INTRODUCTION XXVII
petite ville; en 1750, il écrivait à Aignan Desfriches :
« Venons à notre cher Robe, l'avez-vous toujours? N'afaiblirez-vous point la tentation qu'il a de s'ensevelir tout vivant dans le tonds d'une province inconniie à tous les humains. La douce félicité qu'il se représente à végéter hors de l'univers ne cessera-t-elle point de lui paroistre délicieuse? Un poëte hors de la capitale est un arbre transplanté hors de son terroir qui ne produit que des sauvageons; plus de ces petites anecdotes momentanées qui fournissent des sujets et enflamment la verve à l'improviste; des bergeries de manans seront tous ses alimens; je voudrois bien voir sa minerve nerveuse nous peindre des céladons en guenilles et des astrées halées et couvertes d'une peau chargée de bourgeons. Ce sont pourtant les images brillantes qui l'attendent. Je conviens qu'il y a de la chair ferme et rebondissante sous ces haillons et qu'ainsi le physique (qui chez notre amy ne se compte pas pour peu), aura pitance assez savoureuse; nature l'a doué de sens assez obéissants et ne lui faut ambre ni lavandre, mais tout cela n'est que pour la machine organisée qui renferme cette âme sublime (car lui ni moy ne sommes matérialistes, qui est la bête noire du moment), à donc faut-il nourriture à cet esprit... (i) »
Rien n'}^ fit, le cher Robbé quitta Paris et, malgré les craintes si plaisamment exprimées par Cochin, fut s'enterrer à Montargis, pays humide et plat.
Il venait de terminer un poème dont Desfriches
(i) P. Ratouis de Limay, op. cit., p. 59-60.