‹ Recueil des inscriptions juridiques grecquesChapitre 9 sur 235 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Deux ans après le renversement du gouvernement des Quatre Cents, en l'année 409,8, le peuple athénien décida de publier à nouveau, en la faisant graver sur une stèle, la loi de Dracon sur le meurtre, vieille de plus de deux siècles. Les commissaires chargés de la publication des lois en reçurent le texte des mains de l'archonte roi, assisté du secrétaire du Conseil, et la stèle fut exposée devant le Portique Royal.

En tête de « la loi de Dracon », les commissaires firent graver, en lettres plus grandes, le numéro de la table à laquelle elle élait empruntée : première table (πρῶτος ἄξων), Nous entendons, contrairement à l'opinion généralement reçue, la première table des lois de Dracon, non des lois de Solon. On dit, il est vrai, se fondant sur un texte de Plutarque (Vie de Solon, 25), que le mot ἄξονες était réservé aux tables qui contenaient les lois de Solon, mais on oublie que Plutarque nous fait connaître une des lois

(4) Beiträge zur Entwickelung des griechischen Gerichlsverfahrens und des griechischen Rechtes, 1896, p. 485 et suiv.

gravées sur la première table de Solon : elle interdisait l'exportation des produits du sol à l'exception de l'huile (4). Une même table pouvait contenir plusieurs lois dont chacune avait son numéro d'ordre (Plutarque cite la 89 loi de la 13° table) (2), mais la première table renfermait plutôt des lois douanières (sur le commerce du blé, des figues (3), etc.) que les lois sur le meurtre.

Les commissaires chargés de la publication des lois avaient reçu du peuple l’ordre de publier la loi de Dracon sur le meurtre, toute la loi par conséquent, et pourtant, dans le texte officiel qui nous ἃ été conservé, la loi n'est pas complète : nous en avons la fin (νου. p. 8), nous n'en avons pas le commencement. Les premiers mots sont, en effet, les suivants: xai ἐὰμ μὴ ἐκ προνοίας... La conjonction καί et la négation μή correspondent évidemment à un article précédant immédiatement et commençant par la proposition affirmative : ἐὰν ἐκ προνοίας, Il est trop aisé pour expliquer cette suppression, de prétendre que le premier article était gravé sur une autre stèle en tête de laquelle on eût répété l'intitulé du décret (4). Il y avait place, sur la stèle que nous possédons, pour de plus longs articles puisqu'on mesure audessous des traces de la dernière ligne un vide de 18 centimètres. L’explication vraie a été fournie par Duncker et Gilbert (5) : le premier article de la loi de Dracon manque parce qu'il a été modifié par une loi postérieure. Les commissaires de 409/8 n'avaient pas à le publier, parce qu'il n’était plus en vigueur.

Ces difficultés écartées, nous restons en présence d'une série d'articles de loi dont le désordre est plus apparent que réel.

(1) Vie de Solon, 24.

(2) Vie de Solon, 19.

(3) Commerce du blé (Lycurgue, contre Léocrate, 21 et argument du plaidoyer contre Théocrine, Démosthène, 1321). — Interdiction d'exporter les figues (Schol. d'Aristophane, Plut. 31).

(4) Voy. H. Gleue, De homicidarum in Areopago atheniensi iudicio, Gôttingen, 1894, p. 15. Ed. Meyer (Geschichte des Alterthums, II, 1893, p. 518) admet que la stèle de 409 ne nous a conservé qu’une partie de la loi sur le meurtre involontaire (φόνος ἀχούσιος.)

(5) M. Duncker, Geschichte des Alterthums, VIS, p. 129, note 8. Cf. G. Busolt, Die griechischen Slaats-und Rechtsaltertümer (1892), dans le manuel d'Iwan v. Müller, p. 143. Gilbert, Mém. cité, p. 488.

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