‹ Recueil des divers écritsChapitre 14 sur 14 · AU PEUPLE DE FRANCE · texte numérisé non relu

AU PEUPLE DE FRANCE

paris, le s5 septembre 1792, l’an premier de la République,

Citoyens,

J’ai reçu avec reconnoissance le titre dé citoyen Iran cois que m’a conféré la dernière assemblée nationale, ainsi que l’honneur que ïn’ont fait mes nouveaux compatriotes, en m’élisant membre de la convention. Touché de tous ces témoignâges'd’une considération particulière, je sens augmenter mon bonîieur en voyant briser les barrières qui séparoient le patriotisme," et le circonscri voient dans Certains coins dé la terre, et attachoient au sol comme un objet de végétation le titré de citoyen.

Si ceslionneurs m’avoient été accordés danS un momént où la France eût été tranquille, je n’aurois eu qu’à lui témoigner mon affec- ■îioa ea acceptant j mais iis me sont'

ibfferts dans des circonstances où je puis commencer ma carrière de citoyen an milieu des difficultés et des orages. Je ne viens donc point pour jouir du repos. Con vaincu que la cause de la Fran ce est celle du genre humain , et que la liberté ne s’achète point par des vœux, je partagerai avec joie et les dangers et les honneurs attachés à sa conquête.

Je sais que le moment d’une grande révolution, telle que celle du lo août, est inévitablement un moment de terreur et d^ confusion.

L’ame puissamment agitée par les espérances , les craintes , les soupçons, ne goûte ' de repos que lorsque cette révolution est entièrement achevée. Mais contemplons l’avenir fixement et avec confiance , et nous y verrons des succès certains. Ce n’est plus ' la méprisable cause des rois , ou de quelqu’autre individu qui appelle au combat les armées françoises : c’est la cause dé tous; c’est l’établissement d/un nouvel ère , qui effacera le despotisme de dessus la face de la terre , et affermira, sur des principes de paix et de fraternité, la grande république

vd.u genre hum^#^

Le sort fait naître pour participer S raccomplissement d’une autre révolution ^ celle de rAmérIque , dont le succès est bien fait pour encourager la France. La prospérité et le bonheur dont jouissent maintenant les Américains , les récompensept amplement de toutes les peines qu’ils ont supportées, de tous obstacles qu’ils ont eu à vaincre.

Les principes de la révolution américaine se sont étendus jusqu’en Europe , et une providence toute-puissante veut régénérer l’ancien monde par l’exemple du nouveau.^ L’éloignement où l’Amérique se trouve des autres parties du globe , ne lui a pas permis d’y faire pénétrer ses principes elle-même: l’honneur en étoit réservé à la France^ qui , élève pour toutes les nations l’étendard de la liberté, et qui, en combattant pour sa -propre défense, combat pour les droits de tous les hommes.

Cet esprit magnanime qui a assuré les succès de l’Amérique, assure aussi ceux de la France ; car il est impossible de vaincre une nation bien déterminée à être libre. Le courage , les sentimens guerriers qui se manifestent en ce moment exx Fraxice^ sout

tels qu^il est impossible aux despotes de la terre de les connoître et d'en calculer les effets. Ils ne savent point encore , ces despotes , ce que c’est que de combattre une nation. Ils ont accoutumé de se faire la guerre entr’eux ; ils jugent par la théorie et par la pratique des succès qu’un roi peut obtenir sur l’autre ; mais ici ils ne peuvent asseoir aucun jugement.

Dans une querelle comme la notre, une foule de circonstances extraordinaires dérange tous les calculs. Quand toute une nation prend les armes, le despote ne connoît point l’étendue de la puissance qu’il a. à combattre. Des armées nouvelles s’élèvent au moment où elles sont nécessaires. C est alors que les difficultés se multiplient pour l’ennemi, tandis qu’elles disparoissent pour le peuple libre qu’il attaque ; il voit ce peuple se relever plus fier que jamais , lorsqu’il le croyoit abattu.

La seule guerre qui peut avoir quelque ressemblance avec la guerre actuelle , est celle de l’Amérique. Chez les Américains, ainsi que chez les François, c’étoit la guerre de toute la nation. Là l’ennemi, en comjnençant à v^cre, se mit dans le cas d’être

vaincu luî-même : et ses premières victoires préparèrent ses défaites ; il avança tant qu’il n’eut pins le pouvoir de se retirer > pai ce qu’il se trou va au milieu de toute une nation armée*

Si l’on proposoit aux Autrichiens et aux Prussiens de les conduire jusqu’au milieu de la France ^ et de les laisser s’en tirer comme ils voudroient, ils verr oient trop combien il seroit dangereux pour eux d’accèpter une telle offre ; et les mêmes dangers les y siiivroient d© quelque manière qu’ils y parvinssent. Quelle est donc la politique qui peut leur faire chercher à obtenir par force ce qu’ils refuseroient si on youloit le leur accorder volontairement ? Mais c’est perdre son temps que de vouloir faire entendre à des despotes la voix de la raison. Le meilleur argument qu’on puisse employer avec eux, c’est une vigoureuse résistance.

î/lioiïime ne peut jamais pénétrer les voies dont se sert la providence pour régler l’ordre des événemens. Peut-être les des*potes étrangers , en voulant détruire les princi[)es de la liberté, les introduirontdls eux-mêmes dans les pays soumis à leur doïaination. La liberté et l’égalité sont d^s

âvantàges trop grands pour n’appartenîr qu’à la France seule ;' sa gloire est d’être la pre- ;^mière qui les défend- en Europe , et elle peut maintenant, s’écrier j d’une voix: puis- ^saiite cc <0 vous , Autriciiiens et Prus- » siens ^ qui tournez vos bayomiettes contre P* m^i/, ejest pour vous , c’est pour l’Europe, pour. le genre Immain, entier, non p^^pour moi seiil, que, j’élève l’étendard de liberté et de l’égalité !» ^

r ^La cause du. peuple a beaucoup souffert ^des- contradictions qui se trouvoient dans la canstitution ,, faite par l’assemblée na- -lioiiale constituante. Ges contradictions ont xiivisé au-dedans . les ;qpiniqns et les individus, et obscurci aux yeux les grands principes de la révolution. Mais quand ces coiitradictions auront disparu , qùandi. lad cons titudoir sera conforme à la déclaration des droits, quand ces bagatelles qu’on appelle monarchie, royauté, régence, iiérédité de la couronhe> seront considérées avec toute leur absurdité , un nouveau rayon de lumière éclairera le monde , et la révolution françoise acquerra une nouvelle force , parce que les principes en seront «niyersellçniQrLt entendus.

Les olvjets qui agitent en ce Tflonient lâ France , s’étendront bientôt an-delà de ses limites; chaque nation voudra l’imiter, et chaque potentat deviendi'a son ennemi ; les terreurs du despotisme vont produire une confédération entre les despotes. S’ils viennent attaquer la France , c’est qu’ils ortt peur dans leurs états. En entrant dans cette scène, plus grande sans doute que céllés qiïi ont jamais pu occuper aucune autre nation,' conservons un esprit calme ; ne punissons qu’en instruisant, écartons toute vengeance, commençons un nouvel ère de grandeur d.’ame et d’amitié , et nous jouirons bientôt de l’union des autres pèuples, et d’un succès digne de nous.

Votre compatriote ,

Contenues datis ce yolumé.

J 2^ T R O D zr à T I O ir , ^

Le t tre de Thomas Faine à Vahhé Raynalj, sur les àjfaires de V Amérique septen^ ttionalejdaris IdqUelle onrelè\^e les erreurs que contient son omrage sur la révolution des Etats-Unis ^ 9

Lettre au comte de Shelhume ^ à Vocca4 sion du discours qu^il a prononcé au par-^ lement d^ Angleterre ^ le \o juillet ^ sur ï indépendance des Etats-Unis da V Amérique ^ 1 28

Fenséms sur la paix ^ et sur les avantages qui peuvent en résulter pour les Etats- Unis de ^Amérique , i5o

Le TT RE aux auteurs du Républicain ^ 164 Lettre à V abbé Sye^es ^ 173

ZETTne première à M. Henri Dundas ; secrétaire d^eHai y

Lettre première à Of slorr Cranley , ou à celui qui présidera Vasselnbtee qui doit se \ tenir à Epsf^n , le l 'à^idri , ^ .

Lettre seconde à Onslo w Cranley

niunémenp^ appellé lord,On.slopjVy , ai2

Lettre seconde a EundaSy Vun des

ministres du rot d dn^letej're y 21^'

Lettre auæ signataires^ df^^ qdqesses y sd^ la proclq,ijia,tiqn du roi d’ dtigleterre t re~ Lative aux Droits de I Kdmmé y , '

Lettre au peuple FragçQE^dé . .328

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