INTRODUCTION XLIII
que je tinsse le bras gauche tendu, ayant un portecrayon entre l'index et le pouce, et que je restasse dans cette gênante attitude la journée entière, mon dîner néamoins prélevé sur ce tems-là. J'ay cru que le poids du levier que formoit mon bras étendu emporteroit ma clavicule. Jamais Spartiate n'a poussé si loin la patience. Je me suis tenu comme un terme dans cette gênante attitude avec un bon serment cependant de refuser à jamais quiconque me proposeroit de faire de ma carcasse un homme d'ozier et de me manequiser. Ainsi, mon très cher, quand vous verrez le gracieux miroir de Cochin, qui semble vous parler, vous dires c'est bien la voix de Jacob, mais ce sont les mains d'Esaû. Je vais chés mon peintre à dix heures pour recevoir ma dernière façon d'habit ; après quoi l'on enchâsse le nouveau saint, dont la translation dans votre Musaeum se fera après qu'il aura été exposé un mois à la vénération publique. »
C'était loin, cependant, d'être la « dernière façon » : nouvelle lettre, l'année suivante. Elle montre quel soin Perronneau apportait à la confection de ses pastels et quelles difficultés il devait vaincre parfois.
« Nous partons sans faute, mon trè§ cher, en chaise de poste, vendredy matin, pour arriver dîner à Villegagnon (i), où nous ne resterons certainnement que dix jours. Vous aurés de mes nouvelles dès que j'y serai arrivé. Ma tête est d'un fini étonnant ; pas le plus léger trait ne lui est échappé. La séance de samedy m'a cruellement fatigué. Peiron-
^i) Canton de Nangis (Seine-et-Marne).