XXII. LOI D'ILION CONTRE LES TYRANS
blement à l'année 281, au lendemain de la mort de Lysimaque (1). Elle ἃ été rédigée avec une grande précipitation, aussitôt après l'expulsion d'un tyran. Le gouvernement démocratique venait d'être rétabli, mais il ne se sentait pas sûr de garder le pouvoir, ainsi qu'il résulte de certaines formules maladroitement répétées, et le retour de la tyrannie était regardé comme une éventualité qu'il fallait prévoir. La loi n'est donc pas seulement destinée à venger la démocratie et à réparer les torts faits par le tyran : elle a pour objet principal de la défendre et de la garder contre toute tentative de réaction. Le sujet y est envisagé et traité sous toutes ses faces. Tous les cas y sont prévus sans ordre, il est vrai, et de telle sorte qu'il nous sera impossible, dans le commentaire, de respecter la suite des articles, mais avec une richesse de détails qui fait de ce document un type curieux de loi révolutionnaire. La langue, rarement pure, et le style, rempli de gaucheries, ajoutent encore à la confusion du texte.
Le législateur d’Ilion met sur la même ligne et poursuit de la même haine le tyran et le chef du gouvernement oligarchique [ἡγεμὼν τῆς ὀλιγαρχίας). Ils sont toujours nommés l'un à côté de l'autre et toutes les dispositions de la loi s'appliquent à l'un comme à l’autre. Dans un seul article (8. 12), le chef du gouvernement oligarchique est seul nommé. Le cas prévu est celui d'un homme qui, « sous le gouvernement oligarchique, fait élire le Conseil ou les autres magistrats... comme si l’on était en démocratie ». Si mal rédigé que soit cet article, l'un des plus confus de toute la loi, le sens n’en est pas moins certain : il s’agit d’un partisan de l’oligarchie qui, chargé de surveiller la désignation des magistrats (2), a respecté le mode employé sous la démocratie, a composé le Conseil et les différents collèges de fonctionnaires du nombre ordinaire de membres (3), etc. : vaines
(1) Brückner, Mém. cité, p. 469 (9 du tirage à part). Cf. P. Haubold, De rebus Iliensium, Leipzig, 1888, p. 19.
(2) 11 est déjà parlé de la désignation des fonctionnaires dans le paragraphe précédent.
(3) Pisistrate avait respecté de même les formes extérieures du gouvernement démocratique : il veillait seulement à ce que l'un des siens fût toujours au nombre des archontes (Thucydide, VI, 54, 6). L'importance des fonction- . naires était considérable sous les gouvernements oligarchique et tyran-
apparences qu'il se proposait de faire valoir le jour où 16 gouvernement démocratique rétabli le poursuivrait ou lui demanderait ses comptes. Le législateur prévoit et déjoue ces calculs et ces ruses : « l’auteur de cette manœuvre sera puni comme s'il avait été chef de l'oligarchie », c'est à dire comme s’il n'avait pas craint de s'afficher. De ces mots (πάσχειν ὡς ἡγεμόνα τῆς ὀλιγαρχίας), Brückner conclut à tort que des peines spéciales étaient portées contre le chef de l'oligarchie (4). Il n'est parlé au $ 12 que de l'oligarchie et du chef de l'oligarchie parce que le cas prévu ne peut se présenter que sous le gouvernement plus modéré des oligarques ; il n'est pas à prévoir sous les tyrannies, despotiques et violentes, de l'époque d'Alexandre et de ses successeurs.
Bien que [6 chef du gouvernement oligarchique soit d'ordinaire nommé à côté du tyran, c'est ce dernier que vise surtout le législateur : c'est d’un tyran qu'Ilion veut se venger, c'est le retour d’un tyran qu'elle veut prévenir.
La tyrannie se fondait d'ordinaire sur la violence et sur la force (2). Le tyran vit au milieu de ses compagnons d'armes (συσστρατιῶται, $ 4) : ce sont eux qui l'aident à s'emparer du pouvoir et à s'y maintenir. Les fonctions les plus importantes, sous le régime tyrannique, sont celles du stratège ou commandant des forces militaires (δ 5 et 6).
Contre le tyran et contre ses complices la loi contient des dispositions spéciales que nous étudierons successivement.
Le tyran. — Comme nous le verrons à Érésos, le tyran se dérobaït le plus souvent par la fuite au châtiment qui le menaçait après sa chute (3). La loi multiplie les menaces en réglant avec la plus grande précision les récompenses qui seront données aux tyrannicides, suivant leur condition et suivant que le meurtre
nique, qui risquaient d'être renversés pour avoir laissé occuper les grandes magistratures par des ennemis du régime. Aristote cite l'exemple de l'oligarchie d'Oréos qui fut renversée après qu'un certain Héracléodoros fut entré dans le collège des archontes (Politique, 1303 a, 16 et suiv.).
(1) Brückner, p. 462 (2).
(2) Ἐὰν δὲ δι’ ἀπάτης ἄρξῃ τις À βίας, ἤδη τοῦτο δοκεῖ τυραννὶς εἶναι (Aristote, Politique, 1313 a, 9).
(3) Voy. plus loin notre n° XXVII.