ACTES RELATIFS AUX LIMITES DE LA BANLIEUE D’ABBEVILLE
Etienne de Kierrieu, seigneur du village de Mareuil, reconnaît par le premier des deux actes qu’on va lire que la banlieue d’Abbeville s’étend jusqu’à certaines bonnes, objet d’une contestation avec la commune. Cet acte montre, ainsi que le jugement dont nous le faisons suivre, que les limites de la banlieue d’Abbeville étaient sur plusieurs points, au xiiU siècle, les mêmes qu’elles sont aujourd’hui.
Je Esteules de Kierrieu, chevaliers, sires de Mafeul, fais savoir et connute chose à tous chiax [qui cheste présente .lettre verront ou orront] que, comme débas et controverses fussent mut entre le maieur et les eskevins et le communité de
Octobre.
Tiers état. — iv.
ABBEVILLE
I Janvier.
le ville d’Abbevile et moi, seur chou que lidis maires et eskevin, pour 048 et pour le dite communité, disoient et affermoient que leur banlieue de leur dite ville d’Abbeville s’estendoit dusques à un bousne qui est el kemin d’Espaignette desous l’espine Harnoise, li quex bousne est assis en le terre Bernart Hekesel et en un autre lieu à le trenkie des Nues-Molins, qui est au bout par deseure Espaignete du pré Lambert Dausay qui fu , et el tierch lieu as plankes de Maruel , au
fossé Raoul de Faveges . . et ainsi de méte en méte et de lieu en lieu , duskes à
le trenkie des quarrières du Mont de Cauberch, que on apèle le Creu de Porte,
qui sieent ès mes Fiés . et je Esleules desisse et afermasse le contraire . à le
parefin . je reconnois que lidis bousnes qui siet el kemin d’Espaignete, si
comme il est dit, woel, grée et ottrie et que ladite banlieue au maieur, as eskevins et à ledite communité s’estent dusques à ches bousnes devant dites et as autres liex devant nommés. Faites pardevant monseigneur Thomas de Sanwick
chevalier, adonques sénescal et garde de la terre de Pontieu . et seelées .
en l’an de grâce m cc iiii^iii, el mois d’octembre.
Arch. d’Abbeville, Livre rouge , fol. xvri i’°.
Il avilit que, puis le pais faite entre nous et Mikiel de Mautort^, que un arbre kai par forche de vent a Mau tort, par dedans les bournes de no banllieue. Mikiel le vaut avoir et le demandoit en disant que ch’estoit se raisons et ses drois, et qué il et si anchiseur en avoient tondis usé. Il nous en sievi et en plaida par devant nous en plain eskevinage et s’en mist en droit. Nous li rendismes et par jugement que il n’avoit rien en chel arbre par le teneur de la lettre que nous avions de lui de le pais. Ghe fut rendu en e mairie Renier Boisset, en l’an de grâce mil cc 1111“ et onze, le merkedi devant Candelier.
Archives d’Abbeville, Livre rouge, fol. 20, § 2 r°.
LETTRES D’IMMUNITÉ ACCORDÉES AUX OFFICIERS MUNICIPAUX ET AUX HABITANTS D’ABBEVILLE PAR ÉDOUARD r ET SA FEMME ÉLÉONORE, COMTESSE DE PONTHIEU.
Dans la dixième année de son règne, c’est-à-dire en 1284, Edouard F'’ déclara que le maire, les éclievins et les bourgeois d’Abbeville, ainsi que les sergents de la municipalité, ne pourraient pas être inquiétés par le sénéchal, les baillis ou les autres officiers
' Maiilorl est situé à l’extrémité de la banlieue, au nord-ouest.
XIP ET XII? SIÈCLE. 51
royaux, clans le cas où il leur serait arrivé de tuer ou de blesser des malfaiteurs ou bannis, qui, poursuivis pour un crime notoire, auraient cherché à fuir ou refusé de se laisser justicier selon la loi de la commune. Par une lettre du 20 mai de la même année, la reine Eléonore, comtesse de Ponthieu, sanctionna cette concession d’immunité; nous donnons le texte de la pièce en latin et en langue vulgaire.
Alianora, Dei gratia regina Anglie, domina Hybernie et ducissa Aquitaine, omnibus ad quos littere présentes pervenerint , salutem in Domino sempiternam. Cum dominus nosler rex Anglie illustrissimus concesserit majori, scabinis et burgensibus suis et nostris de Abbatisvilla, quod, si contingat ipsos vel servientes aut ministres eorum in persequendo aliquem pubîicum malefactorem exulem vel bannitum, super aliquo delicto convictum, fugientem, et se secundum legem et consuetudinem partium illarum justiciari non permittentem, interficere, vel ipsum malefactorem membre aliquo se ipsos defendendo mutilare, iidem major, scabini, burgenses aut eorum servientes vel ministri, occasione ilia per ipsum, vel senescallum suuni aut ballivos seu ministres sues quoscuntjue, de cetero in alicjuonon arguentur, molestentur vel occasionentur, nos, concessionem hujusmodi ratam habentes pariter et acceptam, ipsam, quantum in nobis est, volumus in forma predicta firmitatem perpetuam obtinere. In cujus rei testimonium, bas litteras fieri fecimus patentes. Datum apud Wigorniam, xx” die anno regni dicti domini nostri regis decinio.
Archives d’ Abbeville , série BB.
Alyanor, par le grâce de Dieu roine d’Engleterre , dame de Yrlande, ducesse d’Aquitaine, à tous chiaus as quex ches présentes lettres verront, salut en Nostre Seigneur. Comme nostre sires li nobles rois d’Engleterre ait ottrié au maieur, as eskevins et à ses bourgois et les nostres de Abbevile, que, se il avenoit aus, leur sergant ou leur ministres, tuer aucun appert maufaiteeur fuiant en li cachant, convencu d’aucun meffait, exillié ou bani, et il ne soulTroit lui estre justichié selonc le loy et le coustume de chelles parties, ou il avenoit aus esmougnouner chu meffaiteeur d’aucun membre en aus deflfendant, chil meesme maires et eskevin, bourgois ou leur serjant ou menistre ne soient agrevé, molesté ni occoisonné par chele occoison, par lui, par sen senescal, bailliex ou menistres d’ore en avant en aucune cose. Nous cheste otrianche aiant ferme et estaule ensement le volons, tant comme en nous est , tenir perpétuelle fermeté en le fourme devantdite. El tesmoingnage de la quele cose, nous avons fait faire ches pré*
2 0 niai.
20 mai.
J 5 Novembre.
sentes lettres. Donné à Wigern, le vintisme jour de may, le disiine anée du régné nostre segneur Edewart, roy d’Engleterre.
Archives d’Abbeville , Livre hlanc , fol. xix v° ’ .