INTRODUCTION XLV
« Je serois inconsolable si quelqu'un vous faisoit sa cour avant moi. M'' Thiboust, à qui j'ay lu votre lettre et qui vous attend comme Vernet fait les gens, je veux dire les bras ouverts, vous prie de vous prêter de bonne grâce à cet arrangement... Mon bon Ange me fit dernièrement faire au Luxembourg la rencontre de Peironneau. J'étais avec M' Thiboust. Je ne manquay pas à me plaindre bien haut du martire qu'il me fait souffrir en me tendant [tenant] depuis sept ans sur le chevalet sans me donner le coup de grâce. Il sentit ce que cela vouloit dire et sur le champ le jour fut pris pour reprendre et continuer ma figure. Cochin est mon camarade de Grève, nous sommes sur le chevalet à côté l'un de l'autre. Trois vacations passées sur mon ébauche ne l'ont plus rendu reconnaissable. Je me vois sur la toile comme dans un miroir. Il a voulu que je lui récitasse des vers pendant sa composition et je le voiois saisir avidement et transporter rapidement sur la toile tout le feu qui sortoit de ma déclamation. Son intention est de me pendre au Salon en regard avec M. Cochin, et il pense que nous ferons deux pendus d'assés bonne mine. Vous y verres aussi Verney, qu'il a rendu avec toute l'âme qu'y auroit mis La Tour et quelques autres que vous ne connaissez pas et qui sont très bons à voir. Le fâcheux de l'aventure est que ce n'est pas pour moi que Monsieur travaille et que c'est à vous que ce portrait est destiné, de façon que je n'auray pas même le plaisir de vous en faire le cadeau. Écoutés, Monsieur mon oncle, quand je me donne, je me donne in piiris naturalibus, c'est à vous à faire les frais de ma friperie si vous ne voulés pas voir