VIII PRÉFACE
notre examen, dont le résultat doit donner une idée de ce que fourniront plus tard en informations du même genre les autres villes considérables.
FAITS RELATIFS A l’ HISTOIRE GENERALE DU ROYAUME.
Le premier des grands événements auxquels la bourgeoisie d’Amiens prit part est la bataille de Bouvines. Depuis le xive jusqu’au xvne siècle, on la voit figurer d’une manière active dans toutes les luttes de partis et les guerres civiles qui s’élèvent en France. Au moment où Charles V, régent du royaume , se défend avec peine contre les mécontentements populaires, les Amiénois embrassent la cause opposée à la sienne, s’unissent avec le prévôt des marchands de Paris, Etienne Marcel, et favorisent les prétentions ambitieuses du roi cle Navarre; plusieurs d’entre eux sont déclarés complices des actes de violence commis par les paysans de la Picardie dans la révolte connue sous le nom de Jacquerie \
Sous Charles VI , pendant les jours de folie de ce roi funeste à la France, Amiens entre de nouveau dans le courant des passions et des affaires générales. Les sympathies des habitants, d’abord divisées, se portent sur Jean sans Peur, duc de Bourgogne, avec lequel ils contractent alliance, et qui va lui-même séjourner parmi eux. Des lettres sont fréquemment échangées entre les magistrats municipaux d’Amiens et le duc de Bourgogne, qui leur ordonne d’expulser le bailli et le procureur du roi. En 1 4°7, Ie duc séjourne encore dans Amiens, et ensuite il y envoie son fils Philippe. Plus tard, lorsque Jean sans Peur périt assassiné au pont de Montereau , les Amiénois , après avoir secouru la
* Tome Ier, pages 191, 5S3, 591.
PREFACE
ville de Rouen assiégée par les Anglais, après avoir soutenu euxmêmes un siège contre le roi d’Angleterre Henri V, sont obligés de se soumettre et de prêter serment à ce prince, devenu maître de la France. Sous Louis XI , on voit les habitants d’Amiens prendre part à la Ligue du Bien public . Ils tombent, par suite du traité d’Arras, au pouvoir du duc de Bourgogne , Charles le Téméraire, se révoltent contre lui, sont réunis à la couronne de France, puis replacés sous la domination bourguignonne, et enfin rangés par rachat sous le sceptre de Louis XI, après avoir stipulé les clauses de cette annexion définitive. La commune d’Amiens envoie des députés à Amboise pour le mariage du dauphin Charles VIII; elle est désignée, avec d’autres villes, pour garantir l’exécution du traité de Senlis, conclu sous le règne de ce prince, et elle ratifie l’adhésion donnée par ses députés au mariage de François 1er et de Claude de France \
Quand s’élèvent les guerres de religion et les troubles de la Ligue, la ville d’Amiens, mêlée pour sa part aux grands intérêts qui sont débattus sur toute la surface de la France, reprend, comme dans toutes les crises publiques, un rôle actif et personnel. L’hostilité des catholiques de cette ville contre les protestants se manifeste d’abord par des violences; mais, en 1 563, sur une lettre du prince de Coudé, les choses changent de face, et l’échevinage d’Amiens prend des mesures pour que les partisans de la religion réformée ne soient, en allant au prêche, l’objet d’aucun acte d’hostilité. Au bout de deux ans, cet esprit de modération a cessé d’exister. Durant la seconde guerre civile, les protestants sont chassés de la ville, et, malgré leurs instances, on refuse de les y laisser rentrer. Enfin , au milieu de luttes sans cesse renouvelées et de plus en plus sanglantes, la Ligue se forme et s’organise sur le sol même de la Picardie. L’échevinage d’A-
1 Tome II, pages 60 , 124 » is5 et suiv. , 3ao , 464 , 5o5.
T. III
PREFACE
miens, résistant aux entraînements de la noblesse, qui avait accueilli cette association avec enthousiasme, fait d’abord de grandes difficultés pour s’y adjoindre. Les magistrats municipaux adressent au roi des remontrances au sujet des articles de l’acte d’Union; ils demandent conseil aux Parisiens, et envoient à Henri III des députés pour obtenir d’être dispensés d’entrer dans la Ligue. Puis , quand les ligueurs triomphent , la commune d’Amiens, entraînée à son tour, prête serment à l’Union Catholique, et depuis lors elle se montre extrêmement zélée pour cette cause. Elle écrit aux communes d’Abbeville et, de Saint-Quentin, pour les exciter à suivre son exemple ; après le meurtre du duc et du cardinal de Guise, elle déclare la guerre au roi, se donne une administration de résistance, et institue une chambre du conseil pour les affaires de Picardie. La duchesse de Longueville, dont le mari commandait les troupes royales, est arrêtée et retenue par les ligueurs d’Amiens ; sa détention dure quatre ans. Enfin, après de longues négociations avec les Amiénois en révolte, Henri IV, maître de Paris, est reçu dans la ville d’Amiens, au mois d’août 1 Cette ville, prise par les Espagnols, le n mars 1597, est bientôt reprise par le roi, qui enlève aux habitants une partie notable de leurs privilèges h
Dans le xvne siècle , Amiens prend une part plus ou moins directe aux troubles survenus pendant le règne de Louis XITI. Le maréchal d’ Ancre étant gouverneur de la ville, des démêlés ont lieu entre les habitants et les officiers chargés par lui de la garde de la citadelle, et le roi est forcé d’intervenir. En 1 6 1 5, Louis Xllf défend aux Amiénois de recevoir le prince de Condé , qui , avec le duc de Longueville, le duc de Mayenne, le comte de Saint- Pol et le maréchal de bouillon, s’était mis en révolte contre la couronne. On trouve clans les archives, sous une date posté-
1 Tome II, pages 682 et suiv.
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rieure, des lettres du roi à la municipalité d’Amiens , sur l’arrestation du prince de Condé, sur la garde de la ville, après l’accord fait avec les princes et pendant les troubles excités par Marie de Médicis , sur les traités conclus entre Gaston d’Orléans et l’Espagne en 1 634 ? et entre le comte de Soissons et la même puissance en i64i, etc. \
FAITS RELATIFS A l’hISTOIRE DES ETATS GENERAUX.
lia part prise par les habitants des villes aux Etats généraux du royaume fournit également pour l’histoire du pays des informations intéressantes. Par exemple, dans les documents municipaux de la ville d’Amiens, on peut étudier les besoins politiques des citoyens de cette ville, et suivre leurs vœux et leurs doléances, depuis la première convocation d’Etats généraux jusqu’en 1789. L’histoire du développement successif de la civilisation en France sTécîaire ainsi de tous les renseignements que présentent les archives locales; chaque cité montre, en quelque sorte, une part des aspirations du pays vers le bien commun aux différentes époques de nos annales.
C’est en 1802 que se réunissent pour la première fois les assemblées nationales auxquelles on a donné le nom d’États généraux. La commune d’Amiens ne paraît pas avoir participé à cette réunion ; mais elle envoie des députés aux Etats de i3o3. Plus tard, le roi Jean convoque à Paris une assemblée de prélats, de barons et de bourgeois des bonnes villes du royaume ; des députés des trois ordres du bailliage d Amiens y assistent (1 35 1). Quelques années après, pendant la captivité du même roi, les
1 Tome III , pages 1 5 et suiv.
xu PRÉFACE.
Etats de la langue d’oil sont réunis à Paris pour voter des subsides; les députés d’Amiens continuent de siéger dans cette assemblée, après que le régent, en 1 358, en a ordonné la dissolution. Sous le règne de Charles VI, nous trouvons des députés d’Amiens envoyés aux Etats généraux de 1420 I.
On sait quel rôle important les Etats de i4$4 occupent dans l’histoire des libertés publiques en France. La ville d’Amiens y fut représentée; il existe dans les délibérations de l’échevinage plusieurs procès-verbaux relatifs à la nomination, aux instructions et aux émoluments des députés de la ville, et un curieux compte-rendu des choses les plus remarquables qui se passèrent aux Etats tenus à Tours 2.
Dans le xvie siècle, on voit les habitants d’Amiens, clergé, noblesse et bourgeoisie , figurer par leurs députés aux diverses assemblées d’Etats généraux qui eurent lieu: à Orléans, en i56oy à Blois, en 1 576 et 1 588 , et à Paris, en i5q3, sous le nom à' États de la Ligue. On trouve des délibérations échevinales fournissant des renseignements nombreux sur les circonstances qui ont précédé et suivi la tenue de ces différents états. On trouve en outre, dans les archives d’Amiens, des cahiers de doléances dressés en 1 57 3 par les habitants de la ville pour les états projetés de Compïègne, et cette pièce renferme de très-curieuses indications sur l’esprit des populations à cette époque 3.
Au xvnc siècle, les Amiénois sont représentés dans les Etats généraux de 1 G 1 4 ; ils sont appelés à l’assemblée de i65i, qui, comme on sait, n’eut pas lieu. Enfin viennent les Etats généraux de 1789; et ici les renseignements abondent, correspondances, procès-verbaux d’assemblées préparatoires et d’élections, discours, rapports, cahiers. Si les documents de ce genre
1 Tome Ier, pages 3i5, 336, 552, 585?
586; et tome II, page 88.
2 Tome II, page 417.
3 Tome II, pages 816, 85 r, 1617.
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se trouvaient recueillis avec soin pour toutes les villes de France, ils répandraient certainement sur cette époque si importante de notre histoire les lumières les plus vives et peut-être les plus inattendues x.
HISTOIRE DE LA LIBERTE POLITIQUE ET DE SES FORMES DANS LE REGIME MUNICIPAL.
Les chartes de commune ou de consulat sont, au moyen âge, la source de la vie politique et administrative dans chaque cité régie par des magistrats de son choix. Elles doivent servir de point de départ pour toutes les recherches qui se rapportent à l’organisation et à la police urbaine. En mettant à profit, après ces pièces capitales, les autres documents que la vie intérieure des villes a produits , on peut étudier avec intérêt les circonstances cpii ont déterminé la rédaction du pacte communal ou du statut consulaire, les applications qui ont été faites de cette loi fondamentale, F opposition ou la protection dont la cité libre a été l’objet de la part du roi ou des seigneurs laïques ou ecclésiastiques, et la puissance d’assimilation qu’elle a exercée autour d’elle. On peut suivre enfin, dans les variations du gouvernement des villes par elles-mêmes , les résultats du grand mouvement opéré au xne siècle, et constater ainsi l’influence considérable que ce mouvement de rénovation municipale a eue sur le progrès de notre législation et de notre administration générale.
Pour ce qui concerne Amiens en particulier, nous trouvons dès le xie siècle, les habitants de cette ville associés avec ceux de
1 Tome III , pages 5 et 86.