‹ Recueil des inscriptions juridiques grecquesChapitre 26 sur 235 · XXII. LOI D’ILION CONTRE LES TYRANS · texte numérisé non relu

XXII. LOI D’ILION CONTRE LES TYRANS

aura été commis par un adversaire ou par un complice du tyran. Dans le premier de ces deux cas, les récompenses sont fixées ainsi qu'il suit.

Si le meurtrier est :

un talent, payable le jour même ou le lendemain (2); une pension viagère de deux drachmes par jour; un sujet Îlien (1), il recevra... la nourriture au prytanée, sa vie durant; une statue de bronze; la proédrie dans les jeux avec appellation solennelle ;

mêmes récompenses;

le droit de cité;

le droit de s'inscrire dans la tribu qu'il voudra (3).

un étranger, il recevra ........ .

trente mines d'argent, payaun esclave, il recevra... ...... .… bles le jour même ou le lendemain [et en outre];

(1) "Evapyoc. L'emploi du mot Iapyoc, au lieu de l'ethnique Ἰλιεύς (employé au αὶ 5 et opposé à μέτοικος), donne à penser que la domination d’Ilion s'étendait, à cette époque, sur d'autres villes ou bourgs qui étaient compris dans son empire (ἀρχή). Voy. Haubold, Mém. cité, p. 16.

(2) Les Athéniens, au ve siècle, avaient promis la même somme à qui tuerait Diagoras de Mélos, et deux talents à qui le leur livrerait vivant. Les termes mêmes du décret sont cités par le scholiaste d'Aristophane, Oiseaux, 1073 : ἐὰν δέ τις ἀποκτείνῃ Διαγόραν τὸν Μήλιον, λαμθδάνειν ἀργυρίου τάλαντον " ἐὰν δέ τις ζῶντα ἀγάγῃ, λαμδάνειν δύο. Aristophane, qui parodie ce décret, le rapproche de la loi athénienne contre les tyrans (Oiseaux, 1012 et suiv.) :

Les tyrans et les chefs d'oligarchie n'étaient donc pas les seuls, quoi qu'en dise Démosthène, à user des récompenses en argent (contre Leptine, 461, 15 et suiv.).

(3) Pour l'admission dans les tribus d'Ilion, cf. Dittenberger, Sylloge, n° 157, 1. 19-20, — Bull. de Corr. hellén., IX (1885), p. 160, 1. 43.

une pension viagère d'une drachme par jour ; l'épitimie ; le droit de cité « conformément à la loi ».

11 faut entendre par ces derniers mots que le droit de cité n’était conféré à l'esclave que sous les réserves inscrites dans les lois. Nous reprendrons cette question dans le commentaire des actes d'affranchissement.

Le cas du meurtre commis par un complice est visé au $ 4. Le traltre, un des compagnons d'armes du tyran, reçoit un talent d'argent et l’immunité pour tous les crimes qu'il a pu commettre avec lui : encore ne lui suffit-il pas d’avoir tué le tyran, il faut de plus qu'il ait aidé au rétablissement de la démocratie (1).

Le tyran ou le chef de l'oligarchie ἃ pu, de son vivant, s'enrichir, faire directement ou non des acquisitions avantageuses de terres, maisons, bétail ou esclaves. Aristote, au chapitre de la Politique où il enseigne comment se conservent les gouvernements, note que les fonctions publiques ne doivent jamais être un moyen de s'enrichir, surtout dans les oligarchies (2). La loi d'Ilion annule tout achat fait par le chef de l'oligarchie ou le tyran (ὃ 11).

Enfin, la loi veut que nulle part, sur aucun monument votif, sur aucun tombeau, sur aucune liste, il ne reste trace du nom du tyran ou du chef de l'oligarchie. Elle veut en détruire le souvenir et ordonne que le nom soit martelé et effacé ($ 13). La place devenue libre sur la liste des prêtres (τῶν lepeutnxétuy) est mise en vente et l'acheteur peut y inscrire le nom qu'il voudra, pourvu qu'il le prenne parmi ceux qui peuvent ou pouvaient exercer un sacerdoce (3). Entendons bien que ce qui est mis en vente n'est

(1) L’immunité est aussi accordée en France aux révélateurs de complots ou d'autres crimes attentatoires à la sûreté intérieure ou extérieure de l'État (Code pénal, art. 108), mais seulement pour le fait même du complot et non pour tous autres crimes commis. Cf. l'art. 138 pour la fausse monnaie.

(2) 14309 a, 4 et suiv.

(3) LIL, 1. 38 : ὄνομα ἐπιγράψασθαι ὅτι dv θέλη: οἷς μέτεστι, Sur les conditions exigées des prêtres, voy. H. Herbrecht, De sacerdotii apud Graecos emptione venditione, Ὁ. 25 et 26, dans les Dissertationes philologicae Argentoralenses, X (1886).

Page 1