‹ Recueil de poésies calvinistesChapitre 66 sur 72 · PROVOCATION AU MEURTRE · texte numérisé non relu

PROVOCATION AU MEURTRE

DU CARDINAL DE LORRAINE

Dy moy, Echo, de qui l'ambition (1) En France meit si grande émotion, Qui entre nous le fer sanglant aguise ? Guy se.

Ce fut donc luy qui commença ces maux, Qand son audace outragea les vassaux De son seigneur et du nostre à Vuassy ?

Sy-

Que vouloit il estre, après avoir fait Tel mal en France, ayant du tout deffait L/estat du roy en si grand desarroy ?

Roy.

Qui a rendu ses hauts pensers si vains ?

(1) .Hémoires de Castblnau, édition de 1619, t. II, p, 193. — Collection Rasse deNoeux, t. I, p. 135.

Qui a payé ses superbes desseins, Qui ont couvert nos campagnes de morts ? Mors.

N'a-il appris, par cest évesnement, Son Cardinal de ne plus meschament Par tels effets se pourchasser renom?

Non.

Donc, s'il ne change, et si tousjours pour-

[suyt, Un payement pareil aussi le suyt, Et comme luy sera atteint aussi.

Osy.

Et si la mort avoit exterminé Ce malheureux à nostre mal-heur né, Nous yrions de la paix ressentons.

Cent ans.

Ne sont encor en France demeurés Quelque Scévole, ou quelques bons Mèreys , Qui en cestuy vengent nos maux passés ? Assez.

Dieu veuille donc en adresser la main Si dextrement contre le loup lorrain, Que de ce coup naisse en France la paix ! Paix (1)!

[\) Ce mot doit vouloir dire ici : Taisez-vous! Silence ! — La date de celte pièce est peut-être incertaine : mais rien n'est plus net que l'innocence de ses intentions.

Celuy qui a rompu et violé sa foy (1) Jurée sainctement aux princes de l'Empire ; Ce renard cauteleux, des animaux le pire , Né pour trahir son Dieu, son pays et son roy ;

Celluy qui, pour masquer les abus de sa loy, Un concil Tridentin a voulu introduire (2); Ce tyran cramoisy, qui mort, feignant de

[rire (3), Qui trouble tout, feignant n'y toucher que du

[doigt ;

(1) Collection de Rasse de Noeux, t. I,p. 74.— En 1551- 1552, Henry II s'allia contre l'Empire avec quelques princes luthériens. A cette occasion, le cardinal de Lorraine aurait tenu quelques propos favorables à la confession d'Augsbourg. Brantôme dit que c'était uniquement pour plaire aux Allemands réformés.— Les protestants voulurent faire croire que l'archevêque de Reims avait promis d'embrasser la Réforme. Toute sa vie proteste contre cette ridicule imputation.

(2) Le concile de Trente fut ouvert en 1545, avant que le cardinal fût en crédit. 11 empêcha seulement la Cour de Rome de transporter le lieu de réunion en Italie. Le concile fut clos en 1563.

(3) Il faut lire : Qui mord, feignant de rire.

Celluy qui, pour couvrir ses desseins et ses

[armes, S'en va, sifflanttout haut, danser avec les dames, Qui dort les yeux ouverts et tremble en sa

[maison,

0 France! celluy-là desjà son frère égalle : Il fait nouvel amas de gens (1) avec Aumale (2); D'Amville (3) est son soufflet, et Nemours, son

[tison (4),

(1) Ce vers donne la date de cette pièce. La paix conclue en 1563 n'était pas sérieuse : elle n'avait satisfait personne. Les partis s'agitaient, et la Cour inquiète levait des troupes les protestants voulurent alors encore une fois enlever Charles IX, qu'on venait de déclarer majeur, à l'influence du cardinal, et tentèrent le coup.

(2) Claude de Lorraine, IIe du nom, duc d'Aumale, se distingua da»s les guerres civiles par sa bravoure, et prit part au siège de Metz, aux batailles de Dreux, de Saint-Denys et de Mootcontour. 11 ne pardonna jamais aux protestants la mort de son frère le duc de Guise. Dans la nuit de la Saint-Barthélémy, il épargna les calvinistes dès qu'il eut appris la mort de Coligny, qu'il persistait à considérer comme le complice de Poltrot. 11 mourut au siège de La Rochelle, en 1573,

(3) Henry de Montmorency : nous en avons déjà parlé.

(4) Jacques de Savoye, duc de Nemours, né en 1531, brave soldat et bon négociateur, colonel général de la cavalerie française. C'est lui qui ramena le baron des Adrets sous les drapeaux du roi. Lorsque les protestants voulurent enlever Charles IX à Meaux, Nemours, à la tête delà garde suisse, assura le retour du jeune roi dans Taris. Il combattit les reitres luthériens et mourut à Annecy, en 158;>. Serviteur de Catherine de Médicis, ami des princes lorrains, il épousa la veuve du duc de Guige . voilà bien des raisons pour qui* ait encouru les attaques des poètes calvinistes.

AU CARDINAL

Pourroit-on bien trouver au monde un plus

[meschant (1), Plus malheureux, plus fin et conduit de Satan, Qui d'Antéchrist les loix sceut mieux estre pressant (w2), Que ce maudit, infect compaignondeDathan (3), Abiron etChoré, cardinal monstrueux?

D'habit est cardinal, mais à Dieu est contraire; Car il souille ses loix, estant incestueux (4), D'avarice remply, qui de tous maux est mère ; Suyvant ambition, faisant les saints mourir, Qui confessent le nom du très-hault Dieu vivant.

0 maudit cardinal! il le convient périr (5)! Puisqu'à Dieu guerre fays, tousjours le pour-

[suyvant,

(i) Collection Rasse de Noeux, t. I, p. 13.

(2) Dans ce temps-là, les esprits forts ne s'en prenaient encore qu'à l' Antéchrist. — On s'en prendra plus tard au Christ.

(3) Dathan, Abiron et Coré, Israélites engloutis dans un gouffre au milieu du désert, pour s'être opposés à l'élection d'Aaron au souverain pontiMcat.

(4) Nous avons expliqué déjà cette calomnie.

(5) Il n'y avait pas à dire, l'arrêt était rendu .

Combien qu'il t'ait donné la vérité cognoistre : Tu pesches donc vrayment contre son saint

[Esprit.

Par quoy tu ne pourras devant lui comparoislre Que pour damnation, ainsi qu'il est escrit (1).

(1) Sic fata volunt . — C'était écrit. — C'était même mis en vers, et en mauvais vers par les sybilles du calvinisme. — Les protestants n'y pouvaient rien. Ce que c'estque d'avoir le Destin dans ses intérêts.

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