La consommation des habitants, année commune, pour leur
nourriture, est d'environ 3 1 o charges de blé , le reste de leur nourriture de la plus grande partie des habitants est de pain d'orge, de pain fait avec des crapes de raisins, que les habitants se procurent, la plus grande partie, des communautés voisines, de graines de buisson ou autres petits grains qu'ils cueillent dans les terres communales , pour faire du pain mêlé avec un peu de farine pour les faire subsister, et de pommes de terre; c'est encore la plus grande récolte pour la nourriture des habitants.
10. Dans les années de disette, qui l'est presque toutes les années, les consuls sont obligés de se pourvoir à Monseigneur l'Intendant, pour qu'il lui plût ordonner d'en pouvoir tirer des magasins du Roi; et ceux qui ont des moyens, qui sont en très petit nombre, les tirent des marchés de la ville de Briançon et
d'Embrun.
1 1 . Les marchés où l'on pourrait vendre du blé de surabondant, ce seront de même les marchés de la ville de Briançon et d'Embrun, où quelquefois les habitants, quand ils n'auraient qu'un setier de blé pour leur nourriture et de leur famille, sont obligés à le vendre pour payer leurs impositions et se nourrir, comme nous venons de le dire, le reste de l'année, de pommes de terre , de mauvais pain et de racines.
12. Les bois et forêts de cette communauté sont très minces, où il n'y a pas le quart de la consommation qui leur en faudrait ; si par malheur quelque village de la communauté était incendié, il n'y aurait pas de bois dans la communauté pour le rétablir.
13. Les communaux de cette communauté sont situés aussi parmi les rochers, casses ou blocs de pierres, terres arides périlleuses, très peu en gazon et pelouse; pour rendre les communaux plus utiles et le moyen d'en tirer un plus grand avantage, est que les habitants sont si pauvres et le sel si cher, fait que les habitants tiendraient plus des bestiaux, si le sel était un peu à meilleur compte.
\à. Les rivières ou torrents qui traversent la communauté sont le ruisseau de Tramouillon qui ensuite prend le nom de ruisseau du Ponteil, qui descend dans le penchant de la communauté, dans une pente très rapide. Gela fait qu'il creuse toujours plus son lit et, par ce moyen, tire beaucoup de terres des environs, qui s'éboulent dans ledit ruisseau , san^ pouvoir y mettre remède. 11 y a encore la rivière de Durance, le long du domaine de Rame, qui a déjà emporté une grande partie des terres cultivables de ce
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domaine. C'est dans ce domaine que les habitants perçoivent du chanvre , des pommes de terre , des choux , haricots , fèves et autres jardinages, qui ne peuvent pas venir dans le haut delà communauté; quelque peu du blé, qui mûrit un mois plus tôt que dans le haut de la communauté, dans la montagne; cela donne du secours aux habitants pour pouvoir ramasser le reste de la récolte. Malgré toutes les peines et soins que se sont donnés les habitants , pour entretenir les anciennes digues et en construire de nouvelles, elles n'ont pas été assez suffisantes pour garantir ce domaine des irruptions de la rivière de Durance, puisqu'elle en a emporté la plus grande partie et sur le point d'emporter le tout, si la communauté n'obtient quelques secours pour construire des digues capables de soutenir et défendre contre les irruptions de la dite rivière, car c'est les pommes de terre et autres jardinages qui font subsister une grande partie des habitants.
15. Il y a dans la communauté la quantité d'environ 170 petites vaches, pour le labourage des terres et pour se procurer quelque peu de laitage pour la subsistance des habitants, la quantité de 100 veaux ou génisses, 600 moutons, brebis ou agneaux; bétes à bât : environ une douzaine de petits mulets d'un an ou dix-huit mois, qu'ils achètent et vendent toutes les années suivantes, très souvent plutôt à leur perte qu'à leur avantage, et 60 bourriques environ pour la culture de leurs terres.
16. Dans cette communauté il n'y a aucun artiste, ni maréchaux experts, qui jouissent d'une réputation acquise.
17. 11 n'y a aucun commerce que les habitants fassent. La plus grande partie des hommes, qui peuvent sortir, s'en vont annuellement dans les provinces voisines, depuis le mois d'octobre jusqu'à
.la fin du mois d'avril, pour gagner leur misérable vie, en travaillant la terre ou en mendiant leur pain, et presque tous ceux qui restent dans le pays pendant l'hiver sont ou vieux caducs et les autres jeunes et enfants.
18. La communauté est en usage de nommer deux consuls annuellement, que l'on change toutes les années, le dimanche après la Saint-Jean-Baptiste. Les officiers municipaux sont composés de deux consuls, de deux ex-consuls, trois auditeurs de compte et deux consulaires, qui sont* choisis par ia communauté, le dimanche après l'élection consulaire. Lesdits consuls ordinairement, quoique Ton mette les rôles des impositions au bail à rabais, sont les collecteurs, attendu que cette recette est plutôt plus préju-
ÉLKCTION DE GAP.
diciable qu'uvantageuse, attendu la grande pauvreté du pays. La police est administrée par iesdits officiers, lorsqu'ils en sont requis, pour les dommages ou autrement.
19. La communauté n'a aucuns revenus d'aucune espèce qu'ils soient.
20. Les charges locales de cette communauté se montent à la somme de i,58â livres ià sols^'^ à ce compris i,ooo livres pour droits seigneuriaux ou droits de dime, 6 3 livres quelaconununauLc paye d'intérêts, pour dette de communauté au denier cinquante aux dames religieuses et au sieur Patras, d'Embrun, et àt livres \ti sols pour la vingt-quatrième des pauvres.
2 1 . Les comptes des collecteurs et receveurs se rendent exactement toutes les années , dans le courant du mois de décembre , do sorte qu'il n'y a dans la communauté aucun compte des collecteurs ni des receveurs à rendre que celui des consuls et receveurs actuels.
22. A l'égard des revenus des pauvres, ils n'ont que la vingtquatrième, qui se monte 4i livres ili sols, que les collecteurs remettent entre les mains du sieur curé^'^^ toutes les années, dont le sieur curé, de concert avec les consuls et les officiers municipaux, fait la distribution aux pauvres annuellement.
23. Il n'y a aucune fondation pour les hôpitaux ni pour l'éducation publique dans cette communauté.
2 A. Le dernier parcellaire de cette communauté a été fait en l'année l'jMi ^^K Ce parcellaire a été fait par des prixfacteurs qui y ont fait beaucoup d'erreurs , qui mériteraient de toute nécessité d'être corrigées. Le muancicr de ce parcellaire a commencé dans la môme époque, et muance sur icellui. A l'égard des titres et papiers de la communauté, les archives sont placées dans la sacristie de l'église, attendu que la communauté n'a pas de maison commune.
^*î Tel est précisément le total des charges locales donné par VEtat de V élection de Gap (G iio, f* ih) pour les années 1789 et 1790 : secrélaire-greffier, 36 1 1. ; maître d'école , 1 ôo ; gardefruits, lio\ garde champêtre, ââ; sonneur, 10; port de lettres, 6; tr abonnemf^nt de la dtme , y compris la portion congrue du curé)), 1,000; 2I1* des pauvres, il il, ik s.; intérêts dus «taux héritiei^ du sieur Hunhertn, 36; id, aux rplijfipuses (Visitandines) d'Embriin ,
36; (r droits d'inspecteur aux boucheries» , Qâ ; réparations à faire aux digues contre la Durance, 100; luminaire de Téglise, 5o; gages du ramoneur des cheminées, 18. — £n 1791, le total des charges locales est réduit à 966 i. 10 s. (Ordonnance du 9 juillet 1799.)
^*> J..B.Roiix,de S*-Clément, 1788-99.
(^) Par Jacques Chevalier, arpenteur des Grottes, Jean Chevalier, son frère, et Louis Bernard, leur cousin; in-fcbo dd 983 fcuillcls.
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Ces papiers sont conservés et fermés sous trois clefs, dont deux sont entre les mains des deux consuls et la troisième, au pouvoir du secrétaire ^^\
Observations : des constructions, réparations et entretiens que la communauté est obligée de faire. — Premièrement, la communauté ayant fait le projet de construire une maison commune, il y a environ quinze ans, dont les murs sont montés presque à recevoir la charpente du toit et, faute de moyens, cette construction est resté imparfaite, dont les murs se dégradent et tomberont bientôt en ruines, si ces mui^ ne sont pas couverts. Cette construction, elle est d'une nécessité indispensable, soit pour y tenir les assemblées, attendu qu'il les faut tenir le plus souvent à la campagne et que bien souvent le mauvais temps empêche que les habitants ne puissent attendre que les délibérations soient rédigées par écrit et forcés de se retirer, sans pouvoir délibérer; en second lieu, n'ayant aucune écurie («c) pour tenir l'école de la jeunesse, dans le même bâtiment il se pourrait trouver un appartement pour y placer les enfants. Ce bâtiment exige encore d'y faire le toit et ranger les appartements au dedans, ce que la communauté ne pourra faire , si elle n'a aucun secours.
La communauté ayant à entretenir les digues au domaine de Rame et à en construire de nouvelles, pour pouvoir le garantir des irruptions delà rivière de Durance, pour empêcher que ce domaine ne soit entièrement emporté; ce qu'elle ne pourra faire de même sans secours.
L'entrée de cette communauté était fermée par des rochers. Le chemin qui part du chef-lieu pour aller joindre la grande route à Saint-Crépin, passant par le quartier de Cala, il a fallu qu'on ait miné le rocher dans cet endroit et adossé des murs aux rochers pour le construire , que ces murs souvent dans la fonte des neiges ou lors des grandes pluies s'écroulent. Du quartier de Colla jusqu'à Chanteloube, hameau de la communauté de Saint-Crépin, le terrain fort en pente exige beaucoup de corvées.
Celui qui part du chef-lieu aussi pour aller joindre la grande route à la Roche, du côté de Rriançon, passant aussi par la Roche-Taillée, oiiil a été construit, de même en plusieurs endroits, à force de la mine et des murs adossés aux rochers à d'autres
(^- Sur la situation dos archives de du Conseil général den llautex-Alpe» ^ Chancelia en 1891, voir Procèi'Vêrbaiix août 1892, p. id5.
endroits, étant dans un terrain fort penchant et sablonneux, soutenu par des murs qui s'écroulent journellement toutes les années; ce chemin exige de même un entretien considérable.
Dans cette communauté , il n'y a d'autre eau que le ruisseau de Tramouilon, ou soit-il le ruisseau du Ponteil , lequel change de nom à mesure qu'il change de mas. C'est de ce ruisseau que dérivent tous les canaux d'arrosage pour le terroir de cette communauté.
Le premier est le canal qui arrose les prairies de la montagne de Tramouillon. Ce canal n'est pas susceptible de beaucoup de travaux.
Le second est le canal du béai de Pierre-Feue, qui passe par des rochers et précipices affreux, sur un quart de lieue, soutenu par de grands murs adossés au rocher de is, i5, jusqu'à âo pieds de hauteur, à d'autres endroits par des échafauds de même adossés d'une pointe de rocher à l'autre, qu'on a taillés à pointe de marteau, dans le roc, pour y placer les pièces des échafauds, chenaux et étançons; à d'autres endroits, on a mis des barres de fer plombées dans le rocher scabreux et escarpé de toutes parts de plus de 100 toises de hauteur, pour y pouvoir placer les chenaux du canal; à d'autres endroits, coupé le roc vif à pointe de marteau pour creuser le lit du canal dans le roc sur environ 5o toises de longueur aussi escarpé, de la hauteur de plus de soc toises. Ce canal exige des journées en grand nombre toutes les années; il n*y a pas peut-être un lieu, loin d'ici, si coûteux, ni si dangereux, pour remettre les échafauds qui tombent ou les murs qui s'écroulent; il faut attacher les hommes avec des cordes, pour les remettre, et toujours en grand risque d'être précipités.
Ce canal est d'une si grande nécessité que les hameaux du Collet y Séyes, les Faures, le Ttoure, les Roberts, les Peytavins et le Serre, n'auraient pas d'eau pour faire boire leurs bestiaux, si ce canal venait à manquer, ni même en des endroits pour faire lem* soupe; l'eau de ce canal fait que les petites sources qu'il y a dans ces hameaux, dans uq temps de stérilité et de sécheresse, manqueraient totalement, s'il n'était le secours de l'eau de ce canal.
Le troisième est le canal de Bellot, qui traverse de même uu rocher un peu moins difficile que celui de Pierre-Feue, qui va arroser le quartier de Clot-Fournier, qui passe de même à travers un rocher et soutenu aussi par des échafauds et de grands murs
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adossés au rocher sur la longueur, dans le rocher, de plus de 3oo toises; il exige de même beaucoup de journées.
Les aulres canaux qui prennent de même leur source à ce ruisseau sont les canaux du chef-lieu et celui qui va arroser le terroir du hameau du Cliambon. Tous ces canaux exigent, toutes les années , des réparations très considérables.
Il y a encore , sur la lisière de la communauté de Freissinières , les hameaux de la Casse, ks Rousses , Roussac^ les Carrais, les Auherjans, rAdroit-deS'Auberjans, Cumenal, les Combes et les Prés-delaPeure; tout ces quartiers étaient arrosés anciennement par un canal qui prenait sa source dans le ruisseau de la Ribière, et dans le terroir de Freissinières, à la montagne de Valeaute, sur une bonne lieue de longueur. Ce canal ayant été. interrompu depuis environ le milieu du dernier siècle et la communauté reconnaissant, en corps, le préjudice qu'il ferait à ses habitants et l'avantage qu'ils en retireraient si on pouvait remettre ce canal : la communauté en corps, en Tannée 1763 et suivantes, y a travaillé pour lâcher moyen de le rouvrir, ce qu'elle a fait. Mais la force des habitants de ce quartier n'a pas permis de l'entretenir* Il y a environ vingt ans que ce canal n'est pas sorti , de sorte que ces hameaux souffrent beaucoup de la perte de ce canal, qu'ils ne pourront jamais rouvrir, s'ils n'ont aucun secours; il faut qu'ils aient abandonné une partie de leurs terres, faute d'avoir de l'eau pour les arroser, et les autres ne produisent pas la moitié de ce qu'elles produisaient lorsque l'eau de ce canal les arrosait.
La communauté a encore à entretenir deux chemins pour aller à leur montagne chercher les fourrages des prairies qu'ils y ont , sur la longueur de plus d'une lieue, qui exigent de même des corvées en grand nombre.
Il y a encore les hameaux du Ponieil, hs Imberts, le Pont et la moitié du village du chef-lieu qui sont exposés aux coulées de neige et aux ravins.
Le hameau du Coullet est bâti sur terre glaise, dans un terrain penchant et mouvant, lors de la fonte des neiges ou des grandes pluies, fait que ces maisons s'écroulent et qu'elles sont, presque toutes les années, à bâtir, tellement que dans le moment il y en a eu trois de tombées. Il y a quelques années , un desquels s'est expatrié pour ne pouvoir pas rebâtir et les autres deux croupissent dans la misère , faute de moyens de pouvoir rebâtir leurs dits bâtiments.
Nous, cotisuls et autres officiers municipaux delà communauté de Ghanceila , certifions les réponses et observations en Tétat clt devant véritables, et nous sommes soussignés.
A Ghanceila, ce 3 avril 1789.
Signé : Franel, consul, F. Guieu, consul, J.-B. Reymond, Pellegrin, m. Cheylan, m. Allinieu, J. Gheylan, L. Bellot.
CHANOUSSE.
Arrondissement de Gap, canton de Rosans, commune: 78^ mètres dalliludc; à 57 kilomètres de Gap; superficie en hectares, s,o39; habitants, 176.
Mémoire de Vélat de h paroisse de Chanousse, fait par les ojfkiers municipaux.
1-2. Le territoire peut avoir une demi-lieue de longueur et un quart de largeur. L'Eglise, qui est le chef-lieu, unhameau^^^, cinquante habitants, deux cents personnes.
3. Il n'y a ni médecin ni chirurgien. Serres est le lieu où Ton y a recours.
5. Il y a longtemps qu'il n'y a pas eu de maladies épidémiques; on ne connaît point l'inoculation de la petite vérole.
6. Les maisons sont couvertes de tuiles; les greniers à foin, do paille. Point de fabriques de tuiles; il faut en faire venir de dcu\ lieues, à six livres pour une toise de couvert.
7. Le sol est montagneux, une partie regarde le septentrion et l'autre est située au midi; le tout en pente et pierreux.
8. On y perçoit du blé froment, seigle, épeautre et avoine, du vin et de l'huile, qui se consomment dans la paroisse.
9. On se nourrit des grains qu'on y perçoit. En temps de disette , on les tire du côté de Veynes.
10. Les productions des petites denrées, on les transporte a Serres. Les chemins sont mauvais.
^'^ Ou mieux, trois : Courlilles, le Sauze et Violet.
. CHANOUSSE. 107
i!2. Le bois du pays ne peut avoir d'autre avantage que ce qui est nécessaire pour Tusage.
IS. Les communaux ne soQt que des broussailles, dont le terrain est sec et aride, qui ne produirait autre cbose.
\i, BUêence^^^ est le torrent qui traverse; le sol est pierreux; l'eau qui le traverse sert à l'arroser, mais elle manque dans le besoin; on n'en pourrait pas faire venir d'ailleurs. Les différents ruisseaux qui se jettent dans Blésence dévastent et occupent ce qui serait le plus productif.
15. Dix paires de bœufs dans la communauté, vingt bétes de charge, cinq cents brebis ou moutons, qui sont de la plus petite espèce, et une plus belle espèce ne réussirait pas : on en a fait l'épreuve.
16. On ne connaît point dans le pays ni aux environs de maréchaux experts y ni des artistes vétérinaires.
1 7. Tous les habitants sont travailleurs ou journaliers. On n'a nul commerce.
18. Les consuls, châtelain, greffier gouvernent la communauté.
19. La communauté n'a nul revenu particulier. Elle doit un cens et seizain au seigneur, pour une dette qu'elle avait empruntée.
20. Il y a d'imposition pour les charges locales cent vingt livres, pour les dépenses ordinaires auxquelles elle est tenue ^^^