‹ Recueil des réponses faites par les communautes de l'élection de Gap au questionnaire envoyé par la commission intermédiaire des états du DauphineChapitre 114 sur 219 · ASSEHRLÉE DE LA COMMUNAUTE · texte numérisé non relu

ASSEHRLÉE DE LA COMMUNAUTE

Du 5 avril 1789, au lieu de Moydans, au devant de l'église, h l'issue de la messe paroissiale, lieu accoutumé pour tenir les assemblées de la communauté, le conseil général des habitants s'est assemblé aux formes ordinaires, par-devant s' Jean Miellou, châtelain , à la requête de Jean-Baptiste Fériaud et François Bernard, consuls modernes dudit lieu.

(*) Joseph de Meynier-Rocheforl. -^' Sur i^état des archives de Moydans

('^ Par Jean Romane, géomètre de en iSS']^ yoir Procèi-verbaux du Corueil

Mérindol; petit in-folio de i35 feuil- général de$ Haute$'Alpei , août 1888 ,

lets. p. 156-167.

A laquelle aitemblée ont amtté Antoine Goigou , Pierre Rey nier, Nicolas Faure, Jean-François Reynier, lacques Iean,IeanRichaad, Jacquet Blanc « Claude Gueytte, Jean Faraud, Antoine Philibert, Jacques Guigou, Antoine Eysseric, Antoine Ghabal, Etienne Bru* nel, Antoine Colomb» tous particuliers et habitants dudit lieu; auxquels il a été proposé par lesdits consuls, qu'en suito de la lettre de MM. les Procureurs généraux, syndics des États du Dau<^

f)biné , il était à propos de répondre à ladite lettre et de supplier a Cour intermédiaire de nous permettre les impositions ci'-après. Ce qui a été fait aussitôt de la manière qui s'ensuit :

Premièrement, août sopplioDs la Cour iotannédiaire de nous permettre une impositioo de vingt-cinq livres pour Tsatretien de relise, ci 951.

Cinquante livres poiu* rentretien des footaiueB 60

Quarante-huit livres pour les gages du garde-champétre ... &8

Quarante-huit livres pour les gages d*on maître d*ëeole .... 48

Six cents livres pour bAtir une maison commune , cnii est d*une nécessité incuspensable pour Téducation des enfants et pour la conservation des papiers de la communanté. Le pays étant si resserré en logement qu on ne trouve pas un coin de maison à louer pour y tenir les petites écoles , espérant lesdits habitants et suppliant très humblement les messieurs de la Cour intermédiaire de leur donner quelque encoura* gement pour qu'ils puissent procéder sans d^ai à la coustmction d*un bAtiment si utile k la société. Le petit nombre d'habitants, dont les trois quarts au moins sont dans la détresse et plusieurs dans la misère , la dépense considérable nous font espérer qudques secours de la Cour intermédiaire 600

Quarante-six livides pour la d^nse des affaires de la communauté 46 ^^^

Lesauels articles ont été jugés utUes et nécessaires par tous les assemblés ci-dessus, nul ne discordant, et prient M* Nicolas, de Serres , notaire , membre des Etats du Daupbiné , de faire passer lu présente délibération avec la réponse à la lettre de MM. les Procureurs généraux, syndics du Daupbiné, ci-jointe. Et le sieur châ-

•*^ Le total des charges locales, en vres ; gages du gard<^bois,5o livres; gages

1789 et 1700, n'est pas connu. En du sonneur, 6 livres < port do lettres,

1791, il est de %kù livres (Ordonnanco 8 livros{ entrelien des fontaines, is li-

du '1 mars 1799 h entretien de réalise, Yres(C 167, f 71). Lc5fëvr. 1791, U

27 livret; gagps du mai* rc d'école. ïo li- municipalité propose a4o livres, (ibid,)

MOYDANS. 296

telain» ayant donne acte, a signé avec ceux qui ont su écrire, et les non signés illettrés, enquis et requis.

Signé : MiBLLOu , châtelain, J.-B. F^riaud, consul, N. Faubb, C. GuEYTTE, p. Rethier, Chabrol, secrétaire-commis.

NEFPES.

ArrondisBement de Gap, canton de Tallard, commune; 780 mètres d'altitude ; à 9 kilomètres de Gap; superGcie en hectares, 8&5; habitants, Saa.

Réfonse des ojiciers municipaux de la communauté de Neffes aux différentes questions proposées par MM. les Pi'ocureurê généraux^ syndics des hlats de Dauphiné, par leur lettre du 5i g février tySg.

1 . L'étendue du territoire de la comnnuiauté de Neffes est de trois quarts de lieue de longueur du nord au midi et d'une demilieue sur sa plus grande largeur, qui va en pente du couchant au levant. Il n'y a qu'une seule paroisse ^'^ et un seul village qui est le chef-lieu composé d'environ 3o familles; les autres sont éparses dans le territoire, la plupart isolées, quelques-unes ne sont réunies que jusqu'au nombre de 5.

2. Cette communauté n'est que de 80 familles ou habitants qui donnent environ &00 personnes , y compris quelques domestiques ou valets ^^K

3. Point de médecin ni chirurgien. Il faut recourir à ceux de Gap ou de Tallard, qui sont éloignés de plus d'une lieue.

4. Il n'y a point d'accoucheuse instruite des principes de l'art. Les femmes sont obligées de se rendre mutueUement ce service, de sorte que la naissance des enfants et le sort des mères sont presque uniquement confiés aux soins de la Providence.

5. Depuis longtemps on n'a pas reconnu de maladies caractérisées épidémîques; quelquefois, au commencement du printemps,

^*} Sous le voeabie de la Ntlivité de '^ Épare dans ies hameaux ou iieux-

N.-I). Le chapitre el rarchidiacre de dits : les Bénécbons, ies Blacliont»,

Gap , collaleurf). Cf. Inlroduclion de G VI , Rlayes , la Charière , fa Cote , îe« Forr«sls ,

p. cxLii. les Martels, Pré-Longet.

296 KJ.ECTION DE GAP.

il y a des inflammations de poitrine ou points de côté, et à la fin de l'ëtë, des fièvres putrides et des dysenteries. On ny a point encore pratiqué l'inoculation de la petite vérole. Les habitants y sont trop pauvres pour y introduire cet usage.

6. Toutes les maisons ne sont construites qu'en pierres avec de la terre; il ne se fait point de chaux ni plâtre dans le pays, faute de bois; il faut les tirer des pays circonvoisins, et il en coûte plus de 31. 10 s. la charge de mulet, composée de deux petites bennes. Sur 8o habitations, il n'y en a que i5 couvertes en tuiles, toutes les autres le sont en paille, très exposées à être incendiées, parce que les extrémités de ces couverts tombent jusqu'à ras de terre. Point de carrière d'ardoises ni de lauses. Il y a une fabrique en tuiles à l'extrémité , mais le propriétaire n'en fait qu'au fur et à mesure qu'on lui en demande et qu'il est assuré du débit de la fournée, encore la disette de bois ne lui permet pas de les perfectionner par la cuisson nécessaire; ce qui fait qu'elles ne sont pas de longue durée, et elles reviennent au moins à 7 livres le cent. Ainsi le prix de la toise de couvert est de 16 à 18 livres, parce qu'il faut tirer le bois de charpente de plus de trois lieues, par des chemins les plus difficiles, ce qui rend le transport fort coûteux; aussi les maisons sont mal construites, mal couvertes et peu solides, très souvent endommagées par les pluies et les orages, continuellement susceptibles de réparations.

7. La nature du sol est en général très mauvaise : une partie est de qualité pierreuse et quasi pétrifiée en dedans qui ne peut pas recevoir un demi-pied de culture, par conséquent des plus arides; l'autre partie est une qualité de grosse terre dure et compacte, qui, une fois desséchée, résiste à la plus forte charrue, par conséquent de la plus difficile exploitation, qui décourage le cultivateur. Aussi la plupart jettent leurs semences sur le cru et sans préparation, pour ne pouvoir entretenir des bêles de labour assez fortes pour remuer leurs terres. Le terroir est presque tout en pente et, pour peu que les pluies abondent, elles emportent le peu de bonne terre meuble ou elles la ravinent. Cela arrive chaque année.

8. Les espèces de récoltes qu'on y perçoit sont en blé froment, seigle et vin; les menus grains ou transaux ne sont presque d'aucune considération, attendu que les terres ne sont susceptibles d'être semées qu'à l'alternative, une année l'autre non; si on faisait autrement, on perdrait ses travaux, même jusqu'à la semence. Les

NEFFES. 297

arbres fruitiers ne donnent pas pour les besoins et l'usage nécessaire du pays. Les noyers, qui sont les arbres les plus nombreux, à peine donnent-ils du fruit une année sur trois, h cause des froids et gelées fréquents du mois d'avril qui est le temps de leur pousse et de leur première végétation; ainsi, leur produit ne compense jamais le préjudice qu'ils causent aux autres récoltes, parce que leur ombre et leurs racines s'étendent au loin et dévorent tout.

9 et 10. La nourriture ordinaire des babitants est du blé méteil ou seigle; le peu de froment qu'ils recueillent, ils le vendent, soit pour payer leurs charges ou dettes, soit pour se procurer une plus grande quantité d'autres grains de moindre qualité. On ne perçoit pas plus, année commune, de 65o charges, moitié froment, moitié méteil, seigle et autres menus [grains] en petite quantité , à la mesure de Gap, sur quoi il faut prélever environ 3q5 charges pour les semences et les censés que le seigneur exige; de sorte qu'il ne reste pas 3oo charges pour la consommation de ^oo individus, pour la subsistance desquels il faut au moins 8oo charges par an ; par conséquent le rapport des grains perçus avec la consommation des habitants est en déficit au moins de 5oo charges par an, que ces mêmes habitants ne peuvent se procurer qu'aux marchés de Gap ou par le moyen des emprunts qu'ils font chez d'autres particuliers des communautés voisines, souvent à gros intérêts, de façon que la plupart mangent lem*s récoltes en herbe, comme on dit.

11. La seule production surabondante est celle du vin, qu'on porte ou qu'on vient chercher de Gap à dos de mulet au temps de la récolte, n'y ayant ni foire ni marché dans le lieu pour en opérer la consommation. Il n'y a que peu de particuliers qui le conservent jusqu'à l'arrière-saison , ce qui est cause que cette denrée y est toujours vendue au plus bas prix, et sa surabondance ne suffit pas aux frais de la culture des vignes, à laquelle on est continuellement occupé depuis le mois de mars jusqu'à la fin de juin, ni au payement des charges que les habitants supportent; d'ailleurs, le sol n'est que médiocrement productif, même avec la meilleure culture, qui est très dispendieuse. Les habitants des conununautés voisines en possèdent au moins le tiers.

12. Il n'y a ni bois ni forêts pour l'usage commun et particulier, par conséquent nulle proportion avec les besoins des habitants, qui sont obligés de le tirer des lieux circon voisins; à peine y

trouve-t-on le boit suffisant pour cuire le pain à la faveur de quelques mauvais cbéues et de quelques broussailles.

13. n n'y A point de communes proprement dites. Il y a bien un certain espace de terrain au bas du vallon, que le torrent, appelé Mardarel, qui se précipite du pied de la montagne de SéûÈê, a envahi, qu'il occupe entièrement par les changements fréquents de son cours. On n'en tire aucun avantage. Cependant si on pouvait fixer le cours de ce torrent, on pourrait gagner une étendue de s 5 à 3o charges en semence qui produisit quelque chose dans la suite, mais la communauté n'a jamais osé se livrer i^ cette entreprise, faute de moyens et de secours pour une si grande dépense. Le seul moyen serait de le contenir dans un lit fixé par des digues.

14. Il y a cinq torrents qui traversent en différents sens le territoire. Le premier appelé nousines qui coule sur toute la longueur du terroir du nord au midi; le second appelé le Chaffaut qui va de l'ouest à l'est sur la largeur; le troisième appelé Marikrel, le même dont on a parlé ci*dessus, qui a la même direction que le précédent et qui partage le terroir par le milieu; le quatrième appelé MalpoB, au midi de l'autre, ayant la même direction; le cinquième appelé Riout-Pioulenc , qui traverse une partie du territoire du levant au couchant.

Tous ces torrents ne donnent de Teau que par la fonte des neiges des montagnes qui dominent, et elles ne durent que jusqu'au mois de juin. Ils sont totalement à sec dans Tété , par conséquent ils ne donnent point d'arrosage dans cette saison où il est le plus nécessaire. De là , point de fourrages. Ils ne laissent pas que de causer les plus grands ravages au bas du vallon, surtout dans le temps des orages et des grosses pluies. Alors les eaux se précipitent depuis le sommet de la montagne de Séilse^ elles entraînent des rochers énormes et en quantité, qu'elles vont déposer et entasser au bas du vallon, ce qui jette ensuite les eaux sur les terres latérales qui y sont cultivées, qui les endommagent. Ces accidents sont très multipliés dans ce pays.

Ces mêmes torrents ont creusé, dans le penchant de leurs cours, une profondeur considérable, ce qui emporte une grande étendue de superficie. Leurs rives ne sont que des roches coupées par d'autres ravins, nullement susceptibles d'aucunes plantations ni productions, et ce qu'il y a de plus surprenant, c'est que dans la longueur de cette profondeur, il ne jaillit pas la moindre source,

NEFFES. 999

ni le moindre fiiet d'eau ; aussi on ne peut pas former même le plus petit coin de jardin sur tout le long de leur cours.

15. Il n'y a absolument que neuf ou dix propriétaires qui puissent chacun nourrir et entretenir une paire de bœufs , encore faut-il qu'ils soient au-dessous de la moyenne taillo. Quelques particuliers se réunissent pour entretenir, de deux à deux, une paire, pendant trois ou quatre mois de l'année seulement, toujours de la plus petite taille. liOs autres, enfin, sont obligés de recourir h ceux qui en ont et d'attendre leur commodité , et ils ne peuvent cultiver leurs terres que dans le temps le moins favorable ; ils ne peuvent donc leur donner qu'une légère et bien mauvaise préparation pour les semences, qu'ils ne peuvent encore jeter qu'après que les communautés circonvoisines ont fait les leurs, d'où ils tirent alors quelques paires de bœufs de louage, qui leur coûtent au moins k livres par jour. Il n'y a, tout au plus, que ao chevaux ou juments de petite et mauvaise espèce , qui no donnent aucun profit aux propriétaires. Il n'est pas question dans ce pays de jeunes élèves ni de nourrissons; à peine ces bétes de somme suffisent-elles aux travaux ordinaires qui leur sont propres , et la plupart périssent entre les mains de leurs maîtres , soit par l'excès de travail, soit par le défaut de nourriture.

Les bétes d'avérage, tant moutons que brebis et agneaux, ne sont pas au delà de 5oo , et cette espèce, bien loin de s'y améliorer, s'y détériore et dépérit par le manque de pâturages et de fourrages. Le peu de prairies qui s'y trouve est presque tout possédé par les particuliers des communautés voisines ou par un bénéficier chapelain qui ne réside pas sur le lieu. Le tiers des vignes au moins est également possédé par différents particuliers des autres communautés. Ainsi nul profit de cette branche de commerce.

1 6. 11 n'y a aucun artiste vétérinaire ni maréchaux experts qui jouissent de quelque réputation acquise dans leur art. Il y a bien deux maréchaux ou forgerons qui rhabillent tant bien qu'ils peuvent les outils de labeur.

17. Nul objet d'industrie ou de commerce, nul moyen au pouvoir de la communauté d'y en établir; le seul qui reste, ce serait de fournir aux habitants des secours, pour former des prés artificiels pour augmenter leurs fourrages et leurs engrais, et bien faciliter une meilleure culture. Toute leur ressource est dans l'agriculture ; c'est d'elle seule qu'ils peuvent tirer et leur subsistance et les moyens de payer leurs charges, mais ils ne sauraient parvenir à

en établir une bonne tant cpi'îls seront dépourvus de secours et d'avances. La plupart sont forcés d'aller travailler pour les étrangers et de négliger leurs propriétés, pour se procurer le supplément de leur subsistance qu'ils ne trouvent pas dans leurs foyers, où l'indigence les jette dans le découragement et celui-ci dans une inertie inévitable.

18. L'administration municipale est composée d'un châtelain que le seigneur nomme, de deux consuls qui sont nommés tous les ans dans une assemblée générale des habitants à la pluralité des suffrages, d'un syndic des forains et d'un secrétaire. Outre ceuxlà, il y a encore deux péréquateurs nommés, comme les consuls, pour les rôles de la taille, capitation , et pour l'audition des comptes.

Page 1