‹ Recueil de poésies calvinistesChapitre 65 sur 72 · ASSASSINAT DU DUC DE GUISE · texte numérisé non relu

ASSASSINAT DU DUC DE GUISE

RACONTÉ PAR UN PROTESTANT, A i/OCCASION DE SON ANNIVERSAIRE.

Février 1564.

Durant que le Guisart gouvernoit nostre

[France (1), Citadins d'Orléans vivoyent en grand souffrance :

Dieu suscita le vaillant de Meré, Qui le Guisart ha massacré.

Le Guisart, ennemy de toute l'Evangile, Il avoit bien juré, s'il entroit dans la ville, Il fit serment que, s'il rentroit dedans, Mettroit tout à feu et à sang.

(l) Fonds Gaignières, 485.- Collection Rasse de Noeux, t. V, 2e partie, p. Il et 12. — Notre préface donne l'histoire de l'assassinat du duc de Guise : nous n'y reviendrons pas. — Mais l'intérêt de cette chanson consiste en ce qu'elle prouve que les protestants n'avaient pas compris leur faute. Us célébraient avec une pieuse joie l'anniversaire de leur crime. Ces couplets sont ceux de la fête de 1564. On verra plus loin le Te Deum de 1566. Les années passaient sans éteindre ia colère des calvinistes, sans les éclairer sur l'immoralité de leurs théories. Ils provoquaient le ressentiment des Guises, ils défiaient la foudre : elle finit par leur répondre.

Le vaillant de Méré entendit sa parolle, N'a guères demeuré à bien jouer son rôle ; A demandé à un page tout bas (l) :

— Monsieur de Guise vient-il pas?

Le page lui respont sans aucune fallace : — Ouy, vois le ci venir sous son corps de

[cuirace.

Allors Poltrot, sans faire aucun semblant, Se pourmenoit en l'attendant.

Le Guisart est passé du long de la rivière. Poltrot le devança de fort bonne manière : Se pourmenant sous le noier du coin, Tenant sa pistolle en son poing.

Ceste pistolle étoitde poudre bien chargée : Trois balles estoient dedans, sans aucune

[dragée , Qu'il fit forger à Lion tout exprès, Pour faire un si beau coup après.

Le Guisart est passé tout du long de la haye. Poltrot le devança, luy fit mortelle playe, Et luy donne, ce vert gallant, Dedans l'espaulle bien avant.

Le Guisart s'escriaen tumbant de la selle : — Hélas ! je suis blessé au dessous de l'aiscelle. Disant tout haut : — 0 maudits huguenots ! Le monde n'a pour vous que maux.

(i) Il s'agit <ln leignenr deCrenty, officier de la suite ilu duc.

Monsieur de Rostaing, vaillant homme de

[guerre (1), De la grand peur qu'il eust, cheut de sa mulle

[à terre :

Et le Guisart s'escria haut de loin :

— 0 ! le beau revaucheur de foin !

Qui en fut bien fasché? Le seigneur de Mar-

[tigues :

D'Andelot resjoui, en lui faisant la figue (2), En luy disant : — Tu n'es plus colonel Par un si beau coup solennel.

(1) Tristan de Rostaing, gentilhomme de la maison du duc de Guise, n'était pas un soldat. Sa vie se passa dans les travaux de la diplomatie et de l'administration. Il accompagnait M. de Guise, quand le crime fut commis. Monté sur une mule pacifique, il essaya vainement d'atteindre Poltrot fuyant sur l'excellent cheval espagnol acheté des deniers donnés par Coligny. Est-il tombé par terre? L'histoire n'en dit rien. C'est lui qui ramena le duc de Guise au camp. Il était alors conseiller d'Etat. Depuis, il fut chambellan du roi, gouverneur de l'Ile-de-France et chevalier du Saint-Esprit.

(2) Ces quatre vers sont d'une naïveté terrible : nous n'avons pas besoin de les commenter. François de Châtillon, seigneur d'Amielot, frère de l'amiral de Coligny, fut, dès le règne de Henry II, colonel général de l'infanterie française : il prit parti pour les Bourbons dans les premiers temps de leur rivalité contre la maison de Guise. Arrêté, comme conspirateur, en 1559, il fut enfermé dans la prison de Melun, dépouillé de sa charge de colonel général. Après le colloque de Poissy, il se fit protestant.

Sébastien de Luxembourg, duc de Penthièvre, vicomte de Martigues, dit le Chevalier sans peur, fut, à son retour d'Ecosse, où il commandait nos troupes envoyées au secours de Marie Stuart, nommé colonel général de l'infanterie, en remplacement de Charles delà Rochefoucauld, tué au siège

Lors si vous eussiez vu les Souisses de garde, Ayant le cœur transi, prendre leur hallebarde, De grand regret abandonner le broc, Pour tascher à prendre Poltrot !

Qui fit cette chanson ? Un enfant de la ville, Faisant profession de suivre l'Evangille : Au bout de l'an revisita le lieu, Pour en rendre louange à Dieu î

de Rouen : c'est en cette qualité qu'il menait à la bataille de Dreux les fantassins français, tandis que d'Andelot, qui conservait son titre dans l'armée calviniste, conduisait les fantassins protestants.

En 1563, ce dernier était gouverneur d'Orléans, quand Poltrot sortit de la ville pour assassiner le duc de Guise. — Après la paix, qui suivit cet attentat, il parait avoir été rétabli dans son grade de colonel général : mais les catholiqueset les partisans de Guise ne lui obéissaient qu'à regret. Chiari , capitaine des gardes, ayant refusé de recevoir ses ordres, fut assassiné. D'Andelot est accusé d'avoir ordonné ce meurtre. — Il mourut le 27 Mai i.,G9 et fut inhumé a Nisraes, dans la cour de l'hôtel-de-ville.

Son compétiteur, M. de Martigues, nommé, vers i56i, gouverneur de Bretagne, fut tué d'un coup d'arquebuse au siège de Saint- Jean-d'Angély, aussi eu 1509.

Page 1