‹ Recueil des réponses faites par les communautes de l'élection de Gap au questionnaire envoyé par la commission intermédiaire des états du DauphineChapitre 157 sur 219 · TROISIÈME MÉMOIRE · texte numérisé non relu

TROISIÈME MÉMOIRE

Villauret, ou mieux Vilioret, section de la commune de Saint- Attband*Oze.

Observatimis que prennent la liberté défaire les habitants de Viltorel, terroir de Saint- Auban-^Oze, à nosêeignetirs des États tenant la Commission intermédiaire^ en suite de ta lettre missive que MM. les Procureurs généraux syndics leur ont fait l'honneur de leur écrire en date du 1 1 mars dernier ^ et en suite de la notice quils ont eue que c était par-devant noêdits seigneurs des États que chaque communauté^ bourg, village et hameau devait faire comattre ses plaintes et faire les obêêrva-tions qu'ils jugeraient nécessaires. En conséquence , leH habi*^ tante de Villotet prennent la liberté d' observa' à nosseigneurs des Etats :

1 • Le hameau de Villauret est dépendant de la communauté de ISaint-Auban-^^Oze et forme partie de ladite communauté, et ils sont paroissiens du lieu du Saîx. C'est dans cette paroisse, éloignée d'environ une demi^ieue, que les habitants se rendent pour assister aux offices divins. C'est là où ils sont baptisés, inhumés et ma-^ ries. Leur territoire se trouve circonscrit et enclavé dans celui de Saint-Auban-d'Oze. La qualité du sol est très ingrate, le territoire se trouve dans un endroit penchant, pierreux et montueux, étant d'ailleurs traversé par des ravins qui leur causent des dommages considérables , soit à l'époque de la fonte des neiges , soit par les pluies abondantes qui tombent en été. La production du terroir est très médioore, ne rendant au cultivateur que trois pour un et quelquefois moins « f*i les productions de leurs terres ne viennent qu'à

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force de travail et d*engrais ; d ailleurs , la position du territoire et du village est des plus mauvaises. Les habitants , restent presque

six mois de l'année sans voir le soleil qu'une heure par jour, ce qui empêche la terre de fructifier et est un obstacle pour leur récolte.

2. Ce terroir de Villauret, qui se trouve çontigu avec celui de Saint- Auban^d'Oze et qui forme une dépendance de celui-ci » ne produit que du blé seigle, très peu de froment et quelques grains transaux. Les habitants sont au nombre de 7. Il n*y en a qu'un seul qui ait du blé pour son usage, très rarement à vendre. Il en manque à tous les autres habitants, à qui plus, à qui moins, et ces habitants à qui le blé manque sont obligés d'en venir faire l'achat au lieu do Veynes, où il y a deux marchés par semaine.

3. Il n'y a aucune source d'eau ni autre ravin pour servir à l'irrigation de leurs propriétés; par conséquent, les habitants ne peuvent avoir aucune prairie. Il n'y a que quelques prairies artificielles et les habitants sont obligés, pour fournir aux besoins qu'ils ont de fourrage , d'aller ramasser quelque peu d'herbe sur les mon^ tagnes et quelque peu de lavande pour pouvoir leur aider à tenir quelques betes d'avérage.

4. Les sept habitants qui composent le village de Villauret »ont de deux à deux et séparés d'un jet de pierre les uns des autres. Leurs bâtiments sont tous en chaume , ce qui est fort dangereux pour les incendies. Ils désireraient fort se couvrir en tuiles, si le gouvernement voulait leur prêter une main secourable. Il n'y a aucune fabrique d'ardoises, de lauses ni de tuiles creuses dans le susdit endroit. Il y a une carrière de tuiles creuses dans le territoire d'Osé, éloignée de près de deux lieues du lieu de Villauret. On vend ces tuiles creuses 5 livres le cent prises sur place, ce qui les porterait à 8 livres et même à 9 livres le cent pour les transporter u Villauret.

5. Il n'y a aucune fontaine ni source d'eau dans le viUage pour l'abreuvage des bestiaux des habitants ni pour leur usage personnel. Il n'y a qu'un mauvais ravin dans. une colline extrêmement

tirofonde, qui glace pendant près de six mois de l'année et dans equol les habitants vont abreuver leurs bestiaux et puiser de l'eau pour leur usage, étant souvent obligés de rompre la glace, soit pour abreuver leurs bestiaux, soit pour y puiser de l'eau.

6. Il n'y a, dans le hameau de Villauret ni dans le village de Saint-Auban dont il fait partie, aucun médecin, chirurgien ni accoucheuse , et lorsque les habitants ont besoin du ministère de

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ces personnes, ils ont recours h ceux qui se trouvent étabb's au lieu de Voynes , distant d'une grande lieue du lieu de Villauret.

7. Le genre de bétail que tiennent les habitants de Villauret ne consiste qu'en quelques ânes ou bourriques, quelque peu d'avérage, ce qui n'est pas pour eux d'un grand produit, attendu que ce même avérage est souvent ravagé par les loups et même par les éboulements de pierres qui descendent de la montagne. Il n'y a dans le susdit hameau que deux paires de petits bœufs et les habitants qui les tiennent sont obligés de les vendre, et très souvent à perte, par les raisons qu'ils n'ont pas de quoi les nourrir pendant l'hiver.

8. Il n'y a, dans le hameau de Villauret ni dans le village de Saint-Auban, aucun artiste vétérinaire ni maréchal expert et lorsque les habitants ont besoin du secours de ces personnes, ils ont recours aux maréchaux établis [à Veynes].

9. Il n'est pas possible aux habitants de donner à nosseigneurs des Etats , malgré tous les renseignements qu'ils ont pris , l'époque à laquelle ils ont été désunis des communautés où ils étaient unis pour être ensuite unis à la communauté de Saint-Auban-d'Oze. Ils n'ont pu avoir aucun renseignement positif sur cet objet. Ils n'ont aucun cadastre ni parcellaire; ils ne sont pas même inscrits dans celui de Saint-Auban-d'Oze. Ils payent cependant leurs impositions et sont compris dans les rôles dudit Saint-Auban-d'Oze. Ils ignorent sur quel pied. Lorsqu'ils ont voulu demander des éclaircissements sur cet objet, tantôt on leur a dit qu'on les comprenait sur le pied d'un 36'de feu, tantôt sur le pied du 36' d'une belue, et enfin ces habitants ont toujours payé à l'aveu^ette ce qu'on leur a demandé. Ils désireraient cependant savoir précisément à quelle quotité ils sont allivrés et ils supplient nosseigneurs des Etats de leur donner des éclaircissements à ce sujet, on observant que les officiers municipaux de Saint-Auban-d'Oze ont toujours attention de leur faire supporter la plus forte portion , soit de la capitation , soit des charges extraordinaires.

10. Indépendamment des impositions royales que payent les habitants de Villauret, ils payent encore au seigneur des droits exorbitants, car il paraît, d'après les quittances qui ont été délivrées au nommé Dominique Girard, en l'année 1788, que celui-ci paye au seigneur, pour censé, () émines de blé, 4 émines et demie de blé méteil et 4 émines et demie de blé froment. Les autres habitants payent : qui, 3 émines de blé froment, 9 émines d'avoine;

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qui, 4 émines et demie de blé et 3 émines d'avoine, et chacun, suivant ce qu'il a plu au seigneur de lui imposer sans droit, titre ni raison légitime et par un seul coup d'autorité de sa part; et outre cela, chaque habitant lui paye encore une paire de poidets annuellement sans en connaître la cause, le motif et l'origine. Les habitants ont souvent requis le seigneur de leur exhiber les titres en vertu desquels il exigeait les susdits droits, mais ils n'ont rien pu obtenir à cet égard. Les habitants, étant persuadés qu'il n'en a aucun de légitime qui les soumette à une pareille redevance , ayant appris par tradition de leurs anciens qu'anciennement ils n'étaient pas sujets à une pareille surcharge : c'est pourquoi ils font cette observation , en suppliant nosseigneurs des États de prendre cet objet en considération et de faire rendre à ces malheureux habitants la justice qui leur est due.

1 1 . Les habitants de Yillauret ne peuvent donner aucune satisfaction à nosseigneurs des États sur le régime de la communauté. Us n'ont jamais été consuls dans la communauté de Saint- Auband'Oze, quoiqu'il soit de règle et d'usage que dans chaque communauté il y ait un consul forain. Par conséquent, les habitants de Yillauret ne peuvent rendre aucun compte de l'administration de la communauté ni apprendre à nosseigneurs des États de quelle manière cette communauté est régie et administrée. Ils ignorent également si les pauvres ont des revenus. Tout ce qu'Ûs savent de positif, c'est que dans chaque communauté où il y a un décimateur ce même décimateur est obligé par les canons de l'Église de payer la 9 4' de tous les grains décimables qu'il lève sur les habitants. Les habitants de Yillauret payent la dime à la cote 1 2* et les grains de tous les blés et autres grains qui croissent dans leurs terres, et ils n'ont jamais participé à la â4'' qui doit être distribuée, ignorant si le prieur l'acquitte ou non. Tout ce qu'il y a de positif, c'est que ces malheureux habitants de Yillauret sont compris dans les rôles des charges et jamais dans celui des récompenses. Observent encore les habitants de Yillauret qu'ils ont une montagne garnie d'herbages et sur laquelle, depuis quelques années, les habitants faisaient paître leurs avérage et gros bestiaux et avaient même la faculté de ramasser de l'herbe pour les nourrir en partie pendant l'hiver. Mais, depuis quelques années, ils ont été privés de ce droit et faculté par le fait du seigneur qui afferme les herbages de cette montagne tantôt aux particuliers des Préaux ^'^ tantôt à d'autres, qui y font

(') Hameau de la commune d*£sparron, canton de Barcillonnette.

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pditrp eotitifideilMieiit pendant ¥Mé \Mn troopedux d'avArag«» dévorent ci tnangent non seuleméfit l'herbe dé ladite montagne, mais encore la récolte de» habitants qui se trouve dans ienra terres qui avoisinent ladite montagne. Supplient encore nosseigneurs des États de prendre cet objet en considération et de leur faire rendre la justice qui leur est due ; comme aussi de leur feire rendre et restituer la liberté et faculté qu'ils avaient de bâcherer et de couper du bois dans celui qui est situé dans leur territoire, duquel le seigneur s'est emparé sans titre ni raison légitime et en prive leâ habitants.

Telles sont, Nosseigneurs, les observations que noua avons oru devoir vous faire d'après la lettre missive que vous noua avej fait l'honneur de nous écrire et ci-devant énoncée, et lesquelles obser* vations nous certifions sincères et véritables, et nous sommes soussignés CBtix qui l'avons su, les autres illettrés.

ASaînt-Auban-d'Oze, le lo avril 1789,

Signé : Jean Illy, Jean Illy-Bois^ Dominique Gisasd, Pierre RoSEAT, Jean Psuzin.

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