec paria : hinc distant : Judith de caede trium-
[phat ; Morte necem hic diris torminibusque luit.
mesme où il avoit commis cet assassinat ? — Et peut- on douter que l'esprit de Dieu l'eust tellement abandonné dans les fers, qu'il eust esté obligé à paroistre comme il fit, tremblant devant ses juges et si vacillant dans ses dépositions qu'il fut impossible d'en tirer aucune lumière?
» Et quelle comparaison d'Orléans ' avec Bélhulie, de la personne de Poltrot avec celle de Judith, et d'un criminel qui ne peut, avec un excellent cheval d'Espagne et sans estre poursuivi, échapper à la justice divine et humaine, — avec une héroïne qui vient à pied d'une ville assiégée dans la tente d'Holopherne, qui retourne sur ses pas sans peur et sans autre escorte que de sa vertu, porter à ses concitoyens la nouvelle de leur délivrance avec celle de la mort de leur ennemy, et qui jouit longues années de sa victoire? » — Mémoires de Gastklnau, édition de Le Laboureur, 1659, t. II, p 231.