PRÉFACE XI
âonl commencés jusqu'à ce que la senlencc soil rendue. Il importe au plus haut point que non seulement la justice soil juste, mais encore qu'elle le paraisse ; il ne faut pas qu'on puisse supposer que des influences diverses ont pu s'exercer et que les juges ont tenu compte de considérations autres que celles de la justice. La sentence alors n'aura pas seulement pour effet de terminer le litige actuel, elle aura une valeur morale indiscutable.
On peut, d'après ces exi)lications préliminaires, comprendre de quelle façon j'ai accueilli l'entreprise projetée par MM. de Lapradelle et Polilis. Je k^ ai vivement encouragés à la poursuivre, convaincu que l'œuvre à laquelle ils entendaient vouer leur activité serait des plus utiles et qu'ils avaient les qualités nécessaires pour la mener à bien. Je puis dire aujourd'hui. que la lecture de ce premier volume m'a prouvé que je ne m'étais pas trompé sur ce dernier point, mais que je m'étais complètement mépris sur les difficultés de l'ouvrage et les sen ices (ju'il était de nature à rendre. Je suis heureux de profiter d'un funeste privilège, celui de l'Age, de ma qualité de doyen de l'enseignement du droit inlemational public en France, pour me donner le vif plaisir d'adresser à mes jeunes collègues qui me font le grand honneur de se dire mes élèves, mes cordiales félicitations et l'expression de ma sincère reconnaissance. Je crois pouvoir affirmer qu'ils ont rendu un service éminent à la pratique et à la science du droit international.
Jusqu'à présent, on était généralement dans une grande ignorance au sujet des arbitrages antérieurs au déluge, c'est-à-dire à l'arbitrage relatif aux Alabama daims, demeuré l'arbitrage type pour les formes employées et l'importance des intérêts engagés. Les auteurs, môme les plus consciencieux, ne donnaient que des notions assez vagues de la difficulté soulevée, des arguments invoqués de part et d'autre. On n'avait de précis que le texte de la sentence souvent peu explicite, parfois même non motivée. Aucun profit .sérieux ne pouvait être tiré de renseignements aussi incomplets.
J'ai été à la fois étonné et effrayé des recherches qui ont été nécessaires pour mener à bien ce premier volume qui comprend un peu plus de la première moitié du XLV siècle. Des matériaux parfois
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considérables ont dû être réunis de divers côtés avec une sagacité et une persévérance rares : documents parlementaires, correspondances diplomatiques, mémoires échangés entre les plaideurs, publications diverses. Ces matériaux ont été ensuite mis en œuvre avec une méthode sûre qui dénote une grande maturité d'esprit et une véritable maîtrise du droit international. Les faits sont clairement exposés avec de nombreuses références ; les péripéties du litige, les questions soulevées sont indiquées d'une façon précise. On remarquera la fidélité et la conscience des analyses. La sentence arbitrale est suivie d'un examen critique qui tient compte de l'état du droit international au moment où le litige était jugé et de son état actuel, de sorte qu'on a ainsi une très utile contribution à l'histoire interne du droit international. Cet examen est fait avec une grande indépendance et en même temps avec la réserve qui convient. Les noies doctrinales sont les unes signées de spécialistes connus comme MM. Asser, Fauchille, Kleen, Laband, Stoerk, Strisower, les autres non signées. Je ne serai que juste en disant que celles-ci peuvent rivaliser avec les premières pour la critique judicieuse et pénétrante.
Pour les arbitrages des trente dernières années, les difficultés sont d'autre nature. Il n'y a pas en général beaucoup à chercher pour découvrir les documents, mais parfois on en trouve trop. Par suite du développement des mémoires, contre-mémoires, exposés aux titres divers, de l'élendue de certains débats oraux souvent excessive, le public, môme instruit, est dans le même embarras que dans le cas d'absence de documenls ; il n'a pas le temps de tout lire ou même de tout parcourir jiour découvrir ce qui est vraiment utile pour l'intelligence du litige, aussi se conlente-t-il d'un examen tout superficiel d'autant moins profitable que, parfois comme dans l'affaire des pêchei'ies de Behring, la sentence n'est i)as motivée. Nos jeunes auteurs nous donneront désormais un fil conducteur dans ce dédale des procédures. Ce qu'ils ont fait nous est un sûr garant de ce qu'ils feront et nous pouvons envisager le moment qui sera, je l'espère, pas troj) éloigné, où leur monument sera terminé en ce sens qu'ils auront liquidé le passé de l'arbitrage inter-
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national et pourront rendre compte des litiges inlemalionaux au fur et à naesure qu'ils se produiront. S'il m'était permis de donner respectueusement un avis aux arbitres de l'avenir, je leur dirais de songer dans leurs travaux à ces sentinelles vigilantes du droit international qui les guetteront et apprécieront leurs sentences en toute révérence, mais en toute liberté. La crainte de la critique est le conuneneement de la sagesse.
Quels services peut rendre ce Recueil ?
Je voudrais l'indiquer en quelques mots, comme je le com|>renais a priori, et comme je le comprends encore mieux après la lecture du premier volume où j'ai trouvé à faire une ample moisson de précieux renseignements et d'intéressantes discussions juridiques.
La connaissance des litiges internationaux comme celle des procès entre les particuliers a le précieux avantage de nous faire pénétrer dans le vif des questions de droit. Des théories générales un peu abstraites se comprennent mieux quand leurs conséquences apparaissent dans des cas spéciaux et mettent en évidence l'intérêt réel des diverses solutions. Pour le droit privé, le droit administratif, ceux qui ne sont pas môles directement à la pratique des affaires peuvent, dans une certaine mesure, s'en rendre compte au moyen des Recueils judiciaires dont nous avons dans notre pays d'excellents types. Ils y trouvent l'exposé des faits qui ont amené le litige, la décision motivée et une appréciation critique de celle-ci.
Le Recueil de MM. de Lapradelle et Politis donne ce qui manquait pour les grands procès entre les Etats qui attirent de plus en plus l'attention publique. Il permettra à ceux qu'intéresse le droit international de compléter les exposés dogmatiques par la jurisprudence des tribunaux d'arbitrage présent(?e avec tous les éclaircissements désirables. Les diplomates et les praticiens aux prises avec une difficulté verront s'il y a un précédent. Des tables détaillées, faites avec grand soin, permettront de trouver facilement le renseignement dont on a besoin.
La connaissance exacte des précédents est utile pour prévenir les difficultés comme pour les régler quand elles sont nées. On verra dès le début du volume quels incidents graves a soulevés l'éxecu-