ACTES RELATIFS AU RENOUVELLEMENT DE L’ÉCHEVINAGE D’ABBEVILLE
La constitution municipale d’Abbeville subit, pendant la domination bourguignonne, de fréquentes atteintes. En i468, Charles le Téméraire avait décidé que la loi ne serait pas renouvelée et que l’échevinage existant continuerait à fonctionner L Deux ans plus tard, le 22 août 1470, il écrivit aux Abbevillois pour les prier et au besoin leur
' Archives d’Abb. liasse intit. Création de la loi, de i46o à 1667. — Reg. aux délibérations de i46o à 1498.
ordonner de choisir pour maire Jean Carue, qui était alors au nombre des échevins ; Carue fut en effet nommé. En 1 47 2 , une nouvelle missive du duc fut présentée à l’échevinage par des officiers bourguignons, au moment même où l’on allait procéder au renouvellement de la loi. Charles le Téméraire exprimait formellement la volonté que Jean de Maupin fût investi des fonctions de maire; les magistrats muni-. s cipaux présentèrent quelques réclamations, mais ils finirent par céder, comme ils avaient fait en 1470. Peu de temps après la nomination du sieur de Maupin, l’affaiblissement de ses facultés intellectuelles rendit son remplacement nécessaire; ce furent les officiers du duc de Bourgogne qui lui retirèrent ses pouvoirs et lui donnèrent pour successeur Hugues Malicorne, sans qu’on voie intervenir l’échevinage.
En 1475, le 24 août, lorsque les élections venaient d’être terminées, Guillaume de Biencourt se présenta dans la salle de feebevinage et remit aux magistrats municipaux nouvellement élus une lettre dans laquelle le duc de Bourgogne le désignait expressément pour le titre de maire. Les membres du corps municipal objectèrent que, les élections étant achevées, il n’y avait point lieu de faire droit à la demande du duc, qui serait averti de leur décision. Les choses furent maintenues en effet, et Pierre Levasseur, qui avait été nommé, continua à exercer les fonctions de maire. L’année suivante, en 1476, Guillaume de Biencourt se présenta de nouveau à féchevinage, pendant la nuit de la Saint-Barthélemy, au moment où l’on s’occupait des préparatifs du renouvellement de la loi, et remit une nouvelle missive du duc, qui enjoignait aux Abbevillois de le choisir pour maire à l’exclusion de tous les autres. Mais cette injonction eut le même sort que la précédente; les électeurs conservèrent leur liberté d’action, et Jean de Maupin, neveu de celui qui avait occupé la mairie en 1472, fut nommé maire.
Aujourd’hui xxiiif jour d’aoust Saint Betremy (mil) 1111“ lxxii, les eschevinset maieurs de bannières assemblez au grant eschevinage pour renouveller la loy pour l’année à venir en la manière acoustumée, vinrent au dit eschevinage monseigneur d’Eaucourt, lieutenant général de monseigneur le séneschal, et les
24 Août,
ABBEVILLE
i3 Novemhri».
iL-jû.
a4 Août.
esleus, advocat, procureur, receveur et autres officiers de nostre très redoubté seigneur monseigneur le duc de Bourgogne en Ponthieu, en nous déclarant par mon dit seigneur d’Eaucourt et autres dessus dits que ilz avoient reçeu lettres de mon dit seigneur le duc, par lesquelles il leur faisoit savoir que son plaisir estoit que Jehan Moppin fust nommé et esleu maieur d’icelle ville pour ceste présente année, ainsy que en icelles lettres est adplain contenu, desquelles la teneur s’ensuit :
« De par le duc de Bourgogne, de Brabant, de Lembourg, de Luxembourg, conte de Flandre, d’Artois, de Bourgogne, de Haynaut, de Hollande, de Zellande et de Namur. — Très chiers et bien amez, pour ce que nous sommes advertis que lundi prochain xxiiii® jour de ce présent mois, se doit renouveler la loy de nostre ville d’Abbeville, nous voulons et vous mandons très expressément et à certes que au dit jour vous vous transportez au lieu où les dits de la loy ont acoutusmez de eulx assembler pour ceste cause, et illecq leur déclarez que nostre plaisir est que Jehan Mauppin soit maieur de nostre dite ville d’Abbeville pour l’année à venir et non autre, et de ceste matière faites et besongnez avec les dits de la loy en la manière acoustumée, tellement que nostre plaisir et intention sorte son effect, et ce ne faites faulte. Très chiers et bien amez, le Saint Esprit vous ait en sa sainte garde. — Escript en nostre champ lez Arles, le xxii® jour fl’aoiist, l’an lxxii. »
Signé ; Charles.
Archives cl’Abbevilie, liegistre de la création de la loi, de i46o à i488.
Le xiii® jour de novembre (1472) , par l’ordonnance de monseigneur le duc de Bourgogne , Jehan Moppin , procureur, qui avoit esté ordonné maieur de ceste ville et pour ceste année, en obéissant aux lettres sur ce rescriptes par mondit seigneur le duc, pour son impotence et qu’il estoit insensé, par monseigneur le
bastard de Bourgogne, monseigneur de . . monsieur de Cohen, monsieur
de . et autres seigneurs et cappitaines estans en garnison de par monsei¬
gneur le duc en icelle ville, a esté déporté et demis du dit office de maieur, et en son lieu ont les dits seigneurs ordonné à sire Hugues Malicorne à exercer le dit office de maieur jusques au jour Saint Betremy prochain.
Archives d’Abbeville , Création de la loi, de 1 46o à 1 488.
Le jour saint Betremy de cest an mil iiii® lxxv, tantost après que la créacion du maieur, des quatre eschevins, des viii eschevins et des deux argentiers a esté laicte , Guillaume de BiencourL s’aprocha en le sale du grant eschevinage , là où
estoient présens le dit maieur, iceulx eschevins et argentiers et autres ofïlciers de la dite ville, et présenta certaines lettres closes avec unes lettres patentes de monseigneur le duc de Bourgogne, par lesquelles il mandoit et ordonnoit icellui Guillaume estre institué pour ceste présente année maieur de la dite ville , auquel Guillaume fu fait sçavoir et respondu comment desja la dite créacion estoit faicte, à laquelle ne seroit quant à présent touchié plus avant , mais que de ce mondit seigneur le duc seroit adverty.
Le nuit saint Betremy de l’an mil un' lxxvi, messeigneurs maieur et eschevins , et maieurs de banières, assemblez au grant eschevinaige pour tauxer, faire les maistres d’ostelz et besongnier, ainsy que l’en a acousturné faire chacun an pour le renovacion qui se devoit faire lendemain de la loy de la dite ville, s’aprocha et vint devers eux au dit eschevinaige Guillaume de Biencourt, à tout unes lettres patentes et unes closes par lui obtenues de mon très-redoubté seigneur monseigneur le duc, par lesquelles il mandoit et ordonnoit estre institué le dit Guillaume de Biencourt, le dit jour de Saint Betremy, maieur de la dite ville pour l’année à venir, ainsi que esdites lettres patentes, dont lecture fu faicte, et en icelles lettres closes est adplain contenue, et desquelles lettres closes, la teneur s’ensuit ;
« De par le duc de Bourgogne, de Brabant, de Lembourg, de Luxembourg et de Gueldres, conte de Flandre, d’Arthois, de Hainau, de Hollande, de Zellande, etc. Très chiers et bien amez, pour ce que, dès l’année passée, pour le bien , utilité et prouffit de nous et de la chose publique de nostre ville d’Abbeville et autres certaines causes et considéracions à ce nous mouvans, lesquelles n’avons voulu exprimer ne faire rescripre, nosire plaisir fust que nostre amé et féal escuier eschanson , Guillaume de Biencourt, fust par vous esleu et créé maieur de nostre dite ville pour l’année commenchant au jour Saint Betremy lxxv derrain passé , et sur ce eussions fait expédier au dit Guillaume noz lettres patentes de commission en tel cas pertinens, toutes voies vous n’y avez volu aucunement obéir, mais avez usé de certaines estranges et non acoutumez privilèges en l’esleccion du dit maieur, en alant directement contre nostre voulenté et plaisir, dont nous avons esté et sommes bien avertiz à la vérité, nous, qui désirons le dit Guillaume de Biencourt, pour les mesmes causes, estre maieur de nostre dite ville pour l’année à venir, avons derechief à icellui fait expédier sur ce autres noz lettres patentes de commission, du contenu desquelles vous apperrera; et vous mandons, commandons et enjoignons très expressément, et sur tant que doubtez encourir nostre indignacion, que, audit jour Saint Betremy prochain, vous, sans quelque delay, refus ou difficulté, ne sur ce vous ne envoiez devers nous, eslisiez
24 Août.
ABBEVILLE
Janvier.
et créez maieur de nostre dite viiie d’Abbeville, jjour l’année prochaine venant commenchant à icellui jour Saint Betremy, le dit Guillaume de Biencourt, et non autre, non obstant quelconques mandements ou lettres par vous ou autres impétrées ou à impétrer de nous, lesquelles ne voulons quant ad ce sortir aucun effect, ne valoir contre la teneur de cestes et de nos dites lettres patentes. Très clîiers et bien amez, noslre seigneur soit garde de vous. Escript à la Voms (?) le second jour d’aoust l’an lxxvi. » Signé Charles. Et au dos : à noz très chiers, bien amez, les maieurs, escbevins et autres commis et esleux au renouvellement du maieur et autres de la loy de nostre ville d’Abbeville pour l’an à venir.
Archives d’ Abbeville, Création de la loi, de i46o à i488.
DÉLIBÉRATION DE L’ÉCHEVINAGE RELATIVE À LA GARDE DES CLEFS D’ABBEVILLE PAR LES MAIEURS DE BANNIÈRES.
Charles le Téméraire étant mort à la bataille de Nancy, le 5 janvier 14 77, Louis XI fit sommer les Abbevillois de reconnaître son autorité, et leur envoya M. de Torcy, grand maître des arbalétriers, qui reçut, le 17 du même mois, les serments des magistrats municipaux et jura sur l’ordre de chevalerie et son honneur dê maintenir les privilèges, droits et franchises, libertés et usages de la ville b Torcy garda pendant quelque temps les clefs des portes entre ses mains, et, lorsqu’il les remit au maire, celui-ci à son tour les rendit aux échevins et aux maïeurs de bannières , qui , depuis l’entrée des Bourguignons à Abbeville, avaient cessé d’en avoir la garde. C’est à ce dernier fait que se rapporte la délibération échevinale cp.ii va suivre.
Le lendemain [fu conclud] . que les clefs des portes, que avoit rendues
le dit sieur de Torssy au dit maieur, se rebailleront aux escbevins et maieurs
' Le procès-verbal de la réception et delà de Louis XI portant confirmation des privilèges pi'estation de serment, avec les pouvoirs donnés d’Abbeville, en février 1476-1477. (Archives par Louis XI à M. de Torcy, se trouve aux Ar- d’Abbeville, rec. A), chives d’Abbeville, recueil A. — Voy. des lettres
des bannières, comme paravant l’entrée qui fu faite en icelle ville par les gens de guerre du parti du dit feu monseigneur le duc.
Bibl. imp. Dom Grenier, vol. 91 (xiv'paq. n° 3), fol. 176.