LA BÂTIE-VIEILLE
Sur quoi, les administrateurs de la Bâtie-Vieille ont l'honneur d'observer : i "^ que leur communauté est la seule qui contribue aux réparations de l'église et au logement du sieur curé, et qu'étant dans la nécessité de construire une maison curiale , parce que celle qu'occupe le sieur curé peut être demandée au premier jour par le propriétaire, parce qu'elle est l'unique dans l'endroit à pouvoir servir à cet usage; parce qu'elle menace ruine en plusieurs endroits et qu'on ne peut l'habiter en sûreté; d'ailleurs, la communauté, prévoyant l'embarras où elle serait s'il en fallait construire une tout à coup, et désirant de se décharger des loyers qu'elle paye pour cette maison, ils ont lieu d'espérer de la justice de MM. les Procureurs généraux syndics qu'ils voudront bien s'intéresser pour que les communautés voisines, dont les hameaux dénommés sont desservis par le curé de la Bâtie- Vieille , contribuent chacun en droit soi à proportion des habitants , tant dans les réparations de l'église que dans le logement du sieur curé; a*" que le hameau de Larra^'^ qui est à l'extrémité du terroir et dans le bas , près de la Luye et de la route de Gap à Embrun, pour s'épar* gner la peine de près d'un quart de lieue de montée rapide pour se rendre à l'église, se soumit, il y a environ trois siècles, à une censé envers l'ordre de MM. de Saint-Antoine-de- Viennois, représentés aujourd'hui par MM. de Malte, à charge qu'il lui serait fourni un prêtre pour y faire le service divin , à quoi ils sont et étaient d'autant mieux tenus qu'ils sont les décimateurs des terres comprises dans ce hameau, quoique, depuis 169s que la chapelle et la maison du desservant furent brûlés , on ne sache point que le service y ait été fait, avouant toutefois que ces messieurs payent 5o livres annuellement au curé de la Bâtie-Vieille pour administrer les habitants de ce hameau.
2. Le nombre d'hommes, femmes et enfants de la communauté et taillabilité est d'environ âoo.
3. n n'y a ni médecins [ni chirurgiens] dans ce lieu, et les secours pour cette partie viennent de Gap , éloigné de deux lieues.
à. Il n'y a point d'accoucheuses dans l'endroit; les femmes se secourent réciproquement.
5. Jusqu'ici, heureusement, la communauté n'a point été attaquée de maladies épidémiques et l'inoculation y est inconnue.
(*} Ou Grand-Larra, siège d*iuie 1100. (Cf. Albamàs, Gallia Chriêtiana commanderie des Ântonins , fondée vers noma,, 1. 1 , 1 896, in-â*, Itutr,, col. 98/i.)
6. Il n*y a que quelques maisons bâties à chaux et sable en entier, la grande partie des autres est en terre ^aise; il n'y a que l'église et deux maisons couvertes en ardoises , les autres le sont en chaume; il ny a point de carrière d'ardoise et quoiqu'on en eût découvert une autrefois dans la communauté d'Avançon, qui est limitrophe, on ne saurait y recourir aujourd'hui, ayant été abandonnée depuis longtemps ; il existe une fabrique de tuiles à demilieue dans la communauté de Rambaud , mais , d'un côté , ces fabriques en tuiles , exigeant des murs plus solides , soumettraient pour ainsi dire à une reconstruction des murs anciens, et, d'ailleurs, le manque des bois fait craindre que cette fabrique ne cesse. La toise de couvert en tuiles peut coûter i o livres et la toise en ardoise 9 livres, prix le plus juste.
7. En général, la nature du sol est de la dernière classe, eu égard à la situation des terres, qui sont presque toutes en pente, et , par là , sujettes à être dégradées et appauvries par les ravins occasionnés par les eaux pluviales, ou par celles que produit la fonte des neiges; d'autres communautés sont sujettes, comme la Bâtie-Vieille, à de pareils inconvénients, mais on ne croit pas qu'il y en ait dont la qualité du sol se trouve en même temps à des terres argileuses, pour la plupart trop compactes, enfoncées dans les lieux oà il se rencontre quelque bassin , et ailleurs trop sujettes à être emportées ; le peu de prairies que l'on y a , étant dans les enfoncements, ne produisant que des foins aigres et les terres destinées au labour, étant presque toutes fondantes , auraient besoin d'engrais réitérés, qu'il n'est pas possible de leur procurer, soit que l'on y sème les blés destinés à la nourriture du cultivateur, ou en prairies artificielles , destinées à la nourriture des bestiaux dans le temps du gros travail. Tout le sol est, d'ailleurs, sec et aride et il n'est pas possible de procurer aucun arrosage.
8. Les récoltes en grain sont en froment, seigle, méteil, et quelques grains tremoSs ou légumes, quelque peu de chanvre, indépendamment des fourrages qui, avec les pailles, servent à la nourriture des bœufs et autres Ibestiaux destinés à l'exploitation des terres, observant qu'on est obligé de se procurer de seconds foins des communautés voisines pour les mêler avec les pailles, et que, si on y a du vin pour les saisons les plus pénibles, ce n'est qu'à la faveur de quelques coins de vigne, que les habitants cultivent dans la communauté d'Avançon; les pommiers, poiriers et noyers y réussissent assez bien , si les gelées qui surviennent dans le prin-
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temps ne rendaient de temps en temps lem* production infructueuse.
9. La s 4' de la dime sur tous les grains d'hiver ou trémoïs comestibles étant , année commune , d'environ 1 5 émines , blé , froment ou méteily comme elle se lève au ta, il en résuite que la dtme de cette espèce de production est ordinairement d'environ 6o charges, prises sur un total de yao charges, dont il en reste 66 0 à l'habitant, pour les semences et pour la nourriture de sa famille et domestiques. Maintenant, pour s'expliquer sur la portion nécessaire pour les semences et sur celle qui reste au cultivateur, l'on a l'honneur d'observer que les terres, eu égard aux accidents dont on a parié , ne produisent ordinairement que de 3 à & mesures pour une de semence , ce qui fait que des 6 6 o charges portées dans la portion du cultivateur, il ne lui en reste que 5i3 ch. ù émines après avoir prélevé i&6 ch. & émines pour les semences et les 5i3 ch. a émines étant divisées également h Aa familles de 5 personnes la chacune, il leur revient la ch. 1 ém. 1 civayer par famille, dont il faut déduire i émine qu'elle paye au seigneur évéque pour droit de fournage et les charges et impositions annuelles, en supposant toutefois qu'elles fussent à égale force relativement à l'étendue de leurs possessions. Le restant des la ch. 1 ém. i civayer blé et transauxdécimables, après l'acquittement des impositions, sert à la nourriture de l'habitant, ainsi que les légumes, pour lesquels on ne paye point de dtme.
10. Le Ghampsaur est le seul pays où les habitants puissent se pourvoir les années de disette.
1 1 . La portion des denrées et productions que les habitants sont obligés de vendre pour acquitter leurs impositions ou pour subvenir à leurs besoins les plus urgents se vend aux marchés de Gap et comme , après avoir vendu la récolte , ils sont fréquemment obligés d'en racheter à l'arrière-saison , c'est à ces mêmes marchés que sont obligés de se pourvoir ceux qui n'ont point des fonds suffisants pour remplacer à un seul coup le déficit des blés qui leur manquent; il n'y a d'autre voie d'exportation que celle des bétes de bât, observant que, dans le trajet, les chemins sont difficiles toute l'année et également mal entretenus dans les communautés qu'il faut traverser. Il n'y a ni foires ni marchés dans notre communauté.
12. G est principalement de Idipoeson^^^ et coupe des arbres placés à l'entour des possessions que les habitants tirent les bois nécessaires pour les fours et le service de leur ménagé , les particuliers ne possédant en tout qu'environ ù o charges en semence de bois taillis et pins rabougris , ce qui ne répond qu'à une partie de leurs besoins et fait qu'ils sont obligés de recourir aux communautés voisines pour la modique charpente qu'exigent leurs toits.
Les outils aratoires, comme charrues, traîneaux et autres, occasionnent encore une dépense considérable aux habitants, qu'ils ne font cependant que depuis environ dix ans, attendu qu'auparavant ils fidlèrent couper deux fois l'année les bois à eux nécessaires pour cet usage, dans la forêt du seigneur, évéque de Gap, et cela en yertu d'un titre consigné dans une transaction intervenue entre les
Précédents seigneurs évéques et les habitants des communautés de iambaud et la Bâtie-Vieille ^^^ qui règle également le droit de dhne et de fournage qui lui est exactement payé. Cependant M^' l'Évéque est parvenu à priver les habitants de ce droit, en obtenant des inhibitions de son juge, il y a de six à sept ans, aux habitants de ne plus entrer dans la forêt qui est dans le territoire des deux communautés , et après la signification de ces inhibitions , il a été proposé aux deux communautés de terminer cet objet par la médiation de MM. les avocats commis par le souverain à la ville de Grenoble pour régler les difficultés des communautés^^), leurs titres et papiers furent envoyés en conséquence à M. l'Intendant, mais plus ni nouvelles ni décision.
Les habitants sont donc privés du droit, à eux acquis par un bon titre, de couper dans cette forêt leurs outils aratoires deux fois l'année, tandis que M^ l'évêque fait ponctuellement exécuter aux habitants ce même titre, ce qui est de la dernière injustice. C'est pourquoi les habitants viennent supplier nosseigneurs de la Commission intermédiaire de bien vouloir les prendre sous leur protection et daigner se charger de la décision de leurs prétentions à laquelle ils se soumettent d'avance, persuadés que M^ l'Evêque y consentira de son côté, leur intention n'étant pas d'avoir le moindre procès avec qui que ce soit, moins encore avec leur seigneur, vous suppliant de vouloir bien vous en occuper le plus tôt possible.