‹ Recueil des monuments inédits de l'histoire du tiers état (volume 3)Chapitre 118 sur 223 · DANS LA BANLIEUE · texte numérisé non relu

DANS LA BANLIEUE

Cette ortîoniianco prouve, contrairement à une opinion généralement accréditée, cpte le droit de chasse n’était point le privilège exclusif des nobles; que les bourgeois de certaines villes en jouissaient aus.si dans le ressort de leur commune, et qu’ils pouvaient même, dans ce ressort, chasser sur les terres des nobles. C’est en elïet ce qui avait lieu à Abbeville. Les magistrats municipaux, étant'seigneurs hauts justiciers dans le ressort de la banlieue, étaient investis, comme tels, des prérogatives attachées à la seigneurie, et les habitants, en raison de cette même seigneurie, se trouvaient associés à ces prérogatives. Ils pouvaient donc chasser sur toutes les terres de leur banlieue, au même titre que les nobles sur les terres de leurs fiefs. Alais l’exercice de ce droit donnait lieu à de graves abus, et, le 5 juin 1719, le maire et les échevins défendirent, à quelque personne que ce fùl, de chasser dans les récoltes, à peine de 100 livres d’amende et de dommages el, intérêts ’ .

‘ Nous n’avons renconlré aucun document qui indique que les bourgeois d’Abljeville aient été troublés dans l’exercice du droit de chasse sur les terres de leur banlieue antérieurement au xviir siècle. Mais, en 1734, M. de Chauvelin, intendant de Picardie, prit un arrêté quileur interdisait de chasser sans sa permission.

même après l’enlèvement des récoltes. Ils répondirent à cet arrêté par un mémoire dans lequel ils exposèrent que la jalousie des seigneurs voisins ne cherchait c[u’à porter atteinte à une prérogative qu’ils tenaient des rois de France, et qui était inhérente à la haute justice seigneuriale et patrimoniale de la commune. L’arreté

De par Messieurs les mayeur et échevins de la ville d’Abbeville;

Sur ce qui nous a esté remontré, par le procureur fiscal de la ville, qu’encore bien que les blés croissants sur les terres ensemencées soient en tuyaux , ])lusieurs des habitants ne laissent d’y chasser journellement, malgré la prohibilion des ordonnances royaux et de nos règlements ci devant rendus, ce qui cause un préjudice considérable aux propriétaires et laboureurs des faux bourgs et de la banlieue de cette ville par la perte et dissipation de leurs grains, ils nous auraient requis d’y pourvoir; sur quoy, veu les dites ordonnances et règlements, ayant égard à la remontrance du procureur fiscal, nous avons ordonné et ordonnons que les dits règlements et ordonnances seront exécutés; et en conséquence avons renouvelé et renouvelons les deffenses cy devant faites à tous habitants de cette ville, faubourgs et banlieue, et autres de quelques qualités et condition (ju’ils soient, de chasser en aucune manière dans l’étendue des dits faubourgs, banlieue et dépendances de cette ville sur les terres ensemencées de grains depuis qu’ils sont en tuyaux jusqu’après la dépouille, à peine de cent livres d’amende contre chacun des contrevenants, dont le tiers appartiendra au dénonciateur, et de restitution solidaire des dommages et intérêts envers les propriétaires ou fermiers des terres chargées en grains; desquelles amendes et restitution les père et mère seront civilement responsables pour leurs enfants. Pour cet effet enjoignons aux capitaines, lieutenants et sergents des dits faubourgs, ensemble aux sergents à masse et de la vingtaine de cette ville, de tenir la main à l’exécution du présent règlement, qui sera lu, publié et affiché aux lieux publics ordinaires et accoutumés, afin que personne n’en ignore, et exécuté nonobstant opposition ou appellations quelconques, attendu qu’il s’agit de police. Fait et arrêté en la chambre du conseil de l’hôtel commun de la dite ville d’Abbeville, le 5 juin 1719.

Signé Duchesne, mayeur.

de l’intendant fut rapporté. En 1784, M. de Mailly, gouverneur d’Abbeville, voulut réserver à la noblesse la moitié de la banlieue. Les habitants protestèrent do nouveau avec beaucoup de vivacité, et ils furent maintenus en jouissance jusqu’en 1789. (Archives d’Abbeville, liasse cotée DroU Je chasse.) — Les terres sur lesquelles les bourgeois d’Abbeville chassaient, au XVI u' siècle, étaient comprises dans les mêmes limites que la banlieue du xiii' siècle. Ces li¬

mites s’étendaient à quatre ou cinq kilomètres des remparts, ce qui donnait aux bourgeois un terrain de chasse fort étendu. Les fossés de la place, en grande partie remplis d’eau, fournissaient aussi de nombreux oiseaux aquatiques; et, de plus, la chasse appartenait aux habitants sur les fermes du Val et de Saint-Nicolas, propriété des hospices, bien que ces fermes fussent situées hors de la banlieue.

XVIIP SIÈCLE.

COMPTE DE LA DÉPENSE FAITE POUR LE REMPLACEMENT DES MILICIENS APPARTENANT A LA CORPORATION DES MARCHANDS MERCIERS ET ÉPICIERS.

La pièce suivante, rédigée le 2 4 octobre 1768, constate des lails qu’il est intéressant de noter pour l’histoire du recrutement au xviii® siècle, le mode de remplacement auquel avaient recours, dans le service de la milice’, les corps de métiers, et le prix des hommes. Les fils de marchands, apprentis ou garçons de boutique, étaient lihé- • rés au moyen d’une cotisation perçue sur tous les jeunes gens de la même corporation, et dont la répartition était faite par les maieurs de bannière.

Compte de la dépense faite par les maieurs de bannières et gardes en charge de la communauté des marchands merciers et épiciers de la ville d’ Abbeville, autorisés par acte du 2 4 septembre dernier pour l’achat de quatre milices fournis pour les fils de marchands, leurs aprenlifs et garçons de boutique, sujets au sort, en conformité des ordonnances de l’intendant, en date du 10 et 3o du même mois de septembre, et de celle de Messieurs les maieur et écbevins de

cette dite ville, qui a fixé la levée d’un sort.

’ La milice, clistincle de l'arrnée active, correspondait assez exactement à notre garde nationale mobile. Elle fut instituée en 1688 par une ordonnance de Louis XIV, qui rappelait en certains points les ordonnances du moyen âge relatives aux francs arcliers. En vertu de celte ordonnance, toutes les paroisses, sauf les plus petites et les plus pauvres, étaient tenues de mettre à la disposition du roi un homme non marié qu’elles désignaient elles-iriêmes par la voie du suffrage universel. En 1691, le tirage au sort remplaça le choix par les paroisses. Les miliciens rentraient en temps de paix dans leurs Tiers état. — iv.

milice sur neuf jeunes gens sujets au

foyers , où ils étaient exercés au maniement des armes; en temps de guerre, on les réunissait par bataillons, et chaque bataillon était mis à la suite d’un régiment de ligne. En 1709, Louis XtV, à bout de ressources, octroya aux villes et aux paroisses l’exemption du tirage au sort moyennant finances; et l’armée active continua, comme par le passé, à se recruter exclusivement par voie d’engagement volontaire. La milice fût rétablie sous Louis XV et soumise de nouveau au tirage, comme en 1691. Le ijombre des miliciens n’a jamais dépassé 76,000.

24 octobre.

Savoir ;

Pour rengagement de Jean François Ignace Dezen-

clos . . ; . . . 4oo’

Au dit Dezenclos pour boire . i‘ 4M 407' 4

Au sergent-major du régiment de Dilion pour avoir

remis son congé. . . . . . 6'

Pour l’engagement de Pierre Fafet . . 65o'

Pour l’engagement d’Alexis Firmin . 4oo‘ 1

Au dit Firmin pour boire. . . 6' / ^ j

Au dit Firmin, un chapeau avec une ganse et bou- i ^

ton d’or . . . . . 6‘ ] ’ >

Pour l’engagement de Joseph Le Sot . 4oo* j

Au dit Le Sot pour boire 6‘ et 3‘ aux deux sergents > 409*

de la semaine . 9' ^

A Monsieur Meurice pour quaii’e cocardes, suivant son reçu. . 4' 16

Au sieur Grise!, trompette, pour avoir procuré les milices, suivant son reçu. . . . 24* 18

A Monsieur Devaux, chirurgien, pour son certificat de visite

fie Firmin, milice . lô

A M'' Trauilé pour le S'' Dominique Dequevauvillers, compris dans une brigade qu’il a formée à la charge de la communauté

comme fils de marchand . . . 4i' 6

Aux quatre milices pour boire le jour de leurs signalements . . 12*

Ih-nir l’extrait baptistaire de Dezenclos, milice . -. 11

l'our l’achat d’une toise . . . . . 18

Aux (fuatre milices, pour boire, la surveille du départ et autres

jours. . . 7' 16

Au sieur Demie], sergent de la ville, pour la nourriture des

quatre milices sur la route . . . . . . . 12’

Au sieur Sanson , charcuiûer, pour la nourriture de Desenclos,

à dix sous par jour. . . . . . . . . i oM o

Au milice de la brigade du sieur Dequevauvillers, pour sa

nourriture . . . . . . ï*

Pour l’impression de 200 exemplaires du présent compte. . . . 10*

Total . 2,oo4’ i5

xvnp SIÈCLE.

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