La population est de 878 personnes
3. Dans ladite communauté, quoique nombreuse, il n*y a aucun médecin, ni chirurgien, ni aucune personne de cet art, attendu la pauvreté des habitants.
à. Concernant les accoucheuses, il n'y en a point dans la communauté, ni n'en connaissent aucune, attendu Téloignement des autres communautés. »
5. La maladie épidémique a presque toujoui*s régné dans la communauté, et notamment en 1775, où elle fit de grands ravages; M. l'Intendant, instruit de cela, nous envoya le chirurgien de l'hôpital militaire de la ville d'Embrun, et il en arrêta le cours, les gens d'art ayant attribué cette maladie à la mauvaise nourriture et à ce qu'ils mangeaient leur soupe et pain sans sel. Quant à l'inoculation de la petite vérole, nous n'en avons aucune connaissance.
6. Les maisons anciennes sont, une partie, construites de pièces de bois entaillées , et les autres en murs fort détruits , attendu les incendies réitérés. Les couverts sont en planches, n'ayant aucune carrière d'ardoises, ni petites lauses, ni fabrique de tuiles; la toise de couvert en planches coûte 9 livres.
7. Le terrain cultivable est en général pierreux, aride, froid, peu de fonds, attendu que les ravins ont enlevé et enlèvent les terres dans les lieux montueux , et ont creusé au milieu des champs, où ils déposent tous les graviers et les rendent incultivables. Il serait de la plus grande importance d'ouvrir une issue à ces combals, pour mener l'eau et ravins au ruisseau, en les contenant par des digues, cela conserverait le plus précieux de notre terroir; mais il est impossible à cette communauté de l'entreprendre avec ses propres forces sans quelque encouragement.
8. Dans la communauté, nous n'avons seulement qu'un peu de seigle, attendu qu'en hiver il périt bien souvent sous la neige: l'orge et l'avoine y péiîssent aussi en été par la gelée blanche; très peu de 'fourrage; n'ayant aucun arbre fruitier de quelque espèce que ce soit, ni vin, ni chanvre, attendu qu'il ne peut pas parvenir
Aujourd'hui Tiourre. — ^*^ Actuellement lUaille,
dans sa maturité , ne pouvant même semer aucunes pommes de terre , comme font les conununautés voisines, parce que la gelée blanche les enlève aux mois de juin et juillet.
9. La nourriture ordinaire des habitants est le peu de seigle, orge et avoine, et des choux pour leur soupe, ne pouvant savoir la quantité des grains qu'on perçoit dans la communauté, attendu que la dîme a été toujours affermée en argent et que, annuellement, cette communauté est obligée à acheter le tiers de leur nourriture.
10. Cette communauté tire les grains, les années de disette comme les autres, des foires et marchés de Guillestre et de la vallée de Queyras.
11. Cette communauté vend quelque peu de beurre ou fromage (objet de peu de conséquence); il n'y a aucune foire, ni marchés pour le commerce, ni de passage; les bestiaux se vendent aux foires et marchés de la ville de Mont-Dauphin et Guillestre.
12. Nos forêts, en communion et indivis avec Guillestre et Kisoul, ne sont que pin, sapin et quelque peu de mélèze; elles sont beaucoup dévastées par les coulées de neige et par les détachements des pierres des montagnes; à peine trouve-t-on quelques petites pièces pour la bâtisse; elles ont peine à suffire aux besoins journaliers des habitants, vu la longueur des hivers.
13. La communauté a quelques pâturages à la montagne, qui suffisent h peine à la nourriture de ses bestiaux en été; encore paissent-ils une partie du temps dans les prés taillables, après que le foin est enlevé.
1 4. Le torrent ou ruisseau de Cristillan traverse le chef-lieu et la plus grande partie du terrain; celui du Mélézet traverse une autre partie du terrain et se réunit dans celui de CristiUan au pied du chef-lieu. La qualité du terrain est ingrate et d'une très petite production, puisque plusieurs habitants ont été obligés d'en abandonner; il est minéral en plâtre; preuve de cela : le 4 octobre dernier, il y eut un enfoncement même dans le chef-lieu, contenant environ so toises de circonférence, où il se forma un lac et endommagea une maison. Les eaux beaucoup froides, tellement qu'on ne peut arroser que sur le midi. Les moyens de rendre les eaux plus douces et plus propres à l'arrosage seraient de faire des canaux pour les faire venir cle plus loin. Le torrent de Cristillan, en temps des fontes des neiges et grosses pluies, déborde dans le
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chef-lieu et enlève beaucoup de terres, qui sont demeurées incuites et payent encore la taille ; celui du Mélézet est bien souvent arrêté par des ravins, qui font verser l'eau sur les fonds et causent de grands dommages. On pourrait contenir Icsdits ruisseaux par des digues coutures [sic).
15. La quantité du gros bétail est 3o mules, 65 bourriques ou ânes, loa vaches, génisses ou veaux; menu bétail, i,oâ 5 brebis, moutons, agneaux ou chèvres, ne pouvant augmenter le nombre, attendu que nous sonmoies obligés de nourrir les gros bestiaux neuf mois de l'année dans l'écurie, et le menu petit bétail, huit. Quant a l'amélioration, c'est le manque du sel, ne pouvant s'en procurer, attendu la cherté.
1 6. Nous n'avons dans la conmiunauté aucun artiste vétérinaire ni maréchaux experts qui nous soient connus.
17. Il n'y a dans la communauté aucune industrie ni fabrique, de quelque espèce que ce soit, ni boutique. Les habitants sont obligés de sortir du pays en automne; les uns s'en vont dans la Provence, le Languedoc ou en Piémont, pour gagner leur misérable vie et celle de leurs enfants.
18. Le châtelain, les trois consuls modernes, les trois cxconsub et le secrétaire commis forment la police du lieu et administrent la communauté.
19. La communauté n'a aucuns revenus d'octroi ni patrimoniaux, de quelque espèce que ce soit.
20. La communauté est chargée de payer le curé et le vicaire, suivant l'édit du Roi; de l'entretien de l'église, de la vingt-quatrième . des pauvres, du cierge pascal, attendu que le décimant a fait abandon de la dime qui était absorbée par ses charges. Elle paye encore des messes de fondation, l'entretien des fontaines publiques, les gages du garde champêtre, ceux du mandeur ou valet de ville, ceux du sonneur, les frais du député aux assises de Grenoble, le port de lettres ou paquets, des intérêts des anciennes contributions, de l'abonnement des droits seigneuriaux à M*' l'archevêque, de la maille d'or due au châtelain du Queyras, pour les maîtres d'école , faisant le tout la somme de mil huit cent vingt-deux livres , ci 1,823 livres.
Plus, elle paye encore à M^ l'archevêque d'Embrun, pour arrérages des droits seigneuriaux qui lui ont été fixés par la transaction intervenue entre ledit seigneur et la communauté, du
9 5 avril 1788, la somme de mille livres par an, pendant quatre années, ci 1,000 livres ^*\
!21. Les consuls sont collecteurs; ils ont rendu leurs comptes dans la quinzaine après la sortie de leur consulat.
22. Il n'y a aucuns revenus pour les pauvres que la somme de 5 0 livres, provenant de la vingt-quatrième, qui sont comprises sur les charges locales, laquelle somme est distribuée aux plus nécessiteux par le curé^^^
23. Il n*y a aucune fondation pour les hôpitaux ni pour 1 éducation publique.
24. Nos parcellaires ont été transcrits en 1768 et 1769, et parafés en 1770 par le juge archiépiscopal, les vieux parcellaires étant hors d'état à pouvoir servir ^^^; ils ne contenaient aucune mensuration, ni les nouveaux. Quant aux papiers de la communauté, les archives auraient besoin de réparations et fortifications comme étant sur la frontière et que, dans le temps des anciennes guerres, l'ennemi avait incendié le village et enlevé plusieurs papiers à la communauté. Il n'y a aucun inventaire des papiers et titres de la communauté; il serait très utile d'en faire un^^^
Messieurs, nous avons encore l'honneur de vous observer que pour nous rendre à la ville de Mont-Dauphin ou à Guillestre, soit pour fournitures de bois pour la manutention et autres fournitures pour la garnison, que la communauté est obligée de faire, et autres utilités pour les habitants , les chemins étant si impraticables par rapport aux chutes des pierres qui se détachent des rochers ou le débordement des eaux du torrent de Cristillan et autres, dans la
(^) IjC totsiL des charges locnles de Ceillac gq 17S9 est, d'après VEtat cilé (G 107, P 11 3), de 9,833 livres, savoir : cierge pascal, 6 livres; cnlrelieii de )a mais«in commune et archives, 5o livres; fontaines, 18 livres; maître d^école, 60 livres; garde champêtre, 36 livres; sonneur, 6 livres; députe à la maîtrise, G livres; port de lettres, 6 livres; portion congrue du curé, 700 livres; rétribution du vicaire, 35o livres; ûk* des pauvres, 5o livres; luminaire de Téglise, 60 livres; intérêts des fondations, i5o livres; trpour ceux dus pour la contribution payée en inhh et 17Û57», 85 livres; «pour ta maille d'or due au châtelain de Quey-
ras», 3 livres; réparations aux édifices publics, 190 livres; réparations aux chemins, 900 livres; réparations au toit de la maison curiale, 85 livres; arrérages dus à Tarchevéque d'Embrun, (t suivant la transaction du 95 avril 1 78 1 » (<ic), 1,000 livres. — En 1791, les charges locales ne sont plus que de 909 livres.
(*^ Jean Pascal, 1775-1793, émigré en Italie.
(') Ceillac possède des ff Reconnai^sances]} de 1 Û95 , in-&*, d'un certain intérêt.
^^) Sur la situation des archives de Ceillac en 1890, voir Procès-verbaux du Conseil général des Hautes-Alpes, août 1891, p. i38.
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fonte des neiges, détruisent totalement une partie des chemins, l'autre partie n'étant que précipices et rochers jusqu'à la Sauvegarde du Roi^*^, et que dans cette partie nous avons l'entretien de six ponts, qui sont bien souvent enlevés par le débordement des eaux. L'exposé que nous avons l'honneur de vous faire de tout ce que dessus est véritable et sincère.
A Ceillac, ce 3o mars 17B9, et sommes, avec un très profond respect, Messieurs,
Vos très humbles et très obéissants serviteurs.
Signé : J. Chabrand, châtelain, Claude Fournier, consul, Chafret FovBm^n 9 consul, C. Gukrin, consul, Jacques Fournier, Jacques Arnoux, Sébastien Vallérian, secrétaire commis.
^ CHAMPCELLA OU CHANCELLA.
D'après Tétymologie Cancellata et l'ancîenDC orthographe en usage.
Arrondissement d'Embrun, canton de Guillestre, commune; i,3o6 mètres d'altitude; à 68 kilomètres de Gap et â8 kilomètres d'Embrun; superficie en hectares, 3,oaâ; habitants, UI18.
Réponse des ojkiers municipaux de la communauté de Ckancella en Embrunais, aux questions proposées par Messieurs les Commissaires généraux , syndics des Etats de la province de Dauphinéy suivant leur lettre du ù8 février dernier et F état des questions y joint.
1 . Ils ont l'honneur de répondre qu'il a d'étendue , du terroir de Saint-Grépin au midi, à celui de Freissinièrcs au septei^trion , environ un bon quart de lieue; dans le bas de la communauté et dans la montagne, un bon demi quart de lieue; du terroir de la communauté de Rentier, au midi, à la limite de la montagne de Valeaute, terroir de la communauté de Freissinières, au septentrion,
^^' Cest-à-dîie au Pont la Pierre ou impôts, à charge de venir en aide aux Maiion du Roi, hameau de Guillestre, voyageurs, surtout en hiver. (Voir Inainsi nonmié à cause de la sauvegarde vent, de» Arch. de Guillestre, 1906, Inaccordée à Gailiaume Gérard le 38 oc- trod. , p. xi-xir, Invent, dex Arch, des tobre 1755, qui Texemptait de tous Haut et- Alpes , série G, 17, p. Sa.)
IU.BCT10X DK GAP.
mrumkiB ■iTinsiLk.
dont la comunauté de Réotier, demanderesse , en conteste encore une partie, malgré la décision de trois premiers arbitres en faveur de Ghancella, dont Réotier a été appelante; une possession constante et immémoriale, prouvée par une enquête d'un grand nombre de témoins, qui déposent de 5 o, 60 et jusqu'à 7 5 ans, qui ont toujours vu jour à Ghancella; un arrêt de la Cour, qui les a maintenus en la possession et jouissance des mas contestés, pendant l'instance; deux rapports d'experts, dont le dernier a été fait sous les yeux d'un seigneur conseiller de la Cour : le tout en faveur de la communauté de Ghancella. Ge procès aujourd'hui est encore , une seconde fois, en arbitrage.
Elle peut avoir de terres cultivables, par aperçu, la quantité de 5ao setérées. Elle est composée de 18 hameaux ou villages ^^\
La communauté, étant dépourvue de pâquerages au printemps et à l'automne, prit le parti d'acheter lepetit fief et domaine de Rame ^^\ en l'année i654, au prix de 8,000 livres, dont la communauté ne paya qu'une très modique partie et s'obligea du reste du prix sous une pension annuelle, qu'elle s'est rachetée un long temps après. Ge domaine est en très peu d'iles, la plus grande partie en riberages, dont la rivière de Durance, qui le borde dans la plaine, du côté du levant, passe tantôt à un endroit, tantôt à Tautre; très peu de côtes commodes pour le pâquerage, et une très modique partie en terres cultivables, consistant en 48 setérées; il a d'étendue trois quarts de lieue depuis le torrent de Saint-Grépin, au midi, jusqu'à celui de l'Argentière, au septentrion, et, dans la plus grande partie, la Durance tient toute sa largeur, par ses fréquentes inondations.
2. La population delà communauté est au nombre de 1 âo habitants, auquel joignant le nombre de femmes et enfants de chaque famille, peut consister en tout 5 00 personnes.
3. Dans la communauté, il n'y a aucun médecin ni chirurgien. Dès qu'il y a quelque personne malade, ceux qui ont des moyens, dont le nombre est très petit, sont obligés d'aller au fort de Mont- Dauphin, à la ville d'Embrun et à la ville de Briançon, éloignée de la présente communauté de quatre lieues. Gela fait que les trois quarts meurent sans secours, et, d'ailleurs, pendant les mois de
(^^ La Casse, le Ghambon, les Faii- Rama, sur la voie de Milan à Arles,
res, iesGarats, Gouas,le Pont, lePon- entre Briançon et Embrun, sur la rive
teil, les Hoberts, Roussac, les Rousses, droite de la Durance. (Otto Hirsghfkld,
le Serre, les Sëyes, le Tiourre, etc. Corpuu inscnpt, latin. Berlin, t. XJI,
L*antique station romaine de 1888, p. 6/16.)
GHAMPGELLA. 99
rhiver, le pays couvert de trois à quatre pieds de neige, très souvent impossible à pouvoir sortir du pays.
h. Dans cette communauté, il n'y a aucune femme d'instruite accoucheuse, ni aux environs.
5. Les maladies dans la conoimunauté les plus fréquentes ou ordinaires sont la fièvre maligne, la fièvre putride, Thydropisie et pleurésie, qui font souvent des ravages.
6. Les bâtiments, dans cette communauté, sont bâtis la plus grande partie en terre glaise; les autres, à chaux et sable. La plus grande partie de ces bâtiments sont couverts en ardoises et très [)eu en paille. Il y a dans la communauté une carrière d'ardoises ou des petites lauses; la carrière est très mince et d'une très petite qualité. Elle est située tout à fait à l'extrémité de la montagne, où les habitants n'y peuvent travailler que depuis la moitié du mois de juillet jusqu'à la moitié du mois de septembre, où, bien souvent, les habitants qui en font l'exploitation, à peine ils en exploitent pour payer leur nourriture. A l'égard de fabriques de tuiles , il n'y en a aucune dans la communauté, ni aux environs. Le prix d'une toise de couvert est de 6 livres.
7. Le sol de cette communauté est la plus grande partie de rochers, casses, pierres et clapiers, parmi lesquels il y a quelques petits vallons ou creux, en champs et prés, d'une très petite contenance, dans le bas de la communauté, sujet beaucoup à la sèche* resse, faute du fond de terre. Les autres terres cultivables de la communauté sont en pente, sujettes aux ravins, de sorte qu'il y en a d'emportées et d'autres surchargées en gravier ^par lesdits ravins.
8. Les différents genres de récoltes qui se perçoivent dans la communauté sont quelque peu de blé seigle, où il manque presque toutes les années , par rapport à la grande quantité de neige qui tombe dans cette communauté, située dans la montagne des plus hautes de l'Ëmbrunais. Exposée au nord, fait que les blés sont couverts de neige depuis la Toussaint jusqu'à la fin du mois de mai. Comme ils se découvrent si tard, ils souffrent et meurent presque toutes les années, de façon que la récolte en blé manque totalement presque toutes les années. Dans le bas de la communauté, il y a quelques noyers et quelques pommiers que les gelées de l'hiver et du printemps [endommagent] , il fait qu ils sont plutôt préjudiciables qu'avantageux.