SOTTO L EFFIGIE
DEL IMPIO CARDINALE D. L.
Sans date (1).
Fetente harpia, ingordo d'ogni malo (2) Serpente velenoso, traditore, Basilisco, scorpione infernale,
Crudel tyranno, di fe mancatore, Nimico di te stesso edi Dio eterno (3), Sentina d'ogni mal et d'ogni fetore,
Puzzolente carrogna dell' inferno, Infernal boio, di incestuosi (4),
(1) Collection de Rasse de Noeux, t. I, p. 20. — Cette pièce, chef-d'œuvre de violence et de calomnie, n'a pas de date. Comme son titre l'indique, elle dut être placée au bas d'un des portraits ^du cardinal de Lorraine. L'italien, tel que l'écrit son auteur, ou peut être tel que l'a reproduit le copiste, n'est rien moins que pur : comme nous ne voulons pas être accusé d'avoir altéré ce texte curieux, nous le donnons comme nous l'avons lu. Mais les notes suivantes indiquent les rectifications qui nous semblent nécessaires.
(2) Lisez : maie.
(3) Ne faut-il pas lire : di se stesso?
(4) N'y a-t-il pas ici un mot de passé, comme re, capo : roi, chef des incestueux ? *
Infasme, publicato sempiterno (1),
Delli tenari cappo avaritioso (2), Ingordo Mida, insatiabil cuore, De tutti ghysi guida malitioso (3),
D'ogni malitia luoglio, gabatore, Albergo d'ambitione et di vendetta, D'invidia cappo et unico inventore,
Arrogante, simulatore et ipocrito, Del Romano idolo gran ministero, Senza Christo, infidèle, atheista,
Sodomita, homicida egregio, tristo (4), DiiTarnator di Dio et sua legge, Error del mondo, maligno antcchristo,
Oh Dio ! que fai tu, che non merge Fiammedel ciel nel sangue pcrfido, Che puo ne si da in Francese grege (5) ?
Che faite, bellice, donc il vestro grido (6;?
(I) Ces l-à -dire Jcciié à perpétuité, mis pour toujours au ban de l'opinion publique.
(•2) Au lieu de tenari, ne doit-on pas lire denari ?
(3) Le mot (jhyzzi est la traduction du nom de famille du cardinal, (iuisc.
(4) Tristo a ici le sens de misérable, scélérat.
(5; Au lieu de Che puo, nous proposons de lire : Che. pin
(G) Au lieu de : donc ilt le sens demande del.
E voi rapaci ludi, non armate (\) ï denti o lacerar si impio nido ?
Et voi, Satyri et Fauni, hor lasciate Le nymphe in silve, et con veloce passo L'inclito sangue francese seguitate (2).
Ogni uno stio alerta ! ostia il passo (3) ! Ch'il suo nome ne s' aud' in terra (4) Accio non prenda ardir, mover' piu passo.
Questo ècolui, che rinovo la guerra (5), Et ruppe la tregua, voi le sapete !
Hui pericoloso onda la vostra terra (6).
No di carta, o di pietra piu la mano S'imbrutti la vendetta, ma di sangue (7) ! Hora si fatte ! et non sia in vano !
Si prendi faccioli, il maligno angue (8),
(1) Lisez : rapaci lupi, che non armate.
(2) L'auteur, eu excitant les Faunes à suivre la noblesse française, nous révèle sa nationalité : les gens d'outre-mont étaient dévoués au catholicisme, et par suite au cardinal.
(3) La fin de ce vers nous parait altérée. Nous aimerions mieux : vivo stia il passo !
(4) Lisez : ne s' ud' in terra !
(5) Nous ne pouvons discuter ici cette accusation : l'histoire y répond.
(6) Hui n'est pas italien. — Au lieu de onda, on doit lire andra.
(7) Est-ce clair ?— Du verbe imbruttorsi, on a fait depuis imbrattorsi, se salir, se couvrir.
(8) Lisez fascioli.
Si squarti gli tenagli ! et poi nel fuogo Se getti et consumi et li del angue Sicuro non stia egli in nessuno luogo (1) !
(1) « Je ferois un volume entier de ce chapitre des Ifcelles : mais il y en a un si grand nombre qui seraient plus injurieux à la France qu'à la mémoire du cardinal de Lorraine, pour les faussetés et pour les horreurs dont ils sont remplis. » — Des libelles publics contre la maison de Guise. — Mémoires de Castelnau, édition de Le Laboureur, 1731, t, I, p. 398. — Nous ferons à la mémoire du cardinal de Lorraine l'honneur de ne pas discuter ces vers, et nous nous féliciterons de ce que les poètes protestants ont été réduits, pour composer ces imprécations homicides, à se servir d'une langue étrangère. La passion qui les a dictées n'avait pas de nom dans notre idiome, et jusqu'en 1560, nos pères avaient repoussé de leurs mœurs les fureurs de Idivendelta. — Si, plus tard, il en fut autrement, à qui !a faute? La réponse à cette question est dans ce recueil.
NOTE (Préface, page xiv).
L'ordre des jésuites fondé par Igoace de Loyola ne s'établit pas en France sans de grandes difficultés. Par lettres de Janvier 1550, Henry II avait autorisé ces Révérends Pères à fonder à Paris une communauté : mais le parlement et l'Université les empêchèrent de profiter de la permission royale. Dans leurs motifs d'opposition il n'est pas question delà redoutable théorie du tyrannicide.
Dix ans plus tard, le 12 Février 1560, le parlement reçut de nouveau l'injonction d'entériner les lettres de Janvier 1550 : il y répondit par un second refus , et ce ne fut qu'en 1561, par arrêt du mois de Février, qu'il enregistra l'ordonnance royale. Alors seulement la Compagnie de Jésus , peu de temps avant acceptée par l'assemblée du clergé tenue à Poissy, put enseigner et prêcher librement en France. La nécessité de résister aux envahissements du protestantisme avait fait tomber devant ses orateurs et ses professeurs les obstacles qui jusqu'alors les avaient arrêtés .
Les débuts de l'ordre furent modestes : c'est quinze ans plus tard, au moment où la Ligue se forma, qu'il fut assez fort pour jouer un rôle politique. Nous ne voulons pas ic1 faire son histoire, et nous ne cherchons qu'à prouver que les opinions reprochées à quelques-uns de ses membres en matière de tyrannicide sont postérieures en date aux événements que nous avons racontés dans notre préface aux poésies, aux chansons que nous publions.
Nous avous relevé les noms des jésuites accusés d'avoir soutenu la théorie du meurtre politique : nous les donnons
par ordre alphabétique ; nous y joignons le millésime ds la naissance, celui de la mort de chacun de ces Pères; nous indiquons l'année dans laquelle furent mises sous presse leurs premières publications, et l'on va voir que leurs théories , quelles qu'elles aient été , ne purent être pour rien dans les assassinats du président Minard, du maréchal de Saint André, du duc de Guise.
AM1CUS. — Il y eut deux jésuites de ce nom, et tous deux écrivains. — François Amicus, né en Italie en 1578, jésuite en 1596, mort en 1G51, fit imprimer son premier ouvrageen 1637. — Barthélémy Amicus. né à Anzo, dans le royaume de Naples, mort en 1649, n'avait rien publié avant 1623.
BECANUS. — Deux jésuites illustrèrent ce nom. — Guillaume Van der Beke, surnommé Bccanus, né en Belgique, en i608, mort en 1663, n'avait rien imprimé avant 1636. — Martin Vanderbeeck, aussi surnommé Becanus, né dans le Brabant, en 1561, mort en 1624, fit paraître ses premiers ouvrages en, 1602. Adversaire infatigable des protestants, il fut l'objet de leurs attaques les plus énergiques.
BELLARMIN (Robert). — Né en 15^2, en Toscane, mort en 1621, n'avait rien publié avant 1581. Il n'avait que vingt-ct-un ans au plus quand le duc de Guise fut assassiné.
CASTRO (Christophe). Né en Espagne, en 1551, jésuite seulement en 1569, mort en 161 5. — Son premier ouvrage^ publié en 1610, était une histoire de la Vierge.
CAUSSIN (Nicolas). — Né à Troyes, en 1580, jésuite en 1606, mort en 1651, n'avait rien imprimé avant son éloge de Henry IV, imprimé en 1 G 1 3.
COTON (Pierre). — Né en Forez, en 1564, jésuite cm 1585, eonfesseur de Henry IV, mort en 1626. Débuta en 1610 par une lettre où il prouvait que l'opinion de Mariana (V. ce nom) sur le tyrannicide n'était pas celle de la Compagnie de
jcslls. — Dans cette lettre, il cite plusieurs jésuites qui ont enseigné qu'il n'est pM permis d'attenter à la vie des princes, quand même ils abuseraient de leur pouvoir, que cette doctrine est celle du professorat, et que leuis tbéologiens Combattent l'opinion contraire. Si nous avons ici placé ce nom , c'est que l'auteur de la Morale des Jésuite*
(Mans, 1669) le mêle à ceux des R. P., qu'il aceuse défavoriser le tyrannicide. — Voyez cependant ci-après, au nom de Santarelli.
DELRIO (MARTiN-ANToiNE). — Né à Anvers , en 1551, jésuite en 1580, mort en 1608. — N'avait rien publié avant 1572.
DICASTILLO (Jean de). —Né à Naples, en 1585, mort en 1651, ne mit sous presse qu'en 1641 son Traité d$ la justice et du droit, premier de ses ouvrages.
ESCOBAR DE MENDOZA (Antoine). — Né en 1589, à Valladolid, mort en 1669. — Débuta par des poésies latines en 1613. — Ses premières publications de théologie ne virent pas le jour avant 1642.
GARASSE (François). — Né à Angoulême, en 1585, jésuite en 1601, mort en 1631, entra dans la carrière littéraire avec une élégie sur la mort de Henry IV, imprimée en
GRETZER (Jacques).— Né en Souabe, en 1562, jésuite en 1579, mort en 1614. —Publia, vers Tau 1600, son premier ouvrage de théologie.
HEISSIUS (Sébastien). —Né en 1571, jésuite en 1591, mort en 1614.
HEREAU (le P.). — Nous n'avons pas trouvé la date de sa naissance ; mais il professait vers l'an 1650, c'est-à-dire près de quatre-vingt-dix ans après la mort du duc de Guise.
LEMOYNE (Pierre). — Né à Chaumont-en-Bassigny, en 1602, mort en 1674. Le premier ouvrage qu'il offrit au public fut le Triomphe de Louis XIII, imprimé à Reims, en
LESSIUS (Léonard), dont le vrai nom est Xet/*, né près l'Anvers, en 1554, novice en 1574,— mettait sous presse on premier ouvrage de théologie en 1606.
MARIANA(Jean). — Né près de Tolède, en 1537, jésuite n 1554, professeur à Rome en 1561, ne vint à Paris qu'en 563. Il y expliqua la doctrine do saint Thomas en présence 'un nombreux auditoire. Mais on remarquera que l'assasinat du duc de Guise avait eu lieu dès le mois de Février
de cette année. Doue l'opinion de ce Père en matière de tyrannicide, en supposant qu'il l'ait développée dans Paris, ne pouvait influer en rien sur celle des calvinistes. Son livre de Rege et Régis Institutione, où se trouvent les propositions étranges qui firent le malheur de son ordre, ne parut qu'en 1599. C'est à Tolède qu'il fut imprimé. Immédiatement désavoué par les jésuites, condamné parle parlement de Paris, supprimé même en Espagne, il ne fut plus réimprimé d'une manière complète. — Est-il une corporation qui puisse se vanter de n'avoir jamais renfermé dans son sein un esprit faux, un insensé ?
MOLINA (Louis). — Né en Espagne, en 1535, jésuite en 1553, mort en 1600. Ses premiers volumes virent le jour en
SA ou SAA (Emmanuel). — Né en Portugal, en 1530, mort en 1596. — Ses ouvrages ne furent publiés qu'en 1595 ou 1596.
SALAZ (Jean de). — Né en 1553, en Espagne, jésuite en 1569, mourut en 1612.
SANCHEZ. — Deux P. jésuites ont illustré ce nom. L'uu, Gaspard Sanchez, né en 1544, novice en 1571, mort en 1628» fit paraître sa première publication en 1602. — L'autre, Thomas Sanchez, né en Espagne, eu 1550, n'avait que treize ans eu 1563. 11 mourut eu 1610,
SANTARELLI (Antoine), — Né en Italie, en 1569, jésuite en 1586, mort en 1649. Les propositions qui lui sont reprochées ne furent imprimées qu'eu 1625. C'est pour avoir dit que les opinions de ce Pore en fait de tyrannicide, condamnables en France, pouvaient être bonnes en Italie, que le P. Coton est rangé parmi les fauteurs de celte doctrine erronée.
SUAREZ (François). — Né en Espagne, en 1548, novice en 1564, mort en 1617. Ses travaux sur saint Thomas furent imprimés en 1592.
TANNER. — Deux jésuites ont donné à ce nom une cer-j taine célébrité. — L'un, Adam Tanner, né en 1571, novice 60 1590, mourut eu 1633. Il n'avait rien publié avant 1599. — L'autre, Mathias Tanner, naquit en 1630.
TOLET (François). —Né à Cordoue, en 153*, mort en
1596, professeur de philosophie à Rome. Ses premiers ouvrages imprimés furent des études sur Aristote : ils parurent en 1561. Mais le travail qui provoqua les attaques des ennemis de son ordre, Summa conscientiœ, ne fut édité qu'après sa mort, en 1618.— Tolet fut, d'ailleurs, cardinal, le conseiller intime de sept papes, et l'ami sincère de Henry IV. En apprenant sa mort, ce prince lui fit faire un service solennel.
VALENT1A (Gregorio) — Né en Espagne, en 1557, novice en 1565, mort en 1603, fit paraître en 1574 son premier travail intitulé de la Prédestination. Ses études sur saint Thomas, bases des accusations dirigées contre lui, ne parurent qu'en 1591.
VASQUEZ. — Deux jésuites écrivains ont porté ce nom.
— Michel Vasquez de Padilla, né à Séville, en 1559, novice en 1572, mort en 1624. N'avait rien publiéavaut 1617. — Gabriel Vasquez, né en Espagne, en 1551, mourut en 1604.
— Il n'avait que treize ans quand Poltrot tua le duc de Guise.
De ces trente et-uu théologiens accusés de théories favorables au meurtre politique, douze n'étaient pas nés quand fut commis l'assassinat de François de Lorraine , seize étaient alors enfants ou trop jeunes pour que l'on s'inquiétât de leurs opinions ; trois seulement, en 1563, étaient arrivés à l'âge où l'on peut demander aux hommes compte de leurs paroles, un Italien, le cardinal To'et, deux Espagnols' Molina et Mariana; mais, nous l'avons dit, l'apparition de leurs œuvres est postérieure à l'attentat perpétré sous les murs d'Orléans.
Les théories de ces enfants perdus du libéralisme ne peuvent être ici discutées. Différentes entre elles par des nuances, des distinctions, des réserves, elles forment cependant deux systèmes nettement séparés.
Suivant l'un des deux, les citoyens investis de i autorité publique ont le droit de juger les tyrans et les princes, le droit de les condamner à mort. Cette doctrine est celle de Mclina.
Le second groupe d'opinions favorables au lyrannicide a pour chef Mariana : son système est la sauvegarde du fanatisme. La folie individuelle, le libéralisme exalté, l'esprit de révolution, le mépris des lois divines et humaines y
trouvent leur apologie. Le easuiste espagnol avance cette thèse : — Celui qui, pour satisfaire au vœu public, tue un tyran, fait une belle et bonne action. — Dans son traité, De Rege et Régis Institutione, — publié pour la première fois en 1599, — trente-trois ans après le crime de Poltrot, — il développe cette doctrine insensée; il en fait l'application en vantant comme une action héroïque le meurtre commis par Jacques Clément sur la personne de Henry III, le 1er Août 1589, c'est-à-dire vingt-six ans après la mort du duc de Guise. Rien ne peut excuser cette défaillance du sens commun, du sens moral, pas même l'exemple.
Les doctrines qui ont mis le pistolet à la main du sieur de Merey, les poésies immorales rimées en son honneur par les gens de lettres huguenots, ont servi de thème au jésuite espagnol.
Que le souvenir en reste comme le monument élevé par les hommes aux égarements de la faiblesse humaine ; qu'elles montrent à quels dangers sont condamnés ceux qui voguent sur la mer de ce monde sans la boussole de la foi ; qu'elles signalent le gouffre où vont tour-à-tour s'engloutir ceux qui délaissent la voie des bonnes traditions, ceux qui secouent le joug des commandements divius et se donuent licence de les soumettre aux interprétations de leur fantaisie, do leurs passions les plus effrénées.
Ce n'est pas la tyrannie qu'ont tuée les huguenots de 1563, les marianistes de 1589, mais la loi. Ce n'est pas tout : leurs disciples les ont dépassés. De génération en génération, ils sont sortis des cadres posés par les casuistes les moins sévères, les théologiens les plus libéraux.
Un jour, la nation, pénétrée de tous les principes du Déca-
10 h-, ilr riMix de l'Evangile, ouvrant enfin l'oreille à la voix de la conscience, à celle du bon sens, prendra pour devise celle vieille maxime : Le.r, populi suprema sulus.
Oui, mais la loi pour tous et pour rliacun. pour les citoyens et pour le prince : alors seulement on pourra dire :
11 n'y aura plus qu'un seul troupeau et qu'un seul pasteur.
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