‹ Recueil des textes authentiques des programmes et engagements électoraux des députés proclamés élus à la suite des élections générales de 1936 (volume 2)Chapitre 36 sur 186 · I. — Problème économique et financier · texte numérisé non relu

I. — Problème économique et financier

Durant ces quatre ans, deux politiques se sont affrontées.

1 En t ace de nous, on disait : rétablissons d’abord l’équilibre du budget; réduisons notre train de vie. Quand 1 équilibre budgétaire aura reparu, la confiance renaîtra, et, de ce fait, ia crise diminuera d’intensité.

Nous répondions : impossible de rétablir l'équilibre budgétaire sans avoir d’abord, lutté contre la crise, car « il n y a pas de finances saines dans une économie malade », (Léon Rlum).

2° En face de nous, on disait encore : Attaquons-nous aux parties prenantes du budget ; réduisons les traitements, les salaires, les rentes, les pensions des retraités et des anciens combattants.

Nous répondions : c'est là une injustice et une erreur* La misère s'étendra, la crise s’installera davantage dans nos villes et dans nos campagnes; le travailleur des villes, diminué dans son pouvoir d’achat, va contribuer, de ce fait, à la mévente des produits de îa terre, et le travailleur des champs, atteint lui aussi, va renforcer, malgré lui, le chômage dans l’industrie. Et le rendement des impôts, loin d'être accru, diminuera; donc le déficit, fatalement, doit reparaître.

On ne nous a pas écoutés.

On n'a pas voulu de notre participation au Gouvernement, ni en 1932, ni en 1933 (premier Ministère Daladier)*

On s’est attaqué aux traitements et salaires :

Avec réserve en 1933 ;

Avec vigueur en 1934 (décrets-lois Doumergue) ;

Avec violence en 1935 (décrets-! ois Laval).

A-t-on réussi? Les faits prouvent, malheureusement, que non.

Le déficit a- 1— il diminué? Il est de 7 milliards et demi, en dépit des promesses impudentes de M* Pierre Laval.

Le chômage a-t-il reculé? I] reste, en 1936, presque au même niveau quen 1935, malgré la prolongation du service militaire.

La crise a-t-elle disparu? C’est, sur toute la ligne, le marasme économique, on sait la situation difficile des chemins de fer, la situation catastrophique du petit commerce.

La vie a-t-elle baissé ? Les chiffres prouvent que, si la déflation a renforcé la baisse des produits agricoles, îes prix de détail sont restés les mêmes ; à Paris, 31 articles de première nécessité coûtent 454 francs en 1936 comme en 1935.

Et tout le monde est obligé de nous donner raison : tout le monde, y compris ceux qui ne nous suivaient pas en 1932, y compris ceux qui nous ont toujours combattus jusqu'alors :

a Le salut ne peut venir que de la rupture immédiate avec cette fausse orthodoxie de îa déflation. » (M. Daladier, Œuvre du 13 octobre 1935).

<« Nous payons actuellement les conséquences de l’erreur qui consistait à ne voir le salut économique que dans une déflation à outrance des produits du sol, ce qui a causé 1 efîondrement des cours. (Chanoine Polimann, Bien du Peuple , 26 janvier 1936),

a L agriculture a 1 intérêt ie plus certain à maintenir aussi élevé que possible le pouvoir d achat des masses. » ( l oix de la Terre} organe du Parti agraire, 29 mai 1934).

« II n y aura pas d amélioration profonde, dans îe monde, qu'après un accord de volontés pour donner aux masses le bénéfice des progrès de la technique* » (Germain Martin, ancien Ministre des Finances, auteur des décrets-lois Doumergue, Bé nu h ligue du 7 avril 1936).

Mais nous ne nous sommes jamais contentés de critiques. Et c'est un programme positif que nous proposons, en 1936 comme eu 1932,

l À la déflation sur les traitements, salaires et retraites, nous opposons des économies mérita blés, sur le super- profit des capitalistes. Le contre -projet socialiste de 1933 comportait nombre d économies substantielles sur les budgets de la Guerre, de la Marine et de i’Àir, ous les maintenons, car nous n’admettrons jamais que la défense nationale couvre les gaspillages que commettent en son nom les fournisseurs toujours plus cupides ;

- 1 Qur ceux de la ville, nous voulons la fin de la déflation sur les petits traitements, es petits salaires, les petites pensions, les petites rentes ; nous voulons la semaine de

quarante heures sans diminution des salaires ; nous voulons un véritable programme de grands travaux, avec appel direct à l’épargne locale, pour favoriser la reprise toujours

annoncée, jamais constatée.

3° Pour ceux tfc !a terre, nous voulons :

— par la natmimiisation des assurances, assurer la relraitemeiilesse à tous les:travai!-

^par ums offices supprimant < la spéculation, par une organisation nationale des

marchés, soulager l’agriculteur quand il achète ;

— par l’office des engrais, par la nationalisation des réseaux, l’aider quand il vend ; par un système d’assurances générales, par une réduction des baux ruraux conforme

aux amendements socialistes, par un moratoire des dettes agricoles que le Parti socialiste a demandé dans son congrès paysan de Limoges, 1 aider quand d souffre.

Mais il est inutile d’espérer aucune réforme fondamentale tant que subsistera 1 omnipotence de la Banque de France, le cumul des conseils d’administration contre lequel j'ai protesté, à la tribune de la Chambre, le 4 juillet 1933, Il n’y aura pas de gouvernement digne de ce nom,' libre de son action, capable de satisfaire aux vœux de la démocratie, tant que la Banque pourra renverser, à son gré, les gouvernements ; c’est la Banque qui a empêché1 la participation socialiste su Ministère Daladier, le 30 janvier 1933 ; c’est encore la haute banque qui fit céder, en mai 3935, le Ministère Fiandin. Dans l’intérêt même de l’Etat républicain, maître de lui-même, le Parti socialiste réalisera le contrôle des banques

et la nationalisation *du crédit.

C’est pour cet ensemble de réformes, indispensable à la vie de la nation travailleuse, que le Parti socialiste est prêt à toute collab'o ration gouvernementale avec les partis de véritable démocratie*

IL — Problème .politique :

La misère conduit à -la dictature, ;qui est apparue comme le seul refuge possible aux millions d’Allemands sans travail.

En France, le capitalisme, victime de sa propre imprévoyance, essaie de se tirer *1 affaire en prêtant main-forte au fascisme*

Personne n!a oublié PalTaire du 6 février 1934. Aucun républicain n%i d'illusion sur les intentions véritables des meneurs, qui voulaient renverser la République, en exploitant le scandale Stavieky dans lequel aucun député socialiste notait compromis.

Aucun républicain ne se laissera prendre au programme démagogique des ligues, qui tendent tout simplement à introduire le fascisme en France.

Respectueux de toutes les opinions, politiques on religieuses, le Parti socialise se dresse énergiquement contre ceux qui s’appuient sur les formations paramilitaires, qui provoquent au lieu de persuader, qui pratiquent la menace de mort (voyez F Action française!), qui entretiennent dans le pays tout entier, parieurs rassemblements et leurs appels aux coups d’Etat, la plus funeste des agitations.

Nous voulons maintenir Pordrc républicain.

Nous avons imposé la dissolution des ligues.

Nous assurerons, si vous nous en donnez mission, le retour à la libre discussion, seule compatible avec les véritables libertés républicaines.

Et nous saurons procéder à une véritable réforme de 1 ELat, à une véritable réforme des méthodes parlementaires, en accroissant les pouvoirs du Conseil national économique. Mais nous savons que l'Etat français, pour retrouver son indépendance perdue, doit a van tout se débarrasser du contrôle des banques et de la tu telle des a deux cents familles ».

Lutter contre le capitalisme, qui manœuvre à son gré les Ministères, c’est travailler à la véritable indépendance de la Nation.

I1L — Problème extérieur :

Il domine au fond tous les autres. A quoi bon travailler contre la crise et pour la République, si la guerre doit tout bouleverser %

La paix est menacée* Par qui ?

Par les dictateurs, incapables de trouver des remèdes aux crises, et qui font appel au pire nationalisme pour faire oublier sa misère au peuple, qu’ils dominent.

C’est pourquoi M, Mussolini a attaqué T Ethiopie.

C'est pourquoi M. Hitler, voulant se faire plébisciter, a réoccupé la rive gauche du Rhin.

Devant ces dangers, lè Parti socialiste proclame :

1û Son attachement au principe de la Société des Nations,, malgré ses faiblesses, car la Société des Nations, du fait de sa seule existence, a empêché la guerre d’éclater au lendemain du 7 mars 1936 ; ;

2° Son attachement aux pactes de non-agression, qui n'ont rien de commun avec le vieux système des alliances, qui ne doivent encercler aucun Etat* qpi ont pour but unique d’empêcher la guerre ;

3° Sa volonté de ressusciter la Conférence du désarmement ; plus que jamais, les socialistes proclament la nécessité d’une limitation des armements, générale, simultanée, contrôlée ; M. Hitler lui-même la propose ! El les socialistes sont désireux de négocier a^vec n’importe quelle puissance, pourvu que la paix bénéficie de ces négociations ;

4° Son désir d’un accord général entre les puissances, avec répartition nouvelle des mandats coloniaux et des matières premières, ce que nous demandons depuis 1918 ;

5“ Sa volonté de supprimer le commerce privé des armes, , qui, est la forme la plus immorale du profit. capitaliste* qui s'adresse à toutes les nations pour, les armer les unes contre les autres, et qui prépare ainsi des guerres nouvelles pour demain.

Electeurs,

Je n’ai pas besoin de vous rappeler mon action personnelle À la tribune, dans le commissions parlementaires, par questions écrites, par mes démarches personnelles, j’a toujours agi, de mon mieux, contre l’injustice sociale et contre les lenteurs de l’administration supérieure.

J’ai agi pour les travailleurs de l’Etat, du département, des communes, des services concédés, les défendant contre les déplacements arbitraires et contre lés effets funestes de la déflation.

J’ai agi pour lès travailleurs des champs et de la vigne; mon travail pour l’ouverture du marché américain aux produits du vignoblè français* mon rapport sur la vente du vin sur table, unanimement approuvé par la Commission des boissons, en font foi.

Pas plus qu’en 1932, je ne ferai de promesses aux électeurs. Je ne leur promettais alors que de travailler. ÏIs savent que, si leur confiance me reste acquise, je travaillerai mieux encore, si possible.

Rorert JàRDILLIER

Député sortant.

2e circonscription de DIJON.

M. Pierre MÀTBÉ

{Groupes agraire indépendant,)

Elu pour la lra fois le 3 niai 1936.

Citoyens, électeurs,

Au 26 avril prochain, vous serez appelés par le suffrage universel a imposer votresouveraineté.

Désigné par les sections communales du Parti agraire et paysan français, comme candidat aux élections législatives, je me présente à vos suffrages.

Je vous demande avec instance d'analyser ce programme que le Parti agraire a établi avec attention, méthode et le souci scrupuleux de donner satisfaction à la masse de tous ceux qui produisent, travaillent et consomment.

Le Parti agraire et paysan français est né en 1928 par la volonté des masses paysannes

désireuses d’assurer leur émancipation et de prendre dans la direction des affaires publiques,

la part qui leur revient.

Le Parti agraire s'appuie sur les propriétaires exploitants, cultivateurs, vignerons, fermiers, métayers, ouvriers agricoles, artisans ruraux, techniciens agricoles pour les producteurs.

Les commerçants, les petits rentiers, les employés, les ouvriers et tous ceux qui vendent eL consomment les produits de la terre.

Les industries qui vivent des uns et des autres complètent cet ensemble harmonieux qui aide à produire, produit et consomme.

Celte classe ainsi composée comprend plus de la moitié de la population française.

Elle est attachée aux principes de la propriété individuelle, de l’effort individuel, de la famille, de la liberté de conscience.

La classe paysanne qui, plus que foute autre, a fait les frais des guerres est pro fondément pacifiste.

Celte classe, qui est la base de l’économie générale de ce pays, n’a aucune part au pouvoir. Cette injustice est due aux vieux partis politiques qui, volontairement, Tout écartelée eL divisée contre elle-même.

Mais elle est majeure, elle veut cesser d’être en tutelle.

11 faut donc qu'elle soit organisée sur le plan professionnel et sur le plan politique.

Organisation politique par la section communale, c'est de la section communale que doit partir l’activité du Parti agraire, c'est elle qui le conduit souverainement.

Républicain et pacifiste, le Parti agraire est un parti de travailleurs qui ne désirent aucune inégalité en leur faveur, mais qui veulent vivre de leur travail.

Dans les domaines : poliLique, social, économique, administratif, professionnelle Parti agraire a établi un programme complet de réalisations.

vue économique, entre notre empire colonial et la métropole ;

J'en extrais les parties essentielles suivantes :

Revalorisation des produits de la terre par ;

— la diminution des frais de transport •

— la mise à l'étude immédiate d’un projet de collaboration et d’échange au point d®*

— une politique de financement de l’agriculture et du petit commerce par le concours des grandes banques s’ajoutant à celui du crédit agricole, nettement insuffisant et

tr°P ^Aménagement des dettes agricoles et communales avec prolongation des délais de

remboursement ; .

l'organisation professionnelle disciplinant les producteurs, afin d assurer équilibré

de la production et la régularité des ventes ;

la création d'un office professionnel du blé, seul chargé du contrôle des importations et exportations ;

|a suppression ou la réduction considérable des contingents d importation en ce qui

concerne toutes les productions agricoles ;

l'orientation de la politique agricole, dans le but de ramener dans nos régions

plusieurs cultures totalement disparues ; .

k réglementation sévère, ou la fermeture de la Bourse du commerce de 1 ans, devenue Fantre des spéculateurs qui faussent les cours au lieu de les fixer ;

le réajustement sur le plan national du prix de l’électricité, beaucoup trop chère.

RestauraLion des finances publiques, sans inflation, ni dévaluation, en provoquant une reprise de l’activité économique paralysée actuellement par une fiscalité excessive, donc déflations fiscales nécessitant :

— une répression énergique des fraudes ;

__ UDe politique sévère d’économie basée sur ïa surveillance étroite des grandes dépenses de l’Etat (avec responsabilité de ceux qui les contrôlent) ; ^

— la suppression des cumuls, des fonctions inutiles, des multiples indemnités s ajoutant aux traitements, des gaspillages ;

la refonte et la modification de la loi sur les assurances sociales ;

— la réorganisation de la carte administrative pour arriver à une décentralisation

depuis longtemps reconnue indispensable ; .

— examen sérieux en dehors de tout esprit démagogique de la question du chômage

(qui disparaîtra de lui-même, le jour où les 20 millions de paysans auront retrouve c pouvoir d'achat}. Remplacement des indemnités par des secours en nature et du travail.

Une politique de paix respectant nos engagements et en demeuiant fidèle à nos amitiés par :

— une entente économique entre les peuples d’Europe pour éviter les concurrences ruineuses qui engendrent les difficultés politiques.

Une réforme de l’Etat, avec :

— renforcement du pouvoir exécutif et responsabilité personnelle des Ministres et, d’une façon générale, des élus ;

— obligation aux parlementaires d’assister aux séances et de voter individuellement. Réduction de leur nombre ;

— des lois étudiées par des compétences et non plus faites de morceaux e te pièce.’

qui en font des monstres et les rendent inapplicables ;

— le pouvoir de dissolution de la Chambre donné au Gouvernement en conflit avec elle; on ne verrait plus 11 gouvernements en quatre ans se succéder, sans avoir pu aire

aucun travail suivi ; . . . . «

— une loi électorale permettant la représentation des minorités, tout en ai.san

élus sous le contrôle de leurs électeurs ;

— institution du vote familial et .vote des femmes chefs de famille ,

institution d’un véritable conseil national économique siégeant à co e u

Parlement, et obligatoirement consulté toutes les fois que les intérêts px’ofessionnels sont ien jeu i

Les mats de liberté, égalité, fraternité, 'qui ornent le fronton de notre république française et qui eu sont l’honneur, ne doivent plus être de vaines expressions.

Nous voulons qu’il règne dans notre pays une liberté de conscience absolue*

Nous voulons que les populations rurales ne soient plus « les parents pauvres de la Nation », et que soient votées pour elles de grandes lois sociales dont elles ont le plus grand besoin. Les petits artisans ruraux si négligés et les petits rentiers et retraités de nos; campagnes,, éternels j sacrifiés, retiendront particulièrement notre attention. De même que nous faisons rentrer dans la grande Famille rurale les petits fonctionnaires qui gagnent peu en travaillant el les petits commerçants si écrasés par le fisc.

Electeurs,

Le pays est à un tournant, de graves événements peuvent surgir rapidement et jeter la France dans l’anarchie et la guerre, les vieilles formations politiques cristallisées dans leurs doctrines intangibles nous ont conduits au bord de F abîme, il n y a plus un instant à perdre.

Rien ne sera fait sans [un changement de moeurs politiques, sans un renouvellement aussi complet que possible d’un personnel politique incapable d une évolution raisonnable .

Tous aux urnes pour le Parti agraire et paysan français qui vous offre une Idée nouvelle.

Si vous le voulez, une fois de plus, le pays sera sauvé par sa classe paysanne.

Vive la France !

Vive la Republique française I

Vive le Parti agraire et paysan français 3

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