‹ Recueil des arbitrages internationaux (volume 3)Chapitre 76 sur 192 · FÉVRIER · texte numérisé non relu

FÉVRIER

Quand, d'avril à septembre 1810, les colonies espagnoles s'éveillèrent à l'indépendance, les Etats-Unis accueillirent avec sympathie ce mouvement dans lequel passait un reflet de leur propre histoire (1). Admettant, dès le début, leur belligérance (2), leur envoyant des agents pour surveiller leurs progrès (3), prompts à reconnaître leur indépendance dès qu'elle fut devenue matter of fact (4), assez sages pour refuser aux colonies une assistance provocatrice, assez énergiques pour défendre à

(1) Sur la révolution hispano-américaine, v. Hall, Journal on Chili, Fera and Mexico^ Edinbourg, 1834; Holstein, Life of Bolivar, Boston, 1829 ; Cochrane, Services in Chili, Londres, 1859 ; Bartolomë Mitre, Hisioria de San Martin y de la Emancipation sad àmerieana, Buenos-Ayres, 1887 ; Romero, Mexico and the United SlaleM, 1, New-York, 1898; Latané, The diplomatie relations of the United States and Spanish America, Baltimore, 1900.

(2) Cette reconnaissance comme belligérants des séparatistes américains, pour n*avoir pas été, dès Torigine, formellement déclarée, n*en est pas moins indiscutable. Le Président Monroe la constate officiellement dans ses messages annuels de 1817 et de 1818, et dans son message spécial du 8 mars 1822 (Richardson, Messages and Papers, II, p. 13, 58 et 116). Mais bien qu'une proposition formelle en ce sens ait été faite à la Chambre des représentants (10 décembre 1811,i4mer. St. Pap., F. A., III, p. 538), elle n'est pas intervenue, sans doute parce qu'A cette époque Tabsence de toute représentation de l'Espagne aux États-Unis rendait inutile une déclaration régulière (Latané, op. cit., p. 56), de sorte que la reconnaissance comme belligérants s'exprima simplement, en fait, par roQverture des ports des États-Unis aux nouveaux pavillons (Wharton, Digest, 2 69, II, p. 509).

(3) Sur ces enquêtes, cpr. Lyman, Diplomacy of the United States, II, p. 432, et, sur leurs résultats, Amer. St. Pap., F. H., IV, p. 217 et s., 818 et s. A remarquer cependant qu*aucun commissaire ne fut envoyé au Mexique (Romero, Mexico, I, p. 324).

(4) Proposition de reconnaissance comme États du Président Monroe, 8 mars 1822, (Amer. St. Pap., F. R., IV, p. 818) ; protestation du ministre d'Espagne Andagua {ibid., p. 845) ; explications du secrétaire d'État Adams au ministre Andagua {ibid,, p. 846) ;

l'Europe d'assister TEspagne (1},les États-Unis avaient, à la gratitude des nouvelles nations d'Amérique, un titre dont le mécontentement de l'Espagne attestait la légitimité (!). Les États-Unis eurent, pour le Mexique, une vive sympathie : à sa première insurrection (1810-1815), avec Hidalgo, |

Morelos, ils ne lui refusèrent pas la reconnaissance comme belligérant, j

bien qu'il n'eût pas de marine ; à la seconde (1820-21), avec Iturbide, ils ]

l'enveloppèrent dans la même reconnaissance comme État que les autres i

colonies espagnoles (1822), bien qu'à la différence des autres, l'insur- l

rection mexicaine eût écarté la République en vertu du pacte de Cordova (24 août 1821), qui laissait, par la monarchie, le Mexique aux Bourbons, tout en l'enlevant, par l'indépendance, à l'Espagne. Peut-être les sentiments républicains de la nation américaine regrettaient-ils que le Mexique, infidèle à l'Espagne, demeurât fidèle aux Bourbons, et plus tard, après le désaveu du pacte, qu'au lieu de constituer la République, Iturbide, en 1823, prit la dictature (4). Mais la rapidité de sa chute (1824), la proclamation de la République, et le vote (4 octobre 1824) d'une Constitution fédérale, imitée de celle des États-Unis, resserrèrent les sympathies des deux nations. Rapprochés, non pas seulement par Tindépendance, mais par la terminaison toute républicaine de leurs révolutions, les États-Unis d'Amérique et les États-Unis du Mexique établissent, sur des bases cordiales, leurs premiers rapports. Cependant l'hésitation des États-Unis à se rendre, en 1826, au Congrès de Panama (5), dont, avec la Colombie, le Mexique avait pris l'initiative, l'échec du premier traité préparé par le ministre américain, M. Poinsett (G), l'interdiction, venue de Washington, de rien entreprendre

vote par le Congrès (4 mai 1822) d'un crédit de cent raille dollars <t pour la représentation des États-Unis auprès des nations indépendantes de TAmérique ». Adde Br. and F. Si Pap., IX, p. 369 et s.

(1) Message du 2 décembre 1823, §§ -48-49 {Amer. St. Pap., F. R., V, p. 250).

(2) V. la protestation du ministre d'Espagne dans Amer. St. Pap.. F. R., !V, p. 846.

(3) Pour l'histoire de Tindcpendance mexicaine, de 1810 À 1821, Amer. St. Pap., F. R.,

IV, p. 836 et s.; Romero, Genesis of mexicsin Independence, dans Mexico, I, p.287-33d ; Hall, op. cit., II. p. 188 et s.

(4) Romero, op. cit.^ I, p. 312 et s.

(5) Sur le Congrès de Panama et l'attitude des États-Unis, v. Amer. St. Pap., F, R-,

V, p. 83 i (message du Président Adams), p. 857 (rapport défavorable de la Commission sénatoriale des affaires extérieures) et p. 900 (rapport favorable de la Commission de la Chambre en réponse aux objections faites contre Tcnvoi d'une mission à Panamaj. La mission fut envoyée, mais arriva trop tard (Cespédès, La doctrina di Monroe, p- 589 et s.).

(6) Amer. St. Pap., F. H., VI. p. 578-613.

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