AU SUJET D'UN DROIT DE PATURAGE
Les droits de pâturage dans les terrains vagues et les marais qui entouraient la ville étaient, comme on l’a déjà vu, l'objet de fréquentes contestations entre la commune et les propriétaires voisins. L’acte suivant contient une transaction sur un débat de ce genre qui, vers l’année i3ia, s'était élevé entre le seigneur de Caigny et la commune, et avait été déféré au bailli d’Amiens. Avant la décision de ce magistrat, il fut convenu entre les parties que dorénavant les habitants d’Amiens et ceux de Caigny auraient la faculté de faire paître leurs vaches et leurs chevaux dans la partie du marais de Longueau qui donnait lieu à la contestation, et que le seigneur de Caigny pourrait en faire chasser tous les bestiaux appartenant à d’autres. Toutes choses d’ailleurs restant provisoirement dans le même état, les parties conserveraient leurs anciens titres, et pourraient les foire valoir devant le bailli, qui prononcerait dh cas de nouveau trouble ou de nouvelle contestation.
Je Ferris, chevaliers, sires de Caigny, fais savoir i tous chiaux li ches pré- , j„. sentes lettres verront ou orront comme délias ftist mus pardevant, honneraule homme et discret le baillieu d'Amiens entre mi, d'une part, et le maieur et les eskevins de le vile d'Amiens , d'autre part , seur che ke je disoie ke je pooie encachier les kevaus et les vakes ki seroient trouvées paissans ou arrestans ès marès ki sont entre le pont de Longue Yaue, ou costé par devers Caigny, liquel s’estendent d'essi as courtieus de Caigny, ainsi ke chil marès s'estendent en tous costés de longeur et de laeur, si comme il est contenu ès lettres ke le vile d’Amiens eut jadis du seigneur de Caigny men devanchier, et que chil sires de Caigny, mes devanchiers, eut de ledite vile d'Amiens, se lesdites vakes et keval n'estoient à chiaus de ledite vile d'Amiens ou as hommes de Caigny ; et li dit maires et eskevin , pour le vile d'Amiens et kemunitë , disoient au contraire ke tout li dit marès estoient leur, et ke il y avoient le justiche et ke je n i avoie nient, fors tant seulement ke je etmi hommes de Caigny y poiemes cachier en paslure nos vakes et nos kevaus , si ke, se autre keval ou vakes ou autres
AMIENS
bestaillcs y cstoient trouvées , il n’appartenoit mie à mi ne à me gent d’enca* chier, mais as dis maieur et eskevins et à leur kemandement appartenoit à oui li dis marès estoient, si comme il appert par les lettres ke i| en avoient du seigneur de Caigny, men devanchier; sachent tout ke acordé est entre mi, d'une part, et lesdis maieur et eskevins, d’autre part, ke je encacherai ou ferai enca* chier desdis marès les kevaus et les vakes ki ne seront de le vile d’Amiens et de Caigny, tant comme il plaira as devantdis maieur et eskevins, «ans préjudice à l’une partie ne à l’autre, sauf che kc l’une partie ne l'autre ne se porra aidier de mile saisine devant chest acort fait ne après , ains demouerront les lettres anchiennes ke l'une partie a de l'autre en leur vertu. Et se déhas mouvoit entre mi et ledite vile d’Amiens des mares dessusdis, et kc li maires et li eskevin ne vausissent plus souffrir ke je encachaisse les estranges bestailles ki ne sont de le vile d'Amiens ou de Caigny et cliiaus ki empirroient lesdis mares, je et li dit maires et eskevin ki adont seroient pour ledite kemunité reverriemes pardevant le Iwiillicu d'Amiens et pardevant les hommes en l’assise d'Amiens en tel point ke nous y estiemes au jour ke chis acors fu fais. Et se porroit cascune partie aidier de ses lettres anchiennes et des raisons de droit ke les parties vauroient baillier, et non de saisine et de raisons de fait. Et est à savoir ke je et li maires et li eskevin d’Amiens pour ledite kemunité, quant chis acors deerrains fu fais, estiemes en droit pardevant le bailli d’Amiens et pardevant les hommes parmi le vertu de no dites lettres anchiennes et par nos raisons de droit ke nous aviemes bailliés, à savoir mon se je pooie encachier les estranges bestes desdis maires ou non, et se à mi appartenoit ou se il appartenoit à ledite vile d’Amiens tant seulement. Ou tesmoingnaige de che, j’ai seelé ches présentes lettres de men propre seel faites et données en l'an de grâce mil ccc et onze, au mois de j envier.
Ardi. de rhdicl de \iUe d’Aimcn», reg. aux charte* coté «, fol. B * 0 et 9 r®. — Reg. eux chartes coté fol- 15? v*el >58 r*.