FRÀNÇOYS DE LORRAINE, DUC BE GUISE
Passant, c'est le tumbeau de Franco y s de
[Lorraine (1), Que ta voy richement sur ce marbre taillé, Le tumbeau de celuy qui a tant bataillé, Traisnant par les cheveux la Bellone inhumaine,
Qui est mort à la fin, mais d'une mort soudaine Et telle que le monde en est esmerveillé, Qui de cris et de pleurs a ce marbre mouillé, Voyant estre à la fin son entreprise vaine.
(i) Ce sonnet se trouve a la fin d'un très-rare volume intitulé : Sentence redoutable et arrest rigoureux du jugement de Dieu à Rencontre de l'impiété des Tyrans, recueillies tant des Sainctes Ecritures que des autres histoires, Lyon, imprimé nouvellement, 1564. — Cet opuscule, dont un exemplaire se trouve à la Bibliothèque nationale, est dediéàT.-H. et T. -E. Prince, Charles de Lorraine, duc de Guyse, par I. R. CD. — L'auteur le prie de s'instruire à la lecture de ce livre et de ne pas oublier cette sentence écrite sur le sceptre royal : Christ domine, Christ règne9 Christ surmonte. — Gaudium meum, multis dolor. —
Brave, par trop hardy, o beau courage
[prompt!
Qui lis ce que n'ont fait mille et mille de front, Lorsque tu mis à bas d'une mort violente
Ce prince, que Paris et le poltron Romain, Le Tudesque gloton, le superbe Lorain, Tout le Pontificat et le Pape lamente.
L'ouvrage est une diatribe contre les tyrans. Lauteur ne cesse d'appeler sur eux la colère du ciel : — « Car, à telz malheureux, encore que pour quelque temps toutes choses semblent succéder à souhait, la vengeance de Dieu est deue; laquelle, ainsi que dit saint Paul, il ne faudra jamais d'exécuter sur toute l'infidélité et injustice des hommes : voire quand il devroit les faire massacrer par anges envoyés du ciel, ainsi qu'il fit à Heliodore, ou susciter hommes exprès, saintement inspirez à les punir devant le monde, comme il suscita à Scaevola, chevalier romain, qui alla au camp dei Samnites pour tuer Porsonna, leur prince ; — Pausanias, qui occit vaillamment Philippe, roy de Macédoine ; — Judithe, qui fit mourir Holoferne en son lit ; — Débora, qui faussa d'un clou de part en part la teste à Sisara ; — Eléazarus, qui se mit dessus l'éléphant, bien délibéré de mourir pour tuer le roi Anthioche, — Jan (sic) de Poltrot, qui, de fresche mémoire, tua François de Lorraine, duc de Guise, .en son vivant grand persécuteur de l'Eglise, etc. »
Cette citation ne laissa aucun doute sur l'opinion de l'auteur en matière de tyrannicide. Voilà de la prose. La pensée du libre examen n'est point torturée par les règles rigoureuses de la poésie et le despotisme de la rime. — Le fils aîné du duc de Guise se nommait Henry, et non pas Charles. — Ce prénom était celui de son frère, le duc de Mayenne, né en 1554, le chef de la Ligue, mort en 1611 .
DU DUC DE GUYSE
François, le grand ambitieux (1), Qui vouloit combattre les cieux, Faisoit à Dieu guerre cruelle :
Ayant emply son escarcelle, Est mort contre Dieu endurcy, Et larron de no y se farcy (2).
(1) nolleclion de Rasse de N'oeux, t. I, p. 268.
(2) Ce vers singulier et obscur est un petit bijou de malice ; il renferme l'anagramme des noms du duc de Guise F.r.a n.ç.o.y.s d.e L.o.r.r.a.i.n.e. — On m'avait tou jours dit que les poètes calvinistes n'étaient pas sots.
DU DUC DE GUYSE
Henry — Poltrot — les pervers (1) M'esleva — m'occit -» me pleurent L'orgueil — la honte — et les vers Me nuit — me suit — me demeurent.
(1) Collection de Hassk dk Noedx, t. I, p. 59. — Il s'agit d'Henry II, qui commença la fortune du dur de Guise en comblant d'honneurs ce grand général, il suivait avec intelligence les sympathies de la France. C'est a lui qu'on devait la fin de l'occupation anglaise, la conquête des trois évèchés, Metz, Toul et Verdun, la retraite des armées espagnoles'et le maintien du trône ébranlé par des princes ambitieux; mais on ne peut plaire a tout le monde, et malheur à qui ne plaisait pas aux calvinistes! Que l'orgueil ait terni le grand caractère du «hic de Guise, cela se peut; mais si de sa légende quelque chose a survécu, c'est la gloire. La honte est le lot dt sins et de ceux qui les
louent.
DE MORTE GUYSII Mars 1563.
Dum putat Aurelias turres evertere nuper (1) Guysiades, sanctis dum fera fata parât,
Ecce, metu posito, constans Poltrotius inquit : — Unius, hoc regnum, morte levarejuvat.
Sic Fabii patrise, Decius sic profuit urbi. Sic mea mors, hujus morte futura, levis.
(t) Collection de Rasse de Noeux, t. I, p. 41. — Les calvinistes étaient déjà connus pour chercher dans la Bible l'apologie de leurs violences : aussi, comme nous le lisons dans les Mémoires de Castelnau, édition augmentée des additions de Le Laboureur, 1659, t. II, p. i89, le duc de Guise n'oublia pas de dire, peu après sa blessure, que:« ces nouveaux évangéiiques ne manqueroient point de trouver dans la Sainte Escriture de quoy justifier ce lasche assassinat, et nous venons comme ils comparèrent le siège d'Orléans à celui deBethulie. »
D'Auhigné, dans ses Tragiques (Y. édition de 1857, p. 221), au récit de la bataille de Dreux ajoute ces vers :
L'un ruine, en vainquant, sa douteuse victoire; L'autre, au débris de soi et des siens prend sa gloire. Dieu vit à déplaisir tels moyens pour les siens, Affoiblit leurs efforts pourmonstrer ses moyens, Comme on voit en celuy, qui prodigue sa vie, Pour tuer Holopherne assiégeant Béthulie.
Les deux premiers vers sont une allusion aux pertes que
Dirus Holophernus Juaœis dum parât olim
Excidium, Judith amputât ense caput.
Quasque piis pœnas Aman furcasque parabat,
Est cito in auctorem pœna retorta suum.— Dixit, etextemplo mira Poltrotius arte,
Guysiadem céleri vulnerat vectus equo.
Vos haec, vos, inquam, moneant exempla ty-
[ranni !
Est vindicta Dei tarda, futura tamen !
les deux partis firent dans cette journée. — Dans les deux derniers, d'Aubigné, comme ses coreligionnaires, persiste à prendre la main de Poltrot pour celle de Dieu : — or il écrivait plus d'un quart de siècle après ces tristes événements. Tant il est vrai que, dans tous les partis, il y a des gens dont on peut dire : — Ils n'ont lien oublié, rien appris et rien compris.
Est-il besoin de rappeler que Decius et les illustres 'membres de la famille des Fabius n'assassinèrent personne? Les comparer à Poltrot, c'est faire à leur glorieuse mémoire un injuste outrage.