‹ Recueil des Monuments Inedits de l'Histoire du Tiers EtatChapitre 57 sur 273 · CCL1IX · texte numérisé non relu

CCL1IX

fin du règne, c’est-à-dire pendant quarante-deux ans, il n’y eut pas l’ombre d’une remontrance de la cour, tous les nouveaux édits furent insérés dans ses registres et ainsi rendus exécutoires sans discussion et sans délai'.

Mais ce silence n’éteignit pas la vie politique du parlement, qui ressaisit, d’une manière éclatante, sa liberté et son pouvoir le lendemain de la mort du grand roi. Il cassa le testament de Louis XIV, comme soixante et onze ans auparavant il avait cassé celui de Louis XIII *. Il reprit, et conserva depuis lors, ce nom vénéré de cour souveraine qui semblait lui donner droit à une part de la souveraineté ’. Son intervention dans les affaires d'état fut plus que jamais fréquente et obstinée. Il devint agressif et usurpateur contre la royauté affaiblie, et l'opinion publique le suivit dans cette carrière aventureuse, s’attachant à lui par l'excès même de ses prétentions et de son orgueil. Demeuré, de toutes les institutions anciennes, la seule que le xvui* siècle

Ces remontrances , célébrés tic son temps, n’ont jamais, à ce qu’il semble, été publiées, et je les ai cherchées eu vain. Elles manquent dans les registres du parlement qui se trouvent aux Archives nationale».

» Voy. d’Aguesseau, Œuvres complètes, loc. cit. — L'enregistrement d’une loi était cens»* parfait lorsque l'original, scellé du grand sceau, avait été lu devant toutes les chambres réunies et copié en minute par le greffier du parlement. Cette copie sur feuilles de papier timbré était l’acte authentique déposé parmi ce qu’on nommait les minutes de la cour ; la transcrip-

tion ultérieure sur les registres en parchemin pouvait être différée à volonté.

* Voy. l'Histoire de Franre de M. Henri Martin, t. XIII, p. 36o.

5 11 falloit par mille raisons dimi-

nuer l’autorité excessive des principales compagnies qui, sous prétexté que leurs jugements étoient sans appel, et, comme on parle, souverains et en dernier ressort, ayant pris peu à peu le nom de cours souveraines, se regardoient comme autant de souverainetés séparées et indépendantes. Je fis connoître que je ne souffnrois plus leurs entreprises. (Œuvres de Louis XIV, 1 1, p. *6.)

INTRODUCTION

n eût pas dépouillée de force et de popularité, il fut la chaîne légale qui* à travers les états généraux, dont il amena la convocation, conduisit au nouvel ordre de choses dans lequel il disparut lui-même.

J’ai terminé le tableau de la grande période historique où l'on voit le tiers état se développer graduellement d’accord avec la royauté, de moitié avec elle dans toutes les destructions et les créations qu’elle accomplit. Une seconde période s’ouvre où cet accord de cinq siècles va disparaître, où le tiers état et la royauté se divisent, entrent en défiance l’un de l’autre et marchent dans des voies opposées, la royauté couvrant de son appui ce qui reste des privilèges nobiliaires, la bourgeoisie devenant, contre ses traditions, hostile au pouvoir royal. Cinq cents ans de progrès uniforme avaient conduit la France vers un but qu’elle atteignit au xvne siècle. Le xvin* siècle va la prendre et la pousser vers un autre but, en partie semblable, en partie contraire au premier. Tl y a là, dans notre histoire sociale, un point de partage, et, dans ce travail, l’occasion d’un repos. Je m'arrête, mais avec la volonté de reprendre bientôt ma tâche et de la poursuivre jusqu’à son terme, jusqu'à l’époque où les trois états, une dernière fois assemblés, déclarèrent l'unité absolue et la souveraineté de la nation *.

’ I«i àtiite de cotte Introduction t^iiùrale sera placée en t**u» du second volume.

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