SÉNÉGAL
M. Gâlandou PIOUF (Groupe de la Gauche indépendante*)
Elu pour la lre fois le 29 juillet 1934* — Réélu le 26 avril 1936.
Mes chers Concitoyens,
Je viens aujourd'hui solliciter de votre part le renouvellement de mon mandat* Je crois, pendant les dix-huit mois que j'eus l’honneur d’être votre porte-parole à la Chambre des Députés, avoir mérité votre confiance et c'est plein d’espoir que je me représente devant vous*
J'ai conscience d’avoir pleinement rempli mon devoir, d'avoir travaillé sans relâche dans l’intérêt du Sénégal, en défendant avec opiniâtreté les intérêts de ce pays et ceux de toute FÀ* O. F*
Vous savez quen briguant vos suffrages, je ne vise aucune satisfaction personnelle*
Pas un Européen qui ne connaisse mon amour pour la France, qui ne sache que mon cœur bat à Punïsson du sien, et qui ne soit certain que si notre patrie était menacée, je serais le premier à donner l’exemple du plus pur patriotisme que je prêche d'ailleurs sans cesse à tous mes Frères Sénégalais*
11 n’est pas clans mes habitudes de me parer des qualités que je ne possède pa\ Mais je peux dire sans forfanterie gue je connais mieux que personne toutes les questions qui intéressent le Sénégal* Je connais les aspirations de mes frères, je sais aussi bien ce qui peut faire leur bonheur que ce qui est préjudiciable à leurs intérêts. Je n’ai pas besoin de faire étalage des souffrances morales que j’ai autrefois endurées, des privations que j’ai dû ■m’imposer, du travail que j’ai fourni, pas plus que mes frères n’oublieront jamais tous les services que je leur ai bénévolement rendus chaque fois qu'ils eurent besoin de faire appel à mon dévouement*
Citoyens,
Si, comme je l'espère, vous me renouvelez votre confiance, je m’attacherai avec l’autorité que vous allez me donner, en plus de l'aboutissement des doléances que vous me soumettrez, à obtenir pour vous les revendications suivantes :
Dans le domaine politique :
V° Rétablissement du Conseil général du Sénégal, oîi tous les éléments du pays pourraient être représentés, car nul n’ignore que dans tous les cercles du Sénégal il y a des citoyens français j
J’ai soumis celle question à Kapprobalion de la Commission des colonies, qui a fait sien le programme que j'ai présenté*
2° Restitution au seul Parlement français du droit de légiférer pour tout ce qui a trait à l’organisation politique et judiciaire de la colonie à l'exemple de ce qui a lieu pour les Antilles et la Réunion aux termes du sénat us- consulte du 3 mai 1854*
3J Retour à la loi municipale du 5 avril 1884 et création de nouvelles communes de plein exercice. J’ai également présenté cette question à la Commission des colonies qui, à Panam mi té, Ta retenue et a nommé rapporteur M, Mon nervi lie, le député de la Guyane*
Dans le domaine administratif et financier :
1° Autonomie effective des colonies du Groupe au point de vue administratif et financier* Attribution aux mêmes colonies des recettes douanières perçues sur leur territoire, de telle manière qu’ü en puisse résulter une notable diminution des impôts directs chaque jour en progression*
2° Suppression de P octroi de mer au Sénégal*
3* Libre accès pour tous les éléments du pays au cadre administratif par voie de concours sur place*
4° Unification des traitements et indemnités pour tous les fonctionnaires d’un même ordre administratif et soumis aux mêmes conditions de recrutement à Pin verse du principe consacré par les arrêtés du avril 1921*
5° Enseignement primaire obligatoire dans les communes de plein exercice, sauf à étendre cette réforme au fur et à mesure du développement économique et social des autres villes ou escales de la colonie,
6° Création d'écoles d 'application d’agriculture*
7° Établissement des brevets élémentaires et supérieurs, du certificat d'études prR maires supérieures, d'après les mêmes programmes qu'en France*
8° Suppression de la justice indigène dans les communes de plein exercice et concentration entre les mains des seuls magistrafs de carrière du pouvoir judiciaire*
9° Création des justices de paix à compétence étendue dans tous les chefs-lieux des cercles*
10° Création dans les ressorts des tribunaux de première instance de tribunaux de commerce et de prud’hommes*
Dans le domaine économique :
1° Augmentation de la production par l'organisation d'équipes agricoles et par une meilleure utilisation de la main-d'œuvre fournie par les navétanes*
2° Création de cultures nouvelles aptes à être exportées.
3° Mise en valeur des Nyayes et création de routes en permettant l'exploitation intensive,
4° Maintien de la protection de nos oléagineux par une barrière douanière et par le contingentement*
5° Limitation des achats par les sociétés de prévoyance et admission des citoyens français qui en sont exclus jusqu'à ce jour, parce que de statut français,
6Ü Diffusion des méthodes modernes de culture au moyen de primes judicieusement allouées aux producteurs,
lù Organisation rationnelle du crédit agricole avec de larges facilités pour les colons et les autochtones désireux de pratiquer la culture intensive.
8° Aménagement des ports de Rufisque, Saint-Louis, Ziguinchor,
9° Amélioration de l'embouchure et étude de la canalisation du fleuve Sénégal, ainsi que l'irrigation des terres qui doit rendre toute sa richesse au pays,
10° Refonte du décret du 24 juillet 1906 dans le sens d’une consolidation de la propriété foncière indigène ,
11° ^Continuation de la politique des habitations à bon marché et mise en application dans toutes les localités importantes,
12° Aménagement du réseau routier de la colonie, en faisant largement appel à l’entreprise privée.
13° Exécution dans un délai minimum des travaux.de mise en valeur du Sénégal.
14° Mise en application au Sénégal de la loi Rabier.
Dans le domaine social :
1° Extension du nombre des hôpitaux et des dispensaires.
2° Réorganisation de l’École de médecine de l’A. O. F., avec possibilité pour les jeunes gens diplômés de cette école de passer directement dans les Facultés de la métropole, sans être astreints à subir les épreuves du P. C. N.
,3° Promulgation de la loi sur le repos hebdomadaire et sur la journée de huit heures.
4° Création d’asiles de bienfaisance pour la protection de d’enfance et de la vieillesse.
5° Mise en valeur rationnelle de la Casamance, qui peut devenir le grenier du Sénégal.
6° Je lutterai pour que les employés de commerce ne soient plus licenciés arbitrairement et sans qu’une indemnité calculée sur le temps passé au service d une industrie ou d’une maison de commerce ne leur soit versee avant leur départ. Nous voulons que soient respectés la finance commerciale et les droits des travailleurs honnêtes.
7a La question délicate des crédits fonciers ne nous a pas réchappé. Elle retient :notre attention, mais ne pourra être résolue de façon définitive que lorsque les finances municipales seront complètement assainies.
Des pourparlers que nous avons engagés jusqu’à ce jour, il résulte que celte question ne peut être réglée qu’avec le concours d’emprunts municipaux qui auront 1 aide certaine de la Caisse des Dépôts et Consignations.
Électeurs sénégalais,
Le programme que je vous présente est chargé, mais il n’est ni au-dessus de ma volonté, ni de mon attachement au pays, ni de l’idéal de justice que je veux voir fleurir au Sénégal. Avec laide des Assemblées locales, nous nous efforcerons de le réaliser dans l'intérêt supérieur de la colonie et de ses habitants.
En me renouvelant votre confiance, vous aiderez au rétablissement dans ce pays de la vieille confiance de jadis, dont l’apaisement moral dans l’esprit des habitants noirs et blancs que j’ai déjà obtenu, n’est que le prélude de l’ère de. bonheur pour tous auquel j ai l’ambition de largement contribuer. Ce que j’ai fait en dix-huit mois pour mon pays vous est un sûr garant de ce que je peux faire durant une législature entière.
Aux urnes donc, Citoyens, avec le calme et la sérénité qui conviennent à des hommes vraiment soucieux de défendre leurs libertés, dans la justice et le respect de la légalité.
Vive la France !
Vive le Sénégal 1
Galandou D.10UF
Cultivateur.
Député sortant.
Maire de Rufisquc.
Aacien conseiller général et colonial.
Ancien combattant.
Officier de réserve.
Chevalier de la Légion d’honneur, à titre militaire.
Croix de guerre.
— mi —
GOCHïNCHJNE FRANÇAISE
M. Jean de
(N 'appartient à aucun groupe.)
Elu, pour la l/a fois le 3 mai 193£k
Citoyens,
Les intérêts importants que je possède en ce pays me lient à son sort,
a |>pns à connaître la Cschiuchine en y ti'ava i lia 11L comme- modeste assistant de plantation. J’ai trimé sons son soleil ardent, j,’ai remué sa terre fertile*, je me suis mêlé à sa population, j'y ai connu des joies et j’y ai souffert.
N’ai-je point comme tout autre le droit de l’aimer?
Libre, n'étant affilié, à. aucune coterie, ayant une situation en vue à Paris, j’ai décidé de consacre» & la. G ochinc hi ne toute mon. activité..
La colonie souffre d’une crise qui se prolonge en dépit de l’optimisme officiel.
Versé depuis des. années dans les affaires, ayant acquis une expérience commerciale dont mes adversaires ne peuvent se targuer, j’ai pensé que je pourrais aider au relèvement économique et financier de' l'Indochine.
Vous pourrez peut-être considérer que j’ai tardé à publier mon programme. C’est que j’ai voulu d’abord, avant d’en arrêter les termes, reprendre complètement contact avec
la colonie. ....
Nulle part les problèmes ne sont plus changeants que dans les pays en pleine évolution,
ils se renouvellent avec une déconcertante rapidité.
Je crois aujourd'hui avoir compris la situation angoissante de toute la population laborieuse de cette péninsule indochinoise.
Problèmes économiques et financiers :
J’aborderai d’abord les problèmes économiques et financiers qui conditionnent la vie de tous.
Si nous ne voyons pas la fin de cette crise tragique commencée en 1930, cest que rien n’a été fait pour y mettre un terme.
En un pays dont le principal produit est le riz, il était indispensable, sitôt la crise déclarée, de tout tenter afin de permettre aux ri rie ni te urs d’écouler leurs récoltes avec profit,
Nous sommes tous d’accord aujourd’hui pour reconnaître que c est la stabilisation de la piastre indochinoise à un cours trop élevé qui a provoqué le marasme général.
On aurait du sans tarder procéder à une nouvelle manipulation de la monnaie pour l'adapter aux besoins des producteurs. Rien ne fut iait et peut-être est-il trop tard
aujourd’hui pour y songer. Nous ne pouvons mettre notre espoir qu’en une dévaluation que les circonstances imposeront.
Tout ici dépend du riz, c est une vérité dont on ne saurait trop se pénétrer*
Les problèmes financier, monétaire eL douanier ne devraient être traités qu'en les rapportant au riz. Ce n’est pas en France qu’on devrait les résoudre, mais bien sur place, au contact direct des difficultés locales*
L'idéal serait donc de faire accorder à LXndocfiine son autonomie financière et douanière. S'il n’est pas raisonnable de songer à atteindre immédiatement cet idéal, nous pouvons du moins réclamer plus de liberté d’action.
C’est ce à quoi je m’attacherai.
En tout cas, j estime inadmissible, alors que le riz est vendu à des cours très bas, quTon accable cc produit de charges de toutes sortes et principalement de droits de sortie scandaleux.
Je réclamerai la suppression de ces droits de sortie.
L’institution du crédit r
Le statut monétaire et le régime douanier ayant été adaptés au commerce du riz dont les charges auront été réduites, il faudra ensuite instituer sérieusement ie crédit en Indochine,
Commerçants, industriels et agriculteurs souffrent en ce moment d’un resserrement exagéré des crédits. Les capitaux se cachent, ils ne circulent plus, il n’y a plus afflux d’argent frais.
Ce sont les causes du marasme,
L afflux d’argent frais ne pourra être rétabli que par l’amélioration des cours du riz.
Le crédit n’existe pas et ce n’est pas l’instiLution du fameux crédit à long terme qui est susceptible de résoudre la question.
Le crédit n’existera en ce pays que lorsque le commerce de l’argent sera libre. Je n’ai point l’intention de combattre le privilège d’émission accordé à la Banque de l’Indochine, le renouvellement éLant valable pour vingt-cinq ans, la colonie s’exposerait à de lourds dommages en rompant unilatéralement le contrat qui la lie. Mais je prétends que la banque privilégiée devra se cantonner en son rôle de banque d’émission en laissant autour d’elle exercer librement toutes les banques d’affaires.
Là est la solution du problème financier et de l'institution réelle du crédit.
Questions budgétaires :
Les budgets publics ont pu être équilibrés au moyen de multiples compressions parmi lesquelles il faut signaler les réductions massives des soldes des fonctionnaires.
Je suis l’ennemi de la déflation outrancière à laquelle on s’est livré.
Mes concurrents ont promis aux électeurs beaucoup de beurre sans se préoccuper des moyens de réaliser leurs promesses. Ceci indique le peu de sérieux de celles-ci.
Aucune réforme ne sera possible tant que les budgets seront à l’étroit. Un simple équilibre est insuffisant, il laut des disponibilités. Seules des disponibilités permettront d’améliorer les soldes, les pensions, les retraites*
Pour avoir des disponibilités, il faudra, en premier lieu, mettre un terme à de multiples gaspillages, *
Il faudra ensuite avoir des recettes supplémentaires.
Le budget général est principalement alimenté par les douanes et régies.
Le rendement des douanes est par trop réduit et cela est dû à l’exagération de la plupart des tarifs, cette exagération est une entrave au commerce, ainsi qu’une prime à la contrebande, laquelle s’exerce sur une trop grande échelle. Le Service des douanes n’est pas outdlé pour faire la chasse aux contrebandiers, une organisation est nécessaire avec ua personnel renforcé*
Des tarifs mieux étudiés et une surveillance efficace permettraient de forts excédents de recettes.
Pour les régies, il y a aussi beaucoup de critiques à faire et d'ameliorations à apporter. Que d'abus k combattre en ce qui concerne la régie du sel 1
La régie de l'opium, avec quelques modifications, devrait doubler ses recettes. La régie des alcools indigènes a besoin d elrc transformée, , „ .
La taxe de circulation des tabacs ne rend pas ce qifelle devrait rendre, par suite d un
nouveau régime très défectueux
On meilleur aménagement permettrait â la colonie de doubler le produit des régies. Ajoutons à cela une manipulation de la monnaie et nous redonnerons aux budgets publics de la colonie des excédents qui pourront être employés au rétablissement des anciennes soldes des fonctionnaires et à la réduction des charges du commerce et de l'agriculture.
Citoyens,
J’a; tenu, avant de faire la moindre promesse, à traiter les problèmes économiques,
financiers et budgétaires.
Rien n'est aussi, facile que de promettre.
Tenir est plus difficile.
Avec des budgets frisant le déficit, comment peut-on proposer des dépenses supplémentaires ?
C’esi cependant ce qu ont fait certains.
Les problèmes doivent être examinés sous tous leurs angles.
Fonctionnaires,
Je rae rends compte que vos soldes et indemnités ont été exagérément diminués. Je m’attacherai â rétablir vos situations.
Les employés de l’administration doivent avoir ici des moyens d’existence décente.
On ne peut vons assimiler à des fonctionnaires métropolitains qui ignorent le risque colonial, qui n’ont pas périodiquement à aller rétablir une sauté compromise par le rude
climat tropical. , ,
J’affirme la nécessité de vous faire accorder l'équivalent de 1 indemnité de change
qu'on prétend vous supprimer en raison de la stabilisation de la monnaie locale.
Des soldes fixées en piastres sont indispensables.
Je demanderai le rétablissement intégral de l’indemnité de zone.
J'exigerai le respect de vos droits acquis, la stricte observation de votre statut.
Agents journaliers, votre titularisation s impose.
Retraités, vieux serviteurs du pays, une vie consacrée à l’administration devrait vous valoir des égards. On doit vous donner les moyens de vivre en Indochine si vous décidez cTy terminer vos jours.
Employés de commerce.
Votre sort 11c peut être amélioré que si on rend è ce pays la prospérité.
Vos patrons ne pourront vous accorder des augmentations de soldes si leurs affaires périclitent. On ne pourra imposer des charges nouvelles à vos employeurs si le marasme
dure.
Il faut avant tout que prenne fin la crise.
plus que les autres, les commerçants soufirenl de la déflation des budgets et du resserrement intensif du crédit.
JPai proposé plus haut quelques solutions de nature à mettre fin à la crise.
Employés de commerce, il est nécessaire de vous donner l’assurance du lendemain, vous
devez être garantis par des contrats, je ne parlerai pas de contrat-type, car les besoins du commerce et les situations des commerçants sont multiples et différents. Je crois cependant humain de généraliser les contrats après une période d'essai.
Vous devez être garantis contre les accidents du travail et les atteintes du climat pour vous et les vôtres. 1
La création de véritables conseils de prud’hommes s'impose.
Ko fin, vous devez être protégés contre la concurrence des employés de commerce étrangers.
Commerçante,,
Vous avez cru elTe ment souffert dé jà crise et votre prospérité dépend de celle du pays.
Vous êtes tout particulièrement intéressés au relèvement économique de l’ Indochine.
Quelques mesures peuvent cependant être prises dès maintenant en votre faveur,
bes plus touches d'entre vous 011L droit à l'aménagement de leurs dettes commerciales Le service des intérêts doit être interrompu et le remboursement du capital pourrait être effectué en vingt 01* trente? annuités.
Le resserrement des crédits vous gêne, je préconise l'institution de larges crédita
Vos patentes devraient être réduites dans la proportion de la réduction du chiffre a affaires.
Gomme vos- collègues du Nord vous alimentez le budget général, les marchés du budget general ne doivent pas être exclusivement réservés aux commerçants de Hanoï.
D’autre part, l’Agence économique ne doit pas traiter directement avec les fournisseurs de la métropole pour le compte de la colonie.
On doit réduire le loyer de l’argent, ainsi que le taux d’escompte,
bnfm, il fauL abaisser ou même supprimer la taxe générale intérieure.
Industriels,
L'industrie locale se développe tous les jours*
Il faut la développer davantage en prenant pour ses produits des mesures de protection.
Les industriels de la métropole eux-mêmes ne devraient pas pouvoir vous concurrencer Des droits protecteurs devraient vous donner un net avantage sur le marché local.
Riziculteurs,
Je vous ai réservé dans mes préoccupations une place de choix, puisque j’ai, traité votre cas au début de ma profession de foi.
Il est cependant des mesures de détails auxquelles je veux faire allusion
J’ai étudié le programme des travaux neufs! Si je suis d’accord pour reconnaître qu’en cette période de crise on ne doit pas ouvrir à la culture de Lerres nouvelles, je pense cependant, qu on devrait poursuivre l’aménagement des terres en valeur en creusant de nouveaux canaux afin d'établir un réseau plus serré de voies navigables.
L Administration devrait, d’autre part, accorder la réduction de 20 0/0 de l’impôt foncier à toutes les provinces de Cochinchine.
Les droits de sortie sur les riz devraient être supprimés, cet impôt étant une violation des lois économiques fondamentales.
La réglementation tracassière concernant les buffles devrait être re visée afin de faciliter le renouvellement des animaux de labour.
L Administration devrait être à même de fournir à tous des semences de qualité pour amelioration des grains qu'etudie d’ailleurs patiemment l’Office du riz.
Planteurs,
Le plan de restriction a considérablement amélioré votre situation. Les cours du caoutchouc sont rémunérateurs.
Notre politique doit consister à maintenir cette situation et à faire augmenter le contingent de la Co ch in chine.
Les grosses sociétés iront rien h demander, mais, à mon avis, le Gouvernement devrait une aide plus efficace aux petits planteurs qui se heurtent parfois à des difficultés considérables, soit pour avoir accès sur leurs exploitations, soit pour se procurer de la maind’œuvre,
La taxe générale intérieure se révélera peut-être un jour gênante.
Questions ethniques :
Dans la grande famille française, nul ne doit être sacrifié. Astreints aux mêmes devoirs, tous doivent avoir les mêmes droits.
Français d'Indochine, naturalisés, Français de l’Inde doivent avoir leur place au soleil d’Indochine.
La prospérité revenue, des débouchés doivent être trouvés pour tous.
Le chômage, en Indochine t doit être accidentel, toutes les places devant être, en principe, d’abord réservées aux sans-travail de la colonie.
En attendant de caser ces sans-travail, j'estime que fi aide aux chômeurs devrait être donnée sous une autre forme. Au lieu de repas en commun en des lieux de réunion qui ont tendance à se transformer en centre de propagande électorale, je préconiserai des distributions de vivres et d’argent,
Plan politique :
Notre but devrait être de taire de l'Indochine un Dominion, Pour atteindre ce but, il lui faut une nouvelle organisation politique.
Il est d’abord nécessaire d'abolir le régime des décrets qui soumet l'Indochine à l'arbitraire des bureaux de la rue Oudinot.
En Gochinchine, on doit créer des municipalités nouvelles, les chef s-beux de province prenant chaque jour une importance plus grande.
Une grande municipalité, jouissant de toutes les franchises municipales, devrait être établie unissant sous son autorité les centres de Saigon et Choton.
La région devrait être supprimée*
Le Conseil colonial,, -équivalent d'un Conseil générai de France, doit avoir exactement les mêmes droits et prérogatives qu'un Conseil général de la métropole. En ces dernières années, on eut trop tendance, sans que le député proteste, à substituer l'autorité du Grand Conseil et du Conseil de Gouvernement à celle du Conseil colonial. Aucune taxe, aucun impôt nouveau jrcte peuvent être appliqués -en Coohmehine sans l'approbation êu Conseil colonial.
Enfin, le G rand Conseil devrai* avoir voix délibérative en ce qui concerne le budget et aucune dépense ne devrait être engagée sans qu'il Lait votée.
Telles sont les réformes politiques.
Réformes judiciaires et administratives :
On a recherché à faire de la justice une Administration, sous les ordres d'un directeur de la justice. C'est contraire au principe de la séparation des pouvoirs.
Les magistrats ne devraient dépendre, en toutes choses, que des procureurs généraux et des premiers présidents des cours d'appel,
L'Administration ne devrait avoir aucun pouvoir sur les hommes appelés à nous juger.
D'autre part, il est nécessaire d'instituer un véritable jury et de renoncer à ces cours criminelles où les magistrats de carrière sont en majorité.
Les justiciables français d’Indochine ont les mêmes droits que les justiciables français de lu métropole.
Au point de vue administratif, une large décentralisation est nécessaire. Des pouvoirs étendus devraient etre rendus aux chefs d’administration locale. Il est néfaste de tout réunir a Hanoi dans les mains du secrétaire général.
Liberté de la presse :
, Je m’engage à protester avec véhémence contre les atteintes portées à la liberté de la
p FGSSC.
Le decret \ arenne est inique, aussi inique que le nouveau décret Rollin.
La cour d'assises avec deux jurés est encore une atteinte plus grave à la liberté d’écrire et qc penser.
Seule la presse peut combattre les excès de chefs qui, en ce pays, ont un pouvoir presque autocratique. F
dilapidations; ba'llonner la preSSe’ c’est PrÉParer le terrain pour tous les abus, pour toutes Citoyens ,
\oilà un aperçu de mon programme.
Je me suis efforcé de passer en revue quelques questions fondamentales.
Bten qu’ayant 33 ans, bien qu’étant père de famille déjà nombreuse, on me dit jeune, aigre cette jeunesse, j’a. déjà de longues années de pratique des affaires, j’ai déjà
assumé de graves responsabilités, je me sens capable de défendre efficacement les "intérêts de ce pays.
A l’instar de certains, je ne me déclare pas profondément attaché à la forme du Gouvernemen et aux institutions. Je pense comme Tardieu et comme bien d'autres que de profondes reformes sont indispensables si nous ne voulons pas nous enliser davantage en des mares stagnantes. ®
J’aime passionnément la France, la Grande France, la métropole et celle d’outre-mer,
',e Veux , scrv"’ et c’est Poat mieux ia servir que je suis venu vous apporter toute mon energie, toute mon activité. r
J affirme mon indépendance.
Je ne suis, ni acheté, ni achetable.
, . ] °U!’ campagne électorale, je n’ai eu à solliciter l’appui financier de quiconque. Je n ai touche de subsides, ni du Comité du commerce et de l’industrie, ni de la Banque de J Indochine* n
Je n aî point aliéné ma liberté.
Je n’aurai p J non plus à l’aliéner à Paris, où j’ai une situation qui m’octroie le privilègeassez rare de l indépendance totale. " r 6
Citoyens, accordez-moi votre confiance. Je la mérite ef vous le prouverai, si vous me laites t honneur de m envoyer vous représenter au Parlement,
Vi v'b rindochine !
Vive la Cochinchine !
Vive la France I
Jean de BEAUMONT.
Imprimerie de U Chambre des Députés,
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