I. Appareil respiratoire
A. Larynx.
A,. Laryngites non spécifiques . Le lar3^nx est frappé d'une façon presque constante au début de la rougeole.
a) Ordinairement, il s'agit d'une laryngite simplement érythèmatense, provoquée par une congestion habituellement fugace de la muqueuse laryngée et se manifestant par de la toux laryngée, une certaine raucité de la voix, phénomènes qui se dissipent en quelques jours. 11 faut bien savoir que cette larj-^ngite du début de la rougeole peut prendre les allures de la laryngite striduleuse chez les jeunes enfants.
h) Dans des cas plus rares, la laryngite catarrhale est bien plus intense, s'accompagne d'infiltration leucocytique abondante, d'oedème ; elle apu^ dans quelques épidémies, provoquer avec une fréquence exceptionnelle la mort par asphyxie,
c) Dans une autre forme la laryngite morbilleuse aboutit à l'ulcération. Cette laryngite ulcéreuse est caractérisée par des érosions superficielles souvent irrégulières siégeant surtout sur les cordes vocales au voisinage des aryténoïdes. Elle survient surtout pendant ou après l'éruption et se manifeste par des symptômes assez semblables à ceux du croup, dont elle diffère par les commémoratifs, l'absence de fausses membranes, les résultats de l'examen laryngoscopique.
d) Enfin, la laryngite peut être pseudo-memhraneuse, et dans ce cas elle est à l'ordinaire de nature diphtéritique, bien qu'exceptionnellement elle ait pu sembler être causée par le streptocoque ou le staphylocoque. Les cliniciens ont remarqué depuis bien longtemps la fréquence de la diphtérie au cours de la rougeole et la prédilection des fausses membranes pour le larynx des morbilleux.
On a alors le tableau clinique habituel du croup, avec cette nuance cependant que les phénomènes locaux sont souvent atténués, alors que les phénomènes
généraux sont des plus graves. En somme on est en présence d'une diphtérie maligne, toxique, d'un pronostic si grave que Trousseau, dit Dieulafoy, avait renoncé à opérer les enfants atteints du croup morbillcux. La sérothérapie a rendu ce pronostic infiniment moins grave.
B. Plèvres et Poumons.
La rougeole est chez l'enfant la grande cause des infections bronchiques. Par son catarrhe prémonitoire naso-pharyngo-laryngo-bronchique, par son exanthème laryngo-bronchique, elle prépare merveilleusement le terrain à l'invasion microbienne secondaire, en particulier aux streptocoques et aux bacilles de Koch.
a) La bronchite capillaire, la bronchite suraiguë, peut s'observer soit au début, soit à la période d'état, soit au déclin de la rougeole.
Elle se manifeste d'abord par une bronchite des grosses bronches, peu intense, peu fébrile et à peu près constante au cours de la rougeole. Puis rapidement la température monte à 40° et plus ; la dyspnée s'établit, caractérisée par la fréquence des mouvements respiratoires, le battement des ailes du nez. Les râles bronchiques deviennent plus fins et plus nombreux. L'asphyxie progressive s'accuse par la pâleur livide de la face, l'orthopnée, l'adynamie, l'hj^pothermie.
Tous ces symptômes dépendent surtout de l'empoisonnement de l'enfant par les toxines microbiennes, ainsi que l'ont bien mis en évidence Hutinel, Sevestre, Claisse ; c'est qu'en effet, dans ces infections bronchiques suraiguës, relativement si fréquentes au cours de la rougeole, l'anatomie pathologique ne révèle 'que des lésions superficielles, congestives, sans oblitération notable des canaux bronchiques. L'asphyxie n'est donc pas mécanique, mais toxique. Cette intoxication est bien mise en évidence par la stéatose et l'hypertrophie du foie, le gonflement et la congestion de la rate.
b) Assez souvent l'infection est moins suraiguë et aboutit à des lésions locales plus marquées, à la broncho-pneumonie si fréquente dans certaines épidémies.
Elle affecte la forme disséminée ou pseudo-lobaire et s'accuse, outre la fièvre, la dyspnée, l'abattement, par des signes de bronchite généralisée avec souffle doux accompagné de râles et retentissement de la toux et de la voix. La matité à peine accusée demande à être recherchée avec soin.
Les enfants vigoureux guérissent parfois; les autres meurent le plus souvent, soit à brève échéance, emportés par l'asphyxie et l'intoxication ; ceux qui résistent sont souvent ultérieurement victimes de la tuberculose.
c) Tuberculose. — Elle peut revêtir différentes modalités ; pneumonique, broncho-pneumonique, granulique. Dans ce dernier cas, « l'hypertrophie de la rate, l'hypertrophie des plaques de Peyer, l'état graisseux du cœur sont autant de lésions qui accompagnent cette double infection morbillo-tuberculeuse. »
Chez d'autres sujets, la tuberculose, se greffant sur des lésions broncho-pulmonaires morbilleuses anciennes, évolue absolument à la façon de la tuberculose vulgaire,
d) Affections diverses. — On peut enfin rencontrer au cours de la rougeole la pneumonie véritable, la pleurésie fibrineuse et purulente, la congestion pulmonaire, les abcès du poumon, la gangrène pulmonaire, l'adénopathie trachéo-bronchique enfin, qui tantôt reste latente, tantôt se manifeste par ses symptômes habituels : dyspnée paroxystique, toux coqueluchoïde, etc.