SECONDE PARTIR
Quoique la piété ait ses règles et ses principes, et que selon l'Apôtre (2) , le culte qu'on rend à Dieu doive toujours être raisonnable , on peut dire qu'il y a parmi les hommes peu de dévotions sages et bien conduites. Les uns , sous les dehors 4e la vertu, cachant les désirs et les affections du siècle, donnent les œuvres à la religion , et gardent le cœur pour le monde. Les autres, vivant selon leur esprit, dans une excessive sévérité , ou dans une molle indulgence , se font une dévotion d'humeur et de naturel; et se rendant eux-mêmes leur* propres guides, veulent servir Dieu comme il leur plait , et non pas comme il le leur ordonne. Plusieurs quittent leurs devoirs essentiels pour des nouveautés superstitieuses; et mettent à la place des commandemens de Dieu, les méthodes et les traditions des hommes.
La Reine s'est sauvée de ces défauts, Messieurs, et nous avons vu dans sa conduite une dévotion solide et selon les règles, cherchant les «onnoissances nécessaires , et fuyant une vaine et dangereuse curiosité ; donnant à l'édification du
Îrocham ce qu'elle devoit à l'exemple; donnant aa propre sanctification ce qu'elle devoil à sa
(1) Eecl. c. 16. Prov. c. la.
de Marie-Thérèse d'Autriche. i5y
conscience; se mettant au-dessus de la coutume quand elle étoit contraire à la loi ; ne trouvant rien de petit dans la religion, ni rien de difficile pour son salut; attachée à tous ses devoirs, comme si elle n'en eût eu qu'un seul à remplir ; humble sans bassesse , simple sans superstition , exacte sans scrupule, sublime sans présomption, animée enfin de l'esprit de Dieu , établie sur ses vérités, et réglée par ses préceptes»
Gomme tous ces préceptes se réduisent à aimer Dieu et le prochain; que c'est à ces deux points que se rapportent toute la loi et toute la discipline des Prophètes; et que toutes les bonnes œuvres 9 seloa l'expression de saint Augustin (i), sont l'ouvrage de la seule charité , parce que c'est d'elle que naissent les pensées pures , et les bons désirs , et les- actions saintes, et que toutes les vertus chrétiennes sont ou les fruits ou les offices de celles-là': voyons, Messieurs, quel fut sur ce principe l'esprit et la piété de la Reine.
Une parfaite docilité d'esprit et de cœur, un désir sincère de sa perfection et de son salut , 4ine intention générale d'obéir et de plaire & Dieu ; c'étoit-là le fond de son ame. On exhorte les autres, à faire le bien: il suffis oit de le proposer à cette Princesse. Vous nous, attirez par vos promesses ; vous nous faites craindre vos juge mens i mon Dieu. C'étoit assez de lui faire connoitre vos volontés; et ce que nous faisons par obligation et avec peine , elle le faisoit par son inclination et pour votre amour.
Nous l'avons vu sur un simple avertissement * pratiquer à la rigueur toute l'austérité des jeûnes et des abstinences, et se priver de certains adou~ cissemens , que les privilèges et les coutumes de son pays lui avoient fait regarder comme permis,
i») An*, in F», 99*
i58 Oraisa* funèhre
et que le flatterie lui avoit même conseillés comme) nécessaires. Elle reçut tous les avis qu'on lui donna; pour son salut comme autant de lois qu'on lui imposoit, persuadée que tout chrétien doit obéir $ la vérité , et chercher toujours avec Jésus-Christ ce qui est plus agréable à son Père. Quœ placita 9unt illi,facio semper (*).
De là venoit cette délicatesse de conscience 9 qui lui faisoit peser toutes ses actions au poids du sanctuaire; de là ces fréquentes et soigneuses recherches jusques dans les replis les plus secrets de son a me , pour y découvrir les moindres désirs que l'esprit du siècle et l'amour- propre y pourvoient cacher ; de là ces saintes joies , ou ces tristesses salutaires qu'on a si souvent remarquées sur son visage à la (in de ses oraisons et de ses retraites, selon le plus ou le moins de progrès
Qu'elle crovoit avoir tait dans les voies de Dieu : e là ces confessions réitérées qui marquoient <jue dans son cœur contrit et humilié , elle s en toit le
Eoids des fautes mêmes les plus pardonnables et is plus légères : de là veuoit enfin cette louable impatience de remplir tous les devoirs de son état et -d'étendre sa charité au-delà même de ses devoirs. - Ames tièdes, qui ménagez votre timide et avare piété , et q£i croyez avoir toujours assez fait pour votre salut ; âmes lâches , à qui le péché pèse moins que la pénitence, venez ici vous confondre! ou plutôt, âmes pures, qui portez le joug du Seigneur, et qui marchez dans les sentiers de ses corn mande mens et de ses conseils , venez vous exciter ici par les exemples d'une Rein*.
Une vue intérieure de Dieu lui était tout le goût des plaisirs du siècle. La figure du monde, 'dont parle l'Apôtre (a) , passoit devant ses yeux, •sans s'y arrêter , et dans ses divertissemeas mêmes
!•) Joe*. *» 4») k Cet. * .
'- l de Marie-Thérèse et Autriche. " iSg
ff y àvoft non-seulement de la dignité, mais encore du christianisme. Au milieu des jeux et des assemblées où l'a me se dissipe et s'évapore ordinairement , la sienne se recueillait en elle-même} et tant d'objets de vanité qui se répandent autour des trônes, étoie ut des sujets de réflexions pour sa piété ', et non pas des sources de distraction pour ses prières.-
Avec quel empressement ail oit- elle en effacer jusqu'aux moindres idées , dans le fond de son oratoire, et présenter à Jésus-Christ , un cœur tout fait pour l'adorer et pour le bénir ! C'est là qu'elle portait sa reconnaissance et sa joie pour les assurances de la paix', pour les bons succès de la guerre. C'est là qu'elle répandoit ses larme* et sa tendresse , soit dans la perte de ses enfans que le ciel lui donna pour accomplir ses désirs, et lui ôta pour éprouver sa résignation; soit dans l'absence du Roi , lorsque l'ardeur de son courage et les besoins de l'état l'engageoient à ces expé* ditions militaires, où il achetoit par ses propres périls sa réputation et sa gloire, soit dans ces inquiétudes et dans ces peines secrètes , que la providence de Dieu, pour le salut de ses élus, mêle souvent aux grandes fortunes. {
' Mais ne sondons pas ce qui se passojt entre Dieu et elle. Les gémi s semé ns de la colombe doivent être laissés à la solitude et au silence , à qui elle les a confiés. Il y a des croix dont le sort est de demeuiër cachées à l'ombre de celle de Jésus-Christ, et il suffit dédire à la gloire de cette Princesse que tout servit à son salut, et que le Père des miséricordes, et le Dieu de toute tonsôlation qu'elle aima toujours également', la soutint et dans les douceurs et dans les amertu* mes de la vie. /
Aussi rien ne la toucha jamais si sensiblement que l'intérêt de la religion, £u*Ue mission y «441
ifc Oraison funèbre *
eu , qu'elle n'ait ou assistée de son crédit , ou entra-' tenue par ses bienfaits ! Quelles conversions a-telle apprises, dont elle n'ait eu la même joie
Sue les Anges en ont dans le ciel, selon la parole) e l'Evangile (i) 1 Dès qu'on ouit gronder l*orage> qui vient de fondre sur l'empire et sur la H on?» grie, n'ajouta-t-elle pas à ses dévotions ordinaires 9 une heure d'oraison par jour \ Ne dit-elle pas, plusieurs fois : Qu'étant chrétienne sur toutes choses , elle craignoit encore plus pour sa religion que pour sa maison ! Et peut-être que ce coup du ciel qui vient de dissiper ce gros nuage « et d'arracher la couronne des Empereurs des mains presque des infidèles , est un effet des intercessions de celte Princesse.
Ce zèle qu'elle a voit pour la fpi - de Jésus- Christ , lui faisoit admirer tout ce que le Roi faisoit pour elle. C'étoit là comme le centre de cette vive et constante tendresse qu'elle nourris* soit pour lui dans son cœur» Qu'il étoit grand, et qu'il lui paroissoit aimable, quand, par la sévérité de ses lois , il arrêtoit la licence et l'im- Siété; quand, à l'exemple de ces princes religieux ont le Saint-Esprit a fait l'éloge dans l'Ecriture, il abattoit les hauteurs, je veux dire les temples que l'hérésie avpit élevés sur les débris de nos autels ; quand il rétablissoit le culte de Dieu dans ses conquêtes, et que marchant sur les remparts qu'il venoit de foudroyer , il alloit lui offrir pour premier hommage , au pied de ses autelt renouvelés, les lauriers qu'il a voit cueillis! Quel étoit le cœur de la Reine en ces occasions où l'intérêt de l'Eglise étoit joint à celui de l'Etat, et où l'amour da Dieu et l'amour du Roi n'étoient presque qu'une même chose î Que ne puis-je vous la représenter dans lis
(i) Luc. *£• %
de Marie-Thérèse et Autriche. 161
pratique» du christianisme 1 Quel spectacle plus édifiant , que do. la voir dans les Eglises et très* souvent dans sa paroisse , plus remarquable encore par sa vertu que par sa suite, se mêlant aux plus simples brebis pour entendre la voix du pasteur, et, ne se distinguant de la foule que par son humilité , son recueillement et son application à la prière !
Suspendez pour un temps votre douleur, fidèles et désolés domestiques de cette Princesse, et rendez ici témoignage à la vérité. Dès qu'elle entrait dans la maison de Dieu , n'oublioit-elle pas qu'elle étoit Reine l Lavez-vous vue distraire sa foi par un regard curieux, ou par une parole indiscrète ? Dans les plus rudes hivers , au milieu des étés brûlans , vous ètes-vous jamais aperçu de quelque relâchement , ou de quelque impatience dans la longueur de ses oraisons l Ne fut* elle pas en tout temps également attentive , immobile , anéantie en elle-même ? Combien de fois la vites-vous ramener les courtisans à l'exercice de leur foi par les marques qu'elle donnoit de la sienne, inspirer les sentfmens de religion aux âmes les glus déréglées , et les retenir dans le silence et dans le devoir, moins parle respect de sa dignité , que par l'exemple de sa modestie l
Les. évènemens d'une régence tumultueuse, la valeur d'un héros , une suite de guerres et de victoires, des vertus brillantes et presque mondaines , frappe roieat peut-être davantage vos es« prits ; mais je ne viens pas vous surprendre par des actions extraordinaires , je viens vous édifier par des vertus , cjui , toutes communes qu'elles paroissent, ne laissent pas d'être héroïques.
Avec quelle soumission écoutoit-elle la parole de Dieu ! On lisoft dans son cœur l'impression qu'elle y faisoit , et le fruit qu'elle y de voit faire: pourvu que Jésus-Christ fui annoncé, et que son
yfa Oraison funèbre
*me fût nourrie , elle demeuroit satisfaite. Datif nos sermons, mes frères, elle cherchoit ses dé* fcuts , elle nous pardonnait les nôtres j et pour loucher nos auditeurs, avouons- le , sa présence ~f*t quelquefois plus efficace que nos paroles.
Quel respect enfin n'avoit-elle pas pour tout ce qui regarde Jésus-Christ , pour ses Saints , pour ses autels, pour le chef visible de son Eglise, pour ses prêtres ! prêtres que les gens du monde n'estiment ordinairement que par leur qualité, eu par les revenus de leurs bénéfices , et que les grands regardent quelquefois comme les moins importans et les moins utiles de leurs domesti* ques; avilissant ainsi le sacerdoce de Jésus-Christ, *t. passant insensiblement du peu d'estime pour |». ministre, au peu de respect pouf le ministère.
C'étoit de leurs mains qu'elle recevoit le corps et le sang du fils de Dieu : voilà la source as son respect. Comme c'est de cette nourriture céleste* que lame chrétienne tire sa force, sa consolation et sa charité , la Reine se disposoit i profiter de ses avantages. Quoiqu'elle approchât Souvent des autels, c'étoit religion et non pat coutume. Elle communioit avec autant de pureté, que si elle eût communié tous les jours ; avec autant de préparation , que si elfe n'eût communié qu'une fois l'année. Cette familiarité, pour ainsi dire, des sacrés mystères , ne faisoit que la rendre plus respectueuse et plus circonspecte 5 et l'usage fréquent qu'elle en faisoit^ toujours humble et toujours tremblante, ne diminuoit pas sa ferveur , et redoubloit sa reconnaissance. Elle a'éprouvoit , elle se corrigeoit , elle veilloit sur elle-même, à l'imitation de cette merveilleuse femme dont parle l'Ecriture (i) : Elle visitoit
(i) Conrideravit^semùas domûs suœ et pançtn o&osm non eomëdit, Pron 3i.
de Marie-Thérèse et Autriche. ifl*
tous les endroits dé sa maison -, et ne mmngeoil pas son pain dans Voisivetè , travaillant tantôt à humilier sa grandeur par des abaissemens volontaires , tantôt à soumettre sa volonté à des) complaisances difficiles , et souvent à réprimer* par sa patience les vivacités naturelles , et toujours à secourir le prochain dans ses nécessité* et dans ses peines.
C'est ici , Messieurs , que s'ouvre une matière nouvelle à mon discours, et que j'ai besoin que 4 l'esprit de Dieu , daps le peu de temps qui mé reste , élève mon esprit et ma voix , pour louer les miséricordes qu'il a faites , et celles qu'il a' inspirées à cette Princesse. Deux choses endur-» cîssent ordinairement le oœur des riches et des
Suissans du siècle à l'égard des pauvres : l'orgueil e la condition, et la délicatesse de la personne» - Comme ils sont vains, ils ont peine à descendre à dos ministères qui sont honnêtes , mais qui ne paraissent pas honorables; et comme ils sont à couvert de la plupart des misères humaines, ils ont moins de pitié de ceux qui les souffrent. Cependant l'Ecriture leur ordonne d'humilier leurs âmes devant le pauvre, et d'être touchés dans le cœur de sa pauvreté et de ses peines.
C'étoit là , Messieurs , \& caractère* de la Reine. Ces dédains , ces dégoûts que le respect assidu des grands, et l'abaissement des petits ne produisent que trop souvent dans l'ame des Princes , ne .rebutèrent jamais le malheureux ni l'indigent, lorsqu'il implora son secours. Tout ce qui lui représenta Jésus-Christ souffrant, fut l'objet de sa compassion et de son estime , et sa charité n'eut d'autres bornes que celles que Dieu avoit données à son pouvoir, ou à ses désirs. Retraites sombres où la honte renferme la pauvreté , combien de fois a t- elle fait couler jusqu'à vous ses censolajtionj et ses aumônes, inquiète de vos
164 Oraison funèbre
besoins et de vos chagrins, et plus soigneuse de cacher ses charités , que vous ne l'étiez de cacher Vôtre misère ! Monastère qui n'avez que la croix de Jésus-Christ pour possession et pour héritage, combien de fois vous fit-elle voir que vous pouviez mettre en lui votre confiance, et que rien ne manque à ceux qui le craignent! Combien de troupes de malades assista- 1- elle ! Combien-de jeunes filles fit- elle élever dans des communautés de vierges chrétiennes 1 Combien de communautés même fit-elle subsister par ses pensions et par tes bienfaits ! Qui pourroit raconter ici tout ce que nous avons connu de sa charité, découvrir tout ce que son humilité nous a caché?
Mais qu'est-il besoin de lever le voile qu'elle a jeté sur ces actions? Voyons- la dans ces hôpitaux où elle pratiquoit $** miséricordes publiques: dans ces lieux où se ramassent toutes les infirmités et tous les accidens de la vie humaine 5 où les gémissemens et les plaintes de ceux qui souffrent , remplissent l'âme d'un*, tristesse importune ; où l'odeur qui s'exhale de tant de corps languissans , portent dans le-»*œur de ceux qui les servent , le dégoût et la défaillance j où l'on voit la douleur et la pauvreté exercer à l'envi leur funeste empire , et où l'image de la misère et de la mort entre presque par tous les sens : c'est là que s'élevant au-dessus des craintes et des délicatesses de la nature , pour satisfaire jà sa charité, au péril de Ti sa santé même, on la vit toutes les semaines essuyer les larmes de celui-ci , pourvoir aux besoins de celui-là ; procurer aux uns des remèdes et des adoucissemens à leurs maux , aux autres des consolations de l'esprit , et des secours pour la conscience.
Compagnes fidèles de sa piété, qui la pleurez aujourd'hui , vous la suiviez quand elle marchoit dans cette pompe chrétienne : plus grande daus
de Marie-Thèrèse et Autriche. i<$5
« dépouillement de sa grandeur» et plus glorieuse , lorsque entre deux rangs de pauvres , de malades , ou de mourans , elle participait à l' humilité et à la patience de Jésus-Christ, que lorsqu'eptre deux haies de troupes victorieuses, dans «a char brillant et pompeux , elle prenoit part i la gloire et aux triomphes de' son époux.
Admirez, femmes riches, et tremblez, dit le Prophète (i) , vous qui par des dépenses folles et excessives, contraignez vos maris à chercher dans l'oppression des pauvres, de quoi fournir à yos vanités et à votre luxe $ vous qui frémissez i la vue d'un hôpital ; qui faites servir votre délicatesse de prétexte à votre dureté ; qui bien loin de soulager les maux de tant de personne* affligées , affectez de les ignorer.
Mais ce qui couronne la vie de cette Princesse, c'est qu'elle fut toujours égale ' mêmes vertus , mêmes retraites, mêmes prières, même usage des sacremens , mêmes principes, mêmes règles* La grâce l'excitant , la grâce la soutenant , elle demeurait en Jésus-Christ , et Jésus-Christ demeuroit en elle. Comme sa foi ne fut pas feinté, ta persévérance ne lui fut point ennuyeuse ; et sa ferveur se renouvela par tout ce qui de voit, ce semble, la ralentir. Occupations, divertiss*mens, devoirs publics, nécessités et servitudes de la royauté , rien ne put lui faire perdre 1a suite de ses oraisons.; Elle savoit racheter le temps, $elon le conseil de l'Apôtre (2), et reprendre sur son sommeil les heures qu'on a voit dérobées à sa retraite. Où trouvolt-elle du repos . dans les fatigues des voyages", sinon dans les cloîtres, aux pieds des autels? Et qui de nous ne l'a pas vue se délacer dans ces exercices de piété,
(}) Obstupéscife , opulent* ^ çt contwhamiryi> ÏWÏe i*£ (a) Ephei . 5. Celoss. 4.
}G6 . Oraison funèbre
•t menacer *i bien 30a temps , que sans, retarde* les desseins du Roi 9 et sans rien omettre de aei dévotions , elle avoit toute la complaisance qu'uni femme doit à son époux, et toute la fidélité qu'uni chrétienne doit à Dieu l
Telle fut, durant le temps qu'elle vécut, là foi
Eersévérante de la Reine. Vous l'avez Mit, mov lieu ; Qui persévérera jusqu'à la fin , celui-là sera sauvé (1) , et vous l'avez fait , en donnant «votre couronne et votre salut à cette Princesse prédestinée. Vous l'avez prise au milieu de set Satisfactions , de son bonheur et de sa joie; et vous avez pourtant trouvé son cœur occupé de vous. Vous l'avez enlevée par un accident imprévu j nous adorons vos jugemens, et nous reconnoissons vos miséricordes* La confiance qu'elle avoit en vous , lie devoit être affaiblie par aucune crainte, •t. l'innocence de sa vie valoit bien la pénitence des mourans.
La Reine avoit passé ses jours avec la même attention à son salut qu'on a d'ordinaire à sa dernière heure. Hostie vivante de Jésus Christ , elle avoit dressé de > ses propres mains le bûcher <ft «lie devoit consommer son sacrifice ; et il étoit juste de lui épargner les horreurs de la mort ea récompense de sa bonne vie. '
Pour nous , Seigpeur , qui violons si souvent votre sainte loi , faites-nous sentir que nous mourons long-temps avant de mourir. Qu'un Prophète (a) nous vienne dire de votre part : Mettes ordre à votre maison , car votre heure derrière approche» Menezwious pas à pas à la niorj; et pour expier nos péchés , faites durer notre sacrifice. Que notre ame ait le temps de se purifier »ar la tribulation et par la patience d'une malale ; et que l'image de la mort et la crainte de
(1) Malt. ta. (*) Isaïe U.
de Marie-Thérèse d Autriche, ify
vos jogemens venant à remuer nos coeurs , exaltent en nous la ferveur de la pénitence.
^ Que lui restoit-il 7 Messieurs , à demander au ciel, ou à désirer sur la terre? Elle vojoit le Roi au comble des . prospérités humaines, aimé des uns , craint des autres , estimé éB tous , pouvait tout ce qu'il veut , et ne voulant que ce qu'il doit , au-dessus de tous par sa gloire , et par sa modération au-dessus de sa gloire même.
Elle vojroit en vous , Monseigneur , tous ses vœux accomplis. Ce caractère de grandeur et de bonté , de modération et de courage , de justice et de religion; ce respect que le Roi vous inspira toujours pour elle , cette soumission qu'elle vous inspira toujours pour le Roi ; ces vertus de tous les deux unies ensemble , qui vous font regarder comme l'image de l'un et de l'autre^; cette union *i pure et s\ tendre avec cette auguste Princesse que le Ciel semble nous avoir donnée pour recueillir le double esprit de la Reine» et pour nous représenter sa grandeur et sa piété; ces béné* dictions que Dieu a répandues, et qu'il va ré* pandre encore sur votre auguste manage , furent des sources de joie et de consolation pour elle. Que son coeur fut touché lorsqu'elle vous vit dans ces camps où votre intelligence, votre activité, votre application vous, tenant lieu d'expérience , vous pratiquiez les règles du commandement sans avoir presque besoin de les apprendre , prêt 4 recevoir les ordres du Roi , et à les donner à ses armées, capable de faire exécuter ses grands desseins, et de suivre ses grands exemples, fais pour obéir à lui* seul , et pour commander An reste du monde! Dieu voulut que ce fût là sa dernière joie ; heureuse d'avoir vu jusqu'où peut aller votre gloire, sans être exposée à des crain* tes que pouvait lui donner un jour yotr* grand courage,
i68 Oraison funèbre
Que pouvoit-elle espérer après sa mort ? \A surprise et l'effroi, puis les regrets et la douleur des peuples j les monumens dressés à sa gloire 9 les prières et les sacrifices offerts pour elle, les larmes des pauvre s répandues, les témoignages rendus à sa vertu par la> voie publique , sds bonnes œuvres annoncées pour l'édification des fidèles ; tout relève , fout bénit sa mémoire. Vousmême , grand Roi , unique objet de son respect et de sa tendresse , 'auguste témoin de sa vertueuse et sage conduite , vous l'avez aimée , vous l'avez pleurée, vous l'avez louée: vous l'avez dit : Je n'ai jamais reçu de chagrin d'elle que celui de lavoir pefdue ; et si parmi les joies du ciel il reste encore aux saintes âmes quelques sentimens pour lés consolations de ce monde , elle est touchée de celle-ci, et il me semble que je vois
. ce cœur, tout insensible qu'il est, se réveiller et •'attendrir à cette parole.
Mais les honneurs dont elle a joui , et ceux qu'on rend à sa mémoire sont d'inutiles et foibles secours : ce qui seul peut nous consoler dans la mort soudaine de cette Princesse, c'est l'assurance de son salut. C'est aussi ce qui doit nous instruire , Messieurs , et nous faire prévoir les dangers. Après un reste de malheureux jours, une nuit vient , dit le fils de Dieu , où personne ne peut travailler. Venit nox quando nemo potest pperarL Un aveuglement volontaire qu'on s'est
-fait durant le cours de plusieurs années par la négligence de ses devoirs, forme enfin des 'ténèbres impénétrables. Oa est surpris d'une maladie dont on craint trop , ou dont on ne craint pas assez les progrès. On ne voit ni l'importance du p assis , ni les conséquences de l'avenir. On a commis le péché sans crainte, on reçoit les satremens sans réflexion. On se flatte de rainée espérances de guéû^, ou l'ouest flatté d*
de Mario-Thérèse tt Autriche. 169
vaines espérances de salut, et l'on est mort avant qu'on ait aperçu qu'on pouvoit mourir.
Quand il luiroit quelque rayon de connoissance , }es puissances de l'a me se trouvent ou /liées par la douleur , ou usées par l'habitude. On sa repaît des vains projets d'une conversion imaginaire, ou d'une confiance présomptueuse en la miséricorde divine; et dans ces malheureux momens, où Ton ne peut ni pratiquer les vertus ni vaincre les vices, on tombe entre les mains de la justice de Dieu , avec le désespoir de ne pouvoir y satisfaire.
Fasse le ciel, Messieurs» que nous prévenions ces dangers ; et que si nous n'avons pas, comme la Reine, les mérites d'une vie pure et innocente, mus ayons au moins les précautions de la pénitence, afin d'obtenir par le mérite du sang de Jésus-Christ la gloire qu'elle possè^, et que je vous souhaite»
I^o Oraison funèbre
ORAISON FUNÈBRE
ET PUISSANT SEIGNEUH ;
JJESSIRE
MICHEL LE TELLIËR,
CffEVALÏEH,