‹ Recueil des monuments inédits de l'histoire du tiers état (volume 3)Chapitre 1 sur 223 · M DCCC LXX · texte numérisé non relu

M DCCC LXX

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Le volume que nous présentons au public était en voie de préparation, tous les matériaux en étaient rassemblés, lorsque la mort a frappé le maître illustre à qui la science doit la collection des Monuments inédits de l’histoire du tiers état. Par la grandeur de cette perte l’œuvre est restée interrompue; mais, après plusieurs années, elle a enfin été reprise, à la demande du Comité des travaux historiques , et en vertu d’un arrêté de M. Duruy, ministre de f instruction publique, par ceux que M. Thierry appelait ses plus anciens et ses plus fidèles collaborateurs : M. Félix Bourquelot, professeur à f École des chartes, et fauteur de cet avertissement. Atteint d’une maladie grave, qui épuisait ses forces sans abattre son courage» M. Bourquelot a été enlevé par une mort prématurée, et nous sommes resté seul pour mener à bonne fin le Recueil des documents relatifs à fhistoire des communes de la basse Picardie.

Aujourd’hui que fauteur de ces chefs-d’œuvre qu’on appelle la Conquête de l’Angleterre et les Récits des temps mérovingiens est entré dans la postérité, nous manquerions de respect à sa

Tiers état. —

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mémoire, si nous ne rappelions pas ici les résultats qu’a produits, au double point de vue des recherches de l’érudition et des progrès delà science, l’œuvre éminemment nationale à laquelle il a consacré, jusqu’à son dernier jour, sa vaste intelligence et son infatigable dévouement.

Au point de vue des recherches, les travaux préparatoires de la Collection des Monuments inédits ont nécessité le dépouillement complet de tous les dépôts scientifiques de la capitale, archives et bibliothèques, et ce dépouillement a donné l’inventaire analytique ^ de toutes les pièces qui pouvaient, dans ces mêmes dépôts, se rattacher à l’histoire municipale, politique, militaire et industrielle, des villes, bourgs ou villages de l’ancienne France. Tandis que cet immense travail, entrepris en i835 et continué pendant plusieurs années, s’exécutait à Paris, des circulaires adressées aux correspondants institués par M. Guizot, près le ministère de l’instruction publique, provoquaient dans les provinces des recherches analogues. Le Comité des travaux historiques , s’associant avec ardeur aux vues de M. Thierry, entretenait de son côté des relations actives avec ces mêmes correspondants. Une vaste enquête était ouverte à la fois dans toute la France, et, comme le dépouillement des dépôts de Paris, elle mettait en lumière une foule de pièces importantes, oubliées ou inconnues pour la plupart dans les localités mêmes qu elles intéressaient directement. Cette exploration, en éveillant tout à la fois la curiosité des esprits et la sollicitude des administrations locales pour les titres de leur

* Les bulletins sur lesquels a été dressé cet inventaire sc trouvent aujourd’hui au ministère de 1 instruction publique ; ils sont rangés par ordre al[)babétique de lieu, et, pour chaque lieu , parordrecbronologique ,

ce qui permet de constater, par une recherche très-rapide, quels sont les documents relatifs à l’histoire des communes qui existent tà Paris.

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histoire, a fait comprendre aux plus indifférents eux-mêmes quel intérêt s’attachait à la conservation de ces titres, et nous ne craignons pas d’être contredit en constatant qu elle marque le point de départ du travail de réorganisation de nos archives départementales et municipales.

Au point de vue des progrès de la science, la collection des Monuments inédits a contribué dans une large mesure à propager le goût des recherches historiques. En faisant, en effet, pour les classes laborieuses, pour les déshérités de la naissance et du privilège, pour les villes qui ont été le berceau de la démocratie française et le premier asile de la liberté, ce que les corporations religieuses ont fait pour fEglise, ce que les généalogistes et les feudistes ont fait pour la noblesse, M. A. Thierry a ouvert à l’érudition contemporaine des voies inexplorées. Après avoir tracé son programme dans une série de rapporîs qui sont des modèles de critique et d’analyse, il a fixé la' méthode dans les trois premiers volumes du Recueil et convié les amis de l’histoire nationale à s’associer ù. son œuvre. Les savants distingués que nos départements renferment en si grand nombre, les élèves de fEcole des chartes, ces vaillants travailleurs qui conservent parmi nous les grandes traditions des Ducange, des Mabillon, des Martène, des Secousse, des Guérard, ont répondu avec empressement à cet appel. Tous ceux qui, dans la vie sérieuse de la province, étaient fidèles au culte patriotique des souvenirs, regardaient comme un devoir et un honneur de visiter M. Thierry lorsqu’ils venaient dans la capitale. Il les recevait avec une aménité que n’altéraient jamais les plus cruelles souffrances, s’enquérait de leurs travaux, les initiait à sa méthode, leur ouvrait de nouvelles perspectives à travers les ténèbres du passé, et tous, émus et charmés, lui laissaient pour adieu , avec les témoignages

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d’une sympathie profonde, la promesse d’un concours dévoué. Les nombreux et solides travaux publiés depuis i835, sur l’histoire des villes et des provinces, attestent hautement l’influence c[u’)l a exercée par ses livres, ses conseils, cette passion de chercher et de savoir qu’il suscitait autour de lui , et l’exemple de ce dévouement à la science, qui a été la consolation de sa vie et qui restera l’honneur de sa mémoire.

Les documents contenus dans le présent volume se rapportent à l’histoire des communes comprises dans l’arrondissement d’Abbeville et dans quelques enclaves des arrondissements d’Amiens, de Doullens, de Montieuil et de Saint-Pol. Parmi ces communes, les unes faisaient partie du Ponthieu, l’ancien pagiis Pontivus, situé sur la rive droite de la Somme, entre cette rivière, la Canche et l’Authie; les autres faisaient partie du Vimeu, pagus Vinemacensis, situé sur la rive gauche de la Somme, entre cette rivière et la Bresle. A l’origine de la troisième race, ces deux circonscriptions territoriales relevaient du domaine capétien, et, dès les premières années du xiP siècle, le mouvement d’alfranchissement s’y développa avec une grande énergie. Durant une période de 2 58 ans, c’est-à-dire de 1126 à i384, trente-six communes y ont été établies, les unes dans des localités qui avaient leur importance au point de vue commercial, militaire ou maritime, telles qu’ Abbeville, Saint-Valéry, le Croloy, Rue, Doullens, les autres dans de simples villages, et même dans de très-petits villages, tels que Bolsmont, Port, Ergnies, le Translay; sur aucun autre point de la France on n’en rencontre un aussi grand nombre groupées dans un espace relativement plus restreint, et nulle part,

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dans l’ancienne France, la liberté naissante n’a pénétré plus profondément dans les campagnes.

Abbeville, ancienne capitale du comté de Ponthieu, tient le premier rang. Cette ville, moins importante au moyen âge que celle d’Amiens, sous le rapport de la population et de l’industrie, ne lui cédait en rien au point de vue de l’organisation municipale. Elle ne comptait pas moins de soixantequatre corporations industrielles, placées sous la surveillance d’officiers électifs, qui participaient, sous le nom de maïeurs de bannières, à tous les actes de la vie politique. Ses magistrats étaient investis de la liante, moyenne et basse justice, et, malgré les empiétements de la centralisation, ils conservèrent jusqu’aux premières années du xviF siècle le droit de prononcer des condamnations à la peine capitale. Chefs militaires de la cité, ils ont pris, avec leurs milices, une part active et glorieuse aux nombreux faits de guerre dont le Ponthieu fut le théâtre au moyen âge, et, à la veille même de la révolution, les rois, en reconnaissance de leurs anciens services, les avaient confirmés dans le privilège de partager avec le gouverneur l’administration militaire de la cité, et de commander les troupes royales en son absence.

Profondément dévoués à la royauté, qui était pour eux 1 incarnation vivante de la patrie, les bourgeois d’Abbeville 1 ont vaillamment soutenue dans ses luttes contre la féodalité ou l’étranger, et ce n’est pas l’un des côtés les moins curieux de leurs annales que de voir, par leur exemple, comment des villes, abandonnées pour ainsi dire à elles-mêmes au milieu de 1 immense morcellement du moyen âge, ont contribué à la fondation de l’unité française, et combien était libre et fortement organisé, dans la monarchie asbolue des Capétiens, le gouvernement des communes par les citoyens eux-mêmes.

VI AVERTISSEMENT

Les documents relatifs aux diverses localités du Ponthieu et du Vimeu sont loin d’être aussi nombreux que ceux qui concernent Abbeville, car ces localités, moins fortes comme places de guerre, ont été vingt fois assiégées, prises, reprises, brûlées et dépeuplées , et leurs archives ont disparu au milieu de continuels ravages; mais, si grande qu’ait été l’œuvre de destruction, nous sommes parvenu à réunir, à l’exception de (juatre communes, les actes constitutifs de leur affranchissement, en ajoutant à ces actes quelques pièces intéressantes. On peut ainsi embrasser, dans ses origines et son ensemble, l’organisation municipale de l’une des circonscriptions de l’ancienne France où cette organisation avait jeté les plus profondes racines, et constater les modifications qu’elle subissait souvent à la distance de quelques lieues. En efl’et, à côté d’un certain nombre de communes qui se constituent, dans le Ponthieu, d’après le type de la charte d’Abbeville, d’autres, dans le Vimeu, se constituent d’après le type de la charte de Saint-Ouentin. Il en est qui reproduisent textuellement les principales dispositions de ces chartes, d’autres qui n’en conservent qu’un très-petit nombre; d’autres encore, celle de Rue, par exemple, restent étrangères au mouvement d’imitation qui se propage autour d’elles, et présentent un caractère essentiellement individuel et local. De simples villages jouissent des mêmes franchises, des mêmes droits de justice qu’ Amiens et Abbeville, tandis que les villages voisins n’obtiennent de leurs seigneurs que des droits d’usage, la cession de quelques biens ruraux ou l’adoucissement de quelques redevances féodales; en un mot les chartes d’affranchissement sont aussi variées que les coutumes, et la condition des personnes offre, dans les communes, les mêmes dissemblances que dans les fiefs.

Nous avons la ferme confiance que l’étude de nos textes

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vu

fournira d’utiles renseignements et des indications nouvelles sur les institutions politiques, militaires et administratives, le droit pénal, l’industrie, les rapports de la royauté avec la bourgeoisie, de la seigneurie avec les hommes de fief, en un mot sur les divers problèmes dont la solution intéresse tout à la fois fhistoire particulière des provinces et l’histoire générale de la France.

Nous avons suivi, pour ce quatrième volume, la même méthode que pour les volumes d’Amiens. Chaque pièce est précédée d’une analyse explicative qui la résume, ou qui appelle fattention du lecteur sur certains détails plus particulièrement intéressants. Quant aux testes eux-mêmes, nous nous sommes efforcé de les reproduire avec la plus rigoureuse exactitude, sans pouvoir cependant garantir la correction de toutes les pièces, car nous avons dû, à défaut des originaux aujourd’hui perdus, nous servir de quelques copies modernes, souvent très-incomplètes et très-fautives.

Parmi les documents qui ont pris place dans ce volume, il en est un certain .nombre qui ont été transmis des départements de la Somme et du Pas-de-Calais, et nous manquerions aux plus simples convenances en ne consignant point ici les noms des personnes qui ont contribué, par leur obligeance et d’utiles communications, à rendre ce Recueil aussi complet que possible. Donnons donc un souvenir reconnaissant à ceux qui ne sont plus, à MM. de Marsy, Capet, maire de Crécy, le docteur Loisel, fabbé Desraines, et qu’il soit permis à notre piété filiale d’ajouter à ces noms celui de l’auteur de Y Histoire d’Abbeville, que M. Aug. Thierry honorait d’une bienveillance

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particulière, et à qui sont dues les copies, faites sur les originaux eux mêmes, d’un grand nombre de pièces ici reproduites; donnons un remercîment à MM. Dusevel, membre non résidant du comité des travaux historiques; Charles Henneguier, de Montreuil, Burée, de Gamaches, Godin, archiviste du Pasde-Calais; Bocca, archiviste de la Somme; Louis de Belleval, Ernest Prarond, président de la société d’émulation d’Abbeville; Marcotte, bibliothécaire de la même ville, et Drincourt, secrétaire-archiviste de la mairie.

Nous avons trouvé, au ministère de l’instruction publique, auprès de MM. Bellaguet et Servaux, le concours le plus empressé; nous les prions d’accepter tous nos remercîments.

Nous avons trouvé également la plus grande obligeance auprès de l’un des maîtres de l’érudition moderne, M. Léopold Delisie, membre de l’Institut, chargé par le Comité des travaux historiques de suivre, comme commissaire, la publication de ce volume. M. Delisie a soumis les épreuves à un examen attentif et sévère; il nous a signalé d’importantes rectifications; il a rétabli dans sa forme primitive plus d’un passage profondément altéré, fixé le sens de certains mots ou de certaines phrases (furie interprétation douteuse, et porté dans fœuvre de révision cette vaste science et cette critique rigoureuse et toujours sûre (felle-même qui ont mis ses travaux en si haute estime. Qu’il reçoive ici l’expression sincère de notre reconnaissance.

Charles LOÜANDRE.

MONUMENTS INEDITS

DE

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