‹ Recueil des oraisons funeb̀resChapitre 9 sur 23 · CHANCELIER DE FRANCE · texte numérisé non relu

CHANCELIER DE FRANCE

Prononcée dans l'église de l'hôtel royal des Invalides, le aa mars 168&

Vaque iq senectutem permanait ei yirtaSj ut ascenderet in excelsum terrae locum; et semen ipsius obtinuit |hbrcditatem, n% ridèrent ornais fUji Israël, quia bonon* eçt obsédai sancto. Deo.

«J<* w£u *'**/ soutenue jusque la vieillesse ; ttfe Ai y&à monter auap lieux élevés, de la terre* sa postérité a recueilli son héritage, afin que les en/ans d K Israël connoisseni qu'il est boa dfybéir au Dieu saint. Ah livre* de rÇcclcs. c. 46.

A quel dessein, Messieurs, êtes- vous assemblas îci, et quelle ide> avez- vous de mon ministère t yieoi-je vous éblouir de> Viciât des, honneurs et ,

'Ûe M. le Chancelier le Tellier* 171

lies dignités de la terre, et venez- vous interrompre ici l'attention que vous devez aux saints mystères , pour nourrir votre esprit du récit spécieuse d'une félicité mondaine l Attendez- vous qu'au lieu d'exciter votre piété par des instructions salutaires* j'irrite votre ambition par des vaines représentations des prospérités de la vie? Oserois-je à la vue de ce tombeau , fatal écueil des grandeurs humaines , à la face de ces autels, demeure sacrée de Jésus-Christ anéanti , louer les vanités du «îècle, et dans un jour de tiistesse et de deuil, étaler à vos jeux l'image flatteuse des faveurs et des joies du monde l

Dans l'éloge que je fais aujourd'hui de trètfhaut et puissant seigneur, messire Michel le Tellier , ministre d'état , chevalier , chancelier de France, j'envisage y non pas sa fortune , mais sa vertu; les services qu'il a rendus, non pas les places qu'il a remplies; les dons qu'il a Vécus du ciel , non pas les honneurs qu'on lui a rendus sur la terre; en un mot, les exemples que votre raison vous doit faire suivre , et non pas les grandeurs que votre orgueil pourroit vous faire désirer.

Ce n'est pas , Messieurs , que je veuille blâmer ici ces ministères honorables où la providence de Dieu Tavoit élevé , qui sont les fruits de la réputation et du mérité. Je sais que son crédit n'a fait qu'autoriser sa' probité, que ses grands em-

Îlois* ont servi de moyen et de matière à ses onnes oeuvres ; et que nous devons à ses dignités ce caractère singulier d'une vie simple dans sa sagesse, modeste dans son élévation, tranquille dans l'embarras et le tumulte des affaires, uniforme dans ses conditions différentes, toujours louable , toujours utile , et toujours , quelque bonheur qui l'accompagnât , plus heureux pour le public que pour lui-même.

Il est yrai que le ciel a rempli ses désirs , et • &.

17* Oraison funèbre •.

/qu'il a eu pour ainsi dire , la destinée des Patriarches : eette plénitude de jours qui consomma Ja prudence de l'homme juste: cette suite de bons succès , que le temps et U fortune , qui changent tout , n'ont osé troubler : ces richesses innocentas qui ont entretenu son honnête et frugale opulence : cet esprit, qui malgré le poids des années et des affaires , a conservé sa force et sa vigueur flans les ruines même du corps : cette gloire qu'il a maintenue et qu'il a vu renaître en ses enfans, de génération en génération : cette mort dans la paix et dans l'espérance du Seigneur, qu'il a, regardée comme la fin de son travail et le terme .de son pèlerinage.

Ce soat-là les récompenses visibles de la vertu , pais ce n'est pas la vertu même. Ce sont les bénédictions de l'ancienne loi , non pas les grâces de (a nouvelle. Je m'arrête à cette vertu persévérante et continuée , suivant les paroles de mon | texte , et viens vous montrer par quels emplois I Je ciel a voit préparé ce grand homme, par queU les voies il l'a conduit , par quels secours il l'a soutenu dans les dignités émineutes j et recueillir en sa personne la fidélité d'un sujet, la sagesse d'un ministre d'état, la justice d'un chancelier. .Fasse l'esprit i'win que la religion règne dans fnon discours , et que les enfans de ce siècle apprennent aujourd'hui de moi la prudence des enfans de luinière. ' .

Dans ce royaume spirituel de Jésus-Christ , il y a des vocations différentes : les uns dans (a retraite et dans le silence , opèrent en secret leur ' ' propre salut; les autres dans l'action et dans des offices publics de religion $ travaillent au salut de leurs frères, conduisent la maison de Dieu, ef snnt lés ministres 4e Jésus-Christ pour l'utilité ife Son Eglise, Ainsi dans les royaumes temporels,, la prqviqeaçe 4'wine, qui par d'invisibles, ressori*

de M. le Chevalier le Tellier» \*jê rond oit les hommes à ses fiifc y resserre le cœ«r des uns , et les retient dans les bornes étroites d'une administration domestique; élève l'esprit des autres pour en faire les juges ou les conduo teurs de son peupla, et pour aider de leurs con» seils les souverains qui le gouvernent» Le Seigneur en fait de serviteurs fidèles , les guide lui-même dans les sentiers de la justice , et leur révèle peu à peu les secrets de la sagesse.

C'est ainsi qu'il forma cet habile et fidèle ministre , dotit vous honorez ici la mémoire* La bonté du naturel prévînt en lui les soins de l'éducation. L'étude, le génie, les réflexions fortifièrent bientôt sa raison. On vit dans une grande jeunesse ce qu'on trouve à peine dans un .âge plus avancé , de la régularité et de la retenue. Son esprit parut t et par ce que sa vivacité en produisoit, et par ce qu'en cachoit son jugement et sa modestie. Va air doux et insinuant lut attiroit l'estime et la confiance : et je ne sais quoi d'honnête et d'heureux répandu dans ses actions et sur son visage, laissoit voir dans le caractère de sa vertu le présage de sa fortune.

La première passion qu'il eut, fut celle de se rendre utile'; et comme il étoit né dans le sein même de la magistrature , et qu'il a voit devant les jeux l'image de l'équité et de la réputation* de ses pères , il eut dessein d'entrer dans une de ces compagnies célèbres où régnent l'honneur et l'intégrité , et où s'exercent , non pas les jugemens des hommes, mais ceux de Dieu, selon le langage des Ecritures (i). Il s'instruisit de ses devoirs ; il consulta les oracles de la jurisprudence ; et dans ces tribulations domestiques qu'attirent d'ordinaire sur les enfans , un père mort , une mère veuve, contraint de défendre les droite

(0 H. Par. 19. 67*

tfb Oraison funèbre

4e sa succession contre des prétentions illégitimes f il se fit de l'ennuyeuse poursuite de son affaire , tipe étude louable de sa vocation. 11 apprit par ses propres peines à compatir à celles des autres. Il discerna les raisons de la bonne cause d'avec les préventions et les artifices de la mauvaise. 11 vit ce que prescrivent les lois , ce que la <:hair et le sang inspirent; et tirant de la conduite de ses juges des enseignemens pour la sienne, il apprit en soutenant son propre droit, à conserver celui des autres ; et la justice qu'il demamloit , lui fit coiwioitre la justice qu'il de voit rendre.

Avec cette disposition, il entra dans le grand conseil. La corçnoissance des affaires , L'application à ses devoirs, l'éloignement de tout intérêt le firent connoitre au public, et produisirent cette première fleur de réputation qui répand son odeur plus agréable que les parfums (f), sur tout le reste d'une belle vie. lis plaisirs ne troublèrent pas la discipline de ses mœurs , ni l'ordre de ses exercices. Il joignit à la beauté de l'esprit et au zèle de la justice , l'assiduité du travail , et méprisa ces âmes oisives qui n'apportent d'autre pré* paration à leurs charges , que celle de les avoir désirées; qui mettent leur gloire à les acquérir, non pas à les exercer; qui s'y jettent sans discernement et s'y maintiennent sans mérite} et qui n'achètent ces titres vains d'occupation et de dignité, que pour satisfaire leur orgueil, et pour honorer leur paresse*

Les sollicitations de ses amis, et les conjonctures du temps le poussèrent bientôt dans un autre emploi , qui le faisant l'homme du Roi dans une grande juridiction , donna plus d'étendue à s? vertu , et plus de matière à sa gloire. C'est là que chargé de la protection des lois et des polices

(0 Eccl. 7 . a.

de M. le Chancelier lA Tetlieh yj$ humaines ; au milieu d'un conflit tumultueux ,<^ grands et de petits intérêts qui avisent les citoyens, il répriment la licence des uns, relevait la foiblesse des autces; et de son équitable tribunal, i l'épreuve des importunités , au-dessus des passions qui l'environnent , il poursuivoit le cri* me, armé du glaive de la justice, et couvroit l'innocence du bouclier des lois et de l'autorité rojale. m \

La douceur naturelle de son esprit ne faisojt qu'augmenter 'le respect qu'on avoit pour lui» Quel malheureux n'espéroit pas, en l'abordant* du secours qu de la pitié l La bonne cause perdîtelle jamais devant lui la confiance et^ la liberté qui lui est due ? A qui refusa-t>ii jamais le temps et la patience de l'écouter? De vit-on rebuter un pauvre , et mépriser sa propre chair , comme parle le Prophète (1) ? Qu'il étoit éloigné de ceux qui , joignant à la sévérité de leur profession la rudesse de leur humeur, affligent les pauvres dç Jésus-Christ, et désespèrent , par leur dureté, déH misérables qui ne gémissent déjà que trop sous le poids de leur mauvaise fortune , qui craignent plus leurs juges que leurs parties , et qui regardent le mépris qu'on a pour eux, comme un avant* coureur de l'injustice qu'on va leur faire !

Mais Dieu le destînoit à de plus nobles fonctions , et vouloit approcher des Rois une tête) aussi capable de les servir. Il s'élève et se fait admirer dans le conseil. Que croiriez- vous, Mes* sieurs * de ces changemens et de ces accroisse* mens de gloire , si sa modération ne vous étoit aussi connue que sa fortune? Ne vous figurez pas de ces élévations soudaines, que produit quelquefois dans les Etats l'heureuse ambition des sujets* ou l'aveugle faveur des Princes* Ne pensez pas

(t) Carnçm tuant né despexeris, Isaïe 58*

*y6 Oraison funèbre

à cette impatience téméraire de la plupart des félines gens , moins occupés des charges qu'ils ont , que de celles qu'ils n'ont pas , qui se dis* pensent de Tordre du temps et de la raison r

Kur monter précipitamment aux premiers trinanx du royaume, comme si l'honneur pouvolt s'acquérir sans travail , et la sagesse s an* expérience.

. Souvenez-vous plutôt de la sainte simplicité de nos pères. Chacun mesuroit ses emplois à ses propres forces. L'ambition n'étoit ni présompi tueuse y ni inquiète. On se faisoit une espèce de îreligion d'apprendre ses premiers devoirs , avant de penser à d'autres. Il y avoit une proportion , et comme un point de maturité, que chacun cherchoit en lui-même , avant d'entrer aux adminis* trâtions publiques. Les progrès qu'on faisoit dans les dignités, étoient des marques et des récompenses du mérite ; et les services qu'on avoit ren* dus dans les unes, étoient des gages assurés des services qu'on devoit rendre dans les autres.

Ainsi s'avançoit monsieur le Tellier , rempli de ses obligations présentes , fidèle à chacune de ses conditions , comme s'il n'en eût jamais dû sortir, et se préparant par de grandes vertus à de grands emplois. Lorsque le feu de la rébellion s'alluma dans la capitale d'une province voisine (i), et qu'un illustre chancelier (a) avec la justice armée alloit ou l'arrêter par l'autorité des fois, ou la punir par la puissance des armes, il fut choisi pour l'assister de ses conseils , et pour chercher avec lui ces difficiles tempéramens de menace qui étonne , de remontrance 'qui corrige, de douceur qui appaise, de sévérité qui châtie. Quel soin ne prit-il pas de désarmer cette multitude irritée, de dissiper leurs fausses craintes, et

(i) Rouen. (2) jtf, Séguier.

de M. le Chancelier le Teliier* 177 d'imprimer dans ces esprits que sa parole avoit calmés , le respect et l'obéissance f 11 apprenoit alors à prononcer des arrêts , à sceller des grâces , & ramener dans de plus importantes occa* sions, les peuples à l'autorité royale.

Que dirai- je de cette intendance, qui fut comme un coup d'essai de son ministère, sinon qu'il fit' craindre et qu'il fit aimer la France dans l'Italie; qu'il aida par son industrie , à réunir les Princes de l'auguste maison de Savoie, qu'il parut bon négociateur et^ bon courtisan ; et qu'il remporta autant d'estime et d'affection publique de ces pave étrangers , qu'il y avoit laissé d'exemples a'une sage et vertueuse conduite î

Mais je passe à des actions plus éclatantes 9 et je commence à sentir le poids de mon sujet» Ce tut en ce temps que pour le malheur du royaume, mourut ce cardinal fameux par la force de son génie, par le succès de ses entreprises y par la beauté de son esprit , à qui la France de voit * sa grandeur ,- son repos et sa politesse. Quelle \ chute , Messieurs , et combien de fortunes chan- • ' celantes ou renversées en une seule ! Que sont les hommes , lorsqu'au milieu de leurs espérances •' et de leurs établissemens , Dieu , dont les juge* ' mens sont impénétrables , brise le bras de chair • q«i les appuyoit !

Les uns se perdent sans ressource : les autres ' étonnés et incertains de leur état , ne pouvant , ni soutenir leur dignité , ni supporter leur disgrâce , ni se maintenir à la Cour t ni se résoudre à la retraite , traînent avec ennui les foibles restes d'un crédit , qui se soutient encore un pets par lui-même , et qui tombe bientôt après soes le poids d'une nouvelle domination. Les bienfaits s'oublient, les amitiés cessent , la confiance s'éloigne, les services même sont comptés pour des récompenses, Quand on sereit utile , on cesse

ijè Oraison funèbre

d'être agréable : de nouveaux intérêts font chercher de nouveaux sujets. Telles sont les vicissitudes du monde. Vous seul, Seigneur, êtes tou- I'ours le même, et vos années ne finissent point: rienheureux ceux qui se confient en vous, leurs espérances ne seront point confondues (i) !

'Ce fut dans ces révolutions que M. le Tellier,contre les. apparences , et contre se$ propres pro-

I'ets, fut rappelé de ses emplois, pour entrer dans a charge de secrétaire d'Etat , et dans 4e ministère de la guerre, en un temps ou la discorde régnoit dans toutes les parties de l'Europe , où le bruit de nos armes retenlissoit de tous côtés 9 et où nos ennemis et nos envieux s'animoient par . top$ pertes, et s*irritoient de nos victoires. 11 fat* tqit un homme laborieux pour se charger d'un long et pénible détail ; exact , pour entretenir l'ordre «t la discipline de tant d'armées ; fidèle, pour distribuer les finances avec des mains pures e| innocentes; juste, pour représenter les services ' des soldais et des officiers , et faire élever les plus dignes aux places au'une louable , mais malheureuse valeur, rendoit vacantes; sage, pour niénager dans des conjonctures difficiles ces esprits' vains et remuans , qu'il est également dangereux * débattre ou d'élever; éclairé, pour décider dans * les conseils , et trouver des expédiens et des ou- « vertures dans les affaires.

! Tel étoit ce nouveau ministre : l'usage des lots * et* des judicatures <ru'tl avoit exercées, la connaissance qu'il avoit acquise du dehors et du dedans du royaume , les principes qu'il s'étoit fitits pour la vie publique et particulière, les habitudes qu'il avoit eues avec les plus renommés politiques , avoient fermé en lui cette étendue de

(i) Tu 0MUm idem ip*e es, et mtvd ttd-nom «fafeiVfè Si» lei. aft«>

dû M. le'Chancelier te Tellier. 179 Cornières, et dette prudence universelle d'un ministre d'Etat dont je dois vous entretenir dans la seconde parti» de cet éloge.

Quoique la puissance de Dieu soit sans bornes e t sans mesure ; que la vertu de son esprit s'imprime par la force de sa parole , et que sa volonté soit la régla de ses actions , il ne dédaigna pas de se servir quelquefois , dans la conduite de l'univers, de ces esprits bienheureux qui sont dan* le ciel immortels adorateurs de sa gloire f invisibles administrateurs de ses ordres et de M desseins sur la terre. Faut-il s'étonner si les rois dans leur condition mortelle , chargés du poids et de la multiplicité de leurs devoirs , choisissent parmi leurs sujets des esprits fidèles et saçes, à qui , se réservant la supériorité de la décision et l'autorité du commandement , ils laissent la liberté du conseil , et la prudence de l'exécution ( Un Roi (1) , dont la vie fut le régne de la religion et de la justice, pouYoit-il , en mourant faire) un plus digne choix que celui de 1/1. le Tellier î Le Dieu des armées bénit aussitôt nos guerres en ses mains ; la réputation de nos armes ne fit que croître, la perte d'un Roi victorieux fut adpucie par le gain d'une bataille , et par une suite de victoires ; la France affligée et triomphante tout ensemble, mêla aux chants de douleur et de funérailles , des cantiques de louanges et d'actions de grâces : et l'Espagne sentit à Rocroi qu'une révolution n'étoit pas capable de renverser l'heureuse administration de nos affaires ; que la nouveauté ûes acteurs, si j'ose parler ainsi, ne chanjgeoît pas la face de la scène ; et que si 110s Rote étoient mortels, la fortune de l'Etat , la valeur de la nation , et la protection dû Dieu vivant sur ce royaume, ne mouroient pas.

(1) Louis XIII.

180 Oraison /u^èbre

Déjà pour le soutien d'une minorité et d'ami' régence tumultueuse, s'étoit élevé à la Cour- un de ces hommes en qui Oieu met ses. dons d'intelligence et de conseil, et qu'il tire- de temps en temps des trésors de sa providence pour assister les rois , et pour gouverner les royaumes. Son adresse à concilier les esprits par des persuasions -efficaces t à préparer les évènemens par des négociations pressées ou lentes, à exciter ou à calmer les passions par des intérêts ou des vues politiques ; à faire mouvoir avec habileté les ressorts pu de la guerre ou de la paix, Ta voit fait regarder comme un ministre non-seulement utile, mais en* core nécessaire ; la pourpre dont il étoit revêtu 9 ta capacité qu'il fit voir, et la douceur dont il usa, après plusieurs agitations , le mirent enfin au-dessus de l'envie ; et tout concourant à sa gloire , le ciel même faisant servir à son élévation et sa faveur et ses disgrâces , il prit les rèneM de l'état: heureux d'avoir aimé la, France comme sa patrie, d'avoir laissé la paix aux peuples fatigués d'une longue guerre , et plus encore d'avoir appris l'art de régner et les secrets de la royauté, au premier monarque du monde.

Le discernement de ce Cardinal fit reconnoître la prudence de M. le Tellier , et la prudence, de M. le Tellier servit à rétablir l'autorité de ce Cardinal, dans un temps de confusion et de désordre. Ne craignez pas, Messieurs, que je vous fasse un triste récit de nos divisions domestiques f et que je parle ici de rétablissemens et d'éloignemens, de prisons et da libertés, de réconcilia- Ions et de ruptures. A Dieu ne plaise que, pour la gloire de mon sujet , je relève la honte de ma patrie, que je r'ouvre des plaies que le tempe a déjà tei mees , et que je trouble le plaisir de nos constantes et glorieuses prospérités par le funeste souvenir de nos misères passées J

de M. le Chancelier le TWti**» \%t Qoe dirai -je donc? Dieu permit aux vents et* à la mer de gronder et de s'émouvoir, et la tempète s'éleva. Un air empoisonné de factions et de révoltes, gagna le cœur de l'Etat, et se répandît dans les parties les plus éloignées. Les passions que nos péchés avoient allumées, rompirent les aiguës de la justice et de la raison; et les plus sages même entraînés par Je malheur des engagerions et des conjonctures, contre leur propre inclination, se trouvèrent, sans y penser, hors des bornes de leur devoir. L'inquiétude naturelle de l'esprit humain, l'ignorance où l'on est des véritables intérêts de l'Etat , la confiance qu'ins-

Eirent la naissance-, la capacité , les services , is motivemens de l'ambition ; et plus encore la main du Seigneur , qui s'appesantit quand il veut, et se sert pour la punition des hommes, de leurs propres dérèglemens , furent les causes des ptntit formés, et de l'auterité. souveraine blessée enfin en la personne du premier ministre.

Quelle fut la constance de M. le Tellier dans ces jours d'aveuglement et de foiblesse, et combien de formes donna- t-il a sa fidélité et à sa prudence l Quelle application à découvrir la source) des maux , et la convenance des remèdes ? Quelle retenue pour cacher les secrets de la régence qu'on avoit confiés a sa sagesse ? Quelle pénétration , quand il fallut percer les nuages de la dis* simulation et de l'artifice , et découvrir non-seulement les desseins , mais encore les motifs et les intentions? Quelle présence d'esprit lorsqu'il fallut s'accommoder aux conjonctures , et prendre pouf* le bien public des résolutions subites ? Quelle adresse à s'attirer la confiance des partis , et à réunir la diversité des avis et des connoissances au seul point de la tranquillité publique J

Mais quelle fut sa fermeté, lorsque , par l'effort des factions et 4es cabales, la Reine obligée 4a

i8a t>ràùoh funèbre

céder aux temps * consentit a Je voir éloigne des affaires f II ne perdit rien par sa disgrâce , parcecpi'il se soutenoit moins par s% laveur q^ue par sa vertu. Ceux qui demandoient son éioignement t faisoient eux-mêmes son éloge» On ne lui reprochait que les services qu'il rendoit à l'Etat , et rattachement qu'il avoît pour son bienfaiteur. Ses crimes étoient sa droiture, sa fidélité, sa reconnoissance. Tout le changement qui s* fit en lui , fut qu'il jouit de son repos et de lui-même* II se retira dans la solitude, portant avec lui sa réputation et son iiniocence , et faisant du triomphe de ses envieux, un sacrifice volontaire à son Prince et a sa patrie. C'étoit assez, pour lui de faire cesser les moindres prétextes des troubles dont ta France étoit agitée ; et ne pouvant servir le Roi par ses actions et par se$ discours, il le servit par son repos et par son silence.

Que dis-je , Messieurs , par son repos et par son silence l Sa retraite ne fut ni lâche ni oisive, tek se formoient d'heureux projets pour la réunion des esprits , quand ils seroient capables de raison ou de repentir. Oe là couloit une source secrète de sages conseils sur tous les serviteurs fidèles. Sa solitude lui servoit comme de voile pour mettre en sûreté (importance de ses services. De ce port ou la tempête l'avoit jeté , il marquoit les routes qui pouvoit sauver du naufrage. On eût dit qu'il n'étoit sorti de la Cour que pour y être et plus accrédité et plus utile ; et son absence ne fit que montrer le désir qu'on avoit eu de le retenir , et -^impatience qu'on eut de le rappeler. ^

Aucun nuage ne troubla depuis la sérénité de< sa vie. Sa prudence ne permit plus rien au caprice de la fortune, et l'envie qui poursuit sans cesse les autres vertus, eut quelque honte d'avoir une fois attaqué la sienne;'

Que ne puis- je vous le représenter aprèa son

de M. le Chancelier le 'Teltier. i&S

retour, avec cet ascendant qu'il eut toujours sur*» 1m esprits , ménageant les craintes et les défiances des uns, animant les désirs et les espérances des autres; liant les grands par des traités, gagnant les peuples par des remontrances, jusqu'à ce que Dieu eût béni ses travaux, et rétabli par sa miséricorde l'autorité du Prince, l'honneur du ministère , et la concorde d'un Etat qu'il vouloit mettre au-dessus des aulres par une heureuse paix ou . par de .continuelles victoires!

Que ne puis-je plutôt vous montrer la part qu'il a eue aux glorieux évènemens d'un règne rempli de merveilles ! Les affaires d'Etat , selon l'Ecriture, sont des mystères du conseil des Rois (i): il n'y a que ceux qui entrent dans le sanctuaire . qui puissent en savoir les secrets. On ne les voit pas en eux-mêmes : mille voiles les dé* robent à nos yeux. On ne les voit que dans les mouvemens qu'ils font , et dans les effets qu'ils produisent.

• Rappelez donc en votre mémoire ces guerres *î renommées dont il fut le directeur et le ministre; cette paix fortunée dont il fut le solliciteur, et pendant le traité, le dépositaire ; ces conquêtes serprenantes, dont il a voit été comme le prophète; ces négociations avantageuses , dont il fut et l'auteur et le conducteur par ses projets et par ses vues. Ajoutez à tous ces honneurs le témoignage dHin Roi , dont les paroles sont des oracles : Que jamais homme sur toutes sortes d'affaires n'a* voit été de meilleur conseil.

Cependant , Messieurs , a-t-on vu dans sa conduite quelque apparence de vanité f S'est-il écarté de l'honnête simplicité de ses pères f À-t-i) répandu en superfluités de festins ou de bâtimens» ce qu'il teuoit des libéralités du Roi, ou de S*

(i) MjHerium «eftràb» *i£ Jnctit, i, *

i84' Oraison Jiinêbrâ

^prudente et modeste économie f A-t41 prodigué ' des trésors pour embellir ses maisons t et forcé la nature et les élémens pour orner ses solitudes ! ' Qu'a-t-il cherché dans sa retraite deChaville, que les pures délices de la campagne ! Et quelle peine n'eut- on pas à lui persuader d'étendre un peut , ' en faveur de sa dignité , les limites de son* pat ri- • moine , et d'ajouter quelques politesses de l'art aux agrémens rustiques de la nature ?

De ce fonds de modération naissoit cette douceur, et cette affabilité si nécessaire et si rare dans les grands emplois , où l'importunité des hommes , l'opiniâtreté du travail -, et je ne sais quel esprit de domination rendent l'humeur 'austère et chagriue. 11 écoutoit avec patience, il ao cordoit avec bonté, et refusoit même avec grâce. Accessible 9 accueillant , honnête , sachant employer son temps , et quelquefois même le perdre pour compatir à des misérables, à qui il ne reste d'autre consolation que celle de redire ennuyeusement leur misère ; il se communiquoit selon les besoins, et ne pouvott souffrir ces hommes char- . gés des affaires du public et des particuliers , qui se renferment et se rendent comme invisibles , e{ se font de leurs cabinets comme un rempart è leur oisiveté ou à leurs plaisirs, contre les* peines et les devoirs de leur ministère.

Mais quelle étoit cette douceur, <£u and elle se ranfermoit dans l'enceinte de sa famille , et dans les bornes d'une vie privée ) Quel sage et noble repos i Quelle tendresse pour ses enfans ! Quelle union avec cette épouse fidèle , qui , selon le langage du Saint-Esprit , est la récompense de L'homme de bien ! Quelle sensibilité et quelle constance pour ses amisl Qu'il eût aimé a jouir en repos du fruit de ses travaux dans une heuçeuse > Vieillesse! Il laissoit à l'Etat un fils dont il a voit formé i'esprit et la <venr ; Ui remplissjoieût ,1*3

de Mïle Chancelier le Tellier. i85 mêmes emplois avec les mêmes vertus ; et ils auraient été l'un et l'autre inimitables, si le père n'eût eu le fils pour successeur, et si le fils n'eût eu le père pour exemple. Mais sa vertu de voit continuer jusqu'à la fin , et l'élever au premier trône de la justice , je veux dire , à la charge de chancelier de France. Ut ascenderet in exeelsum terrœlocum (*).

La première fonction des Rois, et la partie la plus essentielle de la royauté, c'est la ■ justice. L'Ecriture , après avoir représenté le courage de David dans ses combats, et sa reconnoissance dans ses victoires, ajoute incontinent comme la perfection de son règne , qu'il rendoit justice et jugement à son peuple: Regnavit David super omnem Israël , et faciebat judicium et justitiarn omni populo (2). Ce n'est que par occasion qu'ils ont des ennemis a vaincre , et c'est par institution qu'ils ont des sujets à geuverner : et comme il leur convient de choisir des hommes puissans * pour porter leur foudre dans la conduite tumultueuse de la guerre , il leur importe encore plus de choisir des hommes justes pour exercer leurs iugemens dans une charge où résident Tordre et la paix intérieure de l'Etat ; et qui est comme un canal spirituel 9 par où la protection des lois et de la justice descend du Prince vers les peu* pies , et le respect et la fidélité des peuples remontent vers le Souverain.

Qui est-ce qui s'est acquitté plus dignement de cette suprême magistrature, que M. le Tellier? En entrant dans le ministère, il ne s'étoit pas éloigné de la justice, il en avoit conservé les lumières et les maximes au milieu de la politique, et s'étoit uni plus étroitement avec qlle , en s'ajv prochant d'un Roi qui en fait la règle de ses désirs

(1) Je Re$. 9. 24. (a) Reg. c. g.

»96 Oraison funèbre

et de ses actions ; qui veut qu'elle règne sur set sujets et sur lui-même, et qui lui soumet tout» jusqu'à ses intérêts et sa gloire.

Mais lorsqu'il se vit établi arbitre souverain des lois, il se fit des principes inviolables d'une exacte et sévère équité. 11 s'appliqua à discerner la cause du juste d'avec celle du pécheur, à découvrir la vérité au travers des voiles tiu ment longe et de l'imposture dont les cupidités humai* nés la couvrent; à séparer les formalités nécessaires d'avec les procédures obliques , et ces ma» lignes subtilités que l'avarice a introduites dans les affaires; et pour rompre l'iniquité dans sa source, il arma son zèle contre les juges qui la commettaient , ou qui la souffroient.

Au milieu du palais auguste , et presque sous le trône de nos Rois , s'élève , sous le nom da conseil , un tribunal souverain , où l'on réforme les jugemens , où l'on juge les justices. C'est là

3ue la foible innocence vient se mettre à couvert e l'ignorance ou de la malice des magistrats qui la poursuivent. C'est de là que partent ces foudres qui vont consumer l'iniquité, jusqu'aux tribunaux les plus éloignés : c'est là qu'on règle le sort des juridictions douteuses, et que du haut de sa dignité le premier et universel magistrat, au milieu des juges d'une probité et d'une expérience consommée , veille sur tout l'empire de la justice, et sur la bonne ou mauvaise conduite de ceux qui l'exercent.

11 entretint l'ordre que sb$ prédécesseurs avoient établi dans le conseil, et il l'augmenta. Il n'y souffrit aucun de ces relàchemens que le temps n'introduit que trop dans les compagnies les plus régulières. Y eut il rien de tumultueux ou de déréglé dans sa discipline? Vit-on donner arrêt contre arrêt , et confondre les droits et les espérances des parties par les contradictions scandaleuses f

de M. le Chancelier le> Teltier. 187

Cous prétexte qu'on n'y touche cas au fond des affaires, les négligea-t»on ? Vît-on jamais affaiblir la justice en faveur des juges, et livrer la bonne cause à leurs passions, sous prétexte de la renvoyer à leur conscience?

La veuve et l'orphelin ne se plaignirent pas de la lenteur ou de la faiblesse de son Âge. On n'ouit pas ces tristes prières : Jugez-nous , Seigneur , parce qu'il n'jr a point de jugement sur la terre* Il savoit qu'un juge doit rendre compte non-seulement de son travail , mais encore de son loisir ; 2u'il est également coupable de laisser triompher 1 malice des uns, ou languir la misère des autres: qu'il doit racheter le temps , et abréger les mauvais jours que le procès donne à des misérables 9 qui ne sont pas. moins ruinés par la longueur des procédures , que par Terreur du jugement.

M. le Telher, comme un autre Moïse (1), partagea son esprit avec ceux qui se trouvoient asso* tiés à sa judicalure ., esprit de régularité et d'or* dre. Une téméraire jeunesse se je toit sans étude et sans connoissance dans les charges de la robe: on enrroit dans, le sanctuaire des lois en violant la première loi , qui veut qu'on soit instruit de sa profession. Pour obtenir les privilèges des jurisconsultes', il suffisoit d'avoir de quoi les acheter; l'équité s'éteignoit avec la science , et les fortunes particulières tomboient entre les mains de ceB ignorans volontaires , à qui le pouvoir de les dé* fendre étoit un titre pour les ruiner. Il rétablit les études, et fit revivre dans les écoles du droit, ces exercices publics et solennels, et ces rigoureuses épreuves qui feront refleurir les lois et l'éloquence de nos pères.

Quel soin n'eut-il pas d'arrêtée en plusieurs rencontres l'intempérance d'esprit et la licence d'écrire

(i)Exod. 18.

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de ceux qui, par un vain désir de gloire , se font une malheureuse occupation de recueillir leur* vaines pensées ; ejt pour se soulager du poids dç leur oisiveté, et faire perdre aux autres Un temps qu'ils perdent eux-mêmes , jettent dans le publié les fruits amers de leurs études frivoles ou mai digérées l

Quelle précaution n'avoit-il pas accoutumé de prendre dans les rémissions et les grâces qu'il accordoit , craignant également de prodiguer ou 4e resserrer les bienfaits du Prince, se souvenant, comme parle Tertullien , du pouvoir de la jurisprudence , et n'oubliant que les foi blés ses de l'humanité (i)f

Quel zèle ne témoigna- t-it pas toujours pour l'Eglise, et par sa propre piété, et par lés soins de ce fils qui en remplit les dignités avec éclat , et qui en soutient les droits avec fermeté l Perditil une occasion ou de maintenir ses privilèges, au. de pacifier ses différends , ou d'appuyer sa disçi- 1

Eline , et même d'étendre sa foi sur les débris eureux et inespérés de l'hérésie ? '

Quel spectacle s'ouvre ici à mes yeux , et où me conduit mon sujet ! Je vois la droite du Très- Haut changer ou du moins frapper les cœurs, rassembler les dispersions d'Israël , et couper cette haie fatale qui séparoit depuis long-temps l'héritage 4 e nos frères d'avec le nôtre. Je vois des enfans égarés revenir en foule au sein de leur mère, la justice et la vérité détruire les œuvres de ténèbres et de mensonge; une 'nouvelle église se former dans l'enceinte de ce royaume ; et l'hérésie , née dans le concours de tant d'intérêts et d'intrigues, accrue par tant de factions et de ca-' baies , fortifiée par tant de guerres et de révoltes,

(1) Potes et officio tace jwisdUHoni* fungi f ei huma* mtatis menu/tisse* Ter t. ad Scap.

âe M. lç Chancelier, le TelUerê %tp tomber tout d'un coup, comme un autre Jéricho f au bruit des trompettes évangéliques , et de la puissance souveraine qui l'invite ou qui la menace»

Je vois la sagesse et la piété du Prince, excitant les uns par ses pieuses libéralités, attirant les autres par les marques de sa bienveillance; relevant sa douceur par sa majesté, modérant la sévérité des édits par^sa clémence ; aimant ses sujets et haïssant leurs erreurs,; ramenant les uns à la vérité par la persuasion, les autres à la charité par la crainte: toujours Roi par autorité, et toujours père par tendresse.

Il ne restoit qu'à donner le dernier coup à cette secte mourante : et quelle main étoit plus propr* à ce miuistère que celle de ce sage Chancelier» qui, dans la vue de sa mort prochaine , ne tenant

Sresque plus au monde, et portant déjà l'éternité ans son cœur, entre l'espérance de la miséricorda du Seigneur , ^ et l'attente terrible de son jugemont , méritoit d'achever l'œuvre du Prince , ou pour mieux dire l'œuvre de Dieu , en scellant la révocation de ce fameux édit, qui avoit coûté tant de sang et tant de larmes à nos pères ? Soutenu par le zèle de la Religion, plus que par les forces de la nature, il consacra par cette sainte fonction tout le mérite et tous les travaux de sa charge» On vit couler de $es yeux , que sa foi seul* sembloit tenir encore ouverts, ces larmes heureuses que tiroient de son cœur attendri la piété du Roi et la réunion de son peuple. On vit tomber de leur propre poids ces mains fatales à Terreur, qui ne de voit plus servir désormais à aucun office; humain et terrestre. Il recueillit %on ame et voyant avec joie le salut du Seigneur et la révélation da là vérité répandue dans toute la France , il acheva le sacrifice de cette vie mortelle, dont il avoit eu,» *ans émotion et sans crainte, l'affreux appareil présent depuis plusieurs jours.

I0o Oraison funèbre

il l'avoit bien connu , Messieurs , que cetttf dignité et cette gloire dont on l'honoroit, n'étoit qu'un titre pour la sépulture. Au milieu des gran- j déurs humaines, il en découvrit le néant: il se vit mortel, et se sentit tel que nous le voyons aujourd'hui, Ulustre^iètes qui m'écoutez, voyez cette pompe funèbre^ lisez ces tristes caractères qui font l'éloge de ce ministre , et apprenez où doivent aboutir vos desseins , vos prétentions et vos fortunes , si vous ne les soutenez par vos bonnes œuvres, et si vous ne prépare^ comme lui par vos prières , par vos larmes, par l'usage des Sacremeus, une mort qui ne laissera pas un long espace à la correction et au repentir f ou à la sanctification de vos âmes.

Comme il avoit vécu sans passions , il mourut tranquille. Il n'y eut point dans son esprit de foiblesse à ménager. La chair et le sang n'amollirent pas son courage. La mort ne lui fut pas amère, parce qu'il n'avoit pas mis sa paix dans M prospérités ni dans ses richesses. On n'eut pas besoin de chercher pour lui ces tours ingénieux, qui ne font entrevoir aux malades le danger où ils sont , qu'au travers de feintes promesses , ou dé vaines espérances de guérison. Il ne fallut pis emprunter la voix d'un prophète inconnu 9 pour lui dire , Comme à Ezéchias (i) : Vous mourrez. Un fils osa rendre ce triste et charitable office i son père; ë$ là fidélité de l'un fit voir la résigna* tion de l'autre.

Il reçut sans trembler la réponse de mort, comme parie l'Apôtre (2). On vit en lui cette tristesse de pénitence, qui opère le salut, et non pas cette douleur d'inquiétude et d'abattement qui porte au péché j une confiance sans présomption 9 •I une crainte #ans foiblesse j une sublimité

{1) Réf. 4. ao. ' W H. Cor. *•

de M. le Chancelier te Telîler. iqi

chrétienne , sans aucun mélange de vanité philo* Jophique, d'autant plus dangereuse à l'extrémité 4e la vie , que l'homme près d'être jugé , doit •'humilier davantage devant son juge.

Que si le commerce des hommes et la dissipa* tion de l'esprit , inévitable dans les grands emplois, ont laissé quelque impureté dans une vie «ussi sage et aussi chrétienne, achevez, mon Dieu, de pain fier , par le .sang de votre Fils , cette ame que vous avez conduite dans les voies de la vérité et de la justice, et que vous avez élue pour jouir sans fin de votre amour et de votre gUire.

Sacré Ministre (1) de Jésus-Christ, qui, dans la chaire évangélique, avec une éloquence vive et chrétienne , avez avant moi consacré la mé« moire immortelle de ce grand homme, achevez, d'offrir pour lui cette hostie innocente et pure qui lave les péchés et les fragilités du monde. Peuple , qui ressentez encore les effets do son exacte équité , reprenez le Cantique qu*il avoit commencé des miséricordes éternelles (2). Et vous , vaillans et malheureux guerriers , qui , dans cet Hôtel royal f traînant les restes de vos corps au pied de ces «u tels , attendant avec patience une mort que vous avez js» souvent bravée , sacrifiez au Dieu de la paix les lauriers que vous avez cueillis dans les armées, et faites des malheurs de votre ambition et de votre gloire, les fruits dé votre pénitence j redoublez pour son repos éternel , ces voeux ar» dens que vous avez si souvent fait» pour une; vie, fi utile et si précieuse*

(1) M. Bossnèt , éyéque . de Meaux , officiant.

(a) A&sericordfas JQwiùU, ik içUrnunfr €QnUfo* Peu

i$a Oraisçn funèbre

ORAISON FUNÈBB.E

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