‹ Recueil des monuments inédits de l'histoire du tiers état (volume 2)Chapitre 14 sur 164 · DES SOLDATS · texte numérisé non relu

DES SOLDATS

Le 29 juin, jour de la fêle de saint Pierre de l’année 1616, il s’éleva à Amiens, entre des soldats et des habitants, une querelle dont les suites durent être assez graves, puisque trois jours après le roi envoya M. de Boissy pour en informer et en faire justice. Par la lettre suivante, Louis XIII annonce aux magistrats municipaux d’Amiens la venue de M. de Boissy dans leur ville, et leur recommande d’aider, autant que possible, cet envoyé a remplir la mission qui lui est confiée.

De par le roy.

Chers et bien amez, nous envoyons présentement en notre ville d Amyens le seigneur de Boissy, sur l’advis que nous avons eu du tumulte qui y est arrivé, le jour et feste de saint Pierre dernier, entre quelques soldatz et des habitans de notredite ville, affin d’en informer, sur l’information faire faire justice des autheurs et complices dudit tumulte ainsy qu’il appartiendra; dont nous avons voulu vous advertir par cette lettre et mander de contribuer, pour l’exécucion de la commission que nous avons pour ce donnée au sieur de Boissy, à tout ce qu’il vous ordonnera et pourra dépendre de vous. A quoy vous ne ferez faidte, car tel est notre plaisir. Donné à Paris le 2e jour de juillet 1616.

Signé : Louis. Et plus bas : Potier.

Au dos est écrit : A nos chers et bien amez les eschevins, manants et habitans de notre ville d’Amyens.

Arcli. de l'hôtel de ville d’Amiens, liasse d 12, pièce 33.

XVIIe SIÈCLE.

LETTRE DE LOUIS XIII AUX BOURGEOIS D’AMIENS, POUR LEUR AN¬ NONCER LA NOMINATION DU DUC DE MONTBAZON A L’EMPLOI DE GOUVERNEUR DE LEUR VILLE.

Le maréchal d’Ancre ayant été obligé, par suite de ses démêlés avec le duc de Longueville, et dans l’intérêt de la paix entre la cour et les princes mécontents, de se démettre de ses charges de lieutenant générai de Picardie et de capitaine et gouverneur de la ville et de la citadelle d’Amiens, le roi nomma à sa place le duc de Montbazon. Les bourgeois d’Amiens furent informés de celle nomination par la lettre suivante, que Louis XIII leur adressa le icr août j 6 1 6 1.

De par le roy. ,

Chers et bien amez , nostre cousin le maréchal d’Ancre s’estant démis volontairement entre noz mains des charges qu’il avoit, tant de nostre lieutenance généralle en nostre province de Picardie que des cappitainerie et gouvernement de noz ville et citadelle d’Amyens, nous avons eu soing de remplir l’une et l’autre de personnes de la qualité et condition que la dignité et importance d’icelles requiert; en ayant donc pourveu nostre cousin le duc de Montbason, nostre volonté est qu’il y soit obéy, respecté et recongnu de tous noz officiers, serviteurs et sujets qui sont de leur estendue, ainsi qu’il appartient, et vous faisons ceste lettre pour vous mander qu’en vous y conformant (maintenant que nostredit cousin s’en va de delà pour entrer en possession desdites charges), vous ayez à le recevoir en nostre ville d’Amyens avec l’honneur qui luy appartient, luy obéir et entendre, et rendre le respect et la submission que vous devez à cause d’icelles en tout ce qu’il vous demandera pour le bien de nostre service, vostre repos et conservacion, à quoy vous [ne ferez faulte et] mes ni es de faire enregistrer ses provisions ès registres de vostre commune, [tout ainsi qu’il] le désirera et que vous en serez requis de sa part; car tel est nostre plaisir. Donné à Paris le premier jour d’aoust 1616.

Signé : Louis. Et plus bas : Potier.

Au dos est écrit : A nos chers et bien amez les premier eschevin et autres eschevins, manans et habitans de nostre ville d’Amyens.

Arch. de l’hôtel de ville d’Amiens, liasse n 12, pièce 35.

1 Règlement donné par le duc de Montbazon , une surprise. 1616, 22 août. (Arch. de l’hôtel de pour la garde des portes de la ville par la milice ville d’Amiens, liasse g 8, dossier 3, pièce 5, invent, bourgeoise et les précautions à prendre pour éviter de Gresset.)

1 er

septembre.

LETTRE DE LOUIS XIII AUX AMIÉNOIS, A L’OCCASION DE L’ARRES¬ TATION DU PRINCE DE CONDÉ.

L’arrestation du prince de Condé au Louvre le ]er septembre 16 1 6, et la fuite des seigneurs qui adhéraient à son parti, pouvaient donner lieu à des troubles que la cour s’efforça de prévenir par des mesures de prudence. Le jour même du coup d’état, Louis XÎ1I signa la lettre suivante adressée aux bourgeois d’Amiens, et dans laquelle sont expliqués les motifs de l’arrestation et de l’emprisonnement du prince de Condé. Le roi leur enjoint de faire bonne garde et de maintenir la tranquillité dans leur ville.

Le lendemain 2 septembre, par une nouvelle lettre qu’un gentilhomme fut chargé de porter, Louis XIII défendit expressément aux habitants d’Amiens de recevoir dans leurs murs le duc de Longueville.

I)e par le roy.

Chers et bien amez, les advis que nous avons euz de divers endroictz, des factions et monopoles qui se faisoient en ceste ville, de diverses entreprises et desseings que l’on projectoit sur nostre personne et celle de la royne nostre très-honorée dame et mère, nous ont contrainct à nostre grand regret de nous résouldre d’en faire arrester les aucteurs; mais, comme eulx-mesmes se sont sentys coulpables de ce crime, ilz se sont évadez, et parce que l’on nous avoit advertys qu’ilz vouloient persuader nostre cousin le prince de Condé de se joindre avec eulx en ces mauvaises intentions, nous avons esté conseillez de nous assurer de sa personne, comme nous avons faict, l’ayant faict loger en une chambre de ce château du Louvre , sans que pour ce nous voullions luy faire aulcun mauvais traictement ; de quoy nous vous avons voulu advertir et mander que [vous demeuriez] en devoir en nostre ville d’Amyens , comme l’on [craint que] l’on ne s’esmeuve de ce qui s’est passé, ainsy que vous [l’avez appris premièrement de notre cousin le duc de Montbazon. Nous n’adjousterons donc rien dadvantage à ceste lettre, sinon que vous ayez à faire bonne garde en nostredicte ville, en sorte qu’il n’y puisse arriver aulcun inconvénient préjudiciable à nostre auctorité et service ; et à ce ne faictes faulte, car tel est nostre plaisir. Donné à Paris le ier jour de septembre 1616.

Signé : Louis. Et plus bas : Potier.

*af

XVIIe SIÈCLE. 23

Au clos : A nos cliers et bien amez les maieur, eschevins et habitans de nostre ville d’Amyens.

Arch. de l’hôtel de ville d’Amiens, liasse un, piece 36.

De par le roy.

Chers et bien amés, nous vous advertismes hier de l arrest que nous feusmes contrainctz de faire de la personne de nostre cousin le prince de Coudé ; maintenant nous vous faisons ceste dépesche et la vous envoyons par ce gentilhomme, pour vous faire deffences expresses de laisser entrer nostre cousin le duc de Longueville en nostre ville de Amyens, sur tant que vous désirez de vous conserver en repoz et en l’obéissance que vous nous debvez, ainsy que vous dira plus particulièrement ledit porteur. N'y faictes donc faulte, car tel est nostre plaisir. Donné à Paris le 2e jour de septembre 1616.

Signé : Louis. Et plus bas : Potier.

Au dos est écrit : A noz chers et bien amez les eschevins, manans et habitans de nostre ville d’Amyens.

Arch. de l’hôtel de ville d’Amiens, liasse d 12, pièce 37.

LETTRE DE LOUIS XIII AUX BOURGEOIS D’AMIENS, SUR LA CONDUITE A TENIR ENVERS LE DUC DE LONGUEVILLE.

Les princes qui avaient quitté Paris après l’arrestation de Condé ne tardèrent pas à négocier avec la cour. Le duc de Longueville traita l’un des premiers, et, pour gage de sa soumission, rendit Péronne au roi. Le duc de Guise et ses frères suivirent bientôt son exemple, et le 16 octobre, Louis XIII, par une déclaration publique, reconnut qu’ils étaient fidèles à sa personne et. bien affectionnés à son service. 11 faut probablement rapporter à cette date la lettre suivante, adressée aux habitants d’Amiens dans le courant du même mois. Dans cette lettre, le roi leur annonce qu’il n’a plus aucun sujet de méfiance contre le duc de Longueville, et que ce seigneur devra désormais être reçu et obéi comme il convient à sa dignité dans les villes et places de son gouvernement de Picardie.

septembre

octobre.

De par le roy.

Chers et bien amez, nostre cousin le duc de Longueville nous ayant faict piaillement informer de l’occasion par laquelle il s’est porté en nostre ville de Péronne au mois d’aoust dernier et de ce qui s’y est passé auparavant et depuis qu il y est entré, nous avons eu beaucoup de contentement de congnoistre son obéissance, fidélité et affection à nostre service, et qu’il n’ayt eu autre intention que de nous rendre celuy qu’il nous doibt; dont nous sommes demeurés tellement satisfaictz, qu’il ne nous peult rester qu’une bonne oppinion de ses déportements, et désirant que tous noz serviteurs et subjetz de l’estendue de son gouvernement le sachent, et que nostre volonté est, suivant nostre édict de paix du mois de may dernier et nonobstant ce qui s’est faict depuis, que nostredit cousin soit désormais receu et admis ès villes et places de sondit gouvernement, et obéy et respecté ès functions qui dépendent d’icelluy, ainsy qu’il appartient, nous vous escrivons ceste lettre pour vous en donner advis et mander qu’en vous y conformant vous rendiez à nostredit cousin l’honneur et la submission que l’aucthorité qu’il a de notre part en notre province de Picardye vous oblige ; à quoy vous ne ferez faulte, car tel est notre plaisir. Donné à Paris le jour d’octobre 1616.

Signé Louis. Et plus bas : Potier, avec paraphe.

Au dos est écrit : A noz chers et bien amez les eschevftis, manantz et habitans de notre ville d’Amyens.

Arch. de l’hôlel de ville d’Amiens, liasse d 12, pièce 43.

LETTRES DE LOUIS XIII AUX BOURGEOIS D’AMIENS, AU SUJET DES TROUBLES CIVILS.

Parmi les princes mécontenls, la plupart, comme nous l’avons dit, avaient traité avec la cour. Le duc de Nevers seul persista dans la rébellion, et à la fin de l’année 1616, il ouvrit les hostilités en Champagne. Louis XIII, par une lettre en date du 16 décembre, enjoignit aux habitants d’Amiens de veiller de nouveau avec grand soin à la garde de leur ville, et, le 20 janvier, il leur envoya une déclaration enregistrée au parlement de Paris, par laquelle le duc de Nevers devait être considéré comme criminel de lèse-majesté, si, dans le délai de quinze jours, il ne se rendait à la cour pour se justifier. Ordre fut

XVIIe SIECLE. s5

donné aux magistrats municipaux d’Amiens de publier cette déclaration et de la faire enregistrer au greffe de la maison commune.

De par le roy.

Chers et bien amez, encores que nous ne vous ayons mandé de cesser la garde que nous vous avons cy-devant ordonné de faire en nostre ville d Amiens, touteffois sur les occurances présentes, nous avons jugé à propos de vous advertir par ceste lettre que notre volonté est que, où elles y auroient esté ordonnées, elles y soient de nouveau recommancées, en exactement faisant comme auparavant et suivant les connnendemens que vous en avez reçuz [de nostrepart]. A quoy nous nous assurons que vous ne manquerez de vous conformer et de veiller de telle sorte à la seureté et conservation de nostredite ville, qu’il ne s y pourra rien entreprendre contre notre aucthorité et service et que vous vous maintiendrez en la fidelle obéissance que vous nous debvez. N y faictes donc faulte, car tel est notre plaisir. Donné à Paris le xvie jour de décembre 1616.

Signé : Louis. Et plus bas : Potier , avec paraphe.

Au doz est écrit : A noz chers et bien amez les premier eschevin et autres eschevins, manantz et habitans de nostre ville d’Amyens.

Arch. de l’hôtel de ville d’Amiens, liasse d 12, pièce 40.

De par le roy.

Chers et bien amez, il y a desjà quelque temps que le duc de Nevers nous donne occasion d’entrer en soupçon et deffiance de ses intentions ; mais depuis peu il les nous a faict cognoistre sy mauvaises par les entreprises qu’il a faictes au préjudice de nostre autborité et contre les loix antiennes de nostre royaume et noz deffences nouvellement publiées, que nous avons esté contrains pour y pourvoir de faire sur ce subject nostre déclaration , laquelle ayant esté ces jours cy publiée et registrée en nostre cour de parlement de Paris, nous avons donné ordre qu’elle le soit aussy en noz autres parlemens, par tous les bailliages et séneschaussées de nostre royaume. Mais , affin que nostre volonté soit de tant mieux sceue et suivye de tous nos subjects, nous avons encores jugé à propos de l’envoyer aux maires, eschevins de noz villes, affin qu’ilz la faeent pareillement publier et registrer de leur part; c’est pourquoy nous vous en adressons une copie avec cestre lettre, par laquelle nous vous mandons et ordonnons de la faire registrer au greffe de votre maison commune et publier en vostre ville d’Amyens, ainsy qu’il est aceouslumé, à ce qu’aulcun n’ignore nostre volonté et ne manque de s’y conformer. A quoy vous aporterez tout le soing

décembre.

janvier.

T. III

juillet.

et la dilligence que vous debvez et que nous attendons de vous; car tel est nostre plaisir. Donné à Paris le xxe jour de janvier 1617.

Signé : Louis. Et plus bas : Potier, avec paraphe.

Au dos est écrit : A noz chers et bien amez les maieur, eschevins et habitans de nostre ville d’Atnyens.

Arch. de l’hôlel de ville d’Amiens , liasse d'iî, pièce 44.

LETTRES DE LOUIS XIII AUX BOURGEOIS D’AMIENS, A L’OCCASION D’UNE ÉPIDÉMIE SURVENUE DANS LES PAYS-BAS.

Une maladie qu’on réputait contagieuse s’étant répandue dans les Pays-Bas, Louis XIII fit interdire l’entrée de la Picardie à toutes personnes venant des lieux infectés. Cependant, comme l’ambassadeur espagnol remontra que la contagion n’avait pas éclaté à Cambray, le roi adressa, le 20 juillet, la lettre suivante à l’échevinage d’Amiens, pour savoir si les faits avancés par l’ambassadeur étaient exacts, et si l’interdiction pouvait être levée sans inconvénient à l’égard de Cambray. Il paraît que la réponse des magistrats municipaux, que nous ne possédons pas, fut affirmative, car, par une lettre datée du 8 août et que nous joignons à celle du 20 juillet, Louis XIII permet aux Amiénois la libre pratique avec la ville de Cambray 1 .

De par le roy.

Chers et bien amez, sur l’advis qui nous a esté cy-devant donné que plusieurs villes du Païs-Bas estoient grandement affligées de la maladie contagieuse, craignans que, par la fréquentacion que les habitans desdites villes peuvent avoir avec nos subjetz pour raison du trafficq qu’ilz ont ensamble, ceste maladie ne vînt à estre apportée en noz villes de Picardie, nous ordonnasmes dès lors aux baillifs et séneschaux de la province de faire, chacun en son res-

1 On voit par un acte de juillet 1619 que la maladie avait , à cette époque, envahi la ville d’Amiens. C’est une sentence du bailli d’Amiens , rendue à la requête de l’échevinage , par laquelle la communauté des curés de la ville est condamnée à fournir un homme d’église qui administrera les sacrements

aux malades atleinls de la peste régnante, et restera sans communication aucune avec les autres habitants. (Arch. de l’hôtel de ville d’Amiens, copie authentique, pièce cotée S 3, n°i, in vent, dt Gresset.)

XVIIe SIECLE.

sort, les deffenses nécessaires pour empescher l’entrée et le traficq en icelles à touttes personnes venant desdits lieux ; et parce que la ville de Cambray a esté comprinse ausdites deffenses, l’ambassadeur des arcliiducz résident prez de nous, prétendant qu'il n’y a aulcune maladye contagieuse en icelle, comme il fait apparoir par la certificacion du magistrat de ladite ville que nous vous envoyons présentement, il nous a faict instance de lever lesdites deffences pour le regard de ladicte ville de Cambray. Sur quoy nous avons jugé à propos d’estre auparavant informez par vous de ce qui en est; vous nous le manderez donc au plus tôt et n’y ferez faulte, car tel est nostre plaisir. Donné à Paris le xxe jour de juillet 1617.

Signé : Louis. Et plus bas : Potier.

Au dos est écrit : A nos chers et bien amez les eschevins et habitans de nostre ville d’Amyens,

Arcb. de l’hôtel de ville d’Amiens, liasse d 12, pièce 45.

De PAR UE ROY.

Chers et bien amez, ayant veu par voz lettres du troisiesme de ce mois, comme la maladye contagieuse est entièrement cessée en la ville de Cambray, et qu’il n’y a maintenant aucun péril de trafficquer avec les habitans d’icelle, ny de laisser entrer leurs marchandises en ce royaume, nostre volunté est que les deffenses que nous avons cy-devant faictes sur ce subject soient levées pour leur regard, et vous en avons voulu advertir par celle-cy, affin que vous leur donniez entrée et libre passage en nostre ville d’Amyens; à quoy vous ne ferez faulte, car tel est nostre plaisir. Donné à Paris le vme jour d’aoust 1617.

Signé : Louis. Et plus bas : Potier.

Au dos est écrit : A nos chers et bien amez les eschevins et habitans de nostre ville d’Amyens.

Arch. de l’hôtel de ville d’Amiens , liasse d 12, pièce 47.

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