INTRODUCTION LXXIX
« Quoiqu'il eut cinquante ans sonnés, c'était un joli enfant de quinze ans, faisant des vers, étourdi comme s'il sortait du collège, toujours gai, toujours amusant » (i).
Ces gens que menaçait l'échafaud et qui avaient tout à craindre de l'imbécillité et de la couardise d'un peuple vraiment libre, étaient admirables de calme et d'égalité d'esprit. On déclamait beaucoup moins dans les prisons qu'à la Convention, l'esprit et la gaîté n'y avaient point perdu leurs droits et si l'on ne s'y poudrait pas, c'est que la mode de la poudre était passée.
La littérature de la Restauration a créé le larmoiement : ce fut une influence de madame d'Angoulême. Dans les prisons, les détenus étaient trop du xviir siècle pour ne pas continuer à rire, ce qui leur permettait de ne pas pleurer, ce qu'ils eussent eu trop souvent à faire.
L'on ne s'ennuyait pas tous les jours aux Carmélites. Robbé qui avait été « lieutenant de la grande louveterie de France >/ (c'est le titre offlciel que lui donnent les papiers révolutionnaires) y fut même le héros — le voyeur serait peut-être plus juste — d'une petite mésaventure extra-conjugale dont la drôlerie eût suffi à dérider les fronts les plus sévères. C'est presque, en prose, un conte de l'oncle ; mais celui-ci n'eût point manqué d'y ajouter quelques détails scabreux auxquels se refuse la plume devenue si chaste de Dufort de Cheverny :
« Pour M. de Lagrange, il faisait des vers, ne pouvait se fixer un instant, courait, apportait des
(i) Dufort de Cheverny, op. cit., p. 221.