‹ Recueil des antiquitéz du PercheChapitre 35 sur 67 · TITRE IV · texte numérisé non relu

TITRE IV

Nogent-le-Rotrou est un beau, grand et riche bourg (2), scitue sur la rivière d'Huigne, appartenant de présent à monsieur Henry de Bourbon, prince de Gondé, lequel lieu dépend et racliepte du Roy à cause de son chasteau et chastellenye de Bellesme, auquel lieu les comtes du Perche ont souvent fait leurs demeures et y ont laissé de grandes marques de leur piété par les fondations d'esglizes, monastaires et hospitaux qu'ils y ont fait pour profiter à la vigne de Dieu, asçavoir: l'abbaye ou doyenné de Sainct-Denys (3),

(1) No°-ent-le-Rotrou. - Neodunum, neos, nouveau, jeune, dwnuw, ville colline, suivant le langage des Celtes (nova, gens ?). Les chartes des abbaves de Saint-Denis et de Tliirou désignent Nogent sous le nom de i\oiOmium - La table de Peutinger lui donne le nom de NmUonum.- iSovigentum, Nogentum RotrocA. - Nogent-le-Bc thune. - On trouve dans nos vieux chroniqueurs les noms d<^ : Noviodunum, Castrum-^ogionn, hogeaUe- Chastel, Nogentum, Nugantus [Noviacensis?], Novientum Anguim, Enghien-le-François, Nogent-le~Déthune (1651) ^''' Gm^d-Ao^/euf, ^onent-le-Républicain {Giroust, Bourbonnaise). (Note de 1 edit.mr du biag. iinp à î»Iortao-ne) — A ces diverses dénominations, on peut ajouter, d'après le drctionnaire topographique d'Eure-et-Loir, les suivantes: Nuientus-C<,strum, v. 930 (denier de Raoul). - Nogwmum^ lOal - CcZum NogcntCmO. - Novigentum Castrum, '109^- iV»n</«>.^um, V 112^5 - Nogentum-Rotroudi, mS. - Nogentumin Pertico[Ovd.\ liai, liv XlID - Anquyan-le-François, 1589. - Le nom d'Enghien-le-Françuis lui fut donné par Henri 1--, prince de Gondé, qui obtint sous ce nom son érection en duché pairie (lo89,,. Son fds Henn II, ^-Y^ ^^^^^^ Maximiliende Béthune, duc de Sully, le petit-fds de celu.-c. obtint en i6o2 des lettres d'érection en duché non pairie sous le titre de Nogent-le-Bt-

thune. „

(2) Add. « Et marchand, le plus beau bourg de France. » (trag. rmp.

à Mortagne.J „.,•,

(3) L'église Saint-Denis a été démolie de 1793 à ISOo. (i\ote de l éditeur du Fmg. ijnp. à Mortagne.J

1" Série.

ordre de Clugny; le collège et chanoinerie de Sainct-Jehan (1); la léproserie de Sainct-Lazare et Thospital et Maison-Dieu du dict lieu fondés de grands biens et revenus, et troys grandes paroisses, asçavoir : Nostre-Dame (2), Sainct-Laurent (3) et Sainct-Hilaire qui illustrent et font paroistre le dict lieu plus que beaucoup de grandes villes auxquelles l'antiquité n'a laissé de telles marques.

Au dict lieu de Nogent, sur la montagne où est de présent l'esglize collégiale du dict Sainct-Jehan, près le chasteau, estoit anciennement la ville dicte lors Nogent-le-Chastel qui fust ruynée du tems des guerres des Danois (4) ; de laquelle ville paroissent encore plusieurs vestiges et portaux, partie des murailles et fossez de la closture. Le chasteau ne fust du tout ruyné et depuis a esté réparé tant par les comtes du Perche que par les dames de Nemours, lors dames du dict Nogent (5), qui firent remonter et rebastir les deux tours du portail et un corps de logis joignant le dict portail.

Le dict chasteau de ses premiers bastimens eust quatre gardes de quatre seigneurs vassaux et subjets du dict Nogent, chargés de la garde des quatre tours du dict chasteau; l'un d'iceulx est le seigneur de Brunelles (6), garde de la tour appellée la Tour de Brunelles.

Le seigneur de Mondoucet (7), gardien de la tour dicte de Mondoucet qui est un pelit chasteau encore en son entier, joignant lequel il y a une chapelle de la fondation des dicts seigneurs de Mondoucet.

Le seigneur de la Chaise (8), gardien de la tour de la Chaise.

(i) Les statues des tombeaux de Sully et de Rachel de Cochefdet, sa femme, sont placées dans un caveau de cet hôpital dont ils ont été les bienfaiteurs. La chapelle de l'hôpital, nommée VAurnône et Saint-Jacques de l'Aumône, est aujourd'hui la cure principale et porte le nom de Notre-Dame. Elle possède le cerveau de saint Jean-Baptiste fCerebruniJ , relique apportée par un des Rotrou à son retour des croisades. (Id.J

(2) Cette église a été démolie en 1793; une belle salle d'asile (école matei'nelle) a été bâtie sur son emplacement en 48i7, par la ville, avec le concours de l'Etat. /Note de Véditeur du Frag. imp. à Mortagne.J

(3) Anciennement la chapelle de Marie-Magdeleine. (Id.J

(4) Add. « Vers l'an 945 sous Hasting, un de leurs chefs. » ^Ms. de M. de La Sicotière.J

(b) Add. « Au commencement du xvie siècle. » (Id.J

(6) Gant, de Nogent-le-Rotrou.

(7) Gom. de Souancé, cant. de Nogent-le-Rotrou.

Le seigneur de Sainct-Victor de Buthon (l), gardien de la lour dicte de Sainct-Victor de Ijutlion.

Depuis, le dict Nogent estant possédé par les comtes du Perche nommés Rotrou, on le nomma à cause d'eulx jNogeut-le-Rolrou, nom qui luy est tousjours demeuré.

Au commencement des guerres des Angiois en France, le dict chasteau fust prins d'assault par le comte de Salisbery eu l'an 1-128 (2), ceulx trouvés dedans pendus (3) et en 1449, régnant Charles septiesme, le dict chasteau fust repris sur les Angiois par Jehan, bastard d'Orléans, qui y demeura' capitaine. Bellesrae, lors tenu par les Angiois où estoit pour eulx capitaine Matago (4), il s'est de naguères trouvé en la maison d'un nommé Jacquin Hubin (5), habitant- du dict Nogent, un passeport du dict Jehan, bastard d'Orléans, duquel la teneur suit :

« Jehan, bastard cVOrléans, gouverneur pour le « Roy Monseigneur au chasteau de Nogent-le- « Rotrou, confesse avoir donné congé à Jacquin « Hubin, bourgeois du dict Nogent, de porter a a Bellesme des bouteilles de vin (6). »

(1) Gant, de la Loupe. — Une cinquième tour fut appelée Saint-Georges. Elle existe encore. [Note de Véditcur du Fracj. imp. à Mortiujne.)

(2) Pris une première fois en 15o8 ou lôoO, il tomba de nouveau en la possession des Anglais en -142o; puis enfin en 1428.

(3) Add. « L'esglise de Sainct-Estienne y bastie fust bruslée. par les Angiois avec plusieurs tiltres de la fondation d'icelle. » (Frag. imp. à Mortagne.)

(4l Mathieu Got.

(5) Var. « Hubert. » (Ms. de M. de La Sicolière.)

(6) Le château de Nogent fut j)robablement construit à la fin d« xc siècle; les murs d'enceinte, les bastions, les rem|)arts furent bâtis, réparés et modifiés à diverses époques des siècles suivants. Dans les premières années du xvie siècle, .Marguerite, et Charlotte d'Armagnac («levèrent la porte d'entrée actuel le avec .ses deux grosses tours rondes à créneaux et à toits coni([ues. (( Un pont de pierre, jeté sur le large et profond fossé, a remplacé, dit M. Moutier, l'ancien pont-Ievis. A l'intérieur de la cour, on retrouve les traces de la clia])elle seigneuriale, des anciens logements, des courtines, des tours et des bastions. L'anti((uaire peut à loisir y mesurer l'épaisseur, la hauteur et rapi)areil des murailles, reconstruire par l'étude les anciennes divisions et la distribution du donjon; sur les murs délabrés, il reconnaîtra les constructions du xi" siècle et du xiF siècle, les traces des poutres, des solives, des cheminées et les étroites fenêtres par lesquelles les redoutables châtelains recevaient la linnière extérieure et promenaient leurs regards sur les cami)agnes environnantes. » Voir pour plus de détails la notice que lui a consacrée M. Pitard dans ses « Fragments sur le Perche. »

Antonius, au troisiesme livre de son histoire, raconte que Tan 1490 (1). sur le haut de la montagne où estoit la dicte ville de Nogent, fust vu en l'air un combat de gens armés descendre du ciel en une place joignant deux vieilles portes de la dicte ville et, aiant longuement combattu, disparurent. Pour marque et tesmoignage de la dicte bataille dès lors fust construite et bastie au lieu où fust la dicte bataille une croix que l'on appelle la Croix des Batailles (2).

Lorsque les dicts comtes du Perche faisoient leur demeure au dict Nogent, plusieurs seigneurs, pour estre près d'eulx, firent bastir des maisons au dict Nogent où ils se logèrent.

Entr'autres le seigneur de Dardenay (3) y fist bastir une maison qu'on nomme encore la tour d'Ardenay, qu'il augmenta de cens et rentes appartenant à présent au seigneur de la GheueUère (4).

Le seigneur de Mereglise (5), une maison appellée la touY de Mereglise, avec cens et rentes.

Le seigneur de Montgaudry (6), une tour et maison appellée de son nom et plusieurs autres.

Près et joignant le dict Nogent les dicts comtes du Perche avoient une maison de plaisir nommée les Salles (7) entre deux estangs et au milieu des buissons, où les dicts seigneurs alloient prendre leur plaisir de la chasse ; de laquelle les fossés sont encore partie entiers et dedans l'enclos d'iceux les murailles

(1) Var. « 1090. » {Ms. de M. de La Sicotière.J

(2i Add. « Mezeray, dans son Abrégé chronologncfue de l'histoire de France, rnet cet événement en 1911. » fMss. de M. de La Sicotière et de Versailles.] — C'est en 1192 que Mezeray place ce prodige et voici le passage auquel il est fait allusion : « On trouve assez oi'dinairement dans les histoires qu'il a paru des météores en l'air, représentant des batailles, qui sembloient se lancer des traits et venir à la charge; mais cette année, chose singulière, on en vit qui descendoient à terre près de la ville de Nogent au Perche; et qui se battoient dans la campagne au grand effroy de tous les gens du pays. » (Abrégé chronolof/ique de l'histoire de France. — Amsterdam, 1140. Tome IV, p. 474.J

(3) D'Ardenay. Ghrestien d'Ardenay, écuier, seigneur de Grissey était en lo54 porteur d'enseigne de la compagnie de Monseigneur de Jarnac. (Bihl. nat Pièces originales, vol. 80.) Cette maison existe encore rue du Rhône, n" 15.

(i) Commune du canton de Nogent-le-Rotrou.

(D) Cant. d'IUiers, arr. de Chartres. — La maison du seigneur de Mereglise se trouvait rue des Bouchers.

(6) Cant. de Pen'enchères, arr. de Mortagne.

(7) Les Salles sont situées à 1 kilom. de Nogent. Il reste fort peu de chose de ce domaine.

d'un corps de maison jusqu'au carre qui est ruyné, y aiant aux dictes murailles deux belles cheminées peu ruynces. Dedans le circuit du dict lieu depuis peu de tems fossoyant dedans les dictes ruyues, s'est trouvé de grands pavés de diverses couleurs, comme rouge, verd, blanc et autres couleurs.

Duquel Nogent dépendent les cliastellenyes de Rivray (1), Montlandon (2), Montigni (3), Nonvilliers (4) et la Perrière (5) desquelles les appellations ressortisscnt au dict Nogeut comme font celles des autres hauts-justiciers subjects du dict Nogent qui se relèvent aux assises du dict Nogent.

Auquel lieu il y a sergent fiefïé et hérédital pour faire tous exploicts, laquelle sergenterie se rachepte de la baronnie du dict Nogent.

Il paroist qu'au dict Rivray il y avoit anciennement ville et chasteau qui se témoigne par un vieil portique entier (6) par dessous lequel on passe pour aller de Gondé au dict Rivray, laquelle ville estoit fermée d'un costé de la rivière de Sonette (7) qui descend en celle d'Huigne et de l'autre costé du chasteau basty sur la montagne commandant à la dicte ville.

Dans l'enclos du dict chasteau est encore une chapelle fondée de sainct Jehan qui est en la présentation des sieurs abbé et religieux d'Arcisses (8), près duquel lieu de l'autre costé de la rivière est une aulre chapelle fondée de saincte Catherine, qui est en la présentation du seigneur baron du dict Nogent. Il n'y a aucune esglize paroissiale au dict lieu, mais est le dict Rivray de la paroisse de Gondé, comme de fait au rôle et département des tailles et autres impositions on joint tousjours le dict R,ivray au dict Gondé. '

A Montlandon il y avoit anciennement une grosse tour partie de laquelle est encore debout, le reste aiant esté ruyné par les

(1) Corn, de Condé-sur-HuiRne (Orne).

(2) Gant, de La Loupe (Eure-et-Loir).

(3) Montigny-le-Ghartif, cant. de Thiron (Eure-et-Loir).

(4) Noiivilliers-Grand-IIoux, Id. Id.

(5) Gant, de Nogent-le-Rotrou.

(6) On voit encore les restes du vieux portail et çà et là des j)ans de vieilles murailles auprès du chemin de Gondé à Bretoncelles MSoO). (Note de Védùeur du Ftckj. imp. à Morlcujnc.j

il) Vur. « Dt! Sourté. n (Frag. imp. à Mortagne.J 11 s'agit bien de la Sonnette, aujourd'hui la Goibionne.

(8) Va)'. « Du prieur et religieux de Saint-Denys de Nogent. » (Frag. imp. à Mortagne.)

liabitans circonvoisins durant les guerres civiles dernières, craignant qu'il ne s'y mit quelque garnison de voleurs, comme il estoit arrivé ailleurs qui eussent ruyné les peuples voisins.

Montigni, qui est aussy chiastellenye, scituée sur la fin et limites du Perche, où il y avoit aussy un chasteau et des fossés autour qui sont ruynés. Cette terre est du domayne des seigneurs de Nogent, où ils se retirent souvent pour le plaisir de la chasse, où il y a 2,000 arpens de bois.

Nonvilliers (1) estoit autrefois ville et chasteau; les fossés duquel sont encore en leur entier, fors que par succession de terres ils se sont couverts de bois, dans l'enclos desquels est l'esglize paroissiale. Le chasteau estoit en haut et la ville au pied du mont, de la closture duquel reste encore quelque apparence de fossés.

A la Ferrière, aussy chastellenye, il y avoit une forte maison bastye de fortes murailles qui sont encore entières et quatre culs de lampes au quatre coins d'icelle ; le tout en ruyne sans couverture ny charpente.

La dicte baronnie de Nogent a lousjours esté en la possession des comtes du Perche jusqu'au iems de Rotrou, troisiesme (2) comte du Perche, régnant en Tan 1147 (3), que le dict Rotrou maria Béatrix, sa fille, à James de Chasteaugontier auquel, en faveur de mariage, il donna la dicte barounie de Nogent, par lequel la dicte 'terre entra en la maison de Bretagne, et depuis, Jean, comte de Yendosme, espousa Alix, troisiesme fille d'Arthus, duc de Bretagne, par laquelle la dicte terre et baronnie cîe Nogent entra en la maison de Bourbon où elle est encore.

(1) Add. « Aliàs Longvilliers. » (Ms. de M. de La Sicotière.J

(2) Var. (i Cinquième comte de cette province. ï [Ms. de M. de La Sicotière.J — ((. Ncuviesme comte du Perclie. » [Frag. imp. à Mortagne.J

(3) Var. « Régnant en 1142. ■» [Frag. imp. à Mortagne.J — Cette dernière date est fausse, car il s'agit ici de Rotrou IV, troisième comte du Perclie de 1144 à 1191. Sa fille Béatrix épou.sa Renaud III, seigneur de Chàteau-Gontier, et non James. M. 0. des Murs, dans son « Histoire des comtes du Perche » (\). 451), fait erreur en disant que, d'a)irès Bart des Boulais, Béatrix n'eut ))as la baronnie de Nogent. Les dinérentes copies que nous avons sous les yeux mentionnent cette donation. Cette erreur n'est sans doute, d'ailleurs, qu'un lai)sus, car nous la voyons rectifiée plus loin (p. SOO, note 4). M. des Murs, s'appuyant sur une charte de Chêne-Galon, de 1193, qui cite le château de Nogent comme appartenant au comte du Perche, Geoffroy, met en doute l'assertion de Bart. Elle est discutable, en effet, mais il se pourrait que la donation ne comprît que la ville sans le château, qui restait le domaine des comtes du Perche.

Fondation et bastiment des Capucins de Nogent-le-Rotrou en 1601.

Les habitans du dict Nogent , gens catholiques , se voiant éloignés de maisons de religieux prédicateurs, desquels ils peussent recevoir tant qu'ils désiroicnt l'administration de la parole de Dieu, conclurent pieusement entr'eulx de faire bastir une maison et couvent de pères Capucins. Geste résolution prise, chacun mit la main à l'œuvre; le premier fust noble homme messire Denys Hubert, conseille^' du Roy, lieutenant en l'élection du Perche (1) et bailly du dict Nogent qui, en l'année 1601, donna la pièce de terre sur laquelle la dicte esglize et monastaire sont bastys, contenant deux arpens et dcmy.

Le mercredy 20 juin, vigile de la Feste-Dieu au dict an, la place où se devoit bastir l'esglize et maisons de la demeure des pères fust bénite par vénérable messire René Guerrier, bachelier en droict et doyen de l'esglize de Sainct-Jehan de Nogent, assisté de tout le clergé du dict lieu, en vertu de la commission de messieurs les grands vicaires de Chartres , le siège épiscopal vacant du lundy 18 du dict moys de juin au dict an et en mesme heure, la croix plantée en la place de l'esglize et la première pierre assise par le dict Hubert.

Cela fait, chacun des habitans du dict Nogent et plusieurs nobles des environs contribuèrent aux frais du dict bastiment tant de biens, sollicitations que d'œuvres ; messire Jean Le Sueur, sieur du Tartre, cy-devant esleu du Perche et secrétaire de la maison du Roy, oultre la contribution des deniers et autres biens ([u'il avoit fait pour la construction du dict bastiment, se commit luy-mesme a la conduite de l'œuvre et sans intermission, assisté du dict sieur Guerrier et autres ; ils ont rendu l'œuvre parfaicte l'an 1606, laquelle avec l'esglize du dict lieu fust dédiée en l'honneur de Dieu, sous l'invocation de monsieur sainct Louys, Roy de France, par révérend père en Dieu messire de Yieuxpont, evesque de Meaux, le 15 octobre 1606 (2), à laquelle solemnilé

(1) Var. « Lieutenant généi-al en l'eslection de Mortag-ne. » {Frafj. imp. à Mortayne.J

(2) Jean do Vieupont fut évèque de Meaux de 1G02 à 1625. D'après la Gallia Christiana, la dédicace de l'église des capucins n'aurait eu lieu

assista monsieur Charles de Bourbon, comte de Soissons (1) , Madame son espouse , religieuse dame Marie de Thou , abesse des Clairetz (2), la dame de Vassé (3) et plusieurs autres seigneurs et dames de qualité.

Pour la perfection de ce bastiment, mon dict seigneur le comte de Soissons et Madame son espouse ont contribué de grandes sommes de deniers et encore donné à icelle esglize un très beau tabernacle où repose à présent le corps de Jésus-Christ, le dais qui est dessus, deux riches pavillons, le grand tableau, le ciboire et le calice d'argent et plusieurs ornemens d'esglize.

La dicte abesse des Clairetz donna tout le bois nécessaire au bastiment de la dicte maison avec deux tableaux qui sont aux deux costés de l'autel ; laquelle, pendant sa vie, a continuellement assisté la dicte maison de grandes aumosnes qui leur sont encore continuées par dame Catherine de Nantouillet, de présent abesse de la dicte abaye des Clairetz (4).

Dame Françoyse Durand, veufve de messire Thomas Marais, vivant bailly de la Ferté (5), a esté l'une des premières autrices du dict bastiment et qui, durant la construction d'iceluy, a tousjours noury et logé en sa maison les pères Capucins qui assistoient à l'œuvre, mesme depuis jusqu'à son déceds et donna les premiers cent écus qui commencèrent les fondemens du dict bastiment.

qu'en ICIG : « Dcdicavit eodem anno [1616] die 15 octob. ecclesiam Gapucinorum Nogenti-ïlotrodi Caniotensis direcesis, rogatus a capitule cjusdem, sede vacante.... ï [Gall. Christ. Tome VIII, col. i652.J La date donnée par Bart parait plus sûre, car Charles de Bourbon, qui assistait à cette cérémonie, mourut en 1612.

(1) Comte de Soissons et de Dreux, pair et grand maître de France, fils puîné de Louis 1er, prince de Condé. Il mourut en 1612. Il avait épousé Anne, comtesse de Montafié, morte en 1644.

(2) Fille de Christophle de Thou, jiremier président au Parlement de Paris et chancelier des ducs d'Anjou et d'Alençon, mort en 1382, et de dame Jacqueline de Tullen. Elle fut abbesse des Clairets de 1587 à 1611.

(3) Dame d'Esguilly, fdle de Pierre Le Vavasseur, seigneur d'Esguilly, gouverneur de Chartres. Elle avait épousé, le 26 septembre 1566, Jean de Vassé, dit Grognet, seigneur de Vassé et de Classé, baron de la Rochemabile, gouverneur de Chartres, conseiller du Roi en ses Conseils d'Etat et privé, capitaine de cinquante hommes d'armes de ses ordonnances. (Bihl. nat. Pièces originales, 2934.J

(4) Catherine-Charlotte de Nantouillet était fdle de Louis-Antoine de Prat, Ve du nom, seigneur de Nantouillet et de Précy, baron de Thoury, prévôt de Paris, et de Anne de Barbançon. Elle fut, à partir de 1603, coadjutrice de Marie de Thou et abbesse de 1611 à 1640.

(5)NLa Fer té-Bernard.

Plus, elle feist bastir à ses frais un corps de maison tout entier pour l'usaige des pères pour les retirer en tems de peste et de maladie contagieuse ; en oultre, elle fist de grandes aumosnes.

La dicte dame de Yassé, vivante dame de Guilly (i), donna troys cents écus employés au dict bastiment, comme aussy ont fait plusieurs autres gentilshommes des environs et autres (2) .

(1) Dame d'Esguilly.

(2) Add. « L'église de Notre-Dame de Nogent n'étoit anciennement que chapelle, appelée Notre-Dame du Marais dedans le territoire de Saint-Denis, laquelle depuis a été faite paroisse et bâtie par les ducs de Bretagne pendant qu'ils ont possédé Nogent, comme il paroit par leurs figures et armes étant à la porte et entrée de la dite église, })ortant manteaux chargés d'hermines et donnée aux religieux de Saint-Denis.

Saint-Laurent, qui n'étoit aussi que chapelle, fut faite paroisse, dont les mêmes religieux prennent les dixmes.

Saint-Hilaire étoit seule paroisse de Nogent dans le xiie siècle, comme on le voit dans la bulle du pape Alexandre III, en 1160, qui confirme l'église de Saint-Hilaire aux religieux de Saint-Denis de Nogent avec les chapelles et dépendances.

La Maison-Dieu ou Hôtel-Dieu de Nogent fut fondée en 'J190 par Rotrou ni, comte du Perche, la sixième année de la mort de sa femme Mathilde, lors du départ des barons et seigneurs pour le voyage de la TeiTe Sainte. » [Ms. de M. La Sicotière.J

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