‹ Recueil des Monuments Inedits de l'Histoire du Tiers EtatChapitre 30 sur 273 · CXL1V · texte numérisé non relu

CXL1V

INTRODUCTION

le commerce, l’industrie, la science, les lettres, les beaux-arts, les professions libérales et les professions lucratives l’élevaient en considération, et créaient pour elle, sous mille formes, des positions importantes, ce qui dans l'origine avait fait sa force et son lustre, la liberté municipale déclinait rapidement. La législation du xv* siècle avait enlevé aux magistrats des villes l’autorité militaire, celle du xvi’ leur enleva la juridiction civile, restreignit leur juridiction criminelle, et soumit à un contrôle de plus en plus rigoureux leuradministration financière. Le privilège de communauté libre et quasi-souveraine , qui avait protégé la renaissance et les premiers développements de l’ordre civil , fut traité de la même manière que les privilèges féodaux, et passa comme eux sous le niveau du pouvoir royal, dont chaque envahissement était alois un pas vers la civilisation et vers l'unité nationale. Mais la noblesse perdait , et ses pertes étaient irréparables; la bourgeoisie perdait, et scs pertes n’étaient qu’apparentes; si on lui fermait le chemin battu, de nouvelles et plus larges voies s’ouvraient aussitôt devant elle. L'élévation continue du tiers état est le fait dominant et comme la loi de notre histoire. Cette loi providentielle s'est exécutée plus d’une foisà l'insu de ceux qui en étaient les agents, à l’insu ou même avec les regrets de ceux qui devaient en recueillir le fruit : les uns pensaient ne travailler que pour eux-mêmes, les autres, s'attachant au souvenir des garanties détruites ou éludées par le pouvoir, croyaient reculer pendant qu’ils avançaient toujours. Ainsi a marché le tiers état depuis son avènement jusqu’aux dernières années du xvm' siècle; vint alors un jour où l'on put dire qu’il

n’était rien dans l'ordre politique et le lendemain de ce jour ses représentants aux états généraux se déclaraient investis de la souveraineté nationale, abolissaient le régime des ordres, et fondaient en France l'unité sociale, l'égalité civile et la liberté constitutionnelle.

Parmi les mesures fiscales qu'une impérieuse nécessité suggéra au gouvernement de Henri IV, il en est une qui eut pour le présent et dans la suite de graves conséquences : c’est le droit annuel mis sur tous les offices de judicature et de finance, et vulgairement nommé la poulette '. Au prix de cette espèce de taille, les magistrats des cours souveraines et les officiers royaux de tout grade obtinrent la jouissance de leurs charges en propriété héréditaire. Le premier résultat de cette innovation lut d’élever a des taux inconnus jusqu'alors la valeur vénale des offices; le second fut d'attirer sur les fonctionnaires civils un nouveau degré de considération, celui qui s'attache aux avantages de l'hérédité. Moins de dix ans après, on voyait des passions et des intérêts de classes soulevés et mis aux prises par les effets de ce simple expédient financier. Le haut prix des charges en

' Voy. le célèbre pamphlet de Sieyè» :

Qu est-ce que le tiers état?

' Du nom du traitant Paulet, qui en T. I.

prit la ferme; ce droit était d'un soixantième de la finance à laquelle on évaluait l'office.

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